Archives par mot-clé : escroquerie

Wirecard : Les limitations [rires !] de l’autosurveillance

Quand je vous ai résumé avant-hier ce qui s’était passé chez Wirecard, expliquant la faillite de ce gestionnaire d’opérations de cartes de crédit et l’embarras du gouvernement allemand devant une escroquerie de près de 2 milliards d’euros, pas même subtile mais du type le plus élémentaire, je vous ai dit que la réputation de la BaFin, le régulateur des marchés financiers allemands, était compromise.

Eh bien, pas du tout ! Pourquoi ? Parce qu’en réalité la BaFin sous-traitait la surveillance comptable des entreprises à un organisme privé (Financial Reporting Enforcement Panel – FREP, créé en 2004) constitué des firmes d’audit elles-mêmes.

[Est-ce qu’on ne vit pas une époque formidable ?] J’ai écrit la phrase qui précède juste pour vous donner le temps de vous relever après être tombé.e de votre chaise. Continuer la lecture de Wirecard : Les limitations [rires !] de l’autosurveillance

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Nos élites : escroquerie, ou coup d’État larvé ?, par Michel Leis

Billet invité.

Dans la veine du précédent billet, on ne saurait trop conseiller aux dirigeants des grandes sociétés ou au personnel politique de se pencher sur la vie des escrocs célèbres, c’est extrêmement instructif. Que ce soit Bernard Madoff, Thérèse Humbert, Marte Hanau ou Carlo Ponzi, tous partagent ce trait de caractère : une fois franchi le Rubicon, ils continuent jusqu’à la chute finale. Même fortune faite, quand l’étau se resserre, que les premiers craquements se font entendre, ils persévèrent dans leurs acrobaties, espérant trouver la martingale miracle qui leur permettrait de passer le cap. Tous finiront par se faire rattraper par la réalité de leurs malversations et feront un séjour en prison. Comment faut-il appeler cette attitude, ce mélange d’appât du gain, de folie du jeu, cette perte de conscience de la réalité et cette impression d’invulnérabilité qui finissent par les perdre ?

Beaucoup de dirigeants d’entreprise, de grandes fortunes sont en train de rétablir en ce début de 21e siècle des rapports de forces entre le capital et le reste de la société que l’on n’avait pas vus depuis la fin du 19e siècle, créant des écarts de revenus et de patrimoine d’une violence extrême. Mais plus encore, un certain nombre d’entre eux ont franchi le Rubicon, ce qui nous renvoie aux escrocs évoqués au début de ce billet.

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Convoquer en 2014 les états généraux de l’Union Européenne, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Les emprunts toxiques des collectivités locales françaises et européennes sont une escroquerie constitutionnelle et systémique. Comme Paul Jorion l’a répété, les banques sont autorisées par la réglementation financière liberticide européenne et internationale à acheter des primes d’assurance déguisées en « taux d’intérêt bonifié ». Pour diminuer le taux d’intérêt nominal de l’emprunt, la banque fait prendre un risque non mesuré à la collectivité. La banque se déleste d’un risque sur la collectivité en versant une prime d’assurance qui est défalquée de l’intérêt nominal au lieu d’être déclaré comme contrat d’assurance légalement distinct du contrat de crédit. Dans ces abus de droit, la banque vend un risque qui est dans son coeur de métier et qui n’a rien à voir avec le besoin de la collectivité. Le coût de l’emprunt est falsifié qui leurre les électeurs et contourne les règles de comptabilité publique. L’escroquerie consiste à inverser les rôles constitutionnels d’une collectivité publique et d’une banque par un contrat apparemment légal mais foncièrement inconstitutionnel.

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LE MONDE : « Dexia et les vaches à lait », lundi 21 – mardi 22 octobre 2013

Dexia et les vaches à lait

Il y a dans Dexia, une banque toxique, le livre de Nicolas Cori et Catherine Le Gall (La Découverte 2013), un passage qui nous fait comprendre la nature même du mal qui a terrassé cet établissement bancaire né en 1996 de la fusion du Crédit Local de France et du Crédit Communal de Belgique, et mort en 2012, du moins pour ce qui touche à la nature des produits financiers que Dexia vendait aux collectivités locales.

Le passage en question est celui où les auteurs du livre rencontrent l’inventeur du « crédit structuré », le produit qui conduira plus d’une de ces collectivités à la ruine. Celui-ci, dont on nous dit seulement qu’il s’agit d’un ancien de JP Morgan, accepte de parler sous couvert d’anonymat. Si ses propos sont rapportés correctement par Cori et Le Gall, une telle attitude est sage car, comme on le verra, il justifie le crédit structuré par ce qu’il sait être un mensonge.

Rappelons le principe du crédit structuré : le client, la collectivité locale, contracte un emprunt auprès de Dexia à un taux « bonifié », c’est-à-dire moins élevé que celui qu’offre le marché des capitaux au moment de la conclusion du contrat. En contrepartie de cet avantage consenti à l’emprunteur, il existe pour lui une contrainte : si les circonstances changent, par rapport aux taux d’intérêt sur le marché des capitaux ou par rapport au taux de change de l’euro par rapport à une autre devise, ou pour une autre raison encore, tout cela dépendant des termes du contrat, alors l’emprunteur devra s’acquitter de versements d’intérêts à un taux plus élevé – et éventuellement beaucoup plus élevé – comme le taux flottant du marché additionné d’une marge, ou un taux calculé par rapport au différentiel de change entre deux devises, etc. Ou, dans les termes mêmes des promoteurs du crédit structuré : « Il s’agit d’un contrat qui comprend à la fois un prêt classique à taux fixe et un swap transformant le taux fixe en taux variable si les taux d’intérêt sur le marché augmentent significativement jusqu’à dépasser un certain seuil ». En fait, il ne s’agit pas à proprement parler d’un swap : le crédit structuré combine un prêt avec un contrat d’assurance, où c’est paradoxalement l’emprunteur qui joue le rôle de l’assureur, et c’est le montant implicite de la prime versée par le prêteur à l’emprunteur qui permet au premier d’accorder au second un avantage en retour, sous la forme d’une « bonification » du taux qu’il exige de lui sur le prêt.

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