Archives par mot-clé : euro

Pour sauver la démocratie européenne : la prime d’assurance du vivre ensemble en euro, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Transformer l’euro en assurance du droit des personnes

Une proposition apparemment technique mais proprement révolutionnaire est en train d’émerger pour remettre la zone euro sur pieds : taxer les dépôts des banques à la BCE. Le dispositif consisterait à mettre à jour par un intérêt négatif sur les dépôts un prix de la liquidité bancaire en euro garantie par la BCE. Le motif serait d’inciter les banques à réinvestir dans l’économie réelle solvable la masse monétaire qu’elles font gonfler par la spéculation. Ce rétablissement sous une autre forme des anciennes réserves obligatoires sur les dépôts restaurerait la fonction de la monnaie comme prime d’assurance de la croissance économique anticipée dans le crédit.

Rappelons que la fonction d’une banque centrale dans une zone monétaire est d’assurer la liquidité des paiements effectués par l’intermédiaire des banques commerciales. En monnaie moderne intégralement bancarisée, c’est à dire fondée sur l’écriture de la confiance, tous les paiements à l’intérieur d’une même zone se font par transferts de dépôts bancaires en compte courant. La liquidité monétaire des transactions signifie normalement la satisfaction des besoins licites des acheteurs par des biens et services effectivement livrés. Un dépôt de monnaie en banque engage légalement le banquier à vérifier la responsabilité civile du déposant et la licéité de ses activités économiques.

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ILS VONT SE FAIRE RATTRAPER AU TOURNANT, par François Leclerc

Billet invité.

L’Europe est comme le terrain d’une course au trésor où les autorités politiques s’efforcent de dénicher les indices d’une amélioration à laquelle est suspendue leur parole. Là une croissance qui frémit, ici un déficit qui rentre dans le rang à force de mesures d’austérité, une inflation qui se reprend marginalement, ou bien un excédent primaire dégagé non sans accommodements … Mais sans doute ne s’approche-t-on pas toujours du but, vu l’attente que continue de susciter une intervention de la BCE.

Dernier coup de bluff sur le mode des précédents, ou annonce d’une prochaine intervention ? les commentateurs penchent pour la seconde solution après la dernière intervention de Mario Draghi. Certains croient même pouvoir annoncer un cocktail de mesures composé d’une baisse de taux et d’achats de titres, soulignant que la BCE s’est déclarée jeudi « être à l’aise pour agir la prochaine fois », c’est à dire en juin. Après s’être tant fait prié pour passer à l’acte, en dernier lieu de manière insistante par l’OCDE, quelles raisons pourraient maintenant l’y conduire ? Mario Draghi l’a donnée : « nous avons eu une discussion sérieuse sur le taux de change, c’est très important pour la stabilité des prix et pour la croissance. Dans une période où l’inflation est basse de manière prolongée, le renforcement de l’euro est une inquiétude sérieuse ». De fait, celui-ci accentue la pression déflationniste, alors que la BCE reconnaît que la reprise économique se poursuit « à un rythme lent » et reste « très modeste ». De quoi faire définitivement capoter une politique qui est déjà mal partie.

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Élections européennes : reconstruire la démocratie par la Confédération de l’euro, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Les élections municipales en France témoignent de l’agonie de la démocratie en Europe. Les électeurs ne croient plus au catéchisme libéral des dirigeants politiques européens. Le marché unique européen construit sur le dogme de la neutralité politique et économique de la monnaie est une mécanique financière de démantèlement des solidarités publiques de l’État de droit. L’évaporation de la matière fiscale par la libre circulation du capital met tous les États de la zone euro en faillite. Les gouvernements nationaux ne sont plus que des syndics de liquidation des biens communs publics.

L’analyse de l’économiste Michel Aglietta sur la dysfonctionnalité structurelle de l’euro montre que les pouvoirs politiques européens ont tous les éléments de compréhension de leur responsabilité dans la restauration de l’Europe. Le paradigme keynésien de la démocratie monétaire multinationale est depuis 70 ans l’alternative à l’anarchie capitaliste dont le dollar et l’euro sont le vecteur manifeste depuis la faillite des subprimes. Dans sa déréliction actuelle, le pouvoir politique n’a plus qu’une seule possibilité de restaurer la puissance du bien commun : que les électeurs votent la nationalisation de la monnaie européenne par un État confédéral démocratique de l’euro.

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Procès Kerviel : le sursaut possible de la démocratie européenne, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Dans son appel à un sursaut de fierté de la magistrature dans l’affaire Kerviel, Paul Jorion décortique le déni de justice dans lequel le gouvernement de la République Française engage le citoyen français. La réalité financière des marchés globalisés, de la banque dérégulée et des privilèges fiscaux d’extra-territorialité sont placés au-dessus de l’exigence de justice qui est la condition d’un vivre ensemble civilisé.

Réalité financière de la justice

Afin de masquer l’élimination du bien commun de la démocratie dans la globalisation libérale, la puissance publique française impute au seul Jérôme Kerviel la cause de la perte de 4,9 milliards d’euro de la Société Générale. Le régime économique est exempté de tout vice qui a permis à un seul trader d’engager 50 milliards d’actifs et à quelques entreprises de spéculation de fabriquer des instruments pour prélever depuis 2008 plusieurs milliers de milliards de dollars sur la richesse mondiale.

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Solder la faillite des États-Unis d’Amérique, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Le financement de la république impériale étatsunienne par la création monétaire oligarchique est la clé d’intelligibilité historique de la déroute financière d’aujourd’hui.

Schématiquement les États-Unis ont achevé la construction de leur empire intérieur en même temps que les grandes puissances européennes ont achevé leurs empires coloniaux. Tout le monde s’est retrouvé en 1914 à court de conquêtes pour gager les politiques monétaires.

Après le pari financier perdu de la première guerre mondiale, la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis ont cru résoudre leur problème monétaire en prenant des gages sur l’empire allemand vaincu en 1918. Les dettes publiques et internationales adossées à la guerre ont donné l’effondrement financier mondial de 1929 et la deuxième guerre mondiale comme annoncés par Keynes en 1919 dans « Les conséquences économiques de la paix ».

En 1945, les États-Unis qui n’ont jamais pensé les conditions de la stabilité monétaire ont profité de leur super puissance pour étendre au monde la fuite en avant qu’ils pratiquent depuis leur indépendance. Les terres du Far West sur lesquelles était gagé la dette publique fédérale ont été remplacées par l’armée étatsunienne protégeant les investissements et les dividendes de la croissance économique dans le monde entier.

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« Le Grand Œuvre : une autre Europe, vite ! » : État des lieux, par Michel Leis

Billet invité.

Nécessité d’une construction européenne

L’Europe est un assemblage de nations qui partagent des racines anciennes, mais qui n’ont pas réellement de cultures communes (à commencer par la langue) malgré des interactions permanentes au cours de l’histoire. L’histoire de l’Europe s’exprime plus sous la forme de rivalités et de conflits que de coopérations, le dernier en date sur le sol européen remonte à moins de 20 ans. Le réveil des nationalismes, depuis la forme soft d’un populisme fondé sur l’égoïsme des régions les mieux loties, jusqu’aux formes les plus virulentes que sont les partis d’extrême-droite, fait craindre une balkanisation de l’Europe. Le maintien de la paix reste un enjeu d’actualité, il est le résultat d’une bataille permanente, en Europe plus que partout ailleurs. 

Vivre dans une région frontalière montre à quel point les frontières ne sont avant tout qu’un trait sur des cartes, l’eau, l’air, la pollution, mais aussi les capitaux et les travailleurs les franchissent allègrement. Les enjeux de demain nécessitent une coordination forte dans un espace suffisant pour garder un sens : ni trop grand, car de trop fortes disparités ne peuvent s’effacer d’un trait de plume, ni trop petit, car l’État nation a-t-il encore les moyens de mener seul des politiques énergétiques, de recherche ou de défense ? La combinaison de ces deux facteurs continue à donner un sens fort à la construction politique européenne. 

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PROLONGATIONS – DE LA LÉGITIMITÉ DE L’EURO, par Franck Janura

Billet invité

J’aimerais dans ce billet prolonger la réflexion de Paul Jorion, suite à son entretien avec Martine Orange, journaliste chez Mediapart, et qui portait notamment sur l’analyse faite ou à faire d’un rapport critique de la Bundesbank vis à vis du programme dit OMT (opérations monétaires sur titres) de la BCE. C’est en s’appuyant sur ce rapport que le gouverneur de la Bundesbank, Jens Weidmann, se rendra le 12 Juin prochain à Karlsruhe pour être entendu par les juges de la Cour constitutionnelle allemande sur la question de la constitutionnalité du programme OMT de la BCE.

Inutile donc de revenir ici sur la distinction entre “prime de crédit” (credit spread dans la lingua franca de la finance) et “prime de liquidité” (“liquidity premium”) à laquelle fait référence Paul afin d’expliquer pourquoi la mécanique du programme d’OMT sera inefficace en zone euro. Approfondissons plutôt la question de la légitimité de l’euro qui est, il me semble, à la racine du malentendu que dénonce Paul dans son billet.

La BCE peut-elle être garante de la légitimité de l’euro ?

Partons d’une citation de l’économiste Michel Aglietta qui écrivait ceci dans un ouvrage pluridisciplinaire passionnant paru en 1998 (“La monnaie souveraine”) :

“….rendre la monnaie légitime c’est éviter que les conflits d’intérêts inhérents à l’incertitude sur l’évolution future des dettes ne se polarisent sur la liquidité.”

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L’EURO EST MORT, VIVE LA NOUVELLE CONSTITUTION DE L’EURO, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

La loi sans rapport avec le fait

Du point de vue du droit et de ses traités fondateurs, l’euro est en faillite. La déposition du Président de la Bundesbank devant la cour constitutionnelle de Karlsruhe est catégorique du point de vue des faits rapportés.

Décrivons quatre faits en remontant le temps. Le dernier plan de restructuration de l’État et des banques chypriotes divise la zone euro en deux avec un euro chypriote valant 90 % de l’euro continental. Subtilité juridique hallucinogène : un euro continental continue de valoir 100 % de l’euro chypriote à la condition de payer 10 % de taxe si on le dépense en espèce sur le territoire chypriote. En conséquence seuls les résidents chypriotes réglant en espèce payent des impôts. L’égalité devant l’impôt selon la nationalité n’est plus une condition d’utilisation de l’euro.

Le rapport Weidmann évoque un deuxième fait que les banquiers centraux de l’euro avaient évité de commenter. Pour faire exister l’euro comme monnaie unique de la zone, il faut alimenter tout le territoire de la zone euro en signes physiques de valeur égale aux signes numériques échangés entre les banques, les entreprises et les États membres dans le système de règlement interbancaire.

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CHYPRE, LA RÉVOLUTION MONÉTAIRE EN MARCHE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Toute la présente analyse de la faillite chypriote s’appuie sur un modèle informatique de la compensation des monnaies dans le bancor de Keynes. Si la dégénérescence des monnaies s’éternise depuis la crise des subprimes, c’est uniquement par l’avènement mondial de la ploutocratie. Il n’y a aucun obstacle moral, technique ou juridique à une résolution immédiate de la crise de globalisation du monde.

Mesure perdue de la réalité

À Chypre, les banques sont fermées depuis une semaine. Elles sont en faillite. Pourquoi ? Personne ne sait ce qu’il y a vraiment dans le bilan des banques chypriotes. Il y a bien des dépôts qui font 4 ou 5 fois le PIB de l’île ; mais quelles richesses réelles y a-t-il derrière ces dépôts ? La zone euro a déclaré que le prix réel des actifs comptabilisés dans le bilan des banques chypriotes est au moins inférieur de 10 % au prix nominal des passifs. Dépôts et emprunts bancaires sont sans contrepartie au présent et au futur.

En demandant la taxation de tous les dépôts, la troïka déclare que les comptes en euro sont fictifs dans les banques chypriotes à hauteur de 10 % de la valeur nominale de l’euro. Les « autorités monétaires internationales » constatent également que l’État chypriote n’a pas les ressources budgétaires qui permettent de racheter la non-valeur des banques que, selon les traités de l’euro, il surveille et garantit.

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L’actualité de demain : LE BAL DES HYPOCRITES, par François Leclerc

Billet invité.

Ouvert à propos de la parité de l’euro, le débat sur une intervention de la BCE est fermé par Mario Draghi, tandis qu’au Japon le premier ministre tance à nouveau la Banque du Japon pour ne pas intervenir avec assez de vigueur afin de faire monter l’inflation (et baisser le yen). Shinzo Abe renouvelle ses menaces de réformer son statut et de lui faire perdre son indépendance, appelant à une création monétaire massive qui ne vient pas, dernier espoir de briser le sortilège de la déflation. Plus le temps passe et le déficit de l’ État japonais augmente, plus la question devient insoluble.

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L’actualité de demain : L’ART CONSOMMÉ DE FERMER LES PORTES, par François Leclerc

Billet invité.

À la recherche d’une ouverture favorisant une relance salvatrice, les dirigeants européens se trouvent devant porte close. L’adoption du budget européen va se solder par un manifeste manque de moyens à cet effet, et le G20 finances de cette fin de semaine va déboucher sur la réaffirmation qu’il faut laisser faire le marché pour que s’établisse la parité des monnaies, tout le contraire de ce qui est en train de se passer.

Un communiqué du G7 où participaient les ministres des finances et les gouverneurs des banques centrales ferme dès aujourd’hui le débat avant qu’il ne soit ouvert. Soulignant le risque d’une « volatilité excessive et de mouvements désordonnés dans les taux de change », il préconise des consultations « étroites » et une coopération « appropriée », réaffirmant toutefois que « nos politiques budgétaires ont été et resteront orientées vers nos objectifs nationaux respectifs en utilisant des instruments nationaux »…

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L’actualité de demain : FRAGILES MARGES DE MANOEUVRE, par François Leclerc

Billet invité.

Faisons le point : tandis que Barack Obama propose un nouveau plan temporaire de réduction du déficit, afin d’éviter le couperet des coupes automatiques du 1er mars prochain, Shinzo Abe, le premier ministre japonais, tente une nouvelle fois de sortir son pays de la trappe à liquidité en faisant déverser par la Banque du Japon dans celle-ci… de nouvelles liquidités. De son côté, François Hollande voudrait obtenir de la BCE, sans pouvoir ni le dire ni l’obtenir, une action favorisant la baisse d’un euro fort subissant les effets de la guerre des monnaies et faisant obstacle aux exportations françaises, tandis que Mario Monti tente de sauver les maigres crédits européens d’une hypothétique relance dans le cadre d’une épineuse négociation budgétaire européenne. Tous recherchent des marges de manœuvre et tentent comme à l’accoutumée de gagner du temps. On a la stratégie des objectifs que l’on se donne, avec les résultats que l’on peut.

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LE SOIR, « La seule solution, c’est la mutualisation des dettes », mardi 4 septembre 2012

Un entretien avec Dominique Berns paru aujourd’hui dans les pages économie du quotidien Le Soir.

« Pour sauver l’euro, il faut mutualiser les dettes »

The English version of this post can be found here.

Q : Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi a juré qu’il ferait « tout pour sauver l’euro ». De nombreux observateurs s’attendent à ce que la BCE reprenne, sur un mode plus volontariste, ses rachats de titres souverains, pour faire baisser les taux d’intérêt que doivent payer les pays en difficulté et, d’abord, l’Espagne et l’Italie. Et cela, malgré l’opposition de la Bundesbank, la banque centrale allemande. Pensez-vous également que M. Draghi soit le seul qui puisse, désormais, sauver l’euro ?

R : Un peu paradoxalement peut-être, je me sens, sur ce point, très proche de Jens  Weidmann, le président de la Bundesbank. Il y a peu de choses que l’on sache avec certitude en économie, mais les principes du fonctionnement d’un système monétaire font heureusement partie des choses qu’on sait. Une masse monétaire se gère en bon père de famille : elle doit refléter la situation économique de la zone monétaire où elle circule. On peut – et on doit – créer de l’argent supplémentaire si une richesse a augmenté, mais on ne peut pas créer de l’argent simplement parce qu’on en manque : c’est une recette pour un désastre ! C’est une chose apparemment très peu comprise. Jens Weidmann le comprend. Comme l’avaient compris son prédécesseur Axel Weber et l’ancien chief economist de la BCE, Jürgen Stark, qui ont tous deux démissionné l’an dernier car ils étaient en désaccord avec le programme de rachat de titres souverains par l’institut d’émission européen.

Q : Mais tout de même, les taux d’intérêt réclamés par les marchés à l’Espagne et l’Italie sont excessifs – et, surtout, insoutenables s’ils se maintiennent aux niveaux actuels, non ?

R : Bien entendu. Mais on essaye de faire baisser le niveau des taux d’intérêt espagnols et italiens, en achetant leur dette, comme si le problème était une question d’offre et de demande ! Leurs taux sont si élevés parce qu’ils intègrent une double prime de risque : pour couvrir le risque de non-remboursement, mais aussi une prime de conversion car il existe un risque réel d’éclatement de la zone euro et de retour aux monnaies nationales. Ce sont ces primes de risque qu’il faut faire baisser, en mettant en place une véritable solidarité envers ces pays, en garantissant qu’on ne les laissera pas tomber. Alors le risque baissera et les taux automatiquement aussi.

Q : Mais justement, le vrai problème n’est-il pas l’absence de solidarité entre les différentes Etats-membres de la zone euro ?

R : On mutualise la dette ou pas ? Voilà la question ! Or, pour le moment, on jure que oui en paroles mais au niveau des faits, on ne consate que du « peut-être ». Jens Weidmann affirme, très justement, que la BCE ne peut pas faire la politique d’intégration de la zone que les responsables politiques n’ont pas le courage de mettre en œuvre. Les politiques se contentent de dire à la BCE : « Mais imprimez donc ! » (de la monnaie). Il est vrai que la Réserve fédérale, la banque centrale américaine, ne se prive pas. Mais elle le peut, parce qu’elle bénéficie toujours du fait que le dollar est une devise de référence. La zone euro, elle, ne peut pas se le permettre. Alors de deux choses, l’une : ou bien, on arrête l’euro, en reconnaissant qu’on n’avait pas compris qu’une zone monétaire ne pouvait pas fonctionner sans unification fiscale, ou bien, on fédéralise.

Q : Mais qui veut aujourd’hui du fédéralisme européen ?

R : Mais c’est la seule solution, de mutualiser les dettes publiques des 17 membres de l’union monétaire. Un dimanche soir, avant l’ouverture des marchés financiers en Asie, on décide qu’il n’y pas plus de dettes souveraines nationales, mais une dette de la zone euro, une Eurodette. Qui est, du coup, restructurée en fonction de ce qui reste dans les caisses de la zone euro dans son ensemble. Le lendemain, le marché dira ce que vaut l’euro par rapport aux autres devises. C’est la seule solution si l’on veut éviter un effritement de la zone euro, qui verra les pays quitter la cordée les uns après les autres : d’abord la Grèce, puis le Portugal, puis l’Espagne… sans que soient résolus pour autant les problèmes de ceux qui continuent l’ascension !
 
 

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