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L’actualité de la crise : LE REBOND SE PRÉCISE, par François Leclerc

Billet invité

Les éléments d’un rebondissement de la crise du système financier sont en train d’être réunis. Sans même qu’il soit donné aux banques le temps de reprendre leur sarabande et d’en précipiter une nouvelle. Ou que la crise de l’immobilier commercial américain ait eu le temps d’éclater.

L’analyse qui prévoyait que les États, ayant les yeux plus gros que le ventre, ne pourraient pas digérer le financement de la crise est en train de se vérifier. Cela a commencé en Europe, laquelle a dans un premier temps tenu la vedette, et se poursuit maintenant aux États-Unis, sous des formes et dans un contexte différent.

En Europe, les banques sont au bout d’une pente glissante, celle de la première restructuration d’une dette souveraine. Manuel González-Páramo, l’un des dirigeants de la BCE, a solennellement averti qu’un tel épisode aurait des effets systémiques pires sur les marchés que n’en a eu la faillite de Lehman Brothers, dans l’espoir fou de l’empêcher.

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RETOUR SUR « L’AUSTERITE EST UNE CHIMERE » (Paul Krugman), par Jean-Pierre Pagé

Billet invité

Il est à craindre que l’article de Paul Krugman dans le New York Times1, « L’austérité est une chimère », ne retienne pas suffisamment l’attention dans le tumulte des grands évènements qui affectent le monde : la confirmation des dangers du nucléaire révélant le côté « apprenti sorcier » de l’homme et le « printemps arabe » avec ses soubresauts, notamment. Pourtant, il serait regrettable que ces évènements fassent oublier la course à l’abîme à laquelle se livrent de nombreux pays d’Europe aujourd’hui.

Dans leur peur de déplaire aux « marchés » et leur désir de conforter la « confiance » des investisseurs censée faire repartir, comme sous le doigt d’une fée, la croissance, les dirigeants européens font assaut de vertu dans la diminution des dépenses publiques et rivalisent dans la mise en œuvre de programmes d’austérité, tels les « moutons de Panurge » se précipitant dans la mer. Les champions de cette course à l’abîme sont les britanniques David Cameron et George Osborne qui n’ont pas hésité à pratiquer des coupes particulièrement sévères dans les dépenses budgétaires affectant le fonctionnement des services publics au moment où la conjoncture économique de leur pays donne déjà des signes de faiblesse, dans l’espoir fallacieux que la dépense privée prenne le relai.

On ne s’étonnera pas de ce que, comme le souligne Paul Krugman, cette thérapie, au lieu de soulager les maux des malades qu’elle prétend traiter, soit de nature à les aggraver. On le voit bien aujourd’hui dans les cas de la Grèce et du Portugal. C’est que les dispositions prises, de façon concomitante, par les pays concernés, censées réduire leurs déséquilibres budgétaires et leurs dettes, ne peuvent que les creuser par leurs effets négatifs sur la demande et, par voie de conséquence, sur l’activité économique et les recettes budgétaires qui en dépendent. Le processus se révèle ainsi pervers : « réduire le soutien de l’État en période de crise revient à se tirer une balle dans le pied, même en termes purement budgétaires : tout gain réalisé d’un côté est annulé par une diminution des recettes, puisque l’économie se contracte. 2»

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SCHEMA DE DEMANTELEMENT DE LA CIVILISATION, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Déséquilibre irréversible de l’économie mondiale par la crise des produits dérivés subprimes

Enchainement des causes depuis 1945 :

Fonctionnement asymétrique du dollar dans le système monétaire international de Bretton Woods

Accumulation de créances internationales sur l’économie étatsunienne afin d’alimenter l’économie mondiale en liquidités

Concentration des risques de crédit mondiaux sur les emprunteurs étatsuniens ayant accès au refinancement de la Fed

Réexportation, par la titrisation, des risques de nationalité étatsunienne sans compensation de capital

Crise générale de solvabilité du système financier occidental par destruction de sa capitalisation réelle

Mise en œuvre des garanties publiques partiellement libérées par la relance budgétaire et monétaire

Crise de solvabilité publique, maintien de la liquidité nominale du système par le quantitative easing

Déconnexion de politique monétaire et financière de l’économie réelle

Enchainement des causes financières :

Accumulation de pertes financières latentes non comptabilisés dans les bilans bancaires adossées aux déficits et dette publiques

Stimulation de la liquidité financière par les dettes publiques et refinancement illimité des banques centrales aux États et banques « too big to fail »

Fuite de la liquidité hors des économies occidentales, croissance mondiale réelle inférieure à la croissance de la masse monétaire

Inflation dans les pays émergents, augmentation des prix nominaux à terme des actifs durables dans les pays développés

Chômage et déflation par insuffisance de la demande dans les pays développés, trappe fiscale de liquidité

Impossibilité de dévaluer les monnaies occidentales par rapport aux monnaies en excédent de balance des paiements, valeur des monnaies déconnectée de la réalité visible

Pas de régulation des déséquilibres financiers par ajustement rationnel et négocié des parités de change.

Déstructuration des équilibres politiques internationaux et domestiques

–      Énonciation des résultats probables ou avérés :

–      Tension entre les États débiteurs pour la captation de l’épargne mondiale

–      Instabilité des changes par transferts financiers internationaux non négociés des pertes de crédit non calculées

–      Baisse du niveau de vie des classes moyennes et inférieures, accroissement des écarts de revenu

–      Démantèlement des solidarités sociales publiques de répartition des revenus vitaux

–      Divergence des économies de la zone euro, éclatement à terme par impossibilité de dévaluation dans les pays insolvables

–      Menace d’effondrement général économique et politique par illiquidité des monnaies et des échanges monétisés, avènement de la sauvagerie financière universelle

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L’ANNEE 2010 : LA DERNIERE CARTOUCHE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Article paru dans L’ENA hors-les-murs, janvier 2011

L’année financière 2010 s’est caractérisée par le rétrécissement des options pour toutes les nations.

En raison d’une concentration excessive de la richesse, le financement des entreprises, le revenu des ménages, avaient été partiellement remplacés par des crédits. En 2008, le château de cartes du crédit s’est écroulé. On a parlé de « crise de liquidité » au lieu d’insolvabilité pour permettre aux États de renflouer les banques en catimini en leur avançant des fonds à taux zéro ou à peu près par le biais de leur banque centrale. Au lieu de prêter cet argent-là à des entreprises ou à des particuliers, qui auraient été bien incapables de les rembourser le temps venu dans le contexte de récession qui s’était créé, les banques commerciales ont remis cet argent en pension auprès des banques centrales ou ont acheté des emprunts d’État. Comme les États s’étaient surendettés pour renflouer les banques, et s’étaient portés garants de leur solvabilité, et que leurs rentrées baissaient du fait de la récession, le taux exigé sur leur dette par le marché des capitaux grimpait et la valeur de leurs emprunts baissait parallèlement. Du coup, le portefeuille des banques se dévalorisait. Ce qui les obligeait à se recapitaliser. Les banques s’affaiblissaient parce que leur portefeuille était bourré d’emprunts d’État qui perdaient de leur valeur parce que les États s’étaient affaiblis en venant à la rescousse des banques : une spirale infernale s’était amorcée.

Aux États-Unis, les autorités, comme les économistes, et comme la population toute entière, ont guetté anxieusement en 2010 les signes d’une reprise qui ne fut jamais au rendez-vous. La chasse quotidienne aux indices de rebond constituait un spectacle particulièrement navrant. Que des profanes en matière économique imaginent qu’un indice isolé, comme un chiffre du chômage un peu meilleur que d’habitude, ou un prix de l’immobilier en hausse légère, puisse représenter à lui tout seul un signe de reprise est excusable puisque la complexité de la machine économique peut très bien leur être inintelligible, mais que des économistes professionnels succombent à de telles illusions (s’ils sont dupes) ou participent à de telles campagnes de propagande (s’ils ne le sont pas) était spécialement inquiétant.

Devant un chiffre du chômage bloqué au taux officiel de 10 % et officieux de 17 %, et un stock immobilier qu’il faudrait près de neuf ans pour écouler (107 mois), l’Amérique était hantée par le spectre de la déflation. Elle n’ hésita pas : elle eut recours à l’arme ultime qu’est l’assouplissement quantitatif, euphémisme utilisé pour désigner la planche à billets, arme que le statut de monnaie de référence et de réserve de sa devise lui offrait, quitte à exporter ses problèmes à la surface du globe sous la forme de dollars dévalués de fait cherchant à se placer dans des économies en moins mauvaise posture que la sienne. La manœuvre ne fut guère appréciée à l’étranger. Au sommet du G20 à Séoul en novembre, les États-Unis se sont retrouvés dans une situation inédite : isolés face à une coalition constituée du reste du monde. Il n’en est pour autant rien sorti : devant la détérioration économique de l’Occident et le dynamisme du reste du monde, le G20 qui promettait monts et merveilles en matière de gouvernance mondiale a confirmé en 2010 l’impuissance qui est la sienne depuis sa mise en place en 2008.

L’Amérique n’a évoqué à aucun moment la crainte de la déflation comme sa motivation pour recourir à la planche à billets : elle a parlé plutôt de relancer son économie. Pendant ce temps-là, l’Europe de la zone euro choisissait d’accorder la priorité au règlement de sa dette publique, quitte à sacrifier la relance, puisque l’austérité, freinant la consommation, entraîne nécessairement une contraction de l’économie.

L’Europe, comme les États-Unis d’ailleurs, avaient fait le choix depuis 2008 de sauver les investisseurs à tout prix. Choix dont il faudra un jour écrire l’histoire et analyser les motivations et les ressorts. La première fausse note de cette partition viendrait d’Angela Merkel, le premier ministre allemand, qui engagea la zone euro dans une voie inédite : mettre à contribution les investisseurs en cas de difficultés à partir de 2013. Les prêteurs aux États européens se sont en effet vu annoncer qu’à partir de cette date, la prime de risque qu’ils intègrent dans le coupon réclamé sur la dette d’État deviendra pour de bon ce qu’ils ont toujours affirmé qu’elle était en réalité, à savoir une prime de risque à proprement parler, censée couvrir le risque de défaut de l’emprunteur. Reste à voir si les prêteurs seront heureux d’être pris au mot – même si c’est sur le tard dans l’histoire du capitalisme – et toujours aussi nombreux dans le nouveau cadre défini par ce codicille.

Bien sûr la zone euro n’avait d’ores et déjà plus d’autre choix, s’étant engagée avec le sauvetage de la Grèce au printemps 2010 et de l’Irlande à l’automne, dans une voie sans issue : celle où viennent en aide aux nations qui défaillent – dont le nombre croît sans cesse –, le groupe des survivants parmi les seize nations – dont la taille diminue dans la même proportion. C’est qu’après la Grèce et l’Irlande, le Portugal et l’Espagne apparaissaient eux comme immédiatement menacés.

Dans la zone euro, l’État le plus affaibli, la Grèce, a crié au secours le premier. On a créé tant bien que mal après des atermoiements coûteux, un fonds de garantie européen. On était en mai, les choses se sont tassées. Cinq  mois plus tard, l’attention s’est tournée vers l’Irlande dont le secteur bancaire, nationalisé à divers degrés, continuait de réclamer un soutien abyssal, représentant pour 2010 pas moins de 32 % du Produit Intérieur Brut de la petite nation de 4,5 millions d’habitants, une somme qui pourrait atteindre au total 150 milliards d’euros.  Dans les conversations entre l’Allemagne et la France, le mot « restructuration » cessa bientôt d’être tabou quand on parlait de la dette de l’Irlande, de la Grèce, et des prochains dominos à tomber qu’étaient le Portugal et l’Espagne. Et sinon la « restructuration », du moins le « rééchelonnement » – ce qui du point de vue des créanciers veut dire la même chose : qu’une partie de la somme escomptée manquera à l’arrivée. Quoi qu’il en soit, ce seraient les détenteurs d’emprunts d’État – au premier rang desquels les banques – qui paieraient cette fois. Du moins si elles peuvent encaisser la perte. Si elles ne le peuvent pas et si elles figurent au palmarès des vingt banques « Too Big to Fail », trop grosses pour faire défaut – entendez « sans que tout ne s’effondre » – établi par le Conseil de Stabilité Financière du G20, il faudra que les États les sauvent. Avec quel argent ? Excellente question : serait-ce en faisant régler l’ardoise des vingt plus grosses banques du monde par le Fonds Monétaire International, le payeur de dernier ressort ? Impossible puisque, vivant des cotisations des États membres, ses ressources à lui ne sont pas non plus infinies.

De leur côté, les nations émergentes communément appelées BRIC (pour Brésil, Russie, Inde et Chine) eurent à lutter contre les capitaux spéculatifs venant rechercher sur leurs marchés des taux que les nations déclinantes ne pouvaient plus offrir. La Chine parvenait encore à retirer son épingle du jeu, retrouvant un taux  de croissance d’avant-crise. Sa situation n’était pas simple cependant, cherchant sa voie à tâtons entre les pesanteurs bureaucratiques du communisme d’antan et l’aventurisme du capitalisme sauvage. « Traverser le gué en s’assurant d’une pierre à la fois », avait dit Deng Xiaoping, à l’époque où il inaugurait la nouvelle politique. Mais le gué devient traître avec la pluie qui grossit le flot.

Et les peuples dans tout cela ? L’année se terminait sous le signe de leur rébellion. Le 6 mai, le passage en boucle sur les écrans des salles de marché du spectacle des émeutes en Grèce avait provoqué aux États-Unis un « krach-éclair ». Les Français avaient manifesté en masse et à plusieurs reprises à l’automne. Les Anglais, dont on admirait jusque-là la placidité, manifestaient eux aussi contre la suppression brutale de l’État-Providence par David Cameron à la tête d’un gouvernement de coalition dirigé par les Conservateurs. En Espagne, la grève des contrôleurs aériens conduisait à déclarer l’état d’urgence. Aux États-Unis, les familles dont le logement était menacé de saisie, se rebiffaient à la faveur d’une confusion née d’un double système d’enregistrement des titres de propriété. Enfin, l’Europe des gouvernants se mettait à trembler devant les appels à la révolution et à sa mise en œuvre par la panique bancaire, que lançait Éric Cantona, gloire du football international. Il rejoignait à la même époque dans la catégorie des modernes Robin des Bois, Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks qui provoquait de son côté la panique dans la diplomatie internationale en diffusant 250 000 messages échangés entre les ambassades américaines et leur Département d’État, révélant en particulier que ce dernier, rivalisant désormais avec la CIA et la NSA, se consacrait tout entier et à plein temps à l’espionnage.

En 2010, les dépenses occasionnées par la crise : sauvetage du secteur bancaire, relance, ajoutées au manque à gagner dû à la récession, ont entraîné les États à la suite de leur secteur bancaire. On se retrouvait dans une situation ubuesque où les banques détenaient de la dette d’État dépréciée en raison de l’aide et de la garantie que les États leur offraient, chacun tirant l’autre par le fond. Où cela s’arrêtera-t-il ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 24 DECEMBRE 2010

« Tout s’arrange ! »
Le retour des économistes
La Chine sauve l’euro
Bien ranger les dominos
CE N’EST PAS UN PROBLEME DE LIQUIDITE MAIS DE SOLVABILITE !
L’empereur est tout nu
Savent pas, peuvent pas, veulent pas
Karl Marx et la fin du capitalisme
Faire revenir des pilotes dans la cabine de pilotage

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OPTION DE PRIX UNIVERSEL DE LA VALEUR, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Restaurer la démocratie par la pacification monétaire mondiale

Le marché dirigé par la personne, existant de la société, n’a jamais existé dans l’histoire de l’humanité car il aurait obligé un pouvoir politique à se subordonner au privilège d’une autre personne que lui-même à fixer librement le prix des objets de valeur. Le pouvoir financier international anonyme est parvenu à asservir le pouvoir politique par son extra-territorialité issue de la mondialisation. La seule possibilité de restaurer la suprématie du pouvoir politique sur le pouvoir financier est l’instauration d’un marché financier international régulé par le droit personnel des démocraties nationales. La démocratie ne peut reprendre le contrôle de la finance sans s’en remettre à l’effet de la responsabilité personnelle dans l’exercice du pouvoir politique ou du pouvoir financier. L’hypothèse d’un modèle unique de démocratie mondiale est un leurre car elle supprimerait la concurrence historique des sociétés à la discussion du bien commun. Un gouvernement mondial est inéluctablement exposé à la dégénérescence impérialiste comme il en est de tout temps et actuellement des organisations géopolitiques trop puissantes.

En revanche, la création de l’euro dans un ensemble géopolitique régi par le principe de la démocratie montre que la discussion du bien commun par une monnaie commune oblige les pouvoirs politiques à se jauger réciproquement selon la valeur qu’ils produisent effectivement. Le recyclage de l’épargne sur un marché multinational dans une même monnaie oblige les gouvernements au calcul de leur prime d’option de légalité budgétaire. Les gouvernements se soumettent au jugement du marché sur les promesses qu’ils font à leurs électeurs. Ils sont obligés par l’effet économique réel de leurs promesses. Il ne leur est pas possible de soustraire l’économie à la démocratie sans que cela se voit par la mise au chômage des citoyens ou par le surendettement public. Une même monnaie entre plusieurs démocraties permet aux électeurs de dénoncer les injustices économiques et aux épargnants de mettre en doute une anticipation électorale fausse de la croissance de valeur.

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QUE VEUT FAIRE L’EUROPE AVEC l’EURO ?, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Crise internationale de la Loi

Dans une page difficile à tourner, François Leclerc passe en revue les contradictions politiques et économiques de l’Europe exacerbées par la crise des monnaies et du crédit. Depuis l’abandon de l’étalon or en aout 1971, la monnaie est dans le monde entier un pur produit des règles d’émission et de calcul du crédit par les banques centrales. Le crédit est depuis l’origine de la civilisation à la fois l’anticipation économique du futur et l’application du droit de la valeur dans une société. La relation formelle entre le droit et la loi économique qui rationaliserait la mesure de la valeur future n’est formulée ni par la science juridique, ni par la science économique. Cette relation est donc appliquée empiriquement. La crise actuelle traduit l’inefficience des règles élaborées dans le régime des changes flottants en vigueur depuis quarante ans. Le contexte nouveau d’une économie mondiale multipolaire précipite la dégénérescence de la monnaie. Les pouvoirs politiques ne savent pas comment réguler un système monétaire et financier qui ne trouve plus par lui-même les conditions d’une croissance économique compatible avec l’équilibre humain des sociétés.

La stabilité monétaire et financière est une question toujours ouverte d’économie politique. La création de l’euro a été une tentative de créer une référence monétaire internationale alternative au dollar. C’est la première expérience historique de monnaie multinationale dont la valeur soit fondée exclusivement sur le crédit. Une monnaie repose sur un système de valeur commun aux institutions politiques et aux agents économiques d’un même espace politique et culturel. L’hypothèse d’une communauté de valeur des États et citoyens de la zone euro a justifié l’instauration d’une même unité de compte. Tout objet de valeur formé dans cette communauté a pu s’échanger contre un prix en euro à la place des anciennes monnaies qui fluctuaient les unes par rapport aux autres.

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La paix monétaire, par Pierre Sarton du Jonchay

Compensation dans l’espace et le temps

La guerre des monnaies oppose les États émetteurs de monnaie de réserve aux États épargnants nets vis-à-vis du monde. Les monnaies de réserve sont le dollar, l’euro, le yen, le franc suisse ; toutes les monnaies qui peuvent être détenues quelle que soit sa nationalité et qui sont facilement convertibles en actifs financiers, en matières premières ou en d’autres monnaies. Une réserve de valeur internationale utilise une monnaie facilement convertible en n’importe quel objet de valeur en n’importe quel lieu aux prix les plus stables possibles.

Le motif de détention d’une réserve internationale est à la fois présent, passé et futur. L’acquisition d’une réserve impose d’avoir exporté des marchandises et d’en conserver la créance sur l’acheteur ; ou sur le prêteur de l’acheteur. Il est possible d’acquérir une réserve simplement en empruntant, c’est à dire en promettant un remboursement financé par des exportations futures au bénéfice direct ou indirect du prêteur. Les réserves internationales existent par le décalage dans le temps des exportations réglant des importations. Ce décalage est financé par les zones politiques émettrices de monnaie de réserve : elles prêtent aux pays déficitaires en empruntant aux pays excédentaires.

Au motif passé de détention d’une réserve par des exportations incomplètement compensées par des importations, répond le motif futur. L’emprunteur de réserve prévoit d’exporter plus dans l’avenir tandis que le prêteur de réserve prévoit d’importer plus dans l’avenir. L’existence de la réserve monétaire internationale traduit un équilibre de projet entre les pays temporairement déficitaires et les pays temporairement excédentaires. Il s’agit d’un équilibre logique où l’emprunteur croit qu’il pourra produire la valeur du remboursement et le prêteur croit qu’il recouvrera la contrevaleur de ses réserves épargnées.

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Trends – Tendances, jeudi 20 mai 2010

L’entretien est maintenant disponible en format pdf ici.

« On ne règle pas tout en un week-end ! »

Robert van Apeldoorn : La mise en place des dispositifs de sauvetage européens entraîne une austérité assurée pour la Grèce, plus d’austérité pour l’Espagne et le Portugal. Ne craignez-vous pas que ce tour de vis sera également opéré dans toute la zone euro ?

Paul Jorion : C’est un problème idéologique. On aurait pu penser que la crise constituait une critique du programme sous-jacent du traité de Lisbonne, qui est nettement libéral. Mais on assiste à un raisonnement inverse : les difficultés encouragent plutôt les pays à tirer la conclusion qu’il faut réduire les avantages sociaux et faire progresser l’approche libérale. Les populations ne sont pas prêtes à embrayer, à faire ces sacrifices. Car, dans leur conscience, il y a l’idée que le problème est né dans le secteur bancaire, et pas chez elles. Il est donc difficile de vendre le raisonnement d’un sacrifice nécessaire, car on aurait vécu au-dessus de nos moyens. La population voit que c’est la finance qui est le problème. Cette crise est très pédagogique. A la différence des précédentes, il y a eu un grand travail d’explication, réalisé par les télévisions, les médias.

Vous y avez contribué avec vos livres…

Je ne suis pas le seul, mais les journalistes ont bien relayé les analyses. Mon blog attirait 40.000 visiteurs par mois en octobre 2008, au plus fort de la crise bancaire. Il arrive maintenant à 300.000 visiteurs. Les gens veulent comprendre.

Les mécanismes mis en place à l’échelle européenne pour aider les pays à se financer sont-ils une bonne solution ?

Disons qu’ils règlent un problème de liquidité. Comme l’a écrit récemment Paul Krugman, on confond un problème de liquidité avec un problème de solvabilité. Le premier est aisé à résoudre rapidement, mais pas celui de la solvabilité. Mais voilà : dans les sciences économiques, on utilise des tours particuliers. Lorsqu’un problème est trop compliqué, on le simplifie, en pensant ainsi l’avoir réglé. Cela me rappelle un jeu de mon enfance, où il fallait déplacer des cases de couleur. Ici, pour aider la Grèce, on demande à l’Irlande, Malte ou Chypre de prêter de l’argent, alors qu’ils n’en ont pas les moyens. Ce n’est pas en glissant les cases que l’on va trouver une solution.

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L’actualité de la crise: le marché a toujours raison mais ne dit pas en quoi…, par François Leclerc

Billet invité.

LE MARCHE A TOUJOURS RAISON MAIS NE DIT PAS EN QUOI…

Avec un bel ensemble, toutes les bourses européennes, japonaises et américaines viennent à nouveau de louper une grosse marche. De son côté, l’euro continuait de descendre par rapport à toutes les monnaies, à l’exception de la livre anglaise. Dans le monde entier, les dirigeants s’alarment de la situation de l’Europe, depuis Pékin et Tokyo jusqu’à Washington. Timothy Geithner, secrétaire d’Etat Américain au Trésor, est à nouveau dépêché en ambassade auprès des Allemands, des Britanniques et de la BCE, à peine finie sa mission à Pékin. Barack Obama s’entretient une fois encore au téléphone avec Angela Merkel.

Plus la crise européenne se poursuit, moins son issue s’éclaire, plus elle acquiert une dimension internationale.

Pour tous, les sujets d’inquiétude sont en effet multiples. La chute de l’euro et la perspective d’une récession européenne viennent freiner les ambitions commerciales de tous ceux qui voient dans le développement de leurs exportations la seule opportunité de développer leur croissance. Le danger d’une déstabilisation du système bancaire européen, provenant de défauts jugés inévitables de certains des pays de la zone euro, pourrait menacer le système bancaire américain et déclencher un nouveau cataclysme, sévère rebond d’une crise qui ne manque pas d’occasions à cet égard.

Le Peterson Institute for International Economics estime que les banques américaines seraient globalement exposées à hauteur de 1.500 milliards de dollars dans l’Union européenne. Citigroup, pour sa part, évalue à 190 milliards de dollars l’exposition des cinq plus grandes banques américaines à la Grèce, l’Irlande, l’Italie, le Portugal et l’Espagne.

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L’actualité de la crise: le marché monétaire atteint, par François Leclerc

Billet invité

LE MARCHE MONÉTAIRE ATTEINT

A un rythme choisi, mais suivant des modalités qui convergent, les gouvernements européens s’engagent dans la voie d’une austérité injuste, que l’on n’appellera pas rigueur, car elle est tout sauf rigoureuse.

Laissons à l’OCDE, célèbre pour sa pantalonnade à propos de la radiation les uns après les autres des paradis fiscaux de la liste de la honte, le soin de mettre les points sur les « i ». Présentant un rapport sur l’économie Française, son secrétaire général Angel Gurria a dit aujourd’hui tout haut ce qui n’est encore exprimé que mezzo voce dans la plupart des capitales européennes. Laissant encore espérer que l’austérité salariale et les coupes dans les programmes sociaux, c’est pour les autres.

« La France est bien placée pour assurer une reprise solide à la suite de la crise économique, à condition qu’elle redresse ses finances publiques en opérant des coupes dans les dépenses et en réformant son système de retraites. (…) Des réformes structurelles supplémentaires sont nécessaires », ajoute-t-il pour ne pas être en reste, la principale étant à ses yeux une refonte qualifiée de « vitale » du marché du travail : »le coût du travail doit être réduit, et les taux d’emploi parmi les travailleurs âgés et les jeunes peu qualifiés doivent être accrus ».

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Quel temps fait-il le 21 mai ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le 11 mai, je vous ai présenté un « état des lieux » sous le titre Quel temps fait-il ?. Nous sommes dix jours plus tard. J’ai pensé qu’il serait intéressant de faire une mise à jour. Ce sont les mêmes six graphiques, nous allons simplement examiner comment les choses ont évolué.

Grèce 2 ans : le 6 mai 14,906 % – hier 7,238 %

Portugal 2 ans : le 6 mai 5,509 % – hier 2,613 %

Espagne 2 ans : le 6 mai 2,61 % – hier 2,061 %

De ce côté-là en tout cas, la stabilisation est évidente.

Taux grec 2 ans

© Bloomberg

Taux portugais 2 ans

© Bloomberg

Taux espagnol 2 ans

© Bloomberg

Passons maintenant au VIX. La volatilité des options sur l’indice boursier américain S&P 500, un bon thermomètre de la nervosité des marchés. Là, les choses ne s’arrangent vraiment pas : après une brave accalmie, c’est la détérioration. Ce n’est pas une surprise si l’on a suivi l’actualité boursière : sur les dix derniers jours, le CAC 40 a perdu 8,5 % de sa valeur et le Dow Jones, 6,6 %. Comme le Dow Jones a baissé désormais de plus de 10 % depuis son plus haut du 26 avril (-10,1 % hier en clôture), le marché boursier new yorkais est officiellement « bearish » : baissier.

VIX

© Bloomberg

Passons au TED. Le TED, je le rappelle, c’est le Treasury-Bill – Euro Dollar : la différence entre le taux qui s’applique aux bons du Trésor américains à trois mois et le taux que les banques exigent l’une de l’autre pour un prêt à trois mois. C’est le baromètre de la « confiance » qui règne entre elles : moins elles se font confiance, plus grande est la prime de risque qu’elles incluent dans le taux d’intérêt qu’elles exigent l’une de l’autre.

Il faut garder la tête froide : le TED avait atteint 464 points (4,64 %) le 10 octobre 2008. On parle ici de 33 points (0,33 %), on est donc encore très très loin d’une atmosphère qui provoquerait le tarissement du crédit interbancaire, comme on l’a observé dans le sillage de la faillite de Lehman Brothers. Cela dit, la tendance n’est pas bonne.

TED

© Bloomberg

Enfin, l’euro. Dix jours sont représentés sur le graphique.

Après une baisse très nette, on se rapproche du statu quo par rapport à il y a dix jours, grâce au coup de poing sur la table allemand. Certains continueront de se réjouir, en affirmant qu’une baisse de l’euro par rapport aux autres devises ne peut que faciliter l’exportation. L’argument ne serait pas sans mérite, comme on dit, si ce n’est que la plus grande part du commerce des pays de la zone euro se fait à l’intérieur de la zone.

€ vs. US$

© Dow Jones

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Un abominable malentendu !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Extrait d’un article du Wall Street Journal en ligne d’aujourd’hui : EU Call for Unity on Short-Selling Ban Angers France

The euro came under new pressure amid a market perception that an EU-wide crackdown on short-selling could make the common currency the main way for investors to express bearish views on the region’s debt crisis.

Je traduis : « L’euro à nouveau soumis à des pressions en raison d’une perception du marché qu’une répression de la vente à découvert à l’échelle de l’Union Européenne pourrait transformer la monnaie commune en principal moyen pour les investisseurs d’exprimer leur opinion négative sur la crise de la dette dans la région ».

Soyons donc reconnaissants aux journalistes du « Journal », Matthew Dalton et Terence Roth, de nous avoir ainsi ouvert les yeux. Nous avions en effet le sentiment qu’il s’agissait pour des spéculateurs de précipiter la chute de pays en difficulté financière pour tenter d’en tirer autant d’argent que possible, alors qu’il ne s’agissait en réalité que d’investisseurs soucieux d’exprimer une opinion ! Le malentendu était donc total.

Mais le mal est réparé. Gageons qu’en apprenant cela, Mme Merkel se rendra compte qu’elle a succombé à son tempérament soupe-au-lait et reviendra sur sa décision précipitée.

Et quant à moi : « Mea culpa ! », ou en américain : « Sorry guys ! No hard feelings ! » (Mes plus plates excuses les poteaux ! Sans rancune !)

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Vers un « mark reconstitué » ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

C’est un beau tollé ce matin, une belle levée de boucliers : « Regardez ce qu’a fait l’Allemagne : elle enfonce encore davantage l’euro ! ». Ou encore, le titre d’un article du Wall Street Journal : « L’interdiction par l’Allemagne des positions nues dans la vente à découvert de certains instruments de dette et des Credit–Default Swaps, ainsi que de certains titres cotés en bourse, pourrait affaiblir l’économie globale ». Ah ! quelle touchante sollicitude de la finance spéculative pour l’économie globale ! Elle a parcouru du chemin apparemment depuis 2008, ne nous plaignons donc pas !

Je ne sais pas pourquoi, mais je ne donne pas pour autant l’Allemagne perdante. Ni la Chine d’ailleurs, à l’autre bout du monde. Le tri est en train de se faire à vive allure entre les gagnants et les perdants. Curieusement je ne vois pas le Royaume-Uni parmi les gagnants – malgré sa garde prétorienne imposante de hedge funds.

Si la France et les autres ne rejoignent pas rapidement l’Allemagne dans sa mise au pas de la finance spéculative, on risque de voir se constituer un euro « vitaminé », équivalent à un « mark reconstitué », regroupant l’Allemagne et sa zone d’influence en Europe – qui ne s’étend pas seulement au Benelux et à l’Autriche, mais peut inclure aussi une grande partie, voire la totalité des anciens pays communistes d’Europe Centrale. Il y aurait alors au centre, un Saint-Empire, et sur le pourtour, ce qu’on appelait à l’époque, les « marches » : « zones de confins entre deux dominations », si l’on en croit le dictionnaire. Il ne faudra pas alors venir se plaindre.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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