Archives par mot-clé : Franklin Delano Roosevelt

N’AVOIR PEUR QUE DE LA PEUR ELLE-MÊME, par zébu

Billet invité.

Le ‘précédent’ chypriote a eu l’avantage de procurer à l’économie libérale le salut que lui procurait son statut de paradis fiscal : une argumentation toute trouvée.

Entre la faible fiscalité dudit pays (mais non la seule en UE et même en zone euro), la présence pour le moins massive des dépôts russes et massivement utilisée dans le schéma présenté par la Troïka sous le nom ‘d’eurogroupe’ et le rôle de pompe à fluides de Chypre dans les IDE (Investissements Directs Étrangers) en Russie, on avait l’embarras du choix pour justifier le passage d’un ‘bail-out’ à un ‘bail-in’.

Car, de ‘bail-out’, il n’était plus question, pour l’Allemagne, le FMI comme pour la BCE, le PSI réalisé en Grèce prouvant s’il en était que ce type de solution avait atteint ses limites, celles de la solidarité européenne, des déficits publics en Europe mais aussi des effets collatéraux sur le système bancaire. Pour la première fois donc, la Troïka prit la décision de tester un schéma de ‘bail-in’ dans le cas de Chypre, cas qui perdurait depuis plusieurs mois déjà, à savoir ‘faire payer’ les banques et en premier lieu leurs contreparties, afin d’éponger les créances douteuses (i.e., les recettes estimées comme perdues du fait des défauts des clients emprunteurs) : actionnaires, créanciers des banques mais aussi déposants.

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L’anthropologue et économiste Paul Jorion : « stopper la spéculation »

Divers organes de presse reprennent une déclaration que j’ai faite à l’AFP (Le Point, Le Nouvel Observateur, L’Express20 minutes, Le Républicain Lorrain…)

RENNES – L’anthropologue et économiste Paul Jorion, ancien financier qui avait prévu la crise des subprimes, estime que le futur président devra d’abord tenir compte de la gravité de la situation et « stopper la spéculation ».

Q: Qu’attendez-vous du président après son élection ?

R: J’attends tout d’abord qu’il prenne des mesures tenant réellement compte de la gravité de la situation, comme cela a pu être fait en 1933 par Franklin Roosevelt. Si c’est Nicolas Sarkozy qui est réélu, j’attends qu’il fasse – mieux vaut tard que jamais – ce qu’il a promis en septembre 2008, à savoir refonder le capitalisme. Si c’est François Hollande qui est élu, j’attends des mesures dans le même ordre d’idées, mais plus radicales, à savoir mettre en place les éléments du système qui remplacera le capitalisme dont la faillite a été constatée en 2007.

Q: Que devra-t-il faire en premier ?

R: Stopper la spéculation. Je le réclame depuis 2007. Ce n’est pas compliqué: il y avait deux articles qui l’interdisaient dans le code pénal (art. 421 et 422) et un autre dans le code civil (art. 1965). Ils ont été abrogés en 1885 sous la pression des milieux d’affaires, au terme d’une campagne qui a duré près de trente ans. Il suffit de restaurer ces articles.

Q: Ce qu’il ne devra surtout pas faire ?

R: Il ne devra surtout pas se mettre aux ordres du Fonds monétaire international (FMI) et prendre des décisions qui poursuivent la mise en application du programme ultralibéral de cet organisme depuis soixante-dix ans, et qu’il impose en ce moment à la Grèce.

 © 2012 AFP
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BFM Radio, lundi 8 mars 2010 à 10h46 – « La finance boit, les nations trinquent »

2008 aura été l’année des banques, 2010 semble bien parti pour devenir l’année des nations. On ne s’en étonnerait pas : quand le système bancaire s’est effondré à l’automne 2008, les États sont intervenus et ont pris en charge l’ensemble des pertes subies. Un an et demi plus tard, ce sont eux qui se trouvent acculés. Ils se tournent maintenant vers leurs citoyens et leur disent : « Vous avez vécu au-dessus de vos moyens ! Le moment est venu de vous serrer la ceinture ! » Les Grecs dans la rue la semaine dernière n’avaient pas l’air très convaincus. Les Islandais ont été encore plus catégoriques dans leur vote de samedi dernier : « Ce n’est pas nous : ce sont les clients de nos banques qui trouvaient normale une rémunération de leurs placements de 50 % supérieure à ce qu’on trouvait ailleurs. Ils croyaient au Père Noël. Ils n’auraient pas dû ! »

Avec du désordre dans la rue, les choses sont mal engagées. Les agences de notation en particulier, détestent ça. Comme toujours, les responsabilités sont multiples. Les économistes ont leur part, et elle plus lourde qu’on ne l’affirme ordinairement. Ce sont bien eux après tout qui ont dit : « Le crédit et l’argent, c’est la même chose ! » Et cette erreur-là, elle est irréparable. Le principal coupable est mort depuis longtemps : il s’appelle Henry Thornton (1760 – 1815), et son nom serait tombé dans l’oubli si Joseph Schumpeter n’en avait pas fait le héros révolutionnaire qui avait découvert « l’équivalence du crédit et de l’argent ». Et pourquoi pas, puisqu’on y était, que l’argent lui-même était en réalité une dette !

Que s’est-il alors passé ? On s’en est donné à cœur joie : de longues chaînes de créances se sont créées où chacun considérait comme sa richesse, non seulement l’argent qu’il avait mais aussi celui qu’il avait prêté. Or celui-là, il l’ignorait encore mais le découvrirait à partir de 2007 : il ne le reverrait plus nécessairement. On s’émerveillait aussi du fait qu’un pari gagné grâce à de l’argent emprunté permettait des gains mirifiques : le fameux « effet de levier ». On savait bien qu’il existait un risque mais ce risque, avec la titrisation, on l’empaquetait et on le revendait, et on le revendait à un prix qui, dans l’euphorie générale, apparaissait comme une excellente affaire. Si bien qu’au lieu de s’éparpiller, il se concentrait en réalité dans le portefeuille des banques les plus prospères. Or, certains risques – comme les maisons construites en zone inondable ou dans les couloirs d’avalanche – ne devraient simplement pas être pris. La grande folie du crédit dans la « nouvelle économie », n’était en réalité pas assurable.

On connaît la suite : les pertes faramineuses s’accumulèrent. Les États réglèrent l’ardoise et rouvrirent les casinos. Avec les mêmes tauliers.

Un grand homme politique s’est quand même indigné et a dit : « Confrontés à l’effondrement du crédit, ils n’ont proposé que le prêt de plus d’argent ». Les politiques avaient-ils compris ? Hélas non puisque celui qui parle, c’était Franklin Roosevelt, dans son discours inaugural en 1933. Quand j’étais gosse on voyait le long des routes : « Les parents boivent, les enfants trinquent ». Aujourd’hui ce serait plutôt : « La finance boit, les nations trinquent ».

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Discours d’investiture le 4 mars 1933, par Franklin Delano Roosevelt

Billet invité. 😉

Président Hoover, monsieur le président de la Cour Suprême, mes amis :

Voici un jour de consécration nationale. Et je suis certain qu’en ce jour mes concitoyens américains attendent qu’à l’occasion de mon accession à la présidence, je m’adresse à eux avec la sincérité et la résolution qu’impose la situation présente de notre peuple.

C’est par dessus tout le moment de dire la vérité, toute la vérité, franchement et courageusement. Nous ne pouvons faire l’économie de l’honnêteté face à la situation de notre pays aujourd’hui. Cette grande nation résistera, comme elle a résisté, se relèvera et prospérera.

Donc, premièrement, permettez-moi d’affirmer ma ferme conviction que la seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même — l’indéfinissable, la déraisonnable, l’injustifiable terreur qui paralyse les efforts nécessaires pour convertir la déroute en marche en avant. Lors de chacune des noires heures de notre vie nationale, un franc et vigoureux commandement a rencontré cette compréhension et ce soutien du peuple même qui sont essentiels à la victoire. Et je suis convaincu que de nouveau vous lui donnerez votre soutien en ces jours critiques.

C’est dans cet état d’esprit, de ma part et de la votre, que nous devons faire face à nos difficultés communes. Elles ne concernent, Dieu merci, que les choses matérielles. Les valeurs ont chuté à des niveaux fantastiques ; les taxes ont augmenté ; notre capacité à payer s’est effondrée ; partout les gouvernements font face à de sérieuses réductions de revenus ; les moyens d’échanges sont bloqués par le gel des courants commerciaux ; les feuilles mortes des entreprises industrielles jonchent partout le sol ; les fermiers ne trouvent plus de marchés pour leurs produits, et pour des milliers de familles l’épargne de plusieurs années s’est évaporée. Plus important, une foule de citoyens sans emploi se trouve confrontée au sinistre problème de sa survie, et à peu près autant triment pour un salaire misérable.

Seul un optimiste idiot pourrait nier les sombres réalités du moment.

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