Politique pour la Cité vs politique politicienne, par Terence

On ne se rend pas toujours compte à quel point les politiciens sont préoccupés par des questions personnelles très éloignées des enjeux de fond, et pourtant paradoxalement ces questions personnelles et ces enjeux de fonds sont, in fine, totalement liés.

A quoi peuvent et doivent penser nos dirigeants pendant que la planète brûle ? Souvent à sauver leur peau politique, à augmenter leur pouvoir, à se défendre contre les attaques, à neutraliser la concurrence. On pourrait le leur reprocher mais in fine, ils sont esclaves des nécessités du pouvoir et du système…

Ainsi le politicien doit faire de la politique petit « p », de la politique politicienne, y compris et peut-être surtout au sein de son propre parti, dont il doit garder, si pas la maîtrise, au moins le soutien. Pourquoi ? Tout simplement pour « accéder et se maintenir au pouvoir ». Le plus grand concurrent d’un politicien par rapport à un poste de pouvoir qu’il convoite n’est pas toujours quelqu’un issu du parti le plus éloigné. Souvent il s’agit d’abord du collègue du même parti qui convoite le même poste. Ensuite il s’agit de celui du parti le plus proche (en poids électoral ou en positionnement idéologique) qui convoite le même poste. Pour accéder et se maintenir au pouvoir intermédiaire, on doit recueillir le soutien de sa base, de la base du parti et l’adoubement du top du parti. Pour accéder et se maintenir au sommet du parti (ou de l’exécutif), il faut aussi le soutien de sa base, de la base du parti et … faire le vide autour de soi, constamment.

Cela n’est pas propre qu’à la politique mais universel à toute organisation (entreprise, administration, association, université), l’homo sapiens est aussi homo politicus et fait face aux mêmes jeux de luttes intestines et externes partout où le pouvoir se condense dans une institution. Parfois, on n’a le choix qu’entre « tuer son concurrent ou périr », car le pouvoir suprême s’accommode mal de la menace de la concurrence. Ainsi, les médiocres ont plus d’avenir face à un monstre politique qu’ils ne menacent pas, qu’un jeune premier ambitieux, qu’on préférera envoyer gouverner une marche de l’empire (le jeu entre César, Pompée, Crassus, Antoine, Octave…), voire qu’on neutralisera (au besoin par l’élimination directe au temps de Rome, aujourd’hui, un scandale peut suffire). Les médiocres, car ils ne sont pas assez menaçants pour les échelons supérieurs (concept relatif en fonction de la hauteur où on analyse la pyramide), s’ils sont loyaux, pourront être utilement utilisés par les prédateurs du haut de la pyramide, on pourra même les couvrir de récompenses pour garantir leur loyauté et leur fidélité. Etc.

Mais on attend aussi du politicien qu’il fasse de la politique grand « P », qu’il se hisse à la hauteur de femme ou homme d’Etat, surtout lorsque les circonstances l’exigent. Malheureusement, les petits jeux de pouvoir, s’ils consistent à « vendre son âme au diable », sont souvent orthogonaux aux nécessités vitales de la Politique (le top devient l’esclave de sa base et ne peut plus bouger le petit doigt).

Les deux (le jeu du pouvoir et la mise en oeuvre de la Politique) sont liés car la personnalité du top ou du politicien à n’importe quel échelon change du blanc au noir la Politique de fond qu’il peut mener. C’est pourquoi des profils comme Franklin D. Roosevelt furent précieux : le politicien et le Politicien dans la même personne, c’est assez rare, qui peuvent dominer pendant de longues années et l’arène politicienne et la Cité au niveau Politique.

Une option plus accessible est de combiner des politiciens (qui obtiennent le poste de pouvoir) et des « Politiciens », c’est-à-dire des conseillers qui ont des idées et de la vertu Politique, qui ne recherchent pas pour eux-mêmes la gloire externe du pouvoir, et qui peuvent « utiliser » le véhicule du « politicien » pour faire bouger la Cité. Le problème est qu’à un moment donné, le vrai chef, c’est le politicien, pas le conseiller (Prince vs Philosophe, Tsipras vs Varoufakis, etc.). Quand le vrai chef joue sa survie, la Politique n’a plus aucune importance, seule compte la politique politicienne, les coups bas, les décapitations de concurrents, etc. Le conseiller comprend vite qu’il n’est qu’un second couteau dans le système du pouvoir.

Il faut donc aimer la lutte interpersonnelle pour être politicien et pouvoir accéder à la Politique… On ne peut pas aller en permanence contre sa nature.

On ne peut donc laisser les politiciens à eux-mêmes sinon ils sont seuls face aux nécessités de la seule survie politique, qui impliquent en général un conservatisme Politique. On a besoin d’une pression politique sur les gouvernants émanant par exemple d’un mouvement, d’intellectuels, de syndicats, de groupes citoyens, de scientifiques, pour provoquer un alignement entre « survie politique » du politicien et « nécessité de la Politique ». Concrètement, le politicien doit sentir que s’il ne fait pas de la Politique, il risque de perdre son poste au niveau politicien.

On ne peut concevoir ainsi Lyndon B. Johnson sans Martin Luther King. Les plus grands personnages d’Etat le furent autant par leur caractère que par l’existence d’un opposant public numéro 1, et d’un mouvement les mettant sous pression, afin qu’ils sentent que faire de la Politique était leur seule option pour se maintenir au pouvoir politicien. C’est alors qu’on connaît des périodes de grande Politique.

Pour le climat, c’est exactement ce dont nous avons besoin : des Greta Thunberg à toutes les échelles géographiques et institutionnelles, qui catalysent une énorme pression citoyenne et populaire sur les gouvernants.

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38 réflexions sur « Politique pour la Cité vs politique politicienne, par Terence »

  1. Terence, connaissez-vous le « baiser de la Dame » ? Savez-vous de quoi il s’agit ?

    Le monde ne dispose hélas ! que d’une et une seule Greta Thunberg…

    Alors bon… Échec et mat ?

  2. Surtout « On ne se rend pas toujours compte à quel point » la prise de décision en entreprise ou dans la sphère politique peut être complexe.

  3. J’ai une vision un peu différente de ce qui fait que certains leaders restent dans les mémoires comme grands . Je pense que presque toujours il faut la conjoncture d’éléments multiples :

    – une circonstance grave et énorme ( catastrophe systémique , guerre , crise environnementale violente ….) qui frappe une large collectivité dans ses affects et sa raison , qui la  » laboure » et révèle les milliers de petites contributions déjà existantes qui sont aptes à s’attaquer au problème ( cf Tolstoï).
    – une personne à tempérament de leader qui ait aussi des qualités d’affect , de gout du neuf , des aptitudes fortes à l’organisation et à l’anticipation , et dont la compréhension de ce qui se passe soit réellement en phase avec la réalité en cours qui s’impose à la collectivité ( c’est le point le plus difficile ) . Son émergence reste un petit mystère mais le plus souvent c’est quelqu’un ou quelqu’une qui n’est pas totalement isolé et qui a déjà une histoire personnelle .C’est un modèle pas si rare , mais le principal est que le modèle soit vraiment le modèle adapté au moment vécu et ressenti par la collectivité .Encore faut il que la collectivité ne se trompe pas de réalité ou ne se berce de faux semblants et de poupées expiatoires .
    – il faut aussi que cette « réponse incarnée à une crise », soit à l’échelle territoriale du problème posé , pour qu’elle puisse se structurer et organiser l’équipe qui sera au charbon , et porter ainsi de façon efficace  » par délégation » ce que la vox populi attend ou espère de fait et qu’elle est alors toute prête à booster parce que c’est  » le sens de l’histoire » . Ça peut être ardu si le problème est mondial même si on a l’impression que  » l’incarnation managériale » des solutions possibles se jouent entre USA et Chine . Le bon scénar pourrait être que les deux leaders coopèrent , mais on sait que deux caïmans dans le même marigot c’est potentiellement peu prévisible , et surtout dangereux pour les autres occupants de la mare .Entre les deux et quelques autres excités , Europe cherche bonne gouvernance et grande âme masculine ou féminine .

    Dans tous les cas de figure , la fin c’est la survie de l’espèce , ça n’est pas le podium des grands gouvernants qui ne réussiront jamais que s’il y a de grands peuples faits de citoyens plus que de consommateurs .

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  4. Votre analyse semble s’appuyer sur un présupposé non débattu : celui d’après lequel il ne saurait exister d’organisation efficiente de sociétés humaines qu’une construction selon un modèle pyramidal plus ou moins obtus. Il n’est alors pas étonnant que votre raisonnement aboutisse, comme souvent, à la mise en évidence de la nécessité d’une personne, d’une équipe et pourquoi pas d’une famille providentielle ou à défaut d’un aiguillon providentiel susceptible de tenir une entité (personne, équipe, famille) mollement providentielle sur le droit chemin de la politique avec un grand « P » ! Avec un peu plus de hardiesse dans la récurrence il est sans doute possible d’imaginer voir d’identifier un peuple providentiel susceptible d’engendrer un aiguillon providentiel, lui-même susceptible et cætera…

    Pour autant, les sociétés humaines les plus contemptrices de leurs membres ne sont-elles pas justement celles d’où n’émerge aucune singularité providentielle en matière de prise et d’exercice de pouvoir sur les autres ? A force de nous ressasser nos mythes et contes de fées de génération en génération, peut-être avons-nous fini par croire qu’il faut toujours un Jupiter qui commande aux dieux et demi-dieux qui à leur tour commandent aux simples mortels ? Et peut-être avons-nous inventé ces mythes dans l’intention de justifier et de faire accepter des institutions que les membres des organisations humaines concernées avaient du mal à ingurgiter ?

    Il est en tout cas permis de se demander pour quelles raisons ce possible (l’organisation pyramidale du pouvoir) parmi tant d’autres est systématiquement présenté comme un plafond indépassable et si nécessaire en recourant aux béquilles de l’histoire de la domination, à la prétention au réalisme et à la mise en garde contre les utopies de tous poils ?

    Je n’ai pas de réponse à cette dernière question mais rien n’interdit de rechercher un lien entre nos habitudes d’accaparement du pouvoir économique dans nos sociétés et le fonctionnement effectif de nos institutions, quel que soit d’ailleurs le modèle (démocratiques, ploutocratique, fasciste, leader maximaliste…) dont ces dernières se réclament.

    Pour rejoindre le cheminement de votre texte, je dirais moi aussi que les deux (organisation du pouvoir économique et institutions politiques) sont intimement liés et qu’au lieu d’attendre de nos institutions politiques habituelles de corriger (par le truchement d’Hommes providentiels) d’éventuels défauts de traitement économiques, nous devrions d’abord viser l’équilibre du pouvoir économique entre les membres de nos sociétés (au hasard l’abolition des privilèges actionnariaux) afin qu’il puisse en résulter un système de gouvernance le plus à même de perpétuer cet équilibre.

    Et pour anticiper d’éventuels épithètes sensés me faire accepter des soi-disant évidences que je refuserais de voir, je sors mon talisman que je garde toujours à portée de main : l’utopie c’est le nom que le vainqueur du rapport de force du moment donne à la plus grande menace qui pourrait le terrasser !

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    1. @JeNeSauraisVoir
      Complètement d’accord. Reste cependant une question par rapport à votre proposition : nous devrions d’abord viser l’équilibre du pouvoir économique entre les membres de nos sociétés (au hasard l’abolition des privilèges actionnariaux).
      COMMENT ?

      1. @JeNeSauraisVoir
        Complètement d’accord, bis.

        @Pascal
        Comment ? En instaurant la démocratie.

        En inventant une nouvelle organisation politique où les représentants sont sous le contrôle permanent des représentés pour s’assurer qu’ils travaillent bien pour l’intérêt général et non pour les intérêts privés.
        De toutes les manières nous n’avons vraiment pas d’autre choix que l’utopie. La démocratie « représentative » étant devenue un petit théâtre de Guignol où les gueux sont priés de débattre uniquement des questions sociétales en laissant les questions économiques, budgétaires et financières aux adultes qui les gouvernent.

        Toi y’en a pouvoir parler séparatisme ou islamo-gauchisme, mais toi pas comprendre dette ou politique budgétaire. Ça y’en a trop compliqué pour toi. Sinon Grand Malheur, riches partir et Soleil plus se lever !

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        1. Mon cher Roberto. J’ai comme l’impression que nous avons déjà eu cette conversation il y a un certain temps. 😉
          Mais j’ai comme l’impression d’être avec ma soeur Anne sur sa tour qui ne voit rien venir ! 😁

          1. Sœur Anne doit être particulièrement myope pour ne pas voir le fascisme qui vient à grands pas, seule solution pour maintenir d’une main de fer une société aux inégalités croissantes où l’avenir n’existe plus pour les jeunes générations.

            L’oxymorique « démocratie représentative » étant le problème, le bras armé des différents lobbies, je propose le boycott des élections : solution simple, ne risquant pas de vous faire mutiler par un milicien et qui offre l’énorme avantage de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, tout en ôtant toute légitimité aux représentants de l’argent.

            Et si sœur Anne en plus d’être très myope est également légèrement non-comprenante, on pourra lui expliquer que quel que soit le petit cheval qu’elle choisira aux prochaines élections, elle aura toujours la même politique économique et budgétaire : celle qui détruit toute possibilité du vivre ensemble.

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            1. @Roberto
              Soeur Anne pour Perrault attend, du haut de sa tour, le retour de leur frère qui doit s’opposer au désir de Barbe Bleue de vouloir tuer sa femme. Traduit en américain, elle attend la Cavalerie 🙂
              Donc, si j’ai bien compris, la Cavalerie serait : le boycott des élections et une explication de texte sur les portaits de Manu et Marine ?

              1. Pascal,
                Dans mon esprit le boycott n’est pas l’arme fatale qui va permettre de remporter la victoire dans la bataille décisive, mais uniquement l’indispensable préalable pour instaurer la démocratie. Il ne s’agit donc pas d’expliquer les comportements des Valls, Le Pen, Jadot et consorts, mais de rappeler l’évidence du carcan des traités européens qui rendent obligatoires les politiques austéritaires.

                Si le PS n’a pas présenté ses excuses pour l’infamie du quinquennat Hollande c’est que de toute évidence, il n’y a plus qu’une seule politique économique et budgétaire possible. Ce qui est la négation même de la démocratie.

                Dit autrement, toute politique de justice sociale étant désormais réduite aux interstices laissés par la politique austéritaire (comprendre celle des riches), un premier pas aussi réaliste qu’opératoire me semble être d’imposer le thème de l’illégitimité de nos « représentants », en remplaçant dans les esprits l’abstention passive par le boycott actif.

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        2. @Pascal
          @ Roberto Boulant
          C’est déjà pas mal que nous puissions nous mettre d’accord pour « d’abord viser l’équilibre du pouvoir économique entre les membres de nos sociétés ». Cela dit nous étions déjà d’accord, me semble-t-il, avec l’idée d’une constitution économique de Paul Jorion. Ce que je dis c’est qu’il faut commencer d’abord pas cet aspect et ne pas le concevoir comme un addendum de l’appareil existant.

          Quant à savoir comment y parvenir, je réponds sans détour qu’il m’est impossible d’épuiser la question à moi tout seul !

          En guise de contribution, j’ajouterai que l’abolition des privilèges féodaux a été possible d’abord en raison d’un évènement devenu nécessaire : les états généraux de 1789. Certes des personnalités singulières ont émergé dans le courant de la grande révolution mais ce fut justement dans un second temps et l’œuvre de la constituante, la législative et la convention a été possible en raison de la pression constante exercée par les paysans dans les campagnes et par les sans-culottes dans les villes.

          Il me semble par ailleurs que la situation du moment est suffisante pour appeler des états généraux du 21ème siècle. Le fruit parait bien mûr en tout cas ! Et encore une fois il n’est pas besoin d’homme providentiel pour y parvenir. Ceux que nous avons sous la main feront d’autant l’affaire que c’est au plus grand nombre (à nous simples mortels) qu’échoit le rôle d’aiguillon permanent dans les campagnes, dans les villes, en un mot dans la rue.

          Vous allez sans doute me rétorquer qu’il y a eu Nuits Debout, la Manif loi travail, les Gilets jaunes… et que la masse critique n’a pas été atteinte. Mais ce n’est pas une raison pour y renoncer. Il y a aussi qu’à ce jour, chaque catégorie s’occupe de son cahier de doléances et que nous songeons un peu moins à faire advenir des états généraux qui sont un passage nécessaire pour discuter du contenu de ces cahiers de doléances.

          Plus généralement, il me semble que par habitude nous discutons beaucoup de solutions et trop peu (c’est mon impression) de comment faire advenir le changement. Nous craignons que ce qu’il adviendrait nous échappe si nous n’avons pas pris le soin d’y réfléchir à l’avance dans le moindre détail. Mais les cavaliers savent que pour faire changer de direction à sa monture il faut d’abord la mettre en mouvement.

          1. Les grèves et manifestations massives contre la casse du code du travail sous Hollande et la destruction de la retraite par répartition sous Macron, prouvent de toute évidence que la société n’a plus son mot à dire en matières politiques.

            Seulement est-elle convoquée tous les cinq ans pour fournir un verni de légitimité à un individu qui disposant des pleins pouvoirs, aura ensuite la charge d’appliquer la politique des lobbies à coûts d’ordonnances, de 49.3 et de LBD40.

            En l’état actuel du rapport de force entre la population et l’argent, des états généraux sont absolument impossibles à imposer à ceux qui tiennent fermement le pouvoir et qui s’y cramponneront « quoi qu’il en coûte ».

            Que cette simple évidence soit acceptée par une majorité et nous aurons fait un premier pas vers la liberté.

  5. Deux anecdotes, et quelques réflexions à propos du « jeu politique » :
    – un élu local belge : « les sondages électoraux n’ont pas d’importance. Nous sommes vingt décideurs et quarante élus de notre tendance au Conseil communal. Chaque soir, chacun de nous serre 300 mains d’électeurs. Soit 1800 personnes. Il reste 30 jours avant les élections, ce qui fera 54000 personnes qui voteront pour nous. Nous aurons donc la majorité absolue, comme d’habitude ». Et c’est ce qui arrivera. L’étonnant c’est donc ce lien captif avec l’électeur. La social-démocratie, capable de fournir des avantages sociaux (logement social, emploi public) a longtemps vécu de cela. Si en plus elle va montrer qu’elle acquiert de nouveaux avantages sociaux ou sociétaux, elle représente une protection générale. Le parti prenant la défense du petit boutiquier également. Cette inertie de l’électorat est source du conservatisme de l’élu. Bien sur il faut faire face aux événements qui adviennent (attentats, tempêtes…). Mais le calendrier de l’action publique prévoit une grosse visibilité dans les 12 mois précédent l’élection. Et cette inertie vient compenser la « compétition » souvent soulignée et trop valorisée par les observateurs politiques. En général, les oppositions politiques ont un handicap de départ. Elles doivent se construire une base politique sans acquis, sans avantages. Elles doivent profiter d’un fort désaveu des partis au pouvoir (ainsi cet élu auteur de l’anecdote et tous les décideurs de ce parti ont volé en prison cinq ans plus tard, pour pratiques administratives frauduleuses relevées par la Justice à partir d’une enquête judiciaire sur d’autres éléments).
    – Un ministre, devant un aéropage d’entrepreneurs et autres puissances du territoire : « On dit que j »ai un égo démesuré ? En fait, ce n’est pas faux. Mais tous les hommes politiques ont ce défaut. Regardez ici mon suppléant, qui occupe mon fauteuil de maire pendant que je suis ministre, il a aussi un égo surdimentionné. C’est comme cela ». Cette dimension intervient également dans la lutte pour le pouvoir. Et c’est le parti qui hiérarchise les égos, les ambitions, qui organise la bonne distribution de l’occupation du pouvoir. Il y a là un jeu de réseaux qui est très important. La compétition est ainsi biaisée, avant l’appréciation de l’électeur. Le surgissement d’un compétiteur est moins à craindre que le débarquement d’un Ego parachuté par la direction du parti. Il est vrai que il y a la possibilité d’un outsider, plus forte dans certains régimes (Sarkozy, Macron) que d’autres. En Belgique, des jeux de réseaux se passent en coulisse (réseau catho, réseau franc-maçon) et ce d’autant plus que la multiplicité des partis force à une alliance APRES les élections pour construire une majorité selon les élus du vote ; dans un système « the winner take all », les alliances se font AVANT, au sein du parti.
    Ces deux remarques pour atténuer l’image un peu trop irréelle du jeu politique dans le billet.

    1. Mon père a été 36 ans élu conseiller puis adjoint au maire sur une commune de 3 à 4 000 âmes. La logique démocratique voudrait que la population fasse remonter les problèmes aux élus et que le conseil municipal (en France) demande au pouvoir exécutif, le maire et ses adjoints, de mettre en oeuvre ce qui est demandé par la population. Mais vous savez comme moi que notre « démocratie représentative  » Ne fonctionne pas ainsi. A l’image de notre Assemblée Nationale, le conseil municipal est le plus souvent une chambre d’enregistrement des désirs du maire et de ses adjoints.
      Mon père, simple ouvrier par ailleurs, le reconnaissait volontier. « Mais tu comprends les habitants, ils n’y connaissent rien aux dossiers, alors nous on les connaît.  » Mon père dont enfant j’étais fier faisait partie de l’élite (éclairé ) communale.
      C’est de ce modèle dont nous ne parvenons pas à sortir. Et par ailleurs nous voudrions que ça change. Mais c’est ce modèle paternaliste qui concentre le pouvoir aux mains de quelques uns qui s’autoproclament éclairés. Mais il faut bien reconnaître aussi que l’électeur moutonier s’arrange parfaitement de refourguer la responsabilité sur l’élu qui sera toujours bon de critiquer ensuite.
      Il n’y aura pas d’autres solutions que de mieux répartir le pouvoir entre des mains plus nombreuses.

      1. “Mais tu comprends les habitants, ils n’y connaissent rien aux dossiers, alors nous on les connaît. ”

        Oui Pascal, la plus part des gens s’en battent les roubignoles des trucs publics tant que ça marche grosso modo. On voit toujours les même tronches dans les réunions, quant aux dossiers, les élus, on peut leur glisser à peu près n’importe quoi tant que ça sert leur réélection. Y a dorénavant une sorte d’osmose entre certains fonctionnaires territoriaux ou d’état, certains élus et une partie des classes économiques jusque dans les plus petits échelons des territoires, que seul viennent parfois perturber quelques « grandes gueules » issues soit de syndicats, soit autodidactes dans la représentation avec des convictions arrêtées. Mais là aussi question de temps avant que ces derniers ne rentrent dans le moule ou se voit pousser petit à petit vers la sortie… Cette situation crée plein de petit fiefs, de petits roitelets, prêt à s’entretuer pour atteindre une fonction plus élevée (administrative, élective, économique). Y a qu’un truc qui les réveillent tous parfois, c’est le Budget ! Ah le budget ! Quand ça manque, là faut faire preuve d’imagination et faire les comptes comme à la maison. Mais quand on en est à gérer une collectivité comme à la maison, ça ne peut pas marcher non plus longtemps.

        Pendant ce temps que tout ce beau petit monde, construit chacun son centre aquatique, son palais des congrès, son office du tourisme, sa zone économique, fait sa publicité, son pôle d’attractivité et d’excellence, sa zone commerciale, son réseaux de transport propre, sa collecte d’ordures, ses points de collectes, son PLU et autres schéma directeur de SCOT et je passe des meilleures et plus belles, sans parler de ses armadas de gentils serviteurs gardes mioches et planteurs de fleurs, afin de garder à lui ou d’attirer à lui le fameux EMPLOI ! L’EMPLOI ! L’EMPLOI ! L’EMPLOI

        Déjà : https://www.youtube.com/watch?v=VUmt5H5zgII

        Bon courage les gens !

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  6. Même si la menace climatique n’est pas complètement identifiée, les effets vont s’amplifier et convaincre les plus attardés.
    Mais rien ne va disparaitre dans les us et coutumes. Politiquement l’effigie de Greta va être écartelée, tirée à hue et à dia par les politiques et les phénomènes de foires médiatiques vont redoubler lors des campagnes ou ventes de produits soumis au vote décisionnel.
    L’état du monde sera toujours bipolaire et l’on peut penser que la concurrence se fera sur les grands principes nouvellement identifiés en fonction des grands sentiments.

    https://www.youtube.com/watch?v=5rjusF4YZcQ

    Le climat lui restera insensible à la musique et à nos soucis.

  7. Je crois qu’il faut effectivement exercer une surveillance de nos dirigeants de parti politique et les empêcher de se rencontrer en douce, pour parler boutique tels des épiciers.
    C’est pourquoi, il faut un regard sur ces réunions ou l’on s’échange des dessous de table, plus que des grands desseins pour le pays. Aussi faut-il que les intellectuels français aillent y frapper à la porte et s’inviter de force au bal. Quitte à jouer les gilets jaunes… quitte à frapper assez fort pour que les murs en tremblent.
    Mais pour cela les intellectuels doivent se liguer entre eux pour peser et faire reconnaître, de vraies priorités, les constats et les divers diagnostics que l’on peut en tirer ; faire reconnaître les approches de la sincérité et du savoir et disqualifier les approches stratégiques de boutiquiers. Il faut promouvoir au-delà des clivages idéologiques, une méthode d’approche des constats et des données qui rendent les problématiques incontournables . (problématiques signifiant, ici, une mise en énigme des données et phénomènes de sorte qu’ils soient résolvables ou du moins propices à être traités, façon énoncé d’exercice.).
    Cette approche de coercition du politique ne signifie pas que les intellectuels décident du remède à la place du politique, mais il s’agit simplement de dissiper le brouillard (que ces derniers entretiennent à la façon dont a agi l’industrie du tabac), pour leur interdire toute stratégie de contournement visant à déclarer les bras ballants, « on a fait ce que l’on a pu »; ce qui est loin d’être le cas.
    En somme les intellectuels de tous bords doivent se liguer, mais sûrement pas comme le comité de salut public droite/gauche de Macron pour entériner coûte que coûte et contre l’évidence, les conformismes d’usages (bien commodes à une lucrativité d’escroc ne respectant plus l’utilité sociale ou l’obligation de résultat et dégoulinant d’externalités). Ils doivent imposer une façon d’aborder la politique en s’affrontant à la réalité plutôt qu’en cherchant des subterfuges de com . Et pour cela ils doivent enfoncer à coup de marteau les faits, les constats, les symptomatiques et en proposer une lecture commune derrière laquelle ils peuvent se solidariser au-delà des clivages. Le choix des remèdes restant bien sûr de l’ordre du politique, de l’idéologie, et des divergences d’opinions qu’ils peuvent s’autoriser au-delà de leur consensus sur les problématiques telles qu’elles se posent.
    Il ne faut pas laisser se réunir les dirigeants de partis seuls, car sinon ce travail d’élaboration des problématiques ne sera pas fait, et nous continuerons dans l’inefficience consentie sur l’autel des petites compromissions, des incantations à la « Tartarin de Tarascon », des brimades de l’intérêt général par l’intérêt privé.
    S’ils restent dispersés, jamais les intellectuels n’imposeront, ni un débat, ni une méthode, ni aucune science ou connaissance, encore moins de simples constats (et nous ne parlons même pas de solutions), leur parole sera soigneusement étouffée dans un brouhaha très intentionnel.

  8. Il faut lire la ‘Note sur la suppression générale des partis politiques’ de Simone Weil (Écrits de Londres, facilement trouvable sur le net).

    Il n’y a pas de démocratie avec des partis politiques ou des politiciens professionnels.

    Proposition de billet (le rapport est que les politiciens professionnels sont soumis aux ordres du pouvoir financier, et qu’ils feront tout pour que rien ne change) :

    Une monnaie sociale.

    Si on décidait que la monnaie serait créée par ce que les impôts financent aujourd’hui, on arrêterait de devoir courir après la croissance, et on éviterait ainsi tous les dégâts (morts, pollutions, disparitions d’espèces, réchauffement climatique…) liés à cette course.

    Qu’est-ce qu’on attend ?

    1. L’Union européenne au travers de sa banque centrale a sanctuarisé la politique monétaire en la mettant hors de portée des peuples. Si la BCE se prétend indépendante, il faut comprendre qu’elle l’est des décisions démocratiques qui ne peuvent plus avoir d’effets sur la politique monétaire suivie.

      La conclusion est d’une logique imparable : la politique monétaire de l’UE étant menée en dehors de tout cadre démocratique par des instances non élues, reprendre son contrôle implique impérativement une sortie de l’Union.

      1. L’indépendance de la banque centrale par rapport au pouvoir politique est écrit dans sa constitution. Je ne suis pas certain que ce soit le cas d’absolument toutes les banques centrales au monde mais c’est certainement le cas pour les banques centrales des pays occidentaux depuis leur fondation.

        1. C’est justement cette indépendance vis-à-vis du pouvoir politique qui pose problème. Les décisions monétaires qui engagent l’avenir des nations européennes sont maintenant prises par des banquiers en dehors de tout contrôle démocratique.

          Le contrôle de la monnaie implique donc la sortie de l’UE mais également, cela va sans dire, la renationalisation de la Banque de France.

          1. Non, on ne peut pas laisser des gens sans compétence technique infléchir la politique d’une banque centrale pour satisfaire les envies d’un gouvernement plus ou moins démagogue, dans l’ignorance totale des mécanismes monétaires. Ce que ça donnerait ? Suppression de la dette publique d’un trait de plume, encourager le banque centrale à créer de la monnaie jusqu’à ce que soit atteint … le plein-emploi, et autres fantaisies porteuses de cataclysmes (je n’invente rien, lisez les journaux).

            Si on veut s’en persuader sur un parallèle il suffit de regarder ce que cela donne de laisser des gens sans compétence technique infléchir la politique de Santé pour satisfaire les envies d’un gouvernement plus ou moins démagogue, dans l’ignorance totale des mécanismes sanitaires.

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            1. Le terme de « compétence technique » suppose qu’il existerait un substrat mécanique à l’économie, des règles applicables en tout temps et tout lieu qui permettraient de piloter l’économie de manière optimale. C’est précisément le crédo des banquiers qui essayent ainsi de cacher leur idéologie derrière une supposée « science » économique.

              Après 40 ans de néolibéralisme et près de 30 ans après l’entrée en vigueur du traité de Maastricht, le verdict est sans appel : l’union économique et monétaire ne fonctionne pas. Pire, elle a paupérisé la France, les pays du sud, Espagne, Italie, Portugal et transformé la Grèce en protectorat.

              Plusieurs commentateurs (trices) ont exprimé ici leur honte devant les paroles et agissements d’un Emmanuel Macron. Mais on peut ressentir la même honte devant un Villeroy de Galhau, l’archétype du « professionnel de la profession » qui comparant des choses qui ne sont pas comparables, la dette et le PIB, nous assène des ratios de bonne gestion… qui changent sans cesse au fil du temps.

              C’est bien parce qu’il devient impératif de se débarrasser des démagogues et autres idéologues incompétents comme le sieur de Galhau, qu’il nous faut en revenir de toute urgence à l’économie politique. Une économie au service du bien commun, sous contrôle du gouvernement, lui-même sous contrôle permanent de la population.

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              1. Le terme de « compétence technique » suppose qu’il existerait un substrat mécanique à l’économie, des règles applicables en tout temps et tout lieu qui permettraient de piloter l’économie de manière optimale. C’est précisément le crédo des banquiers qui essayent ainsi de cacher leur idéologie derrière une supposée « science » économique.

                La « science » économique est fausse à (à vue de nez) 40%. Cela n’infirme en rien que

                il existe un substrat mécanique à l’économie, des règles applicables en tout temps et tout lieu qui permettent de piloter l’économie de manière optimale

                La question n’est pas de remettre en cause ce principe fondamental très sain, elle est de remplacer les ± 60% de « science » économique qui sont de la daube.

                Je ne doute pas un instant que MM. Marx et Keynes, pour mentionner deux noms, auraient été d’accord avec moi sur ce point.

                1. Bonjour, quelques points d’interrogations que me suggère votre discussion:
                  Pourtant, il y a bien eu des périodes où la banque centrale n’était pas indépendante…
                  https://www.cairn.info/revue-d-economie-financiere-2014-1-page-157.htm
                  je sais que je ne vous apprends rien en la matière, mais j’y viens pour une question qui me taraude depuis longtemps:
                  Qu’est-ce qui fait que la banque centrale américaine décide de changer son objectif d’inflation , pour un objectif d’emploi ?
                  Quelles sont les modalités d’influence du politique américain sur sa banque centrale pour que cela puisse avoir vu le jour en Amérique et les éventuelles différences en la matière d’avec la BCE ?
                  Y a-t-il un lien avec le fait que les Américains se soient tournés vers la nouvelle théorie de la monnaie ?
                  Et dans ce cas, cette théorie est-elle plus une théorie issue des réflexions du monde politique (piégé sur de nouveaux impératifs) que du monde des techniciens de la finance ou de l’économique…Comme une intrusion de la façon de penser de Keynes qui face à l’économie dit « oui, mais les peuples »….
                  La modalité d’indépendance de la banque centrale des Européens n’est-elle pas un handicap qui empêche le retour de l’économie-politique?
                  Enfin, jusqu’à présent l’action de la BCE n’a permis que de garantir les salaires des hiérarchies sociales aisées (le haut du panier), dans une acception économiquement admise (donner de l’argent aux riches n’est pas vu comme un aléa moral, alors que l’inverse affole les décideurs). Cela se fait, semble-t-il, à travers la garantie du prix d’actifs boursiers, quelles que soient leurs qualités (par le déversement de monnaie qui permet la spéculation)… Et, au passage pour compenser, par la promotion de taux négatifs garantissant aux États leur capacité de financement afin qu’ils ne sombrent pas . Car tel le serpent qui se mord la queue, tout repose sur eux.
                  On a donc deux béquilles, l’une qui finance les riches, l’autre les états pour qu’ils soutiennent l’économique (sans discernement ce qui permet aux constructeurs automobiles de délocaliser avec l’argent de nos impôts). Et la circulation de l’argent ne se fait que dans un aquarium coupé des réalités du monde .
                  C’est donc de l’argent inutile, pour des inutiles qui ne savent plus quoi faire de leur argent, dépassés qu’ils sont par des échelles de grandeur qui ne sont plus humaines. Les cols blancs prospèrent pour secourir et surtout soulager de leur trop-plein les riches magnats, surmultipliant encore le manège infernal du tourbillon boursier dont la banque centrale va s’obliger à garantir le prix des actifs…On est chez la reine rouge d’Alice au pays des merveilles (Gael Giraud). Et pendant qu’aucune réalisation concrète n’émerge en Europe, le besoin d’argent est toujours plus grand tout autant que les velléités d’austérité visant les pauvres ou les classes moyennes.
                  Mais, ces dérives nous montrent que malgré les dénégations d’une classe décadente en panique, l’argent magique existe bel et bien pour garantir les salaires de nos banquiers et autres outrecuidants.
                  Ne pourrait-il pas cet argent , monétisé sur le même principe, mais avec des finalités d’utilités sociales (hors des conceptions d’un conservatisme de classe), venir garantir le salaire de professions utiles à la transition énergétique, mais dont la productivité contrainte par des principes écologiques serait insuffisante à s’autosuffire ou à garantir des prix à la production compatibles avec le pouvoir d’achat des ménages? (les paysans)
                  Ne pourrait-on pas , ainsi en revenir paisiblement aux anciennes priorités économiques des physiocrates, en les rendant compatibles par ce biais de monétisation, avec un monde moderne et une transition incertaine vers l’après-pétrole.
                  Mais pour cela ne faudrait-il pas imposer des décisions d’économie-politique aux techniciens de l’économétrie qui règnent sur la banque centrale européenne et trouver les canaux à la fois démocratiques et raisonnés, d’un tel pouvoir? Et sur quelle base de connaissance théorique ou quels indicateurs novateurs?
                  NB/ inutile de me répondre si ce n’est pas pertinent ou trop chiant ou que vous manquez de temps, pensez-y éventuellement un de ces quatre matins à l’occasion d’un de vos billets….

                  1. Qu’est-ce qui fait que la banque centrale américaine décide de changer son objectif d’inflation, pour un objectif d’emploi ?

                    Il y a malentendu : dès sa création en 1913 la Fed s’est vu assignée (à la différence de la grande majorité des autres) un « double mandat » : stabilité des prix et plein-emploi (maximum employment).

                    1. Medellín, le 25 avril 2021

                      @Paul Jorion @Roberto Boulant

                      Et probablement un ¨triple mandat¨ ne serait pas un plan mauvais non plus.. la lutte contre les monopoles / oligopoles… avant 2021 analysés par Mme Yellen meme…

                      https://mattstoller.substack.com/p/how-monopolies-broke-the-federal

                      Et, liées aux rapports de force issus des oligopoles: les patentes, qu’il nous faut casser, comme proposé par l’ex président Juan Manuel Santos, Nobel de la Paix 2016:

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                      On parle du passeport vert. Preuve numérique qu’une personne a déjà été vaccinée contre le COVID-19. Que cela soit mis en pratique dans la réalité ou que les barrières ne fonctionnent que dans l’esprit des humains, ce qui se prépare est une rupture sans précédent dans l’orbe terrestre. Les pays riches, totalement immunisés, vont créer des barrières réelles ou imaginaires. Des murs imposants pour empêcher l’humanité pauvre, infectée et contagieuse d’entrer. C’est une logique macabre. Cela pourrait être, sinon la fin de la fraternité humaine, du moins un très sérieux revers pour l’humanisme universel.

                      Entre-temps, plusieurs dirigeants, dont Juan Manuel Santos, ont appelé à la suspension des brevets pour le bien de l’humanité. Cela ne semble pas possible. Si c’est une question d’argent, nous ne disposons pas de mécanismes mondiaux permettant de créer un fonds mondial robuste pour acheter et appliquer des vaccins selon des critères d’équité. Le virus a mis à jour cette suite de la rupture entre Caïn et Abel, que nous avions adoucie, mais qui était accroupie là, pour agir dans la crise. Tout indique que l’égoïsme est une empreinte indélébile sur les êtres humains.
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                      (Sources: Humberto de la Calle, ex chef négotiations de la paix avec les FARC, Havana, Cuba, dans: El Espectador, dimanche 25 d’avril 2021).

                    2. Medellín, le 25 avril 2021

                      @Roberto Boulant

                      Heureusement, la subtile ironie ne vous échappe pas…..

                      https://www.touteleurope.eu/economie-et-social/les-monopoles-publics-dans-le-droit-de-la-concurrence/

                      Pour bien d’autres raisons encore, ce ne serait pas une mauvaise idée de commencer une série d’articles sur les dangers des relations ¨pétrifiées¨ au sein des organisations, et de continuer à réfléchir aux réponses à la question de savoir comment prévenir la bureaucratisation, la rigidité et la concentration du pouvoir, et ainsi éviter les chasses aux sorcières, le contrôle sur le contrôle sur le contrôle et la paranoïa hystérique.

                      Malheureusement et bizarrement, pas mal de ceux qui ont commencé cette quête ont fini à l’église des bottes noires.

                      https://journals.openedition.org/lectures/18596

                      https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01160853/document

                2. Si la stratégie des moyens pour éliminer « les ± 60% de « science » économique qui sont de la daube » est importante, elle reste malgré tout secondaire car beaucoup trop lente à pouvoir s’imposer (si tant est que la chose soit possible en régime néolibéral, ce dont on peut douter).

                  Au vu de l’urgence climatique et sociale, ce sont les moyens de la stratégie qui doivent bénéficier d’une absolue priorité. Détruire la mainmise des marchés et des transnationales extractivistes sur la conduite de nos sociétés ne relève pas de la sphère technique mais de la sphère politique. Or dans le cadre de l’UE, les dogmes économiques coulés dans le marbre des traités rendent impossible tout changement de paradigme.

                  Au doigt mouillé disons qu’en matière monétaire, économique, budgétaire et fiscale, les citoyens des pays de l’UE valent 5% et les lobbies 95%. Un rapport de force qui rend automatique et obligatoire la politique « politicienne », car comme le rappelait fort à propos un alcoolique anonyme : « Il ne peut pas y avoir de choix démocratique contre les traités européens ».

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                3. Quand la « science » économique affirme que la définition de la création monétaire est unique et donc inchangeable, elle se trompe à 100%.

            2. Le véritable intérêt que je vois personnellement dans l’indépendance des banques centrales , c’est qu’entre politique monétaire qui lui incombe , et politique budgétaire qui incombe au Politique , c’est une bonne façon de mieux gérer les temps longs et les coopérations , et de ce point de vue la BCE est plutôt une réussite . on se souviendra aussi que la Bundesbank a heureusement contraint et lissé les fantaisies allemandes ( ça existe !) lors de la réunification des deux Allemagnes .

              Ce n’est pas l’indépendance des banques centrales qui me dérange ( à la correction près de la science économique ) , c’est l’absence de projet économique sérieux et viable dans la coopération sur la durée ( le projet politique ) , des entités politiques ou qui se prétendent telles , incapables d’offrir à leurs peuples le seul avenir possible parce que commun .

              Le dessein et la gouvernance politiques sont beaucoup plus malades et pénalisants dans leur vacuité , que l’outil  » banque centrale  » , dont la nécessité est avérée .

              Si la BCE meurt , ce sera parce que les européens ne veulent pas vivre ensemble , et préfèrent se livrer à d’autres .

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              1. « La banque centrale européenne est « indépendante de tous sauf du monde financier », écrit l’ONG Corporate Europe Observatory dans un rapport publié début octobre. Les grandes banques ont totalement investi l’institution monétaire, pour mieux influencer ses décisions. »

                https://www.cadtm.org/La-BCE-capturee-par-le-monde

                La célèbre saillie aussi dédaigneuse qu’insultante « il n’y a pas d’argent magique », doit être traduite par la volonté de réduire à l’os les différents services publics afin d’en privatiser les seuls secteurs profitables (le dernier projet des furieux consistant à démanteler EDF et à ne garder dans le giron public que le secteur nucléaire, source de pertes abyssales et d’immenses dangers au vu de l’âge du parc de nos centrales).

                L’argent magique existe pourtant et il coula même à flots lorsqu’il s’agit de sauver le secteur bancaire en 2008. Avec pour résultat de transférer la dette privée aux États et de resserrer le nœud coulant d’une austérité désormais inscrite dans le Pacte de stabilité et de compétitivité. Car si contrairement à la politique monétaire, la politique budgétaire demeure officiellement une prérogative nationale, dans les faits, les économies pour qui l’euro est une monnaie surévaluée sont obligées de présenter des budgets austéritaires.

                L’Europe ne saurait être que celle des peuples et des libertés, celle des Lumières. L’exact inverse de l’UE qui est l’Europe de l’argent. De la guerre commerciale et financière qui met les États en compétition pour le moins-disant fiscal et les peuples pour le moins-disant salariale.

                Jacques Delors parlait de l’UE comme étant « une sorte de despotisme doux et éclairé ». Si on ne peut qu’être d’accord sur le terme de despotisme, il est maintenant évident au vu de l’austérité sans fin qu’il impose, que ce despotisme est totalement aveugle.

                Tout comme il est évident que la dépolitisation de l’espace social au profit de l’idéologie du marché – celle de la fin des idéologies et de l’avènement de gouvernements de techniciens -, remplace la douceur évoquée par M Delors par l’extrême-droite et sa haine pure.

  9. Medellín, le 25 avril 2021

    @Paul Jorion @Roberto Boulant

    Et s’il y a une Banque centrale dans le monde aujourd’hui qui n’est pas indépendante, c’est bien la Banque centrale de Chine. Et remarquablement, selon les déclarations qui lui ont été attribuées dans le Wallstreet Journal le 15 septembre 2014, le précédent gouverneur de cette banque centrale, le Dr Zhou Xiaochuan était (de tout cœur) d’accord avec cela aussi.

    Source: https://www.wsj.com/articles/BL-CJB-23830#:~:text=Headquarter%20of%20People's%20Bank%20of,China's%20central%20bank%2C%20in%20Beijing.&text=China's%20central%20bank%20isn't,People's%20Bank%20of%20China%20Gov.

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  10. Medellín, le 25 avril 2021

    (En parlant de pauvreté relative, permettez-moi de vous rappeler qu’au rythme actuel de vaccination, la Colombie, le Pérou et la Bolivie n’auront pas pu vacciner 75 % de leur population contre le covid19 avant DEUX ans, et le Paraguay avant pas moins de SEPT ans. Tous les pays susmentionnés ont d’énormes frontières directes avec le Brésil. Source : Portafolio, Bogotá, 21 avril 2021).

    Prof.dr. Eduardo Sarmiento, le 10 avril 2021 dans El Espectador, Bogotá, le journal ou travaillait Gabriel García Márquez:

    quote
    Des solutions propriétaires pour des économies dissemblables

    La domination des agences internationales sur les pays se reflète dans la collecte d’informations. Les informations sont synthétisées en quelques indicateurs représentatifs de toutes les économies.

    Comme s’il s’agissait d’informations régulières provenant de pays présentant les mêmes caractéristiques et des différences mineures qui sont attribuées à des facteurs aléatoires de la nature. L’impression est qu’ils sont tous les mêmes pour les mêmes raisons. On ne se rend pas compte que les solutions concrètes aux pays ne peuvent être obtenues qu’avec leurs propres diagnostics des causes du mal et des moyens de les surmonter.

    D’emblée, on peut constater que les conséquences de la crise pandémique ont été très différentes. Les pays les plus épargnés sont les pays d’Asie et les États-Unis, tandis que les moins épargnés sont l’Europe et l’Amérique latine.

    Les mauvaises performances de l’Amérique latine, et de la Colombie en particulier, sont dues au modèle économique de marché libre en vigueur depuis longtemps. L’économie colombienne fonctionne dans des conditions de faible épargne qui la rendent très vulnérable. Les chutes de l’épargne, comme celles du coronavirus, précipitent une chute libre de l’investissement, de la production et de l’emploi. En outre, elle est exposée à un grave conflit entre la croissance économique et la répartition des revenus. L’épargne est soutenue par des salaires inférieurs à la productivité du travail. Dans ce contexte, la sortie de crise est lente et la répartition des revenus se détériore.

    La vérité est que le déclin de la croissance, de la production et de l’emploi et la détérioration de la répartition des revenus sont la conséquence du modèle du marché libre avec des salaires inférieurs à la productivité. Les effets de la pandémie ont accentué cette carence et se manifestent le plus clairement par la réduction du taux d’épargne.

    En bref, la Colombie est confrontée à l’effondrement du modèle économique de marché libre avec des salaires inférieurs à la productivité du travail qui a été imposé en 1990. [[Consensus de Washington jl]] La réforme fiscale cherche une solution avec une réduction des salaires qui aggrave le conflit. Le solde interne ne se redresse pas ; la réduction du déficit budgétaire ne suffit pas à compenser l’insuffisance de l’épargne et le déficit de la balance courante. L’économie se retrouve avec un déficit d’épargne qui empêche la sortie de crise cette année. En outre, cela signifie une augmentation de la charge fiscale des groupes moyens dont les salaires sont proches du salaire minimum, ce qui réduit la part du revenu du travail dans le produit national ; l’effet sur le coefficient de Gini n’est pas compensé par les transferts vers les secteurs les plus vulnérables. L’économie ne pourra pas se remettre de la chute de la production cette année et probablement pas l’année prochaine, et la répartition des revenus se détériorera sérieusement.

    Les faits ont amplement démontré que l’économie ne dispose pas de l’épargne nécessaire pour retrouver la tendance de croissance historique, ni pour compenser la détérioration de la répartition des revenus. La solution est différente de celle des pays développés, notamment les États-Unis, qui disposent d’une épargne excédentaire.

    Le modèle de marché libre avec des salaires inférieurs à la productivité n’est pas capable de retrouver la croissance historique et d’inverser la détérioration de la répartition des revenus. L’alternative, dictée par les caractéristiques de l’économie colombienne et que j’ai présentée avec insistance, est un changement de modèle orienté vers l’augmentation de l’épargne et des salaires par le biais de réformes structurelles du commerce international, de la conception monétaire, de la politique de transferts sociaux et de la politique du travail.
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