Trends-Tendances – Joe Biden : le nouveau visage du socialisme dans le monde ?, le 22 avril 2021

Joe Biden : le nouveau visage du socialisme dans le monde ?

L’ambitieux plan « infrastructure » de 3 mille milliards de dollars du nouveau président américain représente une injection de 8 points de PIB. Son objectif global est la neutralité carbone en 2050. Le département de l’éducation bénéficierait de l’augmentation de financement la plus forte : de près de 41 %. Une aide à la santé des familles vise à diviser par deux le nombre des enfants pauvres. Tandis que seraient levés les obstacles à la syndicalisation.

Au plan international, les États-Unis se réengageraient dans l’Organisation mondiale du commerce. 

Sur le plan fiscal, le taux d’imposition le plus élevé pour les revenus supérieurs à 400.000 dollars passerait de 37% à 39,6%, tandis que pour les revenus supérieurs à 1 million de dollars, les plus-values et les dividendes seraient imposés au même taux que les autres revenus. À cela s’ajouterait une taxe de 12,4% prélevée sur les salaires annuels supérieurs à 400 000 dollars.

93% de la charge fiscale supplémentaire reposerait sur les 20% des ménages les plus aisés et 75% sur les 1% les plus riches.

 Le taux d’imposition des sociétés passerait de 21% à 28% (restant cependant inférieur aux 35% en vigueur avant 2017).

Enfin, les multinationales américaines seraient imposées à 21% au moins, quel que soit le pays où elles opèrent. Le 5 avril, Janet Yellen, Secrétaire au Trésor, déclarait : « Nous travaillons avec les pays du G20 pour convenir d’un taux d’imposition mondial minimum sur les sociétés, qui puisse stopper la course vers le bas ».

Comment expliquer cet incontestable glissement à gauche de l’administration Biden ? Le Parti démocrate a fait son examen de conscience, concentrant son analyse sur la frange d’électeurs qui, ayant voté Obama en 2008 et 2012, avaient voté Trump en 2016. Il s’agit essentiellement de Blancs déclassés, habitant une Amérique profonde en voie de dépeuplement, dont les infrastructures sont dans un état de délabrement avancé. 

Depuis le tournant néo-libéral des années 1970, la structure économique des États-Unis a toujours davantage pris la forme d’haltères, l’une des boules étant constituée d’une importante composante prospère de la nation, car récoltant les bénéfices de la productivité générée par le numérique, l’autre boule étant constituée d’une autre part importante de la nation, occupant elle les emplois non-numérisables et faiblement rémunérés (dans le secteur de l’aide à la personne, 15% des employés plein-temps sont au-dessous du seuil de pauvreté et 40% sont assistés par l’État). 

Entre ces deux boules, la barre de plus en plus mince qui les relie, là où se trouvaient autrefois les gens ordinaires : la classe ouvrière qualifiée que les robots ont remplacée, et la classe moyenne des services que le logiciel a remplacée. L’administration Biden a compris que le ressentiment des déclassés constituait un terreau pour les démagogues à la Trump, et se montre déterminée à reconstituer une classe moyenne, s’inspirant pour cela du programme de Franklin D. Roosevelt dans les années 1930. 

Le New Deal espéré d’Obama ne s’est jamais concrétisé en raison du caractère timoré du personnage. Dans ses premiers 75 jours, Biden en a lui offert une ébauche encourageante. L’enthousiasme pour le tournant amorcé manifesté par une représentante du « socialisme US » comme Alexandria Ocasio-Cortez, constitue un encouragement pour Biden, ainsi d’ailleurs que le soutien qu’apporte déjà à ses plans une partie de la base du Parti républicain, même si les élus du parti restent alignés sur un Trump les ayant pris en otage. Aussitôt qu’ils s’écartent de la ligne de populisme autoritaire à laquelle il a imprimé sa marque, il les menace en effet de la candidature sauvage d’un suprémaciste blanc contestant leur siège. 

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15 réflexions sur « Trends-Tendances – Joe Biden : le nouveau visage du socialisme dans le monde ?, le 22 avril 2021 »

  1. En effet, le point d’interrogation se justifie. « Biden » n’est pas assimilable à « socialisme”, mais au silence de l’oligopole médiatique sur les frasques de son fils et sa propre implication dans le chantage exercé sur le procureur ukrainien Chokine, comme par ses propres contrats avec la Chine.

    Pour l’aristocratie financière, le protofasciste devait être battu de vitesse. C’est fait, l’élite supra nationale peut installer le gouvernement mondial des experts placés à l’OMS, la BRI, la FED, ou la Cour de Justice européenne sorosienne. À cet échelon de centralisation du pouvoir, les peuples de chaque nation n’ont rien à dire. Le capitalisme d’accumulation financière change de phase. Le 1% consolide sa domination par le capitalisme inclusif, lequel gérera le remboursement éternel de la dette par la moraline aveuglante du woke capitalism et de la cancel culture. Grâce aux décennies déréglées par la finance, l’oligarchie détient désormais l’infrastructure de l’alimentation dirigée, de la santé obligée, et l’assujettissement de chacun aux normes de l’économie holistique environnementale: c’est le nouveau visage du socialisme !

    Il est trop tard, les peuples ont été transformés en troupeau, ils endosseront ce socialisme haillon. Le blog de Paul Jorion renonce à faire sauter la banque. La révolte est ailleurs et c’est tout de suite.

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    1. Conclusion de boute-feu juvénile, et fébrile. La jeunesse donne plaisir à la lire, sans doute plus à l’écrire.
      Chus d’accord, en gros, sur l’ensemble, sauf cette conclusion décoiffante. Par principe il n’est jamais trop tard. Quant à transformer un blog en outil révolutionnaire, y’a maldonne.

      Mais vous avez raison, le socialisme point-d’interrogation sera terrible pour nous autres. Faire suer le burnous va redoubler et les égoïsmes trans-nationaux vont se donner libre cours. C’est peu de dire que nous sommes mal armés pour y faire face.
      Enfin, si vous pensiez que le Delaware montre le chemin, think again.

    2. Jean-Luce,

      Un point d’accord avec toi : Biden ne sauve pas le genre humain avec sa politique Rooseveltienne.

      Mais plusieurs désaccords :

      1. Juger de la politique du gvt US actuel sous le prisme des actions passées du seul Biden est pour le moins très réducteur et injuste.

      a) Biden n’est pas comptable des erreurs de son fils
      b) les contrats avec la Chine (dont je ne sais rien), jusqu’à preuve du contraire n’influent pas sur sa politique des USA vis à vis de la Chine.
      c. le gvt Biden c’est une équipe.

      1. Le sourire d’Alexandria Ocasio-Cortez à l’annonce des premières mesures

      Par cette formule je signifie que ce gvt Biden et ses premières décisions pour un noir ET/OU pauvre, c’est une bonne nouvelle, l’espoir de sortir de la misère et de lutter contre les préjugés racistes. Les sommes engagées sont conséquentes. Je vois poindre l’objection « mais tout ça ce sont des mesures sociétales ». Je réponds : non, ce n’est pas un luxe, c’est du nécessaire, et le développement du capitalisme a quelque chose à avoir historiquement avec le racisme et la domination sexuelle : faire reculer la domination sous toutes ses formes, c’est enlever au capitalisme certains de ses ressorts.

      2. Le phénomène oligarchique n’existe pas en dehors des Etats, car il implique les Etats.

      Les oligopoles sans les Etats et les infrastructures qui leur sont liées ne sont rien. Ils ont beaucoup de pouvoir mais Il suffit de quelques petites lignes d’écriture, par voie discrétionnaire ou par voie législative, pour changer les règles du jeu.
      Rien n’empêcherait un Etat de taxer à 50% les profits des Gafam s’il le décidait.

      Il y a donc des oligarchies concurrentes, l’une étant celle du capitalisme libéral (mais pas tant que ça car la concurrence est souvent faussée) , et l’autre celle du capitalisme dirigé sous contrôle PCC.

      3. Les organismes internationaux tels que l’OMS, etc, sont surtout devenus le lieux de luttes d’influence, où s’affrontent les candidats à l’hégémonie ; ils sont très loin de pouvoir imposer un gouvernement mondial.
      Un exemple : Trump quitte l’OMS, la Chine en ‘profite’ pour faire avancer sa cause, le directeur de l l’OMS tarde à admettre officiellement la transmission inter-humaine du nouveau virus, l’état de pandémie mondiale est déclaré tardivement …

      Biden ne sauve pas le genre humain mais il va néanmoins dans la bonne direction car il fait reculer l’ignorance (investissement dans l’éducation) et il réduit la fracture sociale. On est plus en condition de sauver le genre humain dans une société apaisée plutôt que dans une société, au choix, totalitaire ou disruptive à la Trump, où par définition on ne discute (plus) de rien.

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  2. Il ne faut pas dire ” Blancs” , même avec majuscule, c’est pas bien , il faut dire ” Euro-Américains “

  3. A contrario, d’un nouvel espoir Socialiste que j’aspire depuis mon enfance, l’avènement d’un néofascisme est en œuvre dans toute les strates médiatiques, politiques et sociales en France.
    Pour Bannon et Camus il est essentiel que la propagande soit libérée de toute morale chrétienne ou politique. De l’inversion des valeurs humanistes par l’ ultra droite.
    – l’antiracisme comme preuve de complicité avec un ennemi imagé. (terroriste islamiste)
    – Le racisme comme vertu d’appartenance à un groupe sécurisé par une nouvelle identité.
    Dans l’Europe de nos jours, le migrant prend essentiellement les traits du musulman. Il joue aujourd’hui pour le nouveau racisme le rôle qui fut jadis celui de l’antisémitisme pour les nationalismes et les fascismes d’avant la seconde guerre mondiale. Les pratiques religieuses, vestimentaires et alimentaires d’une minorité ont été mobilisées afin de construire le stéréotype négatif d’un corps étranger inassimilable à la communauté nationale. Judaïsme et islam fonctionnent ainsi comme des métaphores négatives de l’altérité.
    Sur le plan politique, le spectre du terrorisme islamiste a remplacé celui du judéo-bolchevisme. Aujourd’hui, l’antisémitisme demeure un trait distinctif des nationalismes d’Europe centrale, Shlomo Sand a raison de souligner que l’islamophobie constitue un ciment identitaire.
    Le populisme de droite s’alimente aussi du désarroi d’un peuple qui a été abandonné par la gauche (1983 le tournant de la rigueur néolibérale).
    Le populisme néofasciste est force cinétique, elle va entraîner dans sa brutalité la droite, le centre et des personnalités de gauche.
    les classes populaires déclassées désertent de plus en plus les urnes, indifférentes à un système politique qu’elles perçoivent comme hostile voir malveillante.
    Voilà les traits marquants de notre « mondialisation heureuse »
    Les Etats-Unis on eu leur néo-fasciste D.Trump, avoir Le Pen élue présidente de la république française est plus qu’envisageable.

  4. La récupération par l’industrie de l’écologie a donné le greenwasching.
    La récupération du socialisme par les capitalistes achève de digérer la gôche française et ouvre une voie royale à Manu avec un discours révolutionnaire, le socialodemowashing bien sûr.
    TINA a vécu, longue vie aux washing en tous genres.
    Je pense que la chambre du commerce US se donne les moyens de reprendre la main pour garantir sa suprématie sur le commerce mondial.
    Avoir l’armée la plus puissante de la Terre sans en retirer un bénéfice est sans intérêt.

  5. Pierre-Yves

    Biden n’a aucune importance; je signalais simplement le jeu l’oligopole médiatique.

    – sur le chantage d’un million de dollars exercé par Biden sur Poroschenko pour virer le juge d’instruction qui enquêtait sur son fils dans l’affaire Burisma, voir la vidéo suivante

    https://www.youtube.com/watch?v=7lA3oOo1oZc

    – sur la façon dont Biden raconte l’affaire (à 1, 36) “vous n’aurez pas le milliard si le juge n’est pas viré”.

    https://youtu.be/UMKdRSz0PUo

    – sur les affaires de Biden en Chine :

    https://www.bbc.com/news/world-54553132

    “Les oligopoles sans les États et les infrastructures qui leur sont liées ne sont rien … Il suffit de quelques petites lignes d’écriture, par voie discrétionnaire ou par voie législative, pour changer les règles du jeu.”

    “piqûre de rappel”

    Le Conseil européen de Lisbonne des 18 et 19 octobre 2007 a adopté un nouveau traité européen. Élaboré en catimini, ce traité nous a été présenté par Nicolas Sarkozy comme « un traité simplifié, limité aux questions institutionnelles ». Loin d’être simplifié, ce traité comporte plusieurs centaines de pages avec 359 modifications des traités existants, treize protocoles et quelques dizaines de projets de déclarations ayant la même valeur juridique que les traités. Loin de le limiter aux questions institutionnelles, ses rédacteurs en ont fait une copie illisible du Traité constitutionnel européen (TCE) qui a été rejeté par les Français et les Néerlandais en 2005.

    Pourtant, le président de la République veut le faire adopter par voie parlementaire, sans consulter les citoyens. Il réunit les parlementaires français en Congrès à Versailles le 4 février 2008 pour modifier la Constitution française et permettre la ratification du nouveau traité par le Sénat et l’Assemblée nationale. Bien que des dizaines de parlementaires aient annoncé leur intention de rejeter ce vote, cette modification risque d’être validée, alors que l’opposition de seulement 2/5e des parlementaires pourrait la bloquer et imposer au président un référendum.

    En 2005, le peuple se serait mal prononcé !

    En 2008, doit-il se taire ? A dix jours du Congrès, aucun débat public sur les enjeux de ce traité n’a été lancé par les pouvoirs publics. Les grands médias, lorsqu’ils évoquent le sujet, se contentent de brefs gargarismes sur la relance de l’Europe grâce à un “mini-traité”. Les débats rendus possibles par une large mobilisation citoyenne en 2005 sont bien loin aujourd’hui. L’idée selon laquelle on pourrait refuser l’orientation libérale de la construction actuelle de l’Union européenne, ou être pour une Europe sociale, est totalement ignorée. Nos dirigeants l’ont compris, on ne peut faire confiance au peuple pour construire l’Europe qu’ils nous proposent ! Ils ont donc tout simplement décidé de nous bâillonner.

    Source (Janvier 2008) :

    https://reporterre.net/Le-traite-de-Lisbonne-est-une-trahison-de-la-democratie.

    Lorsqu’un État déroge à l’ordre désiré par la BTIet le FMI, il est fichu; nous allons tous connaître le sort de la Grèce, rien n’y fera, encore un peu de patience et nous vérifierons que la respiration sociale de Biden n’ouvre l’accordéon, que pour mieux préparer son resserrement.

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  6. Ne faut-il pas plutôt titrer “le visage de l’anti-socialisme” ? J’ai le sentiment que les milieux économiques dirigeants (même les GAFA) ont le feu aux fesses, ils craignent le contrecoup qui s’annonce après la pandémie (cfr les révoltes de 17-18 et de 44-45 et les cadeaux politiques prévus par les dirigeants de l’époque : droit de vote universel, sécu, etc.). Ce contrecoup anti-élites sera à hue et à dia, avec du rouge, du vert et du noir et il faudra faire avec. Il faut donc pour ces milieux un tournant social-démocrate, donnant-donnant et corrupteur vav des peuples et selon eux on s’adaptera aux politiques élus, sans doute des fascistes.
    C’est bien un tournant, mais pour aller où ?
    Par contraste, il faudrait définir le socialisme que la situation justifie à nos yeux. Un autre monde est possible, non ?

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    1. Si Biden se pose cette question , il peut venir chercher des réponses en France . On lui trouvera bien au moins une dizaine de socialismes et une infinité de monde possibles .

      Heureusement pour lui et pour nous , il se pose moins de question et prend les problèmes comme ils viennent et apparemment dans le bon ordre .

      A l’heure où l’on parle, ma véritable réticence est qu’il puisse imaginer que la solution mondiale est américaine sinon socialiste , keynésienne serait plus exacte , comme d’autres imaginent qu’elle est chinoise .

      1. Pour les abonnés à “Arrêt sur images ” , voir l’interview du jour de Thomas Piketty, Amory Gehin et Clara Martinez -Toledano , qui “relie les points” et montre le sens de l’histoire.

        Pourvu qu’on la comprenne sans se perdre dans les arguties et les mouvances .

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  7. un signe certain d’une évolution progressiste (socialiste me semble totalement ridicule) serait le budget du Pentagone ainsi que l’attitude par rapport à Assange.

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