Archives par mot-clé : Grand Tournant

Réflexions pour un mouvement néodémocratique (XVII) – De quoi l’avenir devrait-il être fait ?, par Francis Arness

Billet invité.

Esquissons les mesures assurant d’abord la stabilisation de la situation économique, puis le grand tournant. Partons des propositions développées par Paul Jorion dans Misère de la pensée économique [1] ainsi que dans l’ensemble des contributions au blog (particulièrement dans le cadre du projet d’Encyclopédie au XXIème siècle [2]).

Pour stabiliser la situation économique et éviter tout effondrement à court ou moyen terme, il faut :

1. Au niveau européen : régler le problème de l’euro, mutualiser les dettes à l’échelle européenne après avoir organisé un défaut généralisé. Cela ouvrira à une restructuration qui conduira à une refonte de l’architecture de la monnaie unique et à sa transformation en un espace financier, bancaire et fiscal unique (euro numérique, comme le propose Pierre Sarton du Jonchay [3]), avec tout ce que cela comporte d’« euthanasie du rentier ».

2. Au niveau mondial : encadrer strictement les banques par leur nationalisation dans la perspective d’une finance remise au service de la communauté, ce qui implique en particulier la ré-interdiction de la spéculation, mais aussi la création d’une chambre de compensation multilatérale planétaire fondée sur le bancor en étayant ce système sur le réel par la monnaie numérique [4].

3. Au niveau local et plus général, créer des espaces économiques autonomes par rapport aux Etats-Unis – et cela vaut en premier lieu pour l’Europe [5].

4. Dans ce cadre, en Europe (et ailleurs), refonder le partage des richesses.

5. La mise en place d’une chambre de compensation multilatérale planétaire fondée sur le bancor, signifiant automatiquement la fin de la libre circulation des capitaux et la disparition des paradis fiscaux.

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Réflexions pour un mouvement néodémocratique (VIII) – Nos situations existentielles avant le tournant politique actuel (2), par Francis Arness

Billet invité.

Une large majorité de la population n’a pas la chance de se situer dans certaines niches sociales protégées. Elle subit ainsi directement les conséquences du système général – à la fois politique, économique, social et médiatique – d’occultation du réel et de pressions sur les conditions d’existence. Il faut se représenter ce système subtil et général d’occultation du réel et de pression sur les conditions d’existence comme une toile d’araignée invisible, que chacun pressent inconsciemment, ce qui l’amène à éviter d’avoir des gestes risquant d’attirer à lui l’araignée qui, pense-t-il, pourrait le dévorer. Ces mécanismes si parfaits de manipulation directe ou indirecte sont tissés dans l’ensemble de la société et autour de chaque individu, s’il ne se défend pas activement – parfois d’ailleurs sans trop s’en rendre compte.

Cette vision d’un pouvoir diffus et d’autant plus puissant n’est malheureusement pas paranoïaque. Au contraire, elle permet de rendre compte de la soumission au pouvoir à laquelle la majorité silencieuse se prête en partie malgré elle, en partie en la désirant (plus ou moins suivant les personnes). Nous trouvons là une ambiguïté et une fragilité, une complexité et un caractère contradictoire de cette majorité silencieuse qu’il nous faut prendre en compte. C’est ce que fait par exemple Frédéric Lordon qui, dans Capitalisme, désir et servitude [1], réfute l’hypothèse massive d’une « servitude volontaire » [2]. Il montre au contraire que le système « capture » les manières de vivres de la majorité de la population. Même si, en effet, la volonté du pire et la corruption – prononçons-le mot – existent chez un certain nombre, l’hypothèse de la servitude volontaire de la majorité est trop massive. En effet, si bien des personnes se prennent au piège, participent au système et le perpétuent, c’est avant tout parce que tout est fait, de manière rusée, pour les y prendre. Anthropologiquement, joue d’ailleurs ici la définition que notre société donne de la propriété privée : en effet, ainsi que le montre Paul Jorion, notre définition culturelle de la propriété privée fonde une logique de capture des personnes par les objets qui les entourent [3].

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Réflexions pour un mouvement néodémocratique (VI) – Les cinq réactions fondamentales face au tournant politique actuel, par Francis Arness

Billet invité.

Dans la situation actuelle de découplage toujours croissant entre, d’un côté, le système et ses appuis, et, de l’autre, la majorité de la population et des classes dirigeantes et responsables de bonne volonté, nous rencontrons – et rencontrerons toujours plus – cinq réactions fondamentales :

1. Une partie importante de la population et des classes dirigeantes et responsables, qui se prêtait au néolibéralisme ou plus largement à la logique de concentration des richesses et du pouvoir, se réfugie maintenant dans la perpétuation de cette occultation.

2. Une autre partie minoritaire et lucide, de la population, des classes dirigeantes et responsables, et des institutions sociales, fait face à la révélation du réel, et à la nécessité de prendre celui-ci en compte pour construire un avenir qui ne soit pas un grand effondrement, mais bien un grand tournant. Ce sont ces forces sociales qui constituent le noyau du tournant néodémocratique à venir. Elles peuvent s’appuyer sur les réflexions de ceux qui, précocement lucides, avaient compris voire prévu de quoi il en retournait bien avant la crise de 2008.

3. Une partie importante et de la population et des classes dirigeantes et responsables de bonne volonté est dans une situation d‘indécision, parfois quasiment de désorientation et de tétanie mentale. Celle-ci est provoquée par le discours médiatique néolibéral qui désarçonne – et vise à ce désarçonnement. Elle est aussi provoquée par le fait que le réel révélé est en soi désorientant, difficile à assimiler, du fait de sa complexité, mais aussi parce que c’est bien de destruction des individus, des sociétés et de l’environnement, d’effondrement civilisationnel, voire de fin de l’espèce humaine, dont il est ici question, et qu’il s’agit d’accepter dans leur possibilité même. Cette partie importante de la population commence à souffrir d’une grande désorientation – sachant que nous sommes tous désorientés par ce qui arrive.

4. Une partie minoritaire de la population et des classes dirigeantes et responsables est opposée au système néolibéral mais n’arrive pas à prendre en compte la révélation du réel. Cela est lié à l’attachement à une identité politique a priori et tournée vers le passé, qui permet de ne pas être bouleversé par le réel qui advient. Une identité politique véritablement efficace est toujours tournée vers l’avenir.

5. Il ne faut pas oublier la partie non négligeable de la population qui est massivement frappée par l’inertie existentielle radicale qu’implique la soumission la plus passive à l’ensemble des pressions sur les conditions d’existence liées aux tendances les plus inquiétantes de notre système social, médiatique et culturel et de sa sous-culture de masse (B. Stiegler [1], C. Salmon [2]). Cette partie de la population, si elle en reste à cette attitude, se tournera petit à petit vers le néoautoritarisme, ou le laissera agir.

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Réflexions pour un mouvement néodémocratique (V) – L’alternative à venir entre néo-autoritarisme et néodémocratie, par Francis Arness

Billet invité.

Le néo-libéralisme comme fonctionnement systémique est dans les faits soutenu par la politique du gouvernement français. C’est ce que l’on constate si l’on fait abstraction des ruses de ses leaders et des espoirs sincères mais naïfs des ministres sans véritable pouvoir exprimant la nécessité d’une autre politique. Dès lors, le néo-libéralisme sévira encore dans les prochaines années, y compris si nécessaire sous la forme, utile à l’obtention de la majorité des suffrages, d’une « union nationale », ou plutôt d’une grande coalition entre les néo-libéraux pseudo-sociaux du centre-gauche et du centre-droit actuels, et les néo-libéraux plus assumés de droite. A moins d’un effondrement du système toujours possible à tout moment, ce sera alors la continuation de l’effondrement rampant qui a lieu actuellement en France et en Europe. Ce réel contredira toujours plus ce que nous « montrent » les nombreux indicateurs économiques – pas tous – au caractère trompeur. Le néo-libéralisme devient injustifiable et le sera toujours plus. À terme, aucune majorité ne pourra être élue en cas de compromis avec le néo-libéralisme. Le système – et sa logique de concentration des richesses et du pouvoir – cherchera une autre manière de se décliner et de se justifier. La seule forme possible sera le néo-autoritarisme, puisque seul ce dernier pourra lui permettre de perpétuer la concentration des richesses et du pouvoir.

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Réflexions pour un mouvement néodémocratique (IV) – Une question cruciale : notre attitude, par Francis Arness

Billet invité. Le dernier de cette série est accessible ici

Que nous appartenions au peuple ou aux élites, nous devons absolument prendre la mesure de la situation de l’Europe et du monde. En prendre la mesure ne veut pas dire que nous n’arriverons pas à construire de solutions globales – c’en est au contraire la condition première. C’est souvent notre manque d’inventivité individuelle et collective, et notre pessimisme existentiel – notre soumission à la logique du moindre pire -, qui font que nous croyons que la construction de telles solutions globales est a priori impossible, et que nous ne percevons pas tout ce qui est déjà réalisé en ce sens par la société civile. Comme l’écrit Frédéric Lordon dans D’un retournement l’autre : « pour qui veut bien les voir, des idées il y en a »1.

En fait, notre situation est la suivante. Un regard lucide sur la situation écologique, économique et politique ne peut pas ne pas nous rendre pessimiste. Devant l’étendue de la crise écologique, Paul Jorion en est dernièrement venu à parler d’« énergie du désespoir ». Il reste que la majorité de la population, ainsi que les classes dirigeantes et responsables de bonne volonté, sont pour leur part plongées dans un autre pessimisme : le pessimisme existentiel lié à la logique de moindre pire dont nous devons collectivement absolument sortir. Ce pessimisme existentiel entraîne une occultation du réel, tandis que le pessimisme lucide est pour sa part lié à l’assimilation de celui-ci. La majorité de la population, ainsi que les élites de bonne volonté, doivent d’abord s’extraire de ce pessimisme existentiel, afin de pouvoir en venir à assimiler le réel. Pour cela, nous devons pratiquer une modification, ce que j’appellerai dans mes billets suivants un « renversement » de l’« atmosphère sociale » générale.

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Réflexions pour un mouvement néodémocratique (III) – Le tournant politique actuel (2), par Francis Arness

Billet invité. Le dernier de cette série est accessible ici

Un véritable tournant politique a lieu en ce moment. Une partie toujours croissante des populations et des classes dirigeantes et responsables de bonne volonté, du fait de leur expérience quotidienne et des informations sur le réel qui se répandent de toute part, malgré tout, commence à prendre conscience du fait que la crise sera sans retour vers la « croissance » sous sa forme – déjà – ancienne, et que le néolibéralisme, même sous sa forme social-libérale, nous mène vers une souffrance et une destruction absurdement et injustement plus grandes, ainsi que vers un dérèglement du système tel que ses graves dysfonctionnements se révèlent, particulièrement en ce qui concerne les paradis fiscaux.

Bien des éléments montrent cette évolution. Parmi bien des exemples possibles et qui se multiplient, ne citons que les échos de ce qui se dit de plus en plus dans les milieux dirigeants et responsables, le fait que le FMI lui-même reconnaisse que la concentration des richesses – pivot et objectif du système néolibéral – est un problème, ou encore l’initiative Minder en Suisse ou plus récemment l’appel des 1 %.

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Réflexions pour un mouvement néodémocratique (II) – Le tournant politique actuel, par Francis Arness

Billet invité. Le premier de cette série est accessible ici

Après un bref moment de prise de conscience collective suite à l’effondrement financier en 2008, le réel de la crise systémique a pu être occulté pendant quelques années. À ce réel a été substituée la réalité que nous assène le système néolibéral. Seule une minorité de la population et des classes dirigeantes et responsables a véritablement assimilé ce que signifiait la crise financière de 2008. Ils l’ont fait en s’appuyant sur les réflexions de ceux qui en avaient pris conscience auparavant. Tout ceci produit un vaste mouvement de réflexions encore minoritaires, mais tout à fait réel et inventif1. En outre, malgré les résistances de toutes sortes, le processus d’assimilation du réel se répand petit à petit dans la population et dans les classes dirigeantes et responsables.

Nous avons à faire à une situation d’urgence, et la violence de l’occultation du réel par le système est inquiétante. Certes, si pour un certain nombre de personnes, nous sommes là à écrire et discuter sur la crise et sur la recherche de solutions, c’est que nous avons – à peu près – assimilé le réel. Mais l’assimilation du réel demande du temps, y compris chez les personnes et les groupes de bonne volonté, que ce soit dans les classes dirigeantes et responsables ou dans la population. La difficulté à assimiler le réel chez nos concitoyens est politiquement problématique, mais existentiellement compréhensible. Il y a plusieurs raisons à cela. Premièrement, l’être humain n’est pas connu pour sa lucidité naturelle, et le réel auquel nous avons à faire est complexe, angoissant et tragique, car il en va, nous le savons, de la destruction de notre monde naturel et de la survie de l’espèce. Si la majorité de la population et des classes dirigeantes et responsables de bonne volonté n’arrive à pas assimiler le réel de la crise systémique, c’est parce que le changement qui en résulte n’est pas qu’économique, mais implique la nécessité de modifier notre civilisation et nos manières de vivre, et de faire face à la complexité et au tragique. Continuer la lecture de Réflexions pour un mouvement néodémocratique (II) – Le tournant politique actuel, par Francis Arness

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Réflexions pour un mouvement néodémocratique (I) – Le réel de la crise et la nécessité du grand tournant, par Francis Arness

Billet invité, premier d’une série à suivre

Le mot « crise » est souvent utilisé à tort et à travers dans les discours politiques, économiques et médiatiques. Il nous faut dès lors, avec tous ceux qui y travaillent, donner à entendre ce qui nous arrive réellement. Nous sommes pris dans une crise systémique. Celle-ci est due à la fois aux mutations démocratiques, sociales et techniques contemporaines, mais aussi aux conséquences chaotiques de différents facteurs[1] :

1. Le néolibéralisme mondialisé entraînant la concentration des richesses et du pouvoir dans les mains d’une véritable oligarchie et dès lors le fait que l’argent manque aux citoyens-consommateurs. Sur cette question de la concentration des richesses, nous disposons d’une étude toute à fait rigoureuse menée par Stefania Vitali, James B. Glattfelder et Stefano Battiston[2].

2. la colonisation agressive de la terre par l’espèce humaine qui détruit notre environnement ;

3. notre refus de nous interroger sur la complexité (liée en bonne partie à la globalisation et à l’informatique) que nous déployons ;

4. l’occultation du réel à la base de notre système économique néolibéral mondialisé[3]. .

Le néolibéralisme n’est pas qu’une politique. Il consiste dans les faits en un fonctionnement général, à la fois économique et financier, social et politique, médiatique et individuel. Bien sûr, l’économie réelle, la société, la politique et les médias, ne se réduisent pas au néolibéralisme, mais le rapport de force y est clairement en faveur de ce dernier. Le néolibéralisme est la forme récente, radicalement mondialisée, du capitalisme. Cette forme récente du capitalisme a abandonné la vocation organisatrice de ce dernier pour ne plus être qu’un système de concentration de la richesse et de prédation organisé autour de la finance et des multinationales globalisées, et s’appuyant sur ces pivots du système que sont les paradis fiscaux. La tricherie est la règle dans le monde financier, ainsi que le montre l’ensemble des affaires qui ne cessent de sortir le concernant.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 11 JANVIER 2013

ITUA (Il y a Toujours Une Alternative), la voici :

1° faire communiquer enfin le savoir accumulé sur 2 500 ans avec les décisions qui sont prises
2° préparer la petite croix en bois qui dit : « R.I.P. Ci-gît une espèce qui a préféré la loi du profit »

« Investing in a Post-Enron Wordld » (2003)
« Le prix » (2010)
« Misère de la pensée économique » (2012)

Donald MacKenzie, « An Engine, Not a Camera. How Financial Models Shape Markets » (2006)

Sur YouTube, c’est ici.

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ÉCLAIRAGES CONVERGENTS SUR LE « GRAND TOURNANT » (I) INTRODUCTION

J’ai commencé d’écrire à propos de la crise du « grand tournant » comme je l’appelle depuis quelques années, à l’automne 2004. À l’époque, je ne faisais bien entendu encore que la prévoir. L’ouvrage que je rédigeais à ce moment-là : La crise du capitalisme américain a paru en janvier 2007. Depuis, j’ai écrit de manière quasi-ininterrompue sur le sujet, sur le mode du reportage et de l’analyse.

Sur ces presque huit ans, j’ai absorbé énormément d’informations au fur et à mesure de leur disponibilité. Comme le savent les lecteurs de ce premier livre ainsi que de ceux qui l’ont suivi : L’implosion (2008), La crise (2008), L’argent, mode d’emploi (2009) et Le capitalisme à l’agonie (2011), ou ont lu sur le blog les ébauches de leurs chapitres au moment de leur conception, ce qui constitue le cadre théorique de ces livres était « auto-généré ». Je veux dire par là que j’ai bien sûr lu avec un très grand intérêt et en en tirant la substantifique moelle tout ce qu’ont écrit sur le développement de la crise des frères d’armes comme, pour ne citer que deux noms, Emmanuel Todd ou Frédéric Lordon, ainsi que les auteurs de « billets invités » sur le blog, mais mon cadre de réflexion est resté essentiellement celui que j’avais défini dans les articles et rapports que j’avais rédigés sur des sujets économiques ou financiers durant la période 1985 à 2003, et dont la teneur a été intégrée dans mon livre intitulé Le prix, publié lui en 2010.

Ce que j’ai fait au cours des derniers jours, c’est rassembler une demi-douzaine de textes écrits par des auteurs dont la totalité (ou la quasi-totalité d’entre eux) n’a probablement jamais entendu parler de mes propres travaux (ils ne les citent pas en tout cas) et qui ont mis sur le papier leurs réflexions relatives à la genèse de la crise du « grand tournant » et en ont offert une explication. Il y a là des mathématiciens, des physiciens, des biologistes, des économistes et un paléontologue, et je m’apprête à comparer les conclusions auxquelles nous sommes parvenus eux et moi de manière indépendante.

Sans dévoiler la fin de l’histoire et sans en déflorer la leçon, je peux vous signaler déjà que le tableau qui en émerge converge et qu’il m’a paru personnellement saisissant.

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LE MONDE – ÉCONOMIE : Il y a une alternative, lundi 28 – mardi 29 novembre 2011

Il y a une alternative.

Lorsque  Margaret Thatcher prononça son fameux TINA : « There is no alternative ! », son propos avait au  moins pour lui une certaine plausibilité : la social-démocratie avait pris ses aises et une bureaucratie satisfaite régnait sur une économie que tout dynamisme avait fui. Le TINA thatchérien, rapidement rejoint par son cousin reaganien, entendait signaler la résurrection de l’initiative individuelle, le retour triomphal de l’« entrepreneur » et du rentier, qui annonçaient ensemble des lendemains qui chantent.

On sait ce qu’il en advint : privatisations et dérégulation, et surtout, part toujours croissante ponctionnée sur les gains de productivité par les dividendes des actionnaires, et par les salaires, bonus et stock-options extravagants des dirigeants des grandes entreprises. Pour les autres, des salaires dont la stagnation s’accompagnait, pour cacher la décote sur le pouvoir d’achat, d’une montée en puissance du crédit personnel, les salaires à venir devant, contre toute logique, compenser l’insuffisance de ceux d’aujourd’hui ; le résultat est connu : un système financier qui se fragilise d’être sillonné de longues chaînes de créance, où le défaut d’une seule suffit à entraîner dans sa chute toutes celles qui lui sont subordonnées.

TINA nous promettait un avenir meilleur et cet espoir lui assurait sa légitimité. De manière absurde, TINA est à nouveau invoqué mais pour justifier cette fois le cauchemar qui accompagne l’échec cuisant du même programme néo-libéral. Il n’existait paraît-il aucune alternative à celui-ci dans sa phase triomphante, et il n’existerait aucune alternative à sa déconfiture dans sa phase actuelle d’effondrement : austérité, rigueur et éradication de l’État-providence devraient être accueillies avec les mêmes hourrahs qui avaient salué le retour sur le podium de l’entrepreneur et du rentier.

Proclamer comme on le fait que la médiocrité et l’échec présents reflètent fidèlement la nature profonde de notre espèce est une insulte. Faut-il admettre la nécessité de ces gouvernements d’unité nationale dirigés par des techniciens, auxquels la Grèce et l’Italie sont aujourd’hui contraintes, la classe politique ayant fui, sachant qu’elle serait balayée bientôt par la colère des électeurs si elle persistait à étaler son indécente impuissance ?

L’Histoire a montré que notre espèce peut faire mieux. C’est Aristote qui louait la philia : le sentiment spontané qui nous pousse à œuvrer au bien commun. Il dénonçait au contraire l’intérêt égoïste, « maladie professionnelle » des marchands, nous avertissant des ravages que celle-ci peut causer.

Les années récentes nous ont montré où nous entraîne la « philosophie spontanée » des marchands et le temps est venu de rendre la parole aux philosophes authentiques. C’est Hegel qui nous rappelait dans La Phénoménologie de l’Esprit que

« … l’esprit qui se forme mûrit lentement et silencieusement jusqu’à sa nouvelle figure, désintègre fragment par fragment l’édifice de son monde précédent ; l’ébranlement de ce monde est seulement indiqué par des symptômes sporadiques ; la frivolité et l’ennui qui envahissent ce qui subsiste encore, le pressentiment vague d’un inconnu sont les signes annonciateurs de quelque chose d’autre qui est en marche. Cet émiettement continu qui n’altérait pas la physionomie du tout est brusquement interrompu par le lever du soleil, qui, dans un éclair, dessine en une fois la forme du nouveau monde ».

L’espèce a montré au fil des âges qu’elle est bien de cette trempe !

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