Archives par mot-clé : Hyman Minsky

L’Écho, Paul Jorion : « La science économique fournit le discours ad hoc aux financiers », le 29 avril 2017

L’Écho, Paul Jorion : « La science économique fournit le discours ad hoc aux financiers », mon entretien avec Johan Frederik Hel Guedj

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Le temps qu’il fait le 26 décembre 2014

Sur DailyMotion, c’est ici.

Un paradigme, ça ne change pas de soi-même !

Paul Jorion : Le prix (2010)

Paul Jorion : Comment la vérité et la réalité furent inventées (2009)

L’« usine à gaz » de Keynes

Richard Kahn : The Making of Keynes’ General Theory (1984)

Les deux économistes qui ont compris l’originalité de Keynes

Hyman Minsky : John Maynard Keynes (1975)

Geoff Tily : Keynes Betrayed (2007)

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L’HOMME QUI S’AVÉRA TOUJOURS AVOIR EU RAISON ET NE FUT JAMAIS ÉCOUTÉ

Quelques jours avant de partir pour la Corse, je me suis posé la question : de quoi avais-je donc promis de parler le 19 juillet à Ajaccio dans ma conférence du cycle « Science et humanisme » ? On me voit expliquer dans la vidéo la surprise qui fut la mienne de découvrir que mon exposé serait consacré à John Maynard Keynes. Ce serait la première fois depuis mon retour en Europe en 2009 que j’évoquerais dans l’une de mes conférences quelqu’un plutôt que quelque chose. La raison, je crois l’avoir maintenant devinée : lorsque Jean-Noël Ropion m’invita et m’expliqua que le thème cette année serait « Penseurs d’avenirs », il y a dû y avoir méprise de ma part : je n’ai pas compris alors que les « penseurs d’avenirs » en question ne seraient pas l’objet dont il nous était demandé de débattre, mais nous-mêmes : les conférenciers invités.

Comme j’ai également l’occasion de le dire dans la vidéo, le choix était bon : ce fut une bonne chose de parler de Keynes. Du « vrai » Keynes, comme le précisait mon titre : « Un homme pour demain : (le vrai) John Maynard Keynes ».

Le vrai Keynes est aujourd’hui fort peu connu. On peut le trouver pour ce qui est de l’homme, des actes qu’il a posés et de l’œuvre qu’il a écrite, dans la biographie en trois volumes qu’a publiée entre 1982 et 2000, Robert Skidelsky (*), et pour ce qui est de sa théorie économique proprement dite, dans le John Maynard Keynes (1975) de Hyman Minsky.

L’histoire conjecturale est un terrain sur lequel il vaut mieux ne pas s’aventurer : on peut en effet y prétendre tout et n’importe quoi sans crainte de se voir jamais démenti mais, prenant ici un risque calculé, j’affirme que si la proposition rédigée par Keynes en 1919 sur les réparations dues aux Alliés par l’Allemagne avait été adoptée, Adolf Hitler serait resté le peintre d’aquarelles moyennement doué qu’il était, épanchant son fiel dans des livres lus par 15% au plus de la population allemande, et que si la proposition de Keynes en 1944 à Bretton Woods en faveur d’un ordre monétaire international avait été adoptée, nous ne serions pas dans la merde où nous sommes plongés aujourd’hui : nous aurions progressé pendant près de soixante-dix ans déjà sur la voie inscrite dans sa proposition, d’une pacification des relations économiques entre nations, et au sein de celles-ci, entre leurs citoyens.

Au lieu de cela, Keynes ne fut pas écouté et ceux qui parlent en son nom aujourd’hui et se proclament « keynésiens » n’ont dans leur quasi-totalité pas même pris la peine de le lire et ne savent rien de l’homme qu’il fut. Ce sont eux qui entendent dans l’expression « euthanasie du rentier » une évocation voilée de l’inflation, ignorant qu’il s’agit de la transition vers le socialisme décrite par Keynes dans les « Notes finales sur la philosophie sociale à laquelle la théorie générale peut conduire », constituant le dernier chapitre de sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936).

Qu’il ne serait pas entendu à l’époque où il s’exprimait, Keynes en était pleinement conscient. Dans la préface d’un recueil de ses textes publié en 1931, intitulé Essays in Persuasion, il écrivait :

« Sont rassemblés ici les croassements de douze années – les croassements d’une Cassandre qui ne parvint jamais à influer à temps sur le cours des événements. Le volume aurait pu s’appeler « Essais en prophétie et persuasion », car la prophétie, hélas, fut davantage couronnée de succès que la persuasion. Mais ce fut dans un esprit de persuasion que la plupart de ces essais furent rédigés, dans une tentative d’influencer l’opinion. Ils furent considérés à l’époque, un grand nombre d’entre eux, comme autant de propos exagérés et imprudents. […] Il me semble au contraire – alors que je les relis, conscient que mon témoignage personnel est nécessairement biaisé – qu’à la lumière des événements qui eurent lieu ensuite, ils reflètent davantage une modération difficile à justifier qu’une prétention excessive » (1931).

Le moment est venu de faire en sorte que Keynes soit au moins entendu aujourd’hui.

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(*) Hopes Betrayed 1883-1920 (1982), The Economist as Saviour 1920-1937 (1992), Fighting for Britain 1937-1946 (2000). L’éditeur américain de Robert Skidelsky le força à changer pour les exemplaires vendus aux États-Unis, le titre du troisième volume en Fighting for Freedom : « combattre pour la liberté » au lieu de « combattre pour la Grande-Bretagne », trahissant quant à lui une conception curieuse de la liberté de l’auteur. Skidelsky s’en explique avec mauvaise humeur dans la préface.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 12 JUILLET 2013

Sur YouTube, c’est ici.

Parlement européen, Comité des affaires économiques et monétaires, le 5 novembre 2013 : Succès et échec dans les pays en crise ; le programme est ici

Blog de PJ – Le seul moyen qui reste encore de sauver l’euro, le 24 juillet 2012
Blog de PJ – « La seule solution, c’est la mutualisation des dettes », le 4 septembre 2012
Blog de PJ – Dette publique, la seule approche raisonnable, le 11 juillet 2013
Blog de PJ – Projet d’article pour l’Encyclopédie au XXIe siècle : Dette (de l’État), le 11 juillet 2013

Conférences-débats au lazaret Ollandini d’Ajaccio, du 16 au 20 juillet

La biographie de Keynes en trois volumes de Robert Skidelsky (1983, 1992, 2000) n’a pas été traduite en français, le livre John Maynard Keynes (1975) de Hyman Minsky, non plus.

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LA SCIENCE ÉCONOMIQUE EST UNE CHOSE TROP SÉRIEUSE…

À propos de Hyman Minsky, « The Financial Instability Hypothesis », traduit en français par François-Xavier Priour, aux éditions Diaphanes (Bienne – Paris) et précédé d’une préface de Joseph Vogl.

Keynes était encore trop soucieux de couler les expressions qu’il utilisait dans des formes qui paraitraient familières à ses collègues économistes. Comme le dit Hyman Minsky dans l’ouvrage qu’il a consacré à John Maynard Keynes (McGraw-Hill 1975) : « Beaucoup de la vieille théorie se trouve toujours là, et une part importante de la nouvelle est formulée de manière imprécise et expliquée maladroitement » (p. 12). Mais Minsky lui-même n’échappe pas au même reproche, comme on peut s’en persuader en relisant un de ses textes originellement publiés en 1982 : « The Financial Instability Hypothesis ».

Parce que, tout hétérodoxes que Keynes (1883-1946) ou que Minsky (1919-1996) aient été, c’est tout de même au titre d’économistes qu’ils ont écrit. Bien que conscients qu’il fallait d’une certaine manière reprendre à zéro la tâche d’expliquer l’économie, vu l’état dans lequel se trouvait la « science » économique quand ils l’ont découverte, ils ont quand même subordonné cette tâche au désir d’être reconnus par la communauté des économistes.

Et cela a constitué un obstacle, dont on décèle ici et là les éléments à la lecture du texte de Minsky. Qu’est-ce par exemple – apparaissant soudain au beau milieu d’une équation représentant le bénéfice d’une entreprise – que ce facteur « k », affectant les flux, qui « prend en compte le degré de confiance […] lié à la trésorerie de l’entreprise » (p. 40), ce que Joseph Vogl (*) dans sa préface, traduit par : « Les mécanismes de l’offre et de la demande ne valent que pour un domaine où l’on opère avec des budgets fixes mais sont inopérants là où entrent en jeu conditions de financement et attentes du futur » (p. 11), comme si un prix ou un taux, portant sur une opération au comptant ou à terme, pouvait être déterminé par autre chose que le rapport de force au moment de la transaction, entre l’acheteur et le vendeur, ou entre le prêteur et l’emprunteur. Bien sûr la confrontation de l’offre et la demande n’est que l’un des éléments qui déterminent le rapport de force, en définissant la puissance de la concurrence interne à chacun des deux camps des acheteurs et des vendeurs, à chacun des deux camps des prêteurs et des emprunteurs, mais le prix se fixerait-il à un niveau P(offre et demande) + k(confiance) ? ou bien le taux, à un niveau T(offre et demande) + k(attente d’inflation future) ? en un plaisant cocktail d’éléments objectifs et de représentations dans la tête d’êtres humains ? Ou bien les facteurs « confiance » ou « attentes du futur », ne sont-ils là que comme cache-sexe de ce qui dans le modèle de la formation du prix ou du taux n’a pas encore été compris et manque toujours ?

L’effondrement des marchés financiers au dernier trimestre 2008 fut très justement désigné de « moment Minsky », parce que c’est bien lui Hyman Minsky qui avait défini les trois étapes de l’instabilité financière, du développement d’une bulle, à partir des trois stratégies que peuvent adopter les entreprises : stratégie « de couverture » quand les rentrées annuelles sont toujours supérieures aux versements dus dans la gestion de la dette, « spéculative » quand, sur le court terme, les rentrées sont inférieures à la gestion du passif, stratégie « de Ponzi », ou « pyramidale » ou « de cavalerie », en français, quand les rentrées sont inférieures à la gestion du passif à l’horizon prévisible, et que seul un événement providentiel futur fera gagner un jour le jackpot. Minsky remarque très justement que ce qui deviendra la « fraude » était souvent au départ une stratégie comme une autre mais qui aura échoué : « Il s’avère souvent que la « fraude » est un résultat ex post, pas nécessairement ex ante dans sa conception », écrit-il (p. 76) ; le cas Madoff en fournit une illustration spectaculaire.

Les instabilités inhérentes au capitalisme découlent du fait que les aléas de la courbe des taux feront que l’économie entrera un jour, du fait d’une hausse des taux, en mode de bulle, parce que certaines entreprises en mode « couverture » passeront alors insensiblement et contre leur gré en mode « spéculatif », et certaines qui se trouvaient en mode « spéculatif », glisseront vers le mode « Ponzi ». C’est dans ce facteur de hasard que l’explication de Minsky révèle toute son insuffisance : dans cette dichotomie entre les entreprises d’une part et la courbe des taux d’autre part, parce qu’un des éléments du taux exigé d’une entreprise pour les créances qui lui sont accordées, en sus de la prime de liquidité reflétant le rapport de force global entre prêteurs et emprunteurs sur le marché des capitaux, pour une maturité particulière, c’est la prime de risque de crédit propre à l’entreprise, exigée par ses créanciers, dynamique, et susceptible de l’entraîner par sa hausse brutale dans une spirale descendante à la moindre alerte, ce que Jeffrey Skilling, patron d’Enron, appelait à très juste titre pour qualifier le mécanisme qui avait détruit son entreprise, un « bank run des bailleurs de fond ».

Autre aspect passé inaperçu de Minsky : le fait que la prime de risque de crédit implicite au taux réclamé par un prêteur n’est jamais traitée par lui comme telle, à savoir pour provisionner un fonds de réserve, mais comptabilisée comme profit, avec les conséquences que l’on imagine lorsque la tendance économique se renverse.

Il n’y a là que quelques exemples, mais qui s’ajoutent à bien d’autres, présents ailleurs, pour faire penser que le moment est venu de bâtir une authentique théorie économique, en évitant très soigneusement de s’infliger délibérément comme Keynes et Minsky avaient tenu à le faire, le handicap de vouloir en plus être reconnu par la communauté des économistes.

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(*) Joseph Vogl dont je dirai davantage quand j’aurai lu son « Le spectre du capital », ouvrage lui aussi récemment traduit en français et publié par le même éditeur.

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Les Échos, L’ENTREPRISE FINANCIÈRE NE S’OCCUPE NI DE MORALITÉ NI DE PHILANTHROPIE, le 10 mars 2010

Un entretien avec Muryel Jacque : « L’ENTREPRISE FINANCIÈRE NE S’OCCUPE NI DE MORALITÉ NI DE PHILANTHROPIE »

A quoi attribue-t-on aujourd’hui l’émergence et le développement des bulles financières ?

Jusqu’à très récemment, la théorie orthodoxe économique considérait que les bulles n’existaient pas. Et des études, même assez récentes – avant le début de la crise – continuaient à essayer de le prouver. L’idée, c’est qu’il n’était pas possible de distinguer un prix spéculatif d’un prix fondamental (c’est à dire, fondé sur l’addition des différents éléments constituant le prix). Seuls certains Keynésiens avaient développé d’autres théories, en particulier la théorie des bulles de l’économiste américain Hyman Minsky dans les années 80. Quand la crise a éclaté, il est devenu impossible de dire que les bulles n’existaient pas, puisque la bulle était en train de se dégonfler devant tout le monde… Les théories de Hyman Minsky ont alors été remises au goût du jour. Chez lui, toute économie est soit dans un processus de création de bulle ou d’éclatement de bulle, en raison même de certains défauts du système capitaliste.

Croyez-vous que la nature humaine est à l’origine de la crise, comme l’a estimé l’ancien président de la Réserve fédérale Alan Greenspan ?

C’est une autre erreur de la science économique, liée à un a priori appelé individualisme méthodologique, de penser que rien ne se passe au niveau économique dont on ne puisse rendre compte simplement en additionnant les comportements individuels. Or, dans cette crise, les acteurs individuels, en suivant simplement leur propre intérêt, n’avaient pas la possibilité d’agir à un niveau global. J’ai travaillé dans une de ces entreprises au centre de la tourmente, qui a fini par disparaître, Countrywide. Lorsque les dirigeants – que je n’essaie pas d’exonérer car ils ont eu une attitude égocentrique et égoïste – se sont aperçus que l’entreprise périclitait, ils ont progressivement retiré leurs investissements. Ils n’ont pas essayé d’agir au niveau global. Ceci dit, ils n’en avaient pas la possibilité. Il fallait une concertation à un niveau plus élevé. C’est au niveau du gouvernement, et du Congrès ou du Sénat, et non au niveau individuel des dirigeants, qu’on aurait pu agir. Or, l’illusion d’Alan Greenspan et des économistes a été de croire que seul l’individu aurait pu faire quelque chose, le niveau global n’existant pas pour eux.

Goldman Sachs est soupçonné d’avoir aidé la Grèce à maquiller ses comptes. Quel est, selon vous, le rôle joué par les grandes banques mondiales dans la dérive de certains états ?

Goldman Sachs a effectivement proposé un arrangement à la Grèce ; les prospectus à valeur légale de ces opérations sont accessibles sur internet. Mais la responsabilité de la banque n’est pas là. En fait, l’industrie financière a, par une action de lobby, permis que ce type d’opérations soit autorisé par la Communauté européenne. Ainsi, il peut uniquement être reproché à Goldman Sachs d’avoir mis de l’argent dans le groupe de pression pour influencer les politiques. Il s’agit d’une entreprise financière, elle ne s’occupe pas de moralité. Elle n’est pas non plus dans la philanthropie. Elle décide au jour le jour des opérations rentables : aider la Grèce en 2002 est rentable, et parier sur la chute de la Grèce en 2010 l’est également. La finance ne fait pas de sentiment, mais du profit pour ses dirigeants, ses actionnaires et pour ses traders qui touchent des commissions. Cependant, en période de crise, ce que j’appelle l’extraterritorialité morale de la finance devient beaucoup plus visible car elle fait la une des journaux. Dans les périodes d’euphorie, l’absence de moralité apparaît en page 19 et l’on n’en parle pas.

Continuer la lecture de Les Échos, L’ENTREPRISE FINANCIÈRE NE S’OCCUPE NI DE MORALITÉ NI DE PHILANTHROPIE, le 10 mars 2010

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