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Socialter, L’impôsture ? Comment relégitimer l’impôt, Face-à-face Nicolas Delalande et Paul Jorion, N°5 juin 2014

Socialter : Face-à-face

L’impôsture ? Comment relégitimer l’impôt

Le mouvement des « bonnets rouges » contre l’écotaxe a relancé les révoltes fiscales. Quels reproches fait-on aujourd’hui à l’impôt ?

Nicolas Delalande : On ne peut qu’être frappé par la continuité des thématiques et des modes de révolte contre les taxes depuis le XIXe siècle. Il y a toujours une tension politique qui fait que ce ne sont pas simplement des mouvements de sécession : on critique une imposition jugée injuste, en même temps que l’on demande une protection de l’État. La diversité sociologique et l’incertitude sur la signification politique sont aussi constitutives des mouvements antifiscaux. À l’automne 2013, le mouvement des Bonnets rouges a rallié un amalgame de gens de droite, de gauche, et de nationalistes bretons, dans une lutte contre l’impôt. De même, le poujadisme avait commencé comme un mouvement relativement transpolitique, partant des campagnes pour s’opposer aux saisies et aux contrôles fiscaux. Au début, il était même soutenu par des communistes, avant qu’il ne prenne la tournure antiélitiste et réactionnaire qu’on lui connaît. La clarification politique de ces mouvements est ensuite l’objet de luttes internes, comme chez les Bonnets rouges depuis l’automne dernier.

Paul Jorion : La constante historique, c’est qu’il y a un différentiel dans la logique de redistribution, que l’impôt ne bénéficie pas à tous ni de manière homogène sur la totalité du territoire. Les populations rurales en Europe ont toujours eu le sentiment qu’elles étaient imposées sans bénéficier de ce que l’État pouvait proposer en échange, la sécurité principalement. De leur côté, les populations urbaines liées au commerce, étant essentiellement a-territoriales (et il s’agit souvent d’étrangers), considèrent qu’elles aussi sont des victimes de l’impôt. Mais ce qui fait la vraie différence aujourd’hui par rapport à ces logiques historiques, c’est un phénomène extrêmement rare apparu lors de la crise de 2008 : ce sont les riches qui ont été sauvés en priorité par les États grâce à l’impôt que verse la collectivité dans son ensemble. Ils ne peuvent donc plus prétendre ne pas enbénéficier.

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LE TONNEAU DES DANAÏDES (II), par Michel Leis

Billet invité

L’image du tonneau des danaïdes de mon précédent billet renvoie à cette impossibilité apparente de combler les fuites du système. Le discours dominant de la classe politique insiste sur la nécessité de réformes structurelles dans l’économie réelle et se focalise sur deux sources de fuite : le déficit chronique de la balance commerciale, synonyme de sortie permanente de capitaux dans certains pays, et le déficit public des États nécessitant un recours constant à l’emprunt. Ce même discours dominant insiste sur deux remèdes présentés comme incontournables : la compétitivité et l’austérité.

Dans le précédent billet, j’ai tenté de montrer en quoi la spécialisation relative des pays fondateurs de l’espace européen s’est opérée en fonction de deux modèles dominants, marques et enseignes. Une spécialisation relative sur le mode enseigne s’accompagne le plus souvent d’un déficit commercial structurel lié entre autres aux caractéristiques inhérentes à ce modèle. Tout d’abord, l’investissement est plus atomisé, ce qui ne favorise pas la remontée des capitaux dans les maisons mères, ensuite la politique d’achat est déterminante et se fait souvent au détriment des producteurs nationaux. Avec l’élargissement de l’Europe, la spécialisation s’est faite bien plus sur les avantages comparatifs, bien que des considérations de marché n’étaient pas absentes pour les pays du sud. Dans cette nouvelle donne, les nouveaux entrants de l’ex-bloc de l’Est siphonnent petit à petit une partie de la production des pays fondateurs et des pays du sud rentrés plus tardivement en Europe.

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L’actualité de la crise: quand vient le moment de présenter la douloureuse, par François Leclerc

Billet invité.

QUAND VIENT LE MOMENT DE PRESENTER LA DOULOUREUSE

Alors que le montant de l’addition de la crise n’est pas encore connu – car pendant les travaux, les dépenses continuent – la question de la facture qu’il va devoir falloir d’une manière ou d’une autre payer commence à devenir lancinante. Qui va la régler et comment ?

Il est pour l’instant encore considéré de mauvais goût de trop insister à ce propos, étant donné le caractère délicat de la chose, mais l’on y vient. Alors que les esprits sont déjà échauffés par l’attitude des managers des banques, qui s’apprêtent à nouveau à annoncer de nouvelles largesses extravagantes (à l’intention exclusive de leur management et de leurs traders). Nous amenant à nous demander s’ils font preuve d’inconscience. De manque de sens politique, diraient ceux qui cherchent à en faire preuve et à qui cela complique la vie. Ou, plus simplement, s’ils se croient tout permis et sont sûrs de leur fait, ce que l’on hésite à admettre devant l’énormité de la chose, et pourtant… Considérant, somme toute, que c’est leur dû et qu’ils n’ont de compte à rendre qu’à eux-mêmes. Car même leurs actionnaires, dont les dividendes sont minorés d’autant, sont mis devant le fait accompli, au nom d’un talent et d’un mérite qui pourrait sembler un peu usurpé, vu les circonstances.

Afin de tenter de répondre à un ressentiment profond envers les banques, dont ils craignent la montée, les gouvernements occidentaux disposent d’un épouvantail, qu’ils agitent régulièrement afin d’attirer l’attention : la taxation des bonus. Tous s’y essayent, Barack Obama s’apprêtant, selon un haut responsable Américain ayant requis l’anonymat, à suivre dans ce domaine ses collègues européens. Des commentaires peu charitables faisant cependant remarquer, à propos de la Grande-Bretagne qui a été en pointe à ce sujet, que les banques préfèrent payer les taxes que diminuer les bonus, et qu’il n’a de toute façon jamais été envisagé de leur part de diminuer le montant des bonus pour augmenter les crédits à l’économie, ce qui était l’objectif proclamé de la taxation…

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