LE TONNEAU DES DANAÏDES (II), par Michel Leis

Billet invité

L’image du tonneau des danaïdes de mon précédent billet renvoie à cette impossibilité apparente de combler les fuites du système. Le discours dominant de la classe politique insiste sur la nécessité de réformes structurelles dans l’économie réelle et se focalise sur deux sources de fuite : le déficit chronique de la balance commerciale, synonyme de sortie permanente de capitaux dans certains pays, et le déficit public des États nécessitant un recours constant à l’emprunt. Ce même discours dominant insiste sur deux remèdes présentés comme incontournables : la compétitivité et l’austérité.

Dans le précédent billet, j’ai tenté de montrer en quoi la spécialisation relative des pays fondateurs de l’espace européen s’est opérée en fonction de deux modèles dominants, marques et enseignes. Une spécialisation relative sur le mode enseigne s’accompagne le plus souvent d’un déficit commercial structurel lié entre autres aux caractéristiques inhérentes à ce modèle. Tout d’abord, l’investissement est plus atomisé, ce qui ne favorise pas la remontée des capitaux dans les maisons mères, ensuite la politique d’achat est déterminante et se fait souvent au détriment des producteurs nationaux. Avec l’élargissement de l’Europe, la spécialisation s’est faite bien plus sur les avantages comparatifs, bien que des considérations de marché n’étaient pas absentes pour les pays du sud. Dans cette nouvelle donne, les nouveaux entrants de l’ex-bloc de l’Est siphonnent petit à petit une partie de la production des pays fondateurs et des pays du sud rentrés plus tardivement en Europe.

Je voudrais me tourner maintenant vers cette autre source de fuite, le déficit des États et cette solution tout aussi « incontournable » : l’austérité. Le vocabulaire de l’économie renvoie à cette forme d’ascèse monacale, synonyme de privation supportée par les moines au plus grand bénéfice (pas nécessairement monétaire) de la communauté. Pour tenter d’en appréhender le contenu et les effets, il faut s’intéresser à la décennie qui a précédé la crise, en particulier en comparant l’évolution de l’Allemagne, championne incontestée de cette rigueur, avec celle des autres grands pays de la zone euro.

Si l’on examine l’évolution des dépenses publiques sous forme d’indice, on voit que jusqu’à la veille de la crise, tous les pays ont fait preuve de modération avec une croissance de ces dépenses inférieure à celle de leur PIB. Dans cette comparaison, la France fait figure de mauvais élève : en 96, ses dépenses s’élèvent à 54.2 % du PIB, et elles sont encore à l’indice 97 en 2007. Avant la crise, l’Allemagne et l’Espagne sont les bons élèves de la classe, leurs dépenses représentent respectivement 49.1 % et 43.2 % en 96. En 2007, leurs indices respectifs s’établissent à 89 et 91. À la veille de la crise, l’Espagne est en excédent budgétaire et l’Allemagne est plus ou moins à l’équilibre. Si l’Italie est en déficit, elle est dans une situation d’excédent primaire, ce qui n’est pas le cas de la France.

Évolution des dépenses publiques rapportées au PIB

Déficit public en % du PIB

Combinée avec la croissance, la modération budgétaire semble donc en mesure de résorber les déficits. Pourtant la crise fait apparaître des évolutions très divergentes des dépenses publiques. Il y a bien sûr une situation propre à chaque pays, l’explosion de la bulle immobilière en Espagne a un impact beaucoup plus fort sur la croissance tandis que l’Allemagne est l’un des pays qui va mobiliser le plus de moyens (en valeur absolue comme en % de son PIB) pour sauver son système bancaire. Sur cette période, la hausse du coût du financement de la dette n’est encore que marginale pour l’Espagne et l’Italie. Pourtant au-delà de ces situations particulières, l’un des grands déterminants de cette évolution est l’évolution des dépenses sociales avec des contrastes forts entre les pays.

Évolution des dépenses sociales depuis 1996

La position particulière de l’Allemagne pourrait s’expliquer tout autant par la résistance de son économie à la crise que par sa politique. Mais si l’on éclate ces dépenses dans le détail, la réponse apparaît sans ambiguïté, cette situation résulte des choix politiques antérieurs à la crise, visibles dès leur mise en œuvre dans la période 2003-2004. La baisse des dépenses en matière d’emploi est spectaculaire (l’effet le plus visible des mesures Hartz IV), mais les dépenses de santé et de vieillesse se réduisent dans la même période alors que la population allemande continue de vieillir. On observe aussi en France une tentative de suivre la même voie, sans que l’ampleur de la baisse soit comparable.

Évolution des dépenses sociales par poste depuis 1996

France

Allemagne

Espagne

Si l’on se penche maintenant sur les recettes, il est difficile d’en faire l’analyse, car il y a variabilité des rentrées fiscales en fonction de la situation économique générale. Néanmoins, deux graphiques permettent d’éclairer les choix budgétaires allemands. Le premier montre la répartition des rentrées d’impôts entre particuliers et entreprises, indépendamment de leur origine fiscale. Il révèle un choix déjà ancien de l’Allemagne où la pression fiscale porte bien plus sur les particuliers que sur les entreprises, le différentiel atteignant 10 % avec la France ou l’Espagne. Le deuxième montre l’évolution relative des charges sociales payées par les employeurs, avec une baisse relative de plus de 10 points à partir de 2004, résultant à la fois de salaires plus bas dans les services (conséquence directe des lois Hartz IV) et d’allégements de charges.

Impôts et charges : poids relatif des entreprises et des particuliers entre 1996 et 2010

Évolution des charges sociales payées par les employeurs

Ce qui m’amène à cette question : ne nous serions-nous pas trompés sur la signification du mot austérité ? La compétitivité et l’austérité ne seraient qu’une seule et même notion dans l’esprit des dirigeants allemands qui se résumerait à la mise en œuvre d’un mix de politiques fiscales et sociales entièrement dédiées aux entreprises, assurant ainsi la « compétitivité » du pays. L’austérité voulue par l’Allemagne serait un arbitrage « performant » qui réduirait le poids de l’État providence en transférant une partie du coût social hors de la sphère publique, le tout sans renchérir la fiscalité des entreprises.

Autrement dit, l’Allemagne serait en train d’instaurer une régulation très similaire à celle des anciens pays de l’Est où le niveau d’emploi est assuré en partie par des postes à faible productivité compensée par des coûts salariaux extrêmement bas. Au final, l’équilibre budgétaire se trouverait en réduisant l’État à ses fonctions régaliennes.

Les laudateurs de l’économie libérale s’extasient devant les résultats obtenus jusqu’au moment où, une fois de plus, ils seront démentis par les effets paradoxaux de cette politique. Où sont les biais ?

  • Comme je l’ai dit dans un billet plus ancien, le positionnement particulier de l’industrie allemande est une exception difficilement reproductible par les autres pays.
  • Cette politique contribue à élever les attentes de profit des entreprises qui modifient leurs stratégies en conséquence. D’une part, ils recourent de plus en plus à la sous-traitance dans les pays de l’ex-bloc de l’Est, ce que l’on peut observer au travers des chiffres de la balance commerciale allemande vis-à-vis de ces pays. D’autre part, on constate une évolution du modèle économique fondé sur les marques qui casse le lien entre la marque et la production. Commencée il y a des années dans le textile, poussée par les produits de haute technologie, elle s’étend à tous les secteurs traditionnels. Le savoir-faire d’une marque se résume aujourd’hui à sa technologie et à son capital d’image, il est de moins en moins associé à la nation qui porta la marque à ses origines, Apple en est l’archétype parfait. Ce mouvement est aussi en cours dans l’industrie allemande, faut-il rappeler qu’elle a perdu sur cette période 1996 – 2010 plus de 700.000 emplois ?
  • À l’inverse, cette politique n’est pas sans impact sur la demande intérieure. Ces salaires de subsistance ne profitent guère à l’industrie allemande et très peu à l’industrie européenne, contribuant au marasme général
  • Enfin, le filet de protection sociale détricoté par l’Allemagne manquera cruellement le jour où celle-ci sera rattrapée par la crise. Les signaux s’accumulent, non seulement la croissance a été très faible au premier semestre, mais dans un certain nombre de secteurs, les chiffres de production sont en trompe l’œil, les stocks commencent à s’accumuler. Si la crise est perçue comme structurelle, il n’est pas sûr que le patronat allemand adopte la même stratégie de travail à temps partiel qui avait préservé une partie de l’emploi lors de la crise précédente.

Les danaïdes sont maudites pour leurs fautes passées, elles ne voient plus que le fond de leur tonneau qui ne se remplit pas et n’ont pas la possibilité de revenir sur leurs erreurs passées. La malédiction des politiciens européens, quelles que soient leurs couleurs politiques, c’est d’avoir érigé l’économie au rang d’une religion. Au-delà des différences idéologiques de façade, l’économie triomphante (entendez les entreprises) serait la solution à nos principaux problèmes et l’austérité la voie de la rédemption. Mais calés sur des schémas déjà anciens (croissance, libre échange…), les gouvernements ne sont plus en mesure d’appréhender les rétroactions des politiques qu’ils initient (celles-ci sont peu modélisables). Les effets de bord se multiplient en attendant de vraies catastrophes sociales et écologiques. Surtout, cette place centrale accordée à l’économie empêche de considérer d’autres solutions comme le rétablissement d’une fiscalité élevée sur les profits, curieusement absente des débats européens. Si l’Europe se doit de rajouter une couche d’harmonisation pour solutionner ces problèmes de disparité, ce constat est aussi valable pour l’ensemble des pays développés.

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23 réflexions sur « LE TONNEAU DES DANAÏDES (II), par Michel Leis »

  1. Vous parlez des déficits jumeaux, problème qui concerne à peu près tout le monde et pas seulement l’Europe. Honnêtement, pensez-vous que l’harmonisation européenne (qui était sensée se produire avec l’Euro) peut résoudre ce problème ?

  2. Je m’interroge aussi sur la différence de modèle démographique.

    L’Allemagne a une faible natalité depuis longtemps. Cela produit aujourd’hui de faibles niveaux d’entrée sur le marché du travail. Cela a permis de retarder l’âge de la retraite et de faire baisser simultanément les dépenses retraites et chômage.

    En France, les classes d’âge entrantes sont nombreuses. L’effet du recul de l’âge de la retraite est simplement un transfert pension sur chômage. Transfert positif financièrement pour le capital (qui récupère la mise via baisse des charges et des impôts), le chômage des jeunes n’étant quasiment pas indemnisés, mais destructeur socialement.

    A l’inverse, on voit dans votre graphique, la forte montée des dépenses vieillesse en Allemagne de 1996 à 2003, qui justifie les mesures prises, alors que les dépenses vieillesse pour la France sont plutôt stables à cette période.

    Peut-on faire une hypothèse osée : une différence entre l’Allemagne et la France n’est elle pas que les dirigeants allemands établissent leur politique à partir d’une véritable analyse de leur situation, alors que, souvent, les équivalents français se contentent d’anoner ce qu’ils croient voir ailleurs (rappelons nous Sarkozy qui voulait importer les subprimes d’Amérique en 2007 …) ???

    1. Merci pour cet excellent et éclairant travail.

      Votre conclusion en forme de synthèse, m’amène à faire quelques commentaires.

      La malédiction des politiciens européens, quelles que soient leurs couleurs politiques, c’est d’avoir érigé l’économie au rang d’une religion.

      Je partage tout à fait votre avis. Les politiciens européens de tous bords ont montré leur totale incompétence économique. C’est probablement dû au fait qu’au moins depuis Marx, les économistes sont trop restés englués dans une mixture faite à la fois d’économie, de politique et de sociologie, sans voir que ce sont les aspects froidement physiques (biophysiques) du système conditionnant la vie sur terre, qui sont déterminants.

      L’énergie, sans laquelle la vie n’est pas possible, joue un rôle majeur en économie. Elle influence grandement le niveau de vie des habitants, selon que leur territoire en capte et/ou extrait beaucoup ou peu relativement au niveau de la population et de son train de vie.

      Au-delà des différences idéologiques de façade, l’économie triomphante (entendez les entreprises) serait la solution à nos principaux problèmes et l’austérité la voie de la rédemption.

      Bien sûr que les entreprises sont au cœur des problèmes à résoudre, parce se sont elles qui permettent directement ou indirectement d’accéder à l’énergie à procurer aux humains pour qu’ils vivent.

      Toutes ne sont pas en connexion directe avec l’énergie alimentaire (agriculture) de première nécessité, ou avec les énergies sous d’autres formes (fossiles ou renouvelables) qui sont également indispensables pour vivre (construction d’habitat, chauffage, habillement, déplacements, santé etc…), mais toutes les entreprises sont connectées au vaste maillage des échanges opérés grâce à l’argent et qui, au bout du compte, permettent aux habitants, parties prenantes de ces entreprises, de subvenir à leurs besoins en energie. L’argent sans être de l’énergie, joue le même rôle, car tout comme l’énergie c’est un moyen d’échange, une pseudo énergie, un substitut, un artéfact dit Paul Jorion.

      Or, une entreprise c’est un capital immobilisé comportant différentes parts, toutes importantes.

      Un capital matériel, qui équivaut à un stock, d’énergie transformée en immobilisation qu’il faut malgré tout entretenir et renouveler de temps en temps, pour faire face à son obsolescence.
      Un capital humain qu’il faut lui aussi entretenir, professionnellement, et aussi socialement, en lui procurant en échange des ses prestations un salaire lui permettant de vivre.
      Un capital immatériel, qui correspond à un savoir faire collectif capitalisé sous forme de méthodes de travail, d’aptitude collective à surmonter les difficultés internes et externes. C’est la marque, l’image de marque, la confiance accordée à priori compte tenu des références passées qui servent l’avantage concurrentiel sous forme d’un préjugé favorable.

      Comme le montrent certains de vos graphiques, en Europe, surtout dans le Sud, le capital de l’entreprise a été sacrifié au profit du capital humain, de tous niveaux, qui ont tiré de la bête, plus que ce qu’elle pouvait donner sans s’affaiblir, sans y laisser sa peau et sa vitalité au point d’être mise à genoux face aux meilleures compétitivités des BRICS.

      Nous avons mangé notre capital entrepreneurial en consommant plus que ce nous produisions et en nous endettant, non pour investir, mais pour consommer. Depuis 40 ans grâce au Club de Rome et aux travaux de .Meadows, nous savions que c’était une voie suicidaire, mais personne ni chez les économistes, ni chez les politiques, ni chez les sociologues ni chez les philosophes et autres intellectuels n’a osé crier gare parce que tous ces gens ne sont pas prêts d’admettre que l’évolution de l’univers et de notre propre monde de terriens, est réglée par la physique plus que par les religions de quelques natures qu’elles soient, y compris dans leur aspect social.

      Surtout, cette place centrale accordée à l’économie empêche de considérer d’autres solutions comme le rétablissement d’une fiscalité élevée sur les profits, curieusement absente des débats européens.

      Là, je pense que vous faites erreur. Ce ne sont pas les profits ou le capital productif qu’il faut ponctionner pour couvrir les frais de structure que sont principalement les dépenses d’Etat. Ce sont les dépenses consacrées à la consommation qu’il faut viser à réduire si l’on ne veut pas irrémédiablement porter atteinte à notre capital, celui qui nous permet de vivre, à savoir la terre.

      Depuis deux siècles, en consommant le capital qui avait été constitué depuis des millions d’années sous forme de réserves stockées dans nos sous sols, nous avons vécu mieux que les générations antérieures. Elles vivaient presqu’intégralement de prélèvements d’énergie sur les flux et ce faisant, elles hypothéquaient moins le futur de leurs descendants, donc le futur de l’espèce humaine.

      Il nous faut maintenant restreindre nos consommations consacrées à vivre, afin d’affecter les économies ainsi réalisées à investir sur la captation des flux d’énergie dans lesquels baigne la terre. Cela doit permettre à notre espèce de survivre, quitte à y laisser des plumes et des effectifs parmi les populations qui ne seraient pas en mesure de s’adapter à cette évolution. La frugalité apparait être un passage obligé lequel peut ne pas être ressenti comme l’austérité s’il est compris et vécu comme un sacrifice indispensable.

      C’est là que les grands prêtres de la politique, de l’économie, de la sociologie, et pourquoi pas des religions, peuvent avoir un rôle extrêmement important à jouer en matière de pédagogie et de persuasion des esprits en s’appuyant surtout sur les réalités intangibles de la vie, plutôt que sur des idéaux bâtis dans l’utopie.

      1. Comme le montrent certains de vos graphiques, en Europe, surtout dans le Sud, le capital de l’entreprise a été sacrifié au profit du capital humain, de tous niveaux, qui ont tiré de la bête, plus que ce qu’elle pouvait donner sans s’affaiblir, sans y laisser sa peau et sa vitalité au point d’être mise à genoux face aux meilleures compétitivités des BRICS.

        MAIS WHAT???!!!!!!!!!

        A force de vivre la tetê en bas et les ripatons en l’air , jducac a subi une sorte d’inversion des pôles.
        Un cas intéressant pour la science………..ou pas.

      2. « Cela doit permettre à notre espèce de survivre, quitte à y laisser des plumes et des effectifs parmi les populations qui ne seraient pas en mesure de s’adapter à cette évolution. La frugalité apparait être un passage obligé lequel peut ne pas être ressenti comme l’austérité s’il est compris et vécu comme un sacrifice indispensable. »

        Paul Jorion : 1 septembre 2012 à 22:54
        « Mais oui JohnJohn, figurez-vous qu’on a parlé aussi des psychopathes à cette réunion et que Frans de Waal a expliqué que leur stratégie d’exploiter systématiquement l’empathie des autres se développe chez eux extrêmement tôt, si bien qu’elle n’est pas réversible. C’est pour cela dit-il qu’il ne faut pas tenter de les réformer, c’est une tâche impossible : on ne guérit pas de la Trollitude, il faut les circonscrire, c’est tout.
        Cela a été compris ici. Vous avez vu comment, chaque fois que vous apparaissez, vous êtes immédiatement encerclé ? Vous n’avez rien à foutre d’aimer ou d’être aimé ? Eh bien, vous voilà bien servi.
        Cela a été compris ici. Vous avez vu comment, chaque fois que vous apparaissez, vous êtes immédiatement encerclé ? Vous n’avez rien à foutre d’aimer ou d’être aimé ? Eh bien, vous voilà bien servi. »

        Remplacer le Troll JohnJohn par le Troll jducac.

      3. Si l’endettement d’un Etat devient équivalent à son PIB, il faut que le taux de croissance de son PIB « inflaté » soit alors supérieur au taux moyen des intérêts de sa dette, s’il veut honorer, au moins, le service de sa dette (Effet de ciseaux) et ne pas finir ruiné ou faire défaut.
        Comme d’après JM Jancovici, le retour à la croissance est impossible suite la récente déplétion des énergies fossiles, il est impératif et urgent de décider d’augmenter les capacités de production électrique de notre parc de Centrales nucléaires afin de minimiser les insupportables effets annoncés d’une récession mondiale profonde et durable sur notre Pays par une plus grande autonomie énergétique possible.

    2. Lisez Malthus !

      Son Essai sur le principe de population est disponible dans plusieurs formats sur le site de l’uninversité canadienne UQAC.

      D’un côté Malthus s’est lourdement trompé puisqu’il n’a pas anticipé l’accroissement extraordinaire de la quantité et de la qualité nourriture produite, la possibilité de la transporter et de la conserver bien plus facilement mais d’un autre côté il avait raison: les ressources dont nous disposons sont limitées et les catastrophes naturelles, les épidémies et les guerres ne sont pas le moyen idéal d’ajustement.

      Il n’a pas non plus anticipé la tendance observée par les démographes qui veut que l’augmentation de la population cesse naturellement quand le niveau de vie s’accroît mais il est surprenant de constater que le résultat est le même que celui qui serait obtenu en suivant son conseil de retarder l’age du mariage et de ne le permettre qu’à ceux qui ont les moyens de nourrir leur famille sans recourir à l’aide publique.

      Ce livre parait tout à fait « démodé » mais il jette une lumière crue sur les questions qui se posaient au moment où le capitalisme tel que nous le connaissons s’est constitué et en même temps sur les solutions qu’il a choisi pour y répondre.

  3. « Je voudrais me tourner maintenant vers cette autre source de fuite, le déficit des États et cette solution tout aussi « incontournable » : l’austérité. Le vocabulaire de l’économie renvoie à cette forme d’ascèse monacale, synonyme de privation supportée par les moines au plus grand bénéfice (pas nécessairement monétaire) de la communauté. »

    il me semble que l’organisation monacale intègre le bénéfice pour quelque chose de supérieur à la communauté et que là sans doute est la clé d’une reformulation de notre système économique.
    et que cela même est un fondement de la vie monacale
    que l’on formule cela sous forme religieuse ou pas c’est un fait.
    et qu’il n’est nullement question là de bénéfice au sens trivial du terme.

    par ailleurs l’austérité monacale est souvent une frugalité ce qui n’est pas du tout la même chose

  4. l’allemagne coté innovation industrielle et écologique a mis en oeuvre des outils permettant la production de matières premières innovantes mais peine à les voir utilisées par d’autres secteurs faute d’intégration économique globale
    et surtout de communication et plus encore d’élévation conceptuelle de la notion d’économie.
    la dimension de pré carré liée au concept de bénéfice individualisé sans transcendance empêche la répartition d’une innovation pertinente
    l’association d’entreprise persiste à se concevoir comme un seul moyen de démultiplier les bénéfices dans l’idée ancienne du bénéfice dans un empilement vertical de pouvoir et de bénéfices quantitatifs, la transcendance s’opère dans une vision non pas élargie mais exactement contraire à la transcendance.
    une solution aux problèmes de l’économie actuelle serait de la mettre sous perfusion de spiritualité.

    1. @ rahane 3 septembre 2012 à 10:52

      Une solution aux problèmes de l’économie actuelle serait de la mettre sous perfusion de spiritualité.

      Attention, il existe des risques à mettre en jeu l’esprit, la spiritualité et pourquoi pas le spiritisme qui peuvent conduire à des égarements similaires à ceux dont l’histoire humaine à eu à souffrir sous forme de diverses manipulations mentales des foules, par des mouvements à caractère religieux, sectaires, politique ou autres.

      Par contre, je vous approuve si vous voulez dire que « les problèmes de l’économie actuelle » obligent à mettre en jeu l’esprit critique et rationnel de tout à chacun, jusqu’à comprendre et s’expliquer ce que sont les fondements de l’économie pour des organismes vivants tels que les humains.

      Il est bon, pour ce faire, de ne pas oublier que nous ne sommes que des bactéries évoluées mais qui, tout comme nos lointaines ancêtres, ont encore besoin de s’alimenter en énergie, à l’image de tous les organismes vivants, pour survivre dans un milieu qui évolue, comme c’est le cas pour tout l’univers.

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Origine_%C3%A9volutive_de_l'Homme

      Bien avant que l’on parle d’économie, les humains ont pragmatiquement découvert ce sur quoi se fonde l’économie. Notamment, par la pratique « d’économies » sur les possibilités de leur consommation, ils ont su constituer par accumulation progressive (capitalisation), une épargne prenant alors le nom de « capital », au sens d’essentiel, de primordial, d’important.

      En effet, un capital (un stock d’énergie disponible) offre, pour celui qui en dispose, de multiples possibilités d’utilisation ultérieure. Il permet, d’une part, de l’utiliser pour survivre en cas d’absence d’apport en nouvelles ressources du fait de la périodicité où des irrégularités de production liées au climat (agriculture et affaires en général). Il permet surtout d’investir dans des nouveaux moyens de production, mieux adaptés et plus performants.

      Depuis 2 siècles, l’humanité a utilisé, pour améliorer ses conditions de vie, les stockages d’énergie réalisés naturellement dans le sous sol. Mais elle ne s’est pas suffisamment souciée de les renouveler ou de les remplacer par de nouvelles sources de captation couvrant ses consommations courantes. C’est de là que vient la crise économique. C’est ce qu’il convient de faire découvrir et entrer dans l’esprit des gens aujourd’hui, afin qu’ils comprennent pourquoi il faut réduire nos trains de vie, tant que nous n’aurons pas opéré notre reconversion énergétique.
      C’est l’Occident qui est le premier touché par cette crise, c’est à lui de réagir en premier. On doit pour cela faire appel aux consciences qui concernent les humains vivants, bien plus qu’à la spiritualité qui concerne, éventuellement, l’au-delà de la vie

      1. Depuis 2 siècles, l’humanité a utilisé, pour améliorer ses conditions de vie, les stockages d’énergie réalisés naturellement dans le sous sol. Mais elle ne s’est pas suffisamment souciée de les renouveler ou de les remplacer par de nouvelles sources de captation couvrant ses consommations courantes. C’est de là que vient la crise économique.

        A ce stade ce n’est plus de la synthèse, mais une formidable contraction de l’esprit . L’univers avant le Big Bang.

        jducac alias Buzz l’Eclair « VERS L’INFINI ET AU DELA » !
        http://www.youtube.com/watch?v=EnCN5DCbrDM

    2. une solution aux problèmes de l’économie actuelle serait de la mettre sous perfusion de spiritualité.

      Serait d’enraciner la pensée économique dans la connaissance du réel, des grands équilibres qui conditionnent la vie sur terre, des rythmes de transformation et renouvellement de la matière.
      Le Marché et la Nature fonctionnent de la même manière. Tout déséquilibre qui va en s’accroissant et qui perdure dans les échanges et les stocks entraine la destruction des écosystèmes quels qu’ils soient. Par des tensions générant des ruptures dont les conséquences dépassent souvent in vivo, le tube à essai dans lequel elles ont été anticipées.
      Une autre gestion du temps entre croissance et décroissance accélération et ralentissement répartition des poids et des mesures.

      L’éthique de l’équité c’est bien, la pratique c’est mieux.
      Sans esprit d’équité rien de sain , de valide n’est possible.

      Et surtout en finir une bonne fois pour toute avec le culte mortifère du sacrifice. Solidarité et convergences.

      La spiritualité c’est vaste, un espace que chacun remplit selon ce qu’il est . Toutes les coupes n’ont pas la même contenance ni les mêmes propriétés. Redéfinir un bien commun, un centre de gravité, projeter un but commun , une multitudes de chemins pour y arriver dans le cadre de certaines règles communes à respecter. Notre premier Bien Commun étant la vie, nous mêmes, notre dignité.

      La connaissance fournit ce cadre dans lequel tout est possible mais pas n’importe comment.

      Le cadre actuel réduit le champ des possibles car il constitue un mépris de toute dignité, un déni de réalités, un reliquat de tous les obscurantismes passés, présents et à venir. Faisant accroire que tout est permis selon que l’on sache s’en convaincre et convaincre autrui.

      …….Amen.

      1. partant du niveau de matérialisme mortifère où nous sommes une petite perf de spiritualité franchement ça fait flipper?
        ne nous trompons pas d’ennemi
        quand je dis spiritualité je ne pense pas religions mais valeurs un chouia plus élevées
        et même la simple notion d’élévation du débat au delà des questions d’argent
        qui semble devant la mort annoncée d’une grande vacuité.

  5. Merci pour les beaux graphiques. J’adore les graphiques, ca parle plus qu’une dixaine de textes.
    Vous citez l’Allemagne, vous parlez du fameux « Hartz4 », une loi invariablement discutée et fortement contestée en Allemagne. Je voudrais souligner le fait (puisque l’on met en relief cette loi comme un modèle possible pour la France) que Hartz4 et ses dispositifs annexes ont certes contribué à augmenter la marge de bénéfice des entreprises, mais que cette loi n’a pas contribué à faire baisser le chômage; la baisse est esstentiellement dûe à l’export, point fort de l’Allemagne. Le reste c’est de la propagande politique et patronale.

    Il faut dire que le projet européen tel qu’il a été concu par les technocrates a échoué. Il s’est construit, jusqu’à présent, autour de deux axes idéologiques: favoriser les ventes vers les pays adhérents et favorier le commerce en général, et deuxièment les encadrer dans un contexte géopolitique.
    L’Europe, le projet européen, y compris le système sur lequel repose l’euro, n’est qu’une immense bulle, et toutes les bulles ont la fâcheuse tendance à crêver un jour – le moment est peut-être venu.

    1. Comme je le rappelle dans le billet, l’emploi industriel a baissé constamment en Allemagne. Je n’ai pas incorporé le graphique, mais les créations d’emplois allemandes se sont fait essentiellement dans les services sur des emplois mal payés : + 3 000 000 mais beaucoup moins en équivalent temps plein sur la même période 96-2010.
      Pour le reste, le projet européen n’est pas une bulle, simplement, il accentue tous les travers de l’économie actuelle dans les pays développés.

  6. Laiciser l’ énonomie, la déclarer subordonnée aux besoins humains et aux objectifs sociaux, la décréter contingente, la rendre à la Science si c’est possible, l’aborder avec un zeste de pragmatisme, voilà un programme trés recommandable.

    Et effectivement graphiques éclairants.

  7. « les gouvernements ne sont plus en mesure d’appréhender les rétroactions des politiques qu’ils initient (celles-ci sont peu modélisables). »

    Depuis quand rendent-ils des comptes ? Depuis jamais. Dans une optique de véritable représentation la rétroacion leur serait utile, mais ils n’en ont pas. Ils inventent des résultats, ou les truquent à leur avantage; ainsi de tous les chiffres importants – chômage, pauvreté, logement..-. Ils sont en mesure d’appréhender pourtant, car l’Etat à toutes les institutions, type INSEE, nécessaires pour vérifier le bien-fondé de ses politiques.
    Modélisables ?…Il suffit d’élaborer de bon questionnaire d’enquête auprès de ceux qui ont subi les politiques. Que les politiques soient modélisables, ou pas, ce qui importe c’est le résultat.

    Quand on voit ce qu’initie Moscovoci par exemple, c’est-à-dire une énième variable des aides aux entreprises pour développer la « compétitivité », alors qu’on sait que ces aides ne sont pas utilisées pour créer de l’emploi, depuis 20 ans, que les licenciements accélèrent, qu’il n’y a aucune rétroaction mise en place par rapport à ces mêmes milliards dilapidés – pas d’indicateur d’utilisation des aides, pas d’indicateur du nombre d’emplois créés – on sait d’avance que cette politique stupide nous amène droit dans le mur.

    En chaussettes, puisqu’il faudra en plus balancer X milliards pour satisfaire le MES que le même esprit obtus et servile au service des patrons, depuis bien avant sans doute qu’il soit président du Cercle de l’Industrie – un organisme patronal – ou du Mouvement Européen – un machin transpartis ou domine les responsables de droite et du centre – à décidé avec son chef Hollande de remplir, ce qui va nous ruiner.
    Pas lui, naturellement. Avec toutes les casquettes de ce go-between, il y aurait de quoi équiper les Red Sox au grand complet. Quoiqu’il en soit les français iront remplir, sans espoir de rétroaction autres que la misère croissante, les caisses de l’UE, qui remplira celle des banques, qui iront remplir les coffres sûrs de l’UE au lieu de faire crédits aux entreprises. Entreprises qui, pour cette raison aussi, n’embaucheront pas et demanderont des aides…

    1. Je crois que résoudre est construit sur la même racine que dissoudre, on pourrait donc imaginer que le problème a définitivement disparu… Mais je me trompe peut-être pour l’étymologie. En ce qui concerne le problème, il est toujours présent.

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