Archives par mot-clé : islamisme

La société française n’a-t-elle pas laissé le prof admirable seul avec un viatique d’idées généreuses ?, par Régis Pasquet

C’est un prof comme j’en ai connu de nombreux, un prof qui sait que dans sa classe il n’y a de réussite que si tous réussissent. Qui sait que la société républicaine attend de lui qu’il donne le meilleur de lui-même pour que chacun se libère des servitudes et mette en question systématiquement toutes les connaissances qu’il reçoit. D’abord, et surtout peut-être, celles qui sourdent des familles depuis des siècles et sont agglomérées comme des caillots de sang, propres à boucher les artères.

Ce sont des enfants de treize ou quatorze ans à qui l’on a raconté la vie et donné des principes simples à utiliser, pour qui l’on a construit une morale commode. Des enfants que la société préfère en consommateurs et en utilisateurs de réseaux sociaux, qui ont accès à des images dérangeantes que les générations précédentes n’imaginaient même pas. Des images qui génèrent des pensées que l’on ne comprend pas. Il voudrait se risquer à faire une expérience. Alors un matin, Samuel, le prof, arrive dans sa classe avec dans son sac à dos, une bouteille de nitroglycérine. Continuer la lecture de La société française n’a-t-elle pas laissé le prof admirable seul avec un viatique d’idées généreuses ?, par Régis Pasquet

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Un non-billet pour m’aider à rédiger une leçon de mon cours d’anthropologie interculturelle

J’annonce la couleur franchement : « Un non-billet pour m’aider à rédiger une leçon de mon cours d’anthropologie interculturelle ». Je ne me prononce pas (encore…) personnellement. Je voudrais d’abord vous entendre vous.

Le Monde : Emmanuel Macron présente son plan contre « le séparatisme islamiste », le 2 octobre 2020

Le chef de l’Etat a assuré avoir écarté l’idée, un temps envisagée, de retenir une « approche concordataire » pour parvenir à « construire un “islam des Lumières” dans notre pays, en paix avec la République ».

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« Printemps arabe » ? Vous avez dit : « Printemps arabe » ?, par Annie Cyngiser

Billet invité.

L’Europe, intriguée – alarmée ?-, scrutant le « Printemps arabe ». Que charrie-t-il depuis plus de deux ans ce si « Proche-Orient » ? Cet Orient qui a tant séduit, subjugué et fait couler d’encre depuis le 19e siècle surtout, colonisation aidant.

Un Orient que l’on a tenté de juguler depuis les Croisades, étripant, pillant or et savoirs au passage, un Orient que l’on a cru soumettre, passée la domination ottomane, au joug de la bienveillante « civilisation » colonisatrice, puis que l’on a choyé, courtisé, non sans arrière-pensées, bizness à la clé, une fois les Indépendances acquises, voilà qu’il se réveille cet Orient ! Et boute hors du royaume ses tyrans, nos « chers amis » d’hier !

Ce lointain proche, qui a tant interpellé l’Occident, qui a fait s’interroger honnêtement un Montesquieu, et même fait rêver des conservateurs (Théophile Gautier, Ernest Renan ..), cet Orient, encore aujourd’hui si mal défini et mal appréhendé, que l’on s’acharne, en dépit des faits historiques, à dénommer « arabe », en une appellation réductrice et ethnicisée, aurait aujourd’hui son mot à dire !

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FORFAITURE, par Rabâa Ben Achour-Abdelkéfi

Billet invité. A paru initialement dans La Presse.tn.

Le 17 décembre 2010, à Sidi Bouzid, un marchand ambulant s’immole par le feu. Un agent municipal, une femme rigoureuse et sans histoire, lui aurait confisqué son gagne-pain, l’aurait bousculé et peut-être même giflé. Acte de révolte ou de désespoir ? Le marchand s’immole par le feu. Beaucoup de jeunes chômeurs, comme lui et avant lui, se sont aspergés d’essence, ont activé leurs briquets, se sont consumés. Le suicide est devenu banal. Mais Mohamed Bouazizi, lui, a désigné les coupables de son mal-être. Il est mort devant la mairie. Il a dévoilé l’envers d’un décor de pacotille. La pauvreté et le chômage des diplômés frappent désormais en pleine figure. Il n’est plus possible d’être aveugle et pour y voir clair, il suffit d’aller devant soi, par-delà les boulevards de l’Environnement, de l’Excellence ou de la Qualité de la vie. Ce n’est pas une plaisanterie, ce sont de vrais noms de rues. On les retrouve dans toutes les villes. Le pays a eu pourtant de grandes cités, des écrivains, des artistes, des hommes d’État, des princes et des militants. Mais on n’aime que ce qu’on n’a pas : l’environnement, l’excellence et la qualité de la vie. Où que vous soyez, sur la côte ou à l’intérieur des terres, parcourez cinq cents mètres, un kilomètre tout au plus, et vous vous retrouverez dans un de ces quartiers déshérités où une jeunesse livrée à elle-même et désabusée en arrive à la délinquance et à la prostitution.

Par sa violence et son immédiateté comme par sa valeur symbolique, le geste de désobéissance absolue du jeune homme, a rendu aux Tunisiens le droit de se révolter. Nul ne condamne son suicide, pas même les islamistes, car en s’immolant il a reconquis l’espace des libertés confisquées et fondé, à son insu, une conscience politique et une solidarité nationale inédites.

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