5 réflexions sur « Université catholique de Lille, Faculté de Droit, “Regard anthropologique sur la radicalisation”, wébinaire le mercredi 17 février à 17h00 »

  1. Une journaliste a fureté pour trouver cet écrit de Isaac Asimov, qui expliquerait que ce populisme du bon sens contre l’intellectualisme n’est pas né avec Trump, mais existe depuis longtemps en Amérique, comme une tendance sous-jacente lourde…
    https://aphelis.net/wp-content/uploads/2012/04/ASIMOV_1980_Cult_of_Ignorance.pdf
    Par contre, l’élitisme a produit à mon sens, l’inexorable bascule de l’opinion vers des formes de pensée complotistes en phagocytant la conceptualisation à son seul bénéfice, construisant ainsi la pensée unique d’un catéchisme qui n’est plus reconnu comme une pensée désintéressée. Et ce soupçon justifié, d’intentionnalité cachée, produit des paranoïas qui finissent par remettre en question la façon de pensée objective.
    Le problème de l’élitisme, c’est qu’il ne sélectionne pas les “talents” comme prétendu, mais se fait le reflet des inégalités contextuelles , ainsi que des différences psychologiques au profit de ceux qui acceptent la compétition contre ceux qui sont “programmés” pour le collaboratif. Ce qui fait qu’en France le profil du “chef” a tendance à se confondre avec celui du psychopathe (au sens de celui du handicapé de l’affect); son incapacité lui permet une vision binaire des choses, qui ne s’encombre pas de complexités et qui est facilement audible et quantifiable par des comptables. Mais ses qualités ne s’expriment que dans la simplicité, ou dans le virtuel d’une modélisation simplificatrice, et sont incapables de lui permettre de gérer la complexité de systèmes humains.
    C’est ce handicap de l’affect qui le rend business compatible…
    En fait tout ce que l’élitisme produit c’est de permettre à des gens au profil similaire, de se regrouper entre eux , et d’aboutir à ce qu’ils s’autopersuadent de ce qu’ils pensaient déjà, ou de ce qu’ils étaient prédestinés à croire. La conceptualisation amène dans ce cadre, un renforcement des présupposés par l’échange renforcé de ce à quoi d’une certaine façon , on s’attend. Et plus on trouve ce que l’on pensait déjà, plus on se croit intelligent de l’avoir pensé par avance, et plus on va se fermer à tout autre chose. Mais comment dans un tel contexte peut-on se rendre compte que l’on échange que des simulacres?
    D’une certaine façon, la pédagogie allemande a réglé cette problématique qu’en France on continue d’enfermer entre “laxisme de pédagogisme et sélectionnisme d’élitisme”. Les deux produisent des inadaptés et ce n’est même pas une question de juste proportion entre ces deux extrêmes.
    Un pédagogue allemand , passionné de travail manuel, a conceptualisé à partir de l’expérience des maîtres-artisans, ce que devrait être un enseignement généraliste efficace. (ce dont s’inspire l’enseignement allemand)
    Il fait quelques constats:
    –> nécessiter d’alléger les programmes, non pas pour obtenir des élèves, qu’ils aient artificieusement de meilleures notes, mais pour les pousser à l’excellence dans ce qu’ils font ; Le but n’est pas de sélectionner, mais alors de former, de sorte que ce qui est su le soit jusqu’au bout, à la manière d’un maitre-artisan qui ne valide l’ouvrage d’une pièce que si elle est parfaite. Pas question d’accepter un truc à moitié fait et encore à faire.
    –> Nécessiter d’accepter la tolérance aux fautes, non pas dans le but de valider ce qui ne devrait pas l’être, mais dans l’objectif de refaire jusqu’à ce que ce soit su; Ce qui suppose un allongement des temps d’apprentissage et permet aux plus rapides d’approfondir ce qu’ils savent et d’être instrumentalisés aux bénéfices de l’apprentissage des autres . Et c’est là qu’une partie d’entre eux vont s’initier sans le savoir au vrai management par l’apprentissage de l’échange de savoir.
    –> surfer dans les progressions recherchées sur l’impression de déjà vu qui favorise l’ancrage.
    –> Produire des filières diversifiées avec des mix conceptualisation/technicités où les temps d’apprentissages suivant les finalités, sont différents, mais où la ventilation au final des savoirs (et de la maîtrise de la conceptualisation) ne sont pas amoindris afin de permettre passerelles, interopérabilités et filières sans autres entraves à part celle d’avoir validé son cursus. Ainsi on évite les filières de relégation dont on ne peut plus sortir et qui sont de vrais chaudrons de sorcières (image de géologie). (le PDG de Porsche est issu de l’apprentissage).
    En France des élites pingres et psychopathes, ont privilégié dans leurs réflexions, le chronomètre pour sélectionner les plus rapides et les moins collaboratifs, la feuille de papier et le crayon qui condamne au conceptuel au détriment du technique (parce que les machines cela coûte cher), les filières de relégation aux diplômes dévalués pour valoriser par opposition des filières “premium” élitistes (avec de gros moyens misés sur un petit nombre de personnes), la reproduction sociale et même le déclassement parce qu’il n’y a pas de place pour tout le monde…

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    1. @Dalla Vecchia Luigi La radicalisation est actuellement recherchée comme conséquence des algorithmes des réseaux sociaux et ressources vidéo, or
      ” La conceptualisation amène dans ce cadre, un renforcement des présupposés par l’échange renforcé de ce à quoi d’une certaine façon , on s’attend. Et plus on trouve ce que l’on pensait déjà, plus on se croit intelligent de l’avoir pensé par avance, et plus on va se fermer à tout autre chose.”
      est un phénomène déjà connu (mais pas reconnu) de radicalisation du centre autour de la pensée néolibérale convenu de la doxa des intellectuels autorisés, et des médias de référence …

  2. “En fait tout ce que l’élitisme produit c’est de permettre à des gens au profil similaire, de se regrouper entre eux ” : ce ne serait pas plutôt l’inverse ?
    Et l’Elitisme se ferait “le reflet … des différences psychologiques au profit de ceux qui acceptent la compétition contre ceux qui sont “programmés” pour le collaboratif.” Drôle de “constat” et de psychologisation de la lutte des classes, de la domination sociale.

    1. Ce n’est pas une question de lutte des classes (ce qui supposerait une intentionnalité machiavélique) , c’est un aveuglement sur les effets pervers d’un système dont les qualités supposées , l’étaient par le simulacre de pensée que produisent les endogamies. De même ces endogamies ne sont pas vraiment le résultat d’une volonté, mais les conséquences d’une organisation qui produit des effets de confort pour ceux qui sont déjà dans le moule et à qui on ne demande de rien changer à leurs structures de réflexion , de construction et supposément d’objectivité recherchée d’une pensée .
      J’ai été dans un lycée très élitiste, et j’y ai survécu grâce à l’appui de parents éduqués, à une situation privilégiée dans un centre-ville, à l’apport de l’église qui était encore à l’époque détentrice de nombreux biens (toute une rue) et qui se faisait très présente auprès des jeunes dans un esprit assez ouvert similaire de l’éducation populaire dans les mairies de gauche ( avec des loisirs à retombées éducative groupale et pas mal de lectures “animées” autour d’ouvrages de toute sorte, sans présupposé doctrinal); et si j’avais de bons résultats, leur pérennité, je la dois à un ami que j’ai pu gardé durant tout mon cursus et qui avait la particularité d’être à l’aise dans les 2 mondes, avec toutefois une hypocrisie affichée de façon satirique pour la compétition en jouant les fachos pour provoquer l’émoi autour de lui et faire le vide autour de lui, tout en étant parfaitement de gauche dans ses confidences de camaraderie.
      J’ai vu dans ce lycée comment l’effet de meute élimine les filles dans les disciplines scientifiques; élimine les timides et les amitiés qui n’intègrent pas le “challenge” entre camarades; j’ai vu comment certains cherchaient à devenir le mâle alpha de la cour de récréation quand croulant sous les contrôles et examens en tout genre, ses notes commençaient à baisser gravement (on avait tellement de notes que certaines présentées comme unique dans le carnet étaient en fait la moyenne d’une kyrielle de vérifications); j’ai vu comment certains se fermaient pour vivre dans une bulle. J’ai vu comment se construit le mépris pour certaines disciplines annexes, dont la raison n’est pas à chercher dans le désintérêt, mais dans l’incapacité à tout gérer et à l’admettre. On préfère prétendre son mépris de peur que ce ne soit évalué comme un manque d’intelligence.
      Les seuls que j’ai vu vivre sereinement , sont ceux qui avaient une activité extrascolaire épanouissante et qui ont pu notamment dans le sport (tennis, tir à l’arc, équitation…etc), lier des amitiés et relations sincères. Une chose rassurante, pour les avoir vus des années plus tard: beaucoup ont fait le deuil du personnage qu’ils tenaient dans le lycée, (souvent à la suite d’abandon d’ambitions démesurées) et ont aujourd’hui un impact positif sur leur entourage. Ils disent tous avoir plus souffert dans leurs années d’apprentissage que dans leur travail où ils ont goûté à un certain relâchement.
      Pour finir à mon entrée à la fac de sciences, je me suis retrouvé entouré d’une horde de mecs (bien plus sympathiques et équilibrés), mais avec la surprise de constater la quasi-inexistence de filles se consacrant aux sciences. J’espère que tout cela a changé.
      Je préciserai, que je ne suis pas de gauche par goût pour la lutte des classes, mais par goût pour la solidarité, les entraides, et la mixité sociale qui suppose aussi le respect des riches; par goût pour le bien commun et une communauté de destin assumée. La lutte des classes cela emmerde tout le monde.

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