Archives par mot-clé : Jean-Paul Sartre

Juliette Gréco (1927-2020)

Mon billet du 18 décembre 2008 :

Une petite histoire, qui m’a été racontée par Jean Pouillon.

Sartre est assis aux Deux Magots ou au Flore et il dit à ces jeunes gens qui viennent de fonder avec lui Les Temps Modernes : « J’aimerais bien écrire des chansons : ce sont des choses que les gens retiennent. Mais qui les chanterait ? » Quelqu’un dit : « Je sais qui ! »

Quelques jours plus tard, la jeune femme à qui il pensait est présentée à Sartre : toute en noir, avec une chienne et de longs cheveux noirs raides, toute « gothique » comme on dirait aujourd’hui. Il lui pose poliment quelques questions. Puis, à tout hasard : « Vous chantez ? », à quoi elle répond « Non ! ». Sur quoi Jean-Sol Partre se tourne interloqué vers le « contact » qui ne se démonte pas pour autant, il hoche la tête pour bien lui signifier : « Non, non, ne vous inquiétez pas ! » Et il avait raison, puisqu’il s’agissait de Juliette Gréco.

Je l’ai vue et entendue à l’Ancienne Belgique, vers 1952-54. J’ai expliqué ma terreur à l’écoute d’Edith Piaf chantant « Bravo pour le clown ! » et ce dont je me souviens pour Juliette Gréco, ce sont deux choses : d’abord ce toute en noir que je trouvais très chic, et puis, une chanson qui commençait par « Une fourmi de dix-huit mètres, Avec un chapeau sur la tête… » (Robert Desnos). Elle ajoutait bien : « Ça n’existe pas ! » mais je ne suis toujours pas entièrement rassuré.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 2 FÉVRIER 2018 – Retranscription

Retranscription de Le temps qu’il fait le 2 février 2018. Merci à Marianne Oppitz et Catherine Cappuyns.

Bonjour, nous sommes le vendredi 2 février 2018 et je ne sais pas si c’est la même chose chez vous, mais ici en Bretagne, à Vannes, eh bien, il a gelé cette nuit. Alors, un beau démenti à la face des gens qui vous parlent de réchauffement climatique puisqu’il a gelé dans la région du Morbihan cette nuit.

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« OÙ SONT PASSÉS LES INTELLECTUELS ? » (II) JEAN-PAUL SARTRE EST MORT EN 1980

Jean-Paul Sartre représentait en France mais également en-dehors des frontières de la France, la figure de l’intellectuel, et il n’est peut-être pas injustifié d’affirmer que les intellectuels ont disparu avec lui à sa mort en 1980.

Il y a sans doute là une exagération mais peut-être pas autant qu’il pourrait tout d’abord sembler. Sartre a représenté l’intellectuel « universel » du XXe siècle : acquis à une utopie, il s’est enthousiasmé un temps à sa mise en application, avant d’en découvrir les limites, à savoir les horreurs, pour élaborer ensuite une critique de cette utopie, de ses applications, et de son propre engagement vis-à-vis d’elle.

Voilà en effet le cycle évolutif de l’intellectuel du XXe siècle. Ils sont nombreux à être morts avant d’avoir couvert la séquence complète de ces étapes mais c’est là, je dirais, le schéma général.

Dans le rôle de l’utopie, le marxisme a bien entendu tenu la vedette. Et de ce point de vue là aussi Sartre a été archétypique : enthousiaste pour le stalinisme, puis le maoïsme, découvrant le goulag, puis le vrai visage de la révolution culturelle.

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PIERRE VERSTRAETEN (1933 – 2013)

J’ai découvert Sartre à l’âge de treize ans, quand une « grande fille » de quinze ans qui m’avait demandé ce que je lisais avait fait la moue devant les Victor Hugo, Jules Romains, Anatole France que j’avais à lui proposer : « Il faut lire Hervé Bazin, il faut lire Camus, Sartre ! ».

J’étais allé acheter Vipère au poing en livre de poche. Pour Sartre, ce n’était pas nécessaire : La nausée se trouvait sur les rayons de la bibliothèque de mes parents, même si ce n’était pas sur l’étagère où se trouvaient les romans qu’ils me suggéraient de lire.

J’ai lu La nausée et j’ai en effet eu le sentiment, l’ayant refermé, d’être sorti de l’enfance. Du coup, j’ai lu tout le reste ou presque. J’en ai conçu à l’arrivée le sentiment qu’il y avait chez Sartre à boire et à manger. J’ai en particulier conservé le souvenir des trois volumes des Chemins de la liberté comme du retour des Hommes de bonne volonté mais sur un mode mineur, les personnages limpides de Romains, crapules ou héros, étant remplacés ici par des versions floutées, approximative chacune à sa façon. L’image du Jean-Sol Partre que Vian mettait en scène dans L’écume des jours coïncidait parfaitement avec celle que je m’étais construite de mon côté au fil des années.

Plus tard, j’ai bien connu Jean Pouillon, proche de Sartre dont il fut à une époque le secrétaire après avoir été son élève au lycée du Havre, alors que celui-ci rédigeait précisément La nausée. Les anecdotes drolatiques que Pouillon me rapportait sur Sartre et sur ses proches venaient étoffer l’image d’un sceptique surdoué ayant fait flèche de tout bois, secoué le plus souvent d’un fou-rire intérieur devant la condition humaine plutôt que le tribun enflammé qu’il affectait quelquefois d’être.

Ce qui m’amène à Pierre Verstraeten, qui vient de disparaître, que j’ai eu l’honneur de connaître à l’époque où il était à l’Université Libre de Bruxelles l’assistant de Chaïm Perelman, mon professeur d’histoire de la philosophie et de logique formelle.

Verstraeten était – et de là ma longue introduction – la personne qui ne voulut jamais soupçonner Sartre d’avoir parfois ri sous cape : tout chez ce dernier lui semblait également digne d’être érigé en monument.

Avait-il raison ? je ne le pense pas, mais si Sartre devait un jour être hissé au rang des plus grands philosophes du XXème siècle (je ne dis pas « penseurs » car cela il le fut certainement), Verstraeten, son disciple indéfectible, y serait sûrement pour quelque chose.

 

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