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Jorion joue cartes sur table ! le 24 septembre 2018 – Retranscription

Retranscription de Jorion joue cartes sur table ! le 24 septembre 2018. Merci à Cyril Touboulic !

Bonjour. Nous sommes le lundi 24 septembre 2018.

En 1966, le grand auteur de science-fiction Philip K. Dick a publié un roman qui s’appelait We Can Remember It for You WholesaleNous pouvons nous en souvenir pour vous à des prix de gros. Ça a donné lieu à un film par Paul Verhoeven qui s’appelait Total RecallRappel complet – faisant allusion à ces opérations qui sont faites, par exemple, par des firmes de voitures, parce qu’on a découvert que dans l’airbag, dans le grand coussin qui doit nous protéger contre la mort, il y a un grand trou, ou bien que le système de frein ne marche plus du tout, on rappelle l’ensemble des voitures et on essaie de réparer ça.

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Gloire à nos grands maîtres !

À la conclusion d’une séance de psychanalyse ce matin, je me suis dit : « Qu’aurais-je pu entendre sans les réflexions de Lacan sur le nom ? » Comme m’est revenue avant-hier l’observation de Pouillon sur le côté « approximatif » des cultures humaines. Comme l’illustration des « hypothèses saturantes » par Lévi-Strauss m’a permis de comprendre la grille de lecture d’un de mes contemporains. Comme l’aimable reproche que me fit un jour Meyer Fortes sur le pouvoir déformant de l’espérance. Comme la taquinerie de Leach sur la généalogie des poissons. Comme la remarque  de Jakobson sur la Scolastique qui me montra par quel bout prendre l’Intelligence Artificielle. Comme les observations de Guilbaud sur le peu de rapport entre les nombres et le monde. Comme…

Et puis, d’aller les trouver là où ils étaient, ces grands maîtres, ça m’a fait voir du pays !

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LE DON ET LE CONTRE-DON

Je lis un texte qui est un bon candidat pour accéder sur le blog à la dignité de « billet invité » et je me dis : « C’est bien, c’est vraiment très bien… mais que de phrases bancales, que d’approximations, que de mots à la place d’un autre ! » Et je me mets à la tâche de réfection.

Julien m’envoie un mail : « C’est beaucoup de boulot : tu ne veux pas que je m’en charge ? » Je lui réponds : « Non, non : je fais mon Pouillon révisant du Jorion ! »

J’ai déjà eu l’occasion de parler ici de Jean Pouillon : secrétaire de Sartre, puis de Lévi-Strauss, Secrétaire des débats à l’Assemblée Nationale, fondateur, puis rédacteur ou rédacteur en chef, des Temps modernes, de L’Homme, de la Nouvelle revue de psychanalyse et du Temps de la réflexion. Jean Pouillon, lecteur du jeune Paul Jorion et se disant : « C’est bien, c’est vraiment très bien (sans quoi il n’aurait jamais consacré tant d’heures à refaire mes textes, puis plus tard, tant d’heures à ce que nous bavardions ensemble) » et, poursuivant sa pensée, « mais que d’idées venant bousculer celle déjà en place et qui n’a pas encore eu le temps de se parachever… comme quand il parle d’ailleurs… »

Le don du temps, et le contre-don du temps, dans le fleuve aux eaux toujours renouvelées du fil des générations…

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PIERRE VERSTRAETEN (1933 – 2013)

J’ai découvert Sartre à l’âge de treize ans, quand une « grande fille » de quinze ans qui m’avait demandé ce que je lisais avait fait la moue devant les Victor Hugo, Jules Romains, Anatole France que j’avais à lui proposer : « Il faut lire Hervé Bazin, il faut lire Camus, Sartre ! ».

J’étais allé acheter Vipère au poing en livre de poche. Pour Sartre, ce n’était pas nécessaire : La nausée se trouvait sur les rayons de la bibliothèque de mes parents, même si ce n’était pas sur l’étagère où se trouvaient les romans qu’ils me suggéraient de lire.

J’ai lu La nausée et j’ai en effet eu le sentiment, l’ayant refermé, d’être sorti de l’enfance. Du coup, j’ai lu tout le reste ou presque. J’en ai conçu à l’arrivée le sentiment qu’il y avait chez Sartre à boire et à manger. J’ai en particulier conservé le souvenir des trois volumes des Chemins de la liberté comme du retour des Hommes de bonne volonté mais sur un mode mineur, les personnages limpides de Romains, crapules ou héros, étant remplacés ici par des versions floutées, approximative chacune à sa façon. L’image du Jean-Sol Partre que Vian mettait en scène dans L’écume des jours coïncidait parfaitement avec celle que je m’étais construite de mon côté au fil des années.

Plus tard, j’ai bien connu Jean Pouillon, proche de Sartre dont il fut à une époque le secrétaire après avoir été son élève au lycée du Havre, alors que celui-ci rédigeait précisément La nausée. Les anecdotes drolatiques que Pouillon me rapportait sur Sartre et sur ses proches venaient étoffer l’image d’un sceptique surdoué ayant fait flèche de tout bois, secoué le plus souvent d’un fou-rire intérieur devant la condition humaine plutôt que le tribun enflammé qu’il affectait quelquefois d’être.

Ce qui m’amène à Pierre Verstraeten, qui vient de disparaître, que j’ai eu l’honneur de connaître à l’époque où il était à l’Université Libre de Bruxelles l’assistant de Chaïm Perelman, mon professeur d’histoire de la philosophie et de logique formelle.

Verstraeten était – et de là ma longue introduction – la personne qui ne voulut jamais soupçonner Sartre d’avoir parfois ri sous cape : tout chez ce dernier lui semblait également digne d’être érigé en monument.

Avait-il raison ? je ne le pense pas, mais si Sartre devait un jour être hissé au rang des plus grands philosophes du XXème siècle (je ne dis pas « penseurs » car cela il le fut certainement), Verstraeten, son disciple indéfectible, y serait sûrement pour quelque chose.

 

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