Archives par mot-clé : libre-échange

La violence nue, par Dominique Temple

Billet invité. P. J. : Je me permets d’attirer votre attention sur ce qui me paraît une réflexion essentielle ici sur le meurtre-suicide. Ouvert aux commentaires.

Toutes les sociétés, nous rappelle Marcel Mauss, sont fondées à l’origine sur le principe de réciprocité. Mais d’où vient que depuis l’origine des temps les sociétés se livrent des guerres inexpiables ? Serait-ce que chaque système de réciprocité produirait un sentiment de l’humain, exclusif et irréductible ? Hors de la réciprocité, autrui serait-il abandonné aux forces de la nature ?

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Le libre-échange vaut-il qu’on lui sacrifie la démocratie ?, par Jean-Paul Vignal

Billet invité.

La dégradation constante de la confiance des Français dans les partis politiques de gouvernement et dans leurs élus, parfaitement illustrée par le récent baromètre de la confiance politique[1], est le résultat logique de la domination croissante de l’économie sur le politique.

Elle intervient en effet dans un contexte où l’argent devient la mesure de toute chose. Cette évolution n’a pu avoir lieu que par un affaiblissement systématique des institutions traditionnellement garantes des valeurs et de l’intérêt communs, au profit des entreprises qui sont, elles, uniquement et légitimement centrées sur la promotion et la défense des intérêts particuliers de leurs actionnaires. Ce n’est pas le glissement vers l’attribution de plus de pouvoir aux organisations centrées sur la réalisation de projets qui est un mal en soi, car il permet quand il est réalisé avec discernement d’obtenir des résultats plus facilement mesurables et de compartimenter la complexité des systèmes politiques, sociaux et économiques en unités plus faciles à gérer. Mais, dans un contexte très tendu de concurrence de tous contre tous où l’optimum collectif ne peut pas être la somme des optima individuels, il devient extrêmement dangereux quand le « chacun pour soi » est la seule valeur véritablement commune, à défaut d’être partagée, comme c’est de plus en plus le cas. Pour reprendre une analogie biologique, nous ne survivrions pas plus de quelques minutes si chacun des organes qui compose le corps humain cherchait à optimiser sa performance individuelle sans se soucier de ses voisins. Heureusement, le cerveau est doté de mécanismes de régulation, automatiques et inconscients pour l’essentiel, – conscients dans les cas exceptionnels -, qui permettent une survie harmonieuse. Il n’y a regrettablement plus de cerveau garant de l’intérêt collectif dans nos sociétés modernes : chassé par les grands prêtres du néolibéralisme, il a cédé la place à la main magique du marché.

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Un vrai marché est un espace de solidarité politique subjective, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité. À propos de PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – MONDIALISATION, par Michel Leis.

Le chapitre de Le prix (2010) que je reprendrais pour critiquer la mondialisation et le modèle en vigueur du libre-échange, est celui où Paul Jorion explique les solidarités et les négociations qui se nouent dans les professions de la pêche pour répartir sur tous les acteurs du marché les chocs et les transformations de l’équilibre des prix entre l’offre et la demande (pp. 127–131). C’est à partir du travail de Paul Jorion que je me suis rendu compte qu’un marché délimité par des personnes identifiables et un consensus de règles et de coutumes est porteur d’un capital commun par quoi sont absorbés les chocs affectant la communauté au fil du temps. Un marché régulé par l’Etat négociable et collectif d’une communauté de production mutualise le risque économique entre tous les rôles tous les acteurs.

Les marchés régulés par des États de compétence générale ou particulière sont des accumulateurs de capital assurantiel. Ce qui est assuré, c’est l’équilibre des rapports entre les acteurs dans un mode de production collective. La mondialisation d’aujourd’hui fondée sur le démantèlement des États vise à libérer le capital assurantiel de sa finalité politique afin de le distribuer aux intérêts privés hors sol, des intérêts anonymes déconnectés de toute obligation de solidarité. La libre circulation du capital et des marchandises interdit l’adossement dans les limites des sociétés politiques, de la richesse réelle à sa représentation en monnaie. Les spéculateurs peuvent exproprier le capital public des marchés, à l’économie réelle et au citoyen consommateur. La crise des subprimes a été déclenchée par les intérêts indépendants de toute communauté humaine pour privatiser l’intégralité du capital des États institués officiels.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – MONDIALISATION, par Michel Leis

Billet invité.

Mondialisation

La mondialisation est indissociable de l’histoire du capitalisme, elle a toujours été porteuse de promesses de surprofit. Dès l’époque romaine s’ouvre la route de la soie, synonyme d’énormes profits pour l’audacieux voyageur qui osait s’y lancer. Nés à la fin du XIème siècle, les premiers contrats de Societatis Maris ou de Colleganza créés dans le cadre d’un unique voyage couvrent les frais engagés par l’expédition entre des apporteurs de capitaux et ceux qui prennent le risque physique de l’expédition. Ils entérinent aussi une forme de partage des énormes bénéfices réalisés en cas de succès, qui va d’une répartition plutôt favorable au marchand dans le cas des contrats vénitiens ou plutôt en faveur de l’apporteur de capitaux dans le cas des contrats génois. En cas de succès, le rendement peut atteindre plusieurs fois le montant du capital investi, à la nuance près qu’il faut parfois attendre très longtemps pour le retour sur la mise de fonds initiale et que la prime de risque est très élevée. Les progrès de la navigation vont non seulement ouvrir de nouvelles routes, mais ils vont ouvrir la voie à une nouvelle forme de mondialisation : la prédation. Pourquoi troquer ou payer des marchandises quand l’esclavage permet de limiter le coût de production au strict minimum? Pourquoi acheter des matières premières quand on peut simplement se les approprier ? La colonisation va être un des enjeux majeurs du capitalisme entre la fin du XVème et le milieu du XXème siècle.

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Réflexions pour un mouvement néodémocratique (IV) – Une question cruciale : notre attitude, par Francis Arness

Billet invité. Le dernier de cette série est accessible ici

Que nous appartenions au peuple ou aux élites, nous devons absolument prendre la mesure de la situation de l’Europe et du monde. En prendre la mesure ne veut pas dire que nous n’arriverons pas à construire de solutions globales – c’en est au contraire la condition première. C’est souvent notre manque d’inventivité individuelle et collective, et notre pessimisme existentiel – notre soumission à la logique du moindre pire -, qui font que nous croyons que la construction de telles solutions globales est a priori impossible, et que nous ne percevons pas tout ce qui est déjà réalisé en ce sens par la société civile. Comme l’écrit Frédéric Lordon dans D’un retournement l’autre : « pour qui veut bien les voir, des idées il y en a »1.

En fait, notre situation est la suivante. Un regard lucide sur la situation écologique, économique et politique ne peut pas ne pas nous rendre pessimiste. Devant l’étendue de la crise écologique, Paul Jorion en est dernièrement venu à parler d’« énergie du désespoir ». Il reste que la majorité de la population, ainsi que les classes dirigeantes et responsables de bonne volonté, sont pour leur part plongées dans un autre pessimisme : le pessimisme existentiel lié à la logique de moindre pire dont nous devons collectivement absolument sortir. Ce pessimisme existentiel entraîne une occultation du réel, tandis que le pessimisme lucide est pour sa part lié à l’assimilation de celui-ci. La majorité de la population, ainsi que les élites de bonne volonté, doivent d’abord s’extraire de ce pessimisme existentiel, afin de pouvoir en venir à assimiler le réel. Pour cela, nous devons pratiquer une modification, ce que j’appellerai dans mes billets suivants un « renversement » de l’« atmosphère sociale » générale.

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La remise en question nécessite un retour du courage politique, par Homard

Billet invité.

Christine Lagarde a critiqué en début de semaine la politique économique allemande. La ministre reproche à l’Allemagne sa stratégie fondée sur la compétitivité de sa production de biens et services à l’export. Les Allemands ont gagné de nombreuses parts de marché en modérant leurs coûts salariaux ces dernières années. Ce dumping social, que les Européens critiquent tout bas, a été remis en cause de façon judicieuse par C. Lagarde.

Cette attaque en règle a fait la une du Financial Times en début de semaine. En France, le premier réflexe a été d’incendier la ministre. Au lieu de critiquer et jalouser nous dit-on, notre pays ferait mieux de s’inspirer du modèle allemand et d’améliorer sa compétitivité afin d’en finir avec une balance commerciale déficitaire. Alors oui, les Allemands déposent plus de brevets que nous, consacrent une plus grande part de leur PIB à la recherche, dépensent plus pour l’éducation et disposent d’un tissu industriel de PME solides et innovantes. Mais alors pourquoi les écarts se sont-ils creusés à partir de 2002 quand l’Allemagne a clairement modifié sa politique en comprimant les salaires ? Soyons honnêtes, il n’est pas contestable que l’Allemagne bénéficie d’avantages structurels, mais ces atouts n’expliquent en aucune façon l’écart considérable, qui se creuse sans cesse, entre les déficits de la balance commerciale de la grande majorité des pays de la zone euro et l’excédent de notre voisin d’outre Rhin.

La critique est d’autant plus ardue que les salaires allemands ne sont pas spécialement faibles dans l’industrie. Mais ils stagnent depuis longtemps alors que les coûts salariaux ont augmenté de plusieurs dizaines de points de % dans les autres pays de la zone euro depuis 1995. De plus, les Allemands, en exportant massivement, ont aujourd’hui l’économie probablement la plus solide du monde, même si comme partout ailleurs l’endettement public s’envole. Cette stratégie s’est donc révélée payante pour l’Allemagne, jusqu’à maintenant, et au prix de l’affaiblissement des autres pays de la zone euro. Certains ont compensé, comme la Grèce et l’Espagne, en ouvrant les bras à l’endettement et à une croissance artificielle dopée par l’envolée des prix immobiliers. Certes, ces pays n’ont pas fait preuve de la plus grande rigueur budgétaire. L’écart croissant entre la France et l’Allemagne au sujet des déséquilibres de la balance commerciale est plus révélateur. Selon une étude de Natixis, au moins 30% de cet écart vient du « dumping social » provoqué par l’Allemagne. Il faut également mentionner qu’en délocalisant dans les pays à bas coûts, les Allemands ont accru leur compétitivité au détriment de l’emploi domestique, aussi faible qu’en France. Pour un pays aussi fortement exportateur, on aurait pu penser que le taux de chômage serait mieux orienté qu’il ne l’est, à l’instar du Japon ou de la Chine qui ont peu de chômeurs grâce à la vigueur de leurs exportations.

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