La remise en question nécessite un retour du courage politique, par Homard

Billet invité.

Christine Lagarde a critiqué en début de semaine la politique économique allemande. La ministre reproche à l’Allemagne sa stratégie fondée sur la compétitivité de sa production de biens et services à l’export. Les Allemands ont gagné de nombreuses parts de marché en modérant leurs coûts salariaux ces dernières années. Ce dumping social, que les Européens critiquent tout bas, a été remis en cause de façon judicieuse par C. Lagarde.

Cette attaque en règle a fait la une du Financial Times en début de semaine. En France, le premier réflexe a été d’incendier la ministre. Au lieu de critiquer et jalouser nous dit-on, notre pays ferait mieux de s’inspirer du modèle allemand et d’améliorer sa compétitivité afin d’en finir avec une balance commerciale déficitaire. Alors oui, les Allemands déposent plus de brevets que nous, consacrent une plus grande part de leur PIB à la recherche, dépensent plus pour l’éducation et disposent d’un tissu industriel de PME solides et innovantes. Mais alors pourquoi les écarts se sont-ils creusés à partir de 2002 quand l’Allemagne a clairement modifié sa politique en comprimant les salaires ? Soyons honnêtes, il n’est pas contestable que l’Allemagne bénéficie d’avantages structurels, mais ces atouts n’expliquent en aucune façon l’écart considérable, qui se creuse sans cesse, entre les déficits de la balance commerciale de la grande majorité des pays de la zone euro et l’excédent de notre voisin d’outre Rhin.

La critique est d’autant plus ardue que les salaires allemands ne sont pas spécialement faibles dans l’industrie. Mais ils stagnent depuis longtemps alors que les coûts salariaux ont augmenté de plusieurs dizaines de points de % dans les autres pays de la zone euro depuis 1995. De plus, les Allemands, en exportant massivement, ont aujourd’hui l’économie probablement la plus solide du monde, même si comme partout ailleurs l’endettement public s’envole. Cette stratégie s’est donc révélée payante pour l’Allemagne, jusqu’à maintenant, et au prix de l’affaiblissement des autres pays de la zone euro. Certains ont compensé, comme la Grèce et l’Espagne, en ouvrant les bras à l’endettement et à une croissance artificielle dopée par l’envolée des prix immobiliers. Certes, ces pays n’ont pas fait preuve de la plus grande rigueur budgétaire. L’écart croissant entre la France et l’Allemagne au sujet des déséquilibres de la balance commerciale est plus révélateur. Selon une étude de Natixis, au moins 30% de cet écart vient du « dumping social » provoqué par l’Allemagne. Il faut également mentionner qu’en délocalisant dans les pays à bas coûts, les Allemands ont accru leur compétitivité au détriment de l’emploi domestique, aussi faible qu’en France. Pour un pays aussi fortement exportateur, on aurait pu penser que le taux de chômage serait mieux orienté qu’il ne l’est, à l’instar du Japon ou de la Chine qui ont peu de chômeurs grâce à la vigueur de leurs exportations.

De plus, la politique de l’euro fort, encouragée par l’Allemagne, a l’avantage de rendre peu coûteux les achats de matières et de biens intermédiaires dont l’industrie allemande a besoin. Oui mais voilà, cette politique est néfaste aux autres pays européens qui perdent alors en compétitivité quand il s’agit d’exporter hors de la zone euro.

Si nous suivons les détracteurs de C. Lagarde, la France doit donc réduire ses coûts salariaux et devenir aussi vertueuse que l’Allemagne en réduisant les charges qui pèsent sur ses entreprises afin de redresser sa compétitivité. Quel argument dangereux !

Faisons cela, et les autres pays de la zone euro aussi, et nous exporterons plus vers l’Asie mais nos salaires seront plus faibles et les inégalités salariales continueront de croître. Cette course aux débouchés extérieurs est néfaste économiquement en raison de la pression exercée sur le niveau des salaires. Peu à peu, la mondialisation encourage à modérer les salaires, ce qui limite l’inflation mais accroit surtout les écarts entre part des profits et des salaires dans la valeur ajoutée. Et des pays qui ne souffraient pas d’un recul du pouvoir d’achat de ses citoyens sont désormais confrontés à cette difficulté.

Le problème, et j’espère que plusieurs médias feront la même analyse, vient de l’idéologie en vigueur depuis 30 ans et qui consiste à libéraliser tous les échanges, de biens et services, mais aussi à réduire au maximum les contraintes qui pèsent sur la circulation des flux de capitaux. Résultat des courses : un nivellement par le bas des conditions salariales partout sur la planète et une fragilisation d’un grand nombre de pays à l’avantage d’un ou 2 autres (essentiellement la Chine et l’Allemagne).

Or, aujourd’hui, des voix s’élèvent. Celle de C. Lagarde comme nous venons de le voir mais aussi celles de sénateurs américains qui viennent de déposer un projet de loi visant à pénaliser l’excessive compétitivité des pays ne laissant pas leur monnaie s’apprécier et qui tirent donc profit de la faiblesse des coûts salariaux. La Chine est bien sûr visée par ce projet de loi, que T. Geithner a immédiatement critiqué. Paul Krugman va même jusqu’à réclamer une taxation de 25% sur tous les produits chinois importés. C’est la seule solution dit-il car la Chine refuse toujours de réévaluer le yuan.

Si demain, de telles mesures voient le jour (il ne faut cependant pas trop y compter), il ne fera pas bon être Allemand ou Chinois. La faiblesse de leur marché intérieur sera un frein à l’absorption des produits qui ne seront plus exportés, sans compter le fort risque de déflation avec les capacités inutilisées qui ne manqueraient pas d’apparaître dans l’industrie. Contrairement aux idées reçues, la Chine ne fera pas le poids face à Washington. L’empire du milieu brandit régulièrement la menace d’une vente des tombereaux d’obligations américaines qu’il détient, ce qui provoquerait une hausse des taux aux Etats-Unis, mais aussi et surtout une réévaluation violente du yuan et de lourdes pertes sur les investissements libellés en dollars que possèdent les Chinois. Or, si les exportations chinoises plongent alors même que de nombreuses entreprises sont déjà en perte actuellement en Chine malgré les subventions étatiques, le perdant ne sera pas celui qu’on croit.

Cette constatation que les pays exportateurs sont plus faibles qu’on ne veut bien l’admettre a fait dire à Moody’s, mardi 16 mars, que l’économie française était plus solide que celle de l’Allemagne.

Résumons la situation : des pays à consommation élevée comme les USA et la France critiquent ouvertement la politique exportatrice des pays à demande intérieure faible que sont la Chine et l’Allemagne. En toile de fond, le débat porte donc sur la pertinence des politiques de libre-échange implémentées ces dernières décennies.

Conséquence logiques : les pays « victimes » de ces politiques vont réfléchir à la mise en place de taxes, puisque la compétitivité ne peut être redressée via la baisse des taux de change (zone euro oblige et entêtement chinois). Le mot protectionnisme sera sur toutes les lèvres et on criera au scandale. Jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’un contrôle des flux de capitaux et la mise en place de certaines barrières à l’importation ont des vertus, notamment celles de rééquilibrer les balances commerciales et au final de réduire les inégalités. Le gros inconvénient, c’est que les pays émergents devront changer de modèle et risquent une transition bien difficile.

Il faut noter que, dans une note publiée en février, le FMI a, pour la première fois depuis plus de 20 ans, admis que le contrôle des flux de capitaux n’a pas que des désavantages et permettrait d’éviter que les pays émergents ne coulent si demain les pays à consommation intérieure élevée se décident à changer les règles du jeu. La crise asiatique de 1997 est là pour nous le rappeler, les capitaux injectés en Asie avant cet épisode douloureux ont été rapatriés très rapidement, plongeant ces nations dans le désarroi.

N’a-t-on donc rien appris de la crise ? Aucune réforme sérieuse n’est passée (l’Europe vient d’abdiquer sur la question de la réforme du cadre réglementaire des hedge funds, pour faire plaisir à Londres et il y a fort à parier que les discussions en cours sur le contrôle des CDS souverains ne tournent court). Rien n’est fait pour réduire les inégalités (les Grecs vont payer un lourd tribut au plan d’austérité imposé par l’Europe) et les mêmes recettes sont appliquées comme avant.

Des solutions existent pourtant. En France, il suffirait de supprimer toutes les niches fiscales, ainsi que le bouclier fiscal et introduire de nouveau une taxation croissante pour les plus hauts revenus (qui ont des excédents qui peuvent dormir des décennies). Et en second lieu, il conviendrait de partager de façon plus équitable la valeur ajoutée. Les profits sont trop élevés comparés aux salaires. Ces mesures ne sont même pas discutées. La remise en question du fonctionnement de nos économies mondialisées est l’occasion d’en parler de nouveau. Ce qui nécessite un retour du courage politique.

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107 réflexions sur « La remise en question nécessite un retour du courage politique, par Homard »

  1. Nous acceptons pour l’exception culturelle un principe non protectioniste que nous refusons pour financer notre état social. L’exception culturelle consite à prélever sur la consommation les moyens de financer notre création. Il n’y a là-dedans, aucun protectionisme dans la mesure où tous les films sont soumis au même prélèvement. Pourquoi ne pourrions-nous déplacer nos prélèvements du travail vers la consommation afin de financer notre état social? Moins d’une personne sur deux travaille alors que nous consommons tous. L’assiette est meilleure. La tolérance est meilleure (on n’est plus dans le cas de figure où une partie de la population a l’impression de payer pour une autre). D’autant qu’une telle politique peut être pilotée plus ou moins à droite ou à gauche (taux variable en fonction du caractère indispensable des consommations).
    La mondialisation des échanges devrait pousser à une généralisation de ce genre de principe. Suivant ce principe, les produits exportés sont exemptés de prélèvements sociaux, à chaque pays de choisir le mode et le montant de financement de son état social. Aucun dumping là-dedans ni aucun protectionisme, seulement un mode de prélèvement adapté à cette mondialisation.

  2. « Certains ont compensé, comme la Grèce et l’Espagne, en ouvrant les bras à l’endettement et à une croissance artificielle »…

    Parlez moi donc d’équivalence….
    J’adore !
    On devrait même exiger des allemands d’arrêter un peu de fabriquer des bons produits, de faire des grèves pour un oui ou un non, mais surtout de faire payer par les clients étrangers leur protection sociale…
    L’Europe est là pour harmoniser par le bas, par la médiocrité, par le je-m’en-foutisme…..
    Et surtout il faut convaincre les allemands que le travail est une calamité, une malédiction des dieux du walhalla et que tout doit être fait pour réduire le temps du travail industriel au profit des activités sociales, culturelles, gastronomiques et politiques….
    Bon je vais leur montrer à ces allemands ce qu’ils devraient tous aller faire…..
    Bonne sièste à tous !

  3. Vous connaissez les principes comptables de la « consolidation » ?
    Une ménagère les connaît d’instinct.
    Les allemands, surtout les hommes politiques, les connaissent parfaitement ah certes oui !
    La richesse d’un pays ne provient que des échanges avec les tiers.
    A l’intérieur d’un groupe, il n’y a que transfert de l’un vers l’autre.
    Le travail interne n’est pas créatif de richesse. C’est uniquement une contrepartie.
    Tout autre explication sur la bonne santé de l’économie allemande n’est que littérature.

    1. Mais Albin, si le but de l’économie n’était pas d’accumuler une richesse prélevée sur l’autre (individu contre individu, nation contre nation) en vue d’une accumulation à la Harpagon mais d’organiser les échanges entre les uns et les autres, au sein d’un ensemble, ou les transferts d’argent contre biens et services en boucle permettraient à chacun de satisfaire ses besoins et parfois même ses désirs. Ce serait une économie non capitaliste (accumuler pour accumuler aux dépens des tiers) mais une économie au service de tous. Imaginable ou pas, pour vous?

    2. à Alain A

      « La richesse d’un pays ne provient que des échanges avec les tiers.
      A l’intérieur d’un groupe, il n’y a que transfert de l’un vers l’autre.
      Le travail interne n’est pas créatif de richesse. C’est uniquement une contrepartie. »

      Trois lignes, trois affirmations et trois erreurs, qui dit mieux ?

      Non, la richesse d’un pays ne vient pas « que » des échanges avec des tiers : c’est la doxa libérale qui le dit mais c’est faux. Notre richesse ne viendrait que des T-shirts que nous achetons à la Chine ou à l’Inde ? Ceux que nous fabriquerions ne seraient pas une richesse ?

      Non, dans un groupe, il n’y a pas seulement transfert : c’est encore la doxa libérale qui dit ça peut-être. La vie économique d’un groupe n’est pas un jeu à somme nulle, sinon aucun groupe humain n’aurait pu se développer et accroître sa richesse.

      Le travail interne n’est pas une « contrepartie », de quoi d’ailleurs ? Le travail est l’origine de toute richesse. C’est dur pour les spéculateurs (et les fainéants peut-être !) mais c’est comme ça : pour vivre et se développer, il faut travailler.

      Désolé, mais c’était difficile de laisser polluer le débat par des affirmations aussi spéculatives.

    3. @jeannimes
      « « La richesse d’un pays ne provient que des échanges avec les tiers.
      A l’intérieur d’un groupe, il n’y a que transfert de l’un vers l’autre.
      Le travail interne n’est pas créatif de richesse. C’est uniquement une contrepartie. »
      Trois lignes, trois affirmations et trois erreurs, qui dit mieux ? »

      Trois lignes, trois faits, trois vérités refusées ! Qui dit mieux en méconnaissance absolue de la « consolidation comptable » ?

      La comptabilité n’est ni de gauche ni de droite ni capitaliste ni autre vision économique. C’est un instrument de mesure de la « richesse comptable ». Si vous ne connaissez rien à un instrument de mesure, ne parlez pas de la grandeur qu’il enregistre ! Sauf à être un fat.

      Si vous réfutez ce point liminaire, vous manquez du plus élémentaire sérieux

      Comme les mathématiques: Pour Euclide 2 droites se coupent à l’infini. On pourra dire le contraire, mais dans cette géométrie c’est un fait établi. Si vous refusez cette évidence ce postulat, changez de géométrie mais ne criez pas à l’erreur !

      De même dans un groupe du point de vue consolidation comptable le richesse ne provient que des échanges avec les tiers.
      Quiconque réfute cette évidence est un sot !
      Inutile de perdre son temps avec un sot qui par définition est prétentieux dans son ignorance.

      Par contre, notons que sociologiquement il y a des points de convergence avec la technique de consolidation: toute société refermée sur elle même finit par décliner …..et pas uniquement du point de vue économique
      Etrange non ?

    4. C’est quoi cette consolidation comptable? un outil n’est jamais neutre. A quoi il sert, qui il sert?

  4. Du courage, certes oui, mais pour quoi faire? Pour rétablir vaille que vaille un meilleur équilibre entre salariés et entrepreneurs dans notre secteur du globe, oui! Pour aider les PME à faire ce qu’elles savent faire mieux que personne, notamment dans l’agroalimentaire, les machines-outils, la préservation de l’environnement, oui de nouveau (tout en gardant présent à l’esprit que l’agroalimentaire, ce n’est pas Carrefour et autres rapaces de la distribution, mais les producteurs, et que les producteurs, ce n’est pas la FNSEA actuelle, mais ceux qui savent quoi faire pour s’adapter à la nouvelle demande vivrière locale et MONDIALE à la fois). Mais certainement pas pour constituer une forteresse Europe! Croit-on un instant qu’avec une dose (ah oui, laquelle? ça me rappelle vaguement le vieux diction « qui vole un oeuf vole un boeuf ») de protectionnisme on protègerait quoi ou qui que ce soit? Admettons que les Etats-Unis cessent bientôt d’être aux manettes (ils en prennent vite le chemin) et que la Chine impérial(ist)e continue de se substituer à ceux dont elle espère reproduire le développement tous azimuts, en quoi notre destinée serait-elle vraiment changée (en bien)? L’Europe a tout à perdre d’une guerre économique de tous contre tous, car elle ne fait pas le poids, sauf culturellement (du moins pour le moment présent de l’Histoire).

    La mondialisation ne sera notre ennemie que si nous ne comprenons pas comment en assurer notre part de gestion. De ce point de vue, le blog de Paul Jorion apporte un certain nombre d’idées phares qu’il faut concrétiser. On a assisté cette semaine à une discussion du parlement européen et de certains gouvernants sur la nécessité de mettre un terme à la spéculation sur les CDS, entre autres. Qui l’eût cru il y a encore quelques semaines? Tout d’un coup, sous l’impact de ce que je résumerai par l’expression « l’effet Grèce », les idées de PJ s’imposent au niveau des discussions et tractations, mais personne ne sait comment les mettre en pratique, à chaque fois parce que les parties se rendent compte qu’il ne peut y avoir de solution « régionale ». Admettons que le projet de constitution pour l’économie soit viable, il est, de même, clair qu’il ne serait applicable qu’à l’échelle de la planète.

    Il faut donc penser grand et petit à la fois. Grand car le salut ne viendra que de solutions mondiales inspirées, et petit car il s’agit avant tout de survivre dans des conditions acceptables ici et maintenant, au coût général le plus modique possible. Les AMAP, les SCOP (et les PME à vocation non capitaliste) sont probablement des solutions locales valables, car elles créeraient des emplois, mais qui peut penser qu’elles seraient applicables sans penser ‘grand’ en même temps? Que vaudrait une politique de fixation des prix, des salaires et des impôts et taxes si elle n’est pas peu à peu — j’aimerais que ce soit plus vite! — généralisée, non à l’Europe, mais au monde entier? Nous ne maîtrisons pas la production mondiale de pétrole, de gaz, ou même de denrées alimentaires. Nous n’en contrôlons pas davantage le négoce, même si nous y prenons part. Mais nous, Européens et, par extension, Nord-Américains, disposons d’un stock intellectuel et culturel considérable qu’il s’agit de faire fructifier chez nous ET chez les autres. Là réside, à mon sens, notre salut collectif. Mais un repli sur une quelconque « forteresse » européenne ou nord-américaine — par le protectionnisme ou par une politique de change délétère — échouera immanquablement. Le courage politique consiste, à mon avis, à dire inlassablement ces vérités aux peuples (au pluriel). Jusqu’à présent, seuls les écologistes, généralement ignares en économie, ont compris et appliqué cette « méthode », car, à l’état embryonnaire, ils savent comment penser grand et petit à la fois en matière d’évolution climatique et de protection de la nature. Il nous reste à leur apprendre comment appréhender la gestion de l’économie. A mon avis, c’est l’unique moyen de susciter autour de nous (parmi les écologistes et les autres) le « courage » que le présent billet met en exergue à juste titre.

    1. Dans mes quatre décennies de vie professionnelle , mes meilleurs professeurs d’économie ( au sens courant et au sens étymologique qui m’est cher ) ont été des agriculteurs et souvent des agricultrices .

      Je ne m’étonne donc pas trop que ceux qu’on baptise « écolos » se mettent finalement à l’économie de façon porteuse d’avenir .

      « L’homme est un animal social  » : l’économie et l’écologie sont deux composantes fortes de ce statut  » social » ( pas les seules ).

      Sur la « constitution économique » j’ai déjà exprimé des réserves .

      Ce qui fonde un peuple c’est sa constitution . Point .

      Et c’est ,selon moi , bien parce qu’on leur fourguait sans le leur dire , de façon de plus illisible , une constitutionnalisation d’une certaine façon d’écrire le marché et ces règles , que les Français , les Hollandais et les Irlandais , ont dit nettement NIET .

      Est ce à dire que l’économie ( le marché ?) ne doit pas être visée et développée de façon explicite dans LA constitution ? Certainement pas . Au contraire .

      Mais ça donne une idée des efforts de connaissance , d’explications , de simplifications ( renvoi à la non ambigüité et à la compréhension simple de la Loi ) , pour que cette écriture dans les fondamentaux existentiels des peuples , puisse-t-être validée .

      Validée par le vote référendaire et lui seul .

      D’où la gravité de l’affront fait quand le TCE revient par Lisbonne .

    2. Excellente analyse, je pense comme vous, il faut penser globalement et agir localement.
      Pour l’instant la politique fait le contraire, on pense dans un bureau assez local et puis on agit globalement au niveau mondial.
      Pour ma part, j’ajouterai deux éléments à votre analyse.
      Le premier, c’est qu’il faut partir des besoins des gens en fonction des disponibilités de la planète.
      Le cecond c’est que je ne crois pas à la reprise économique et encore moins à la relance de l’emploi.
      En partant des besoins on peut imaginer une autre façon de les satisfaire que par l’emploi en pensant à l’autarcie partielle ou à l’autonomie individuelle ou collective.
      Le tout fonctionnant avec une relocalisation tout azimut de la production économique qui d’ailleurs par la même occasion devra se modifié de tout au tout.
      C’est clair, il faudra du courage politique mais avant tout du courage citoyen.

    3. Bonsoir,

      Oui, bien d’accord avec l’analyse de Michel Lambotte et juan nessy : du courage oui, mais surtout du courage citoyen : le courage de ne pas se voiler la face et d’accepter la position exacte dans laquelle nous nous trouvons (ni se tromper d’ennemi, ni se tromper de cible, ni se tromper sur les objectifs à atteindre).
      Le citoyen devra alors, dans un second temps, choisir le « politique » (les hommes politiques) capable de faire une analyse globale et de la mettre localement en application.
      Mais qu’est-ce que vraiment le global et le local ? J’ai une petite idée qu’il est encore trop tôt, à mon sens, pour énoncer et détailler.

      Cordialement,

  5. 🙂
    Il est parfois curieux comment un patronyme peut coller à un comportement …
    Quels sont déjà les patronymes des gouverneurs de la BCE et de la banque de France?

  6. Du Guardian 09.03: There has been the obvious problem inherent in a currency club that stretches across many nations in varying states of economic health, which means that Ireland, Greece and others in deep trouble can no longer devalue their punts or drachmas to make themselves more competitive but must rely instead on the more painful and certainly more unpopular task of driving down workers’ wages. That was the congenital defect of the euro, but matters have been made far worse by the reluctance of individual governments to group together.

    Voila, quand on connait le niveau des salaires en Espagne, ou une generation de jeunes travailleurs s´était auto-baptisée ´mileuristas, deja´avant la crise, salaire 1000 euros….

  7. Dans son bulletin n° 43 GEAB souligne
    -une dégradation régulière des relations sino-américaines
    -des dissentions transatlantiques croissantes (Afganistant)
    – la paralysie décisionnelle de Washington
    – l’instabilité sans répit au Moyen-Orient
    -le renforcement des logiques de blocs régionaux
    -l’inquiétude renforcée sur les risques souverains
    -la critique croissante du rôle des banques US
    d’où cinq séquences de la phase de dislocation géopolitique globale à venir tout bientôt :
    commençons par la première : conflits monétaires et chocs financiers (en avril…? plus quue probable)

  8. J’suis pas spécialiste mais je sais que l’Allemagne a aussi une politique salariale élevée :ses salariés ses fonctionnaires sont bien payés…Mais elle est touchée aussi par la crise..Je la sens quand même moins dépendante que la Chine….;

  9. A lire absolument l’article de monsieur Flassbeck dans le monde.fr qui démonte en détail le mécanisme de dumping mis en peuvre par l’Allemagne.

    Heiner Flassbeck est ancien vice-ministre des finances allemand et directeur de la division sur la mondialisation et les stratégies de développement à la Conférence des Nations Unies surle commerce et le développement à Genève.

    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/03/05/avis-de-tempete-sur-l-union-monetaire-europeenne-par-heiner-flassbeck_1314796_3232.html

  10. Madame Lagarde, comme tous ses complices, ne sait plus à quel saint se vouer.

    De plus son parti va probablement perdre les élections en cours. Elle a besoin de redorer son blason et pour ce faire elle lance la critique sur la politique économique allemnde en précisant bien que le seul point avec lequel elle est d’accord est la baisse des rémunérations entreprise avec succès outre Rhin.

    La vérité que même ces gens là finissent par avouer à demi mot est que ni la mondialisation, ni l’Euro, ni les politiques d’exportation forcenée ne fonctionnent et que la solution est la remise en question de tout ce qui a été fait depuis 30 ans.
    Comme elle ne peut pas envisager que cela soit fait globalement (sinon que deviendrait’ elle ?) elle présente des boucs émissaires et de fausses solutions.

    Je ne crois pas que ni elle ni ses semblables, de droite ou de gauche, puissent maintenant corriger le tir.

    1. C’est tout à fait ça. N’avez-vous pas remarqué que la « classe » politique se transforme en Père Noël à chaque élection ? Pour ensuite se transformer en Père Fouettard.

  11. Le poids de l’histoire pèse très lourdement sur les politiques économique et financière de l’Allemagne.

    Au début des années 1920, en pleine période d’hyperinflation, il fallait une brouette de billets pour acheter un pain, d’où la hantise de l’Allemagne actuelle quant à un Euro fort et stable.

    Et l’industrie mécanique (fabrication de machines de production) a toujours été le point fort de l’économie allemande, d’où son actuelle politique de déflation salariale pour maintenir l’excédent de sa balance commerciale.

    Cela ne justifie rien, mais permet de comprendre beaucoup de choses. Et, il est à craindre que de très violentes tensions naissent, au sein de l’Union, entre l’Allemagne et le reste des pays européens, comme cela s’est passé entre l’Allemagne et la Grande-Bretagne, à la veille de la Première guerre mondiale.

    On navigue, dangereusement, entre Charybde et Scylla.

  12. Nous payons maintenant la monnaie unique imposée à marche forcée..
    Est-il trop tard pour réformer l’Europe en conservant une monnaie commune l’Euro ?.
    Et pour réinstituer des monnaies nationales européennes, puis imposer aux pays membres actuels qui le désirent de se conformer à un droit fiscal unique, un droit social unique une droit civil et pénal unique.
    Une dead line serait choisie à la date de laquelle ceux des pays qui seraient parvenus à cette mise en conformité seraient de droit adhérents à l’Europe 2 .
    Ils pourraient de nouveau avoir pour monnaie unique une European Currency Unit.

    Le marché intérieur suffirait provisoirement à cette Europe.
    Ce qui ne l’empêcherait nullement de traiter avec tout autre état de gré à gré ses contrats de fourniture de matières premières, car cette Europe là serait de nouveau capable à terme (lointain) de fabriquer toute la gamme des produits finis.

    Mais d’abord voyons comment nos chefs adorés vont nous sortir de l’impasse où ils nous ont fourrés.
    Cà va être un beau spectacle.
    Je sors ma chaise sur le trottoir, j’allume ma pipe et j’attends…

  13. Il y a un proverbe allemand: « Le but sanctifie les moyens ». Les allemands n’ont jamais pris des précautions particulières pour oeuvrer dans leur intérêt, même si la population ou une partie de celle-ci en devrait souffrir. Le champion mondial de l’exportation, titre flatteur dont l’Allemagne est fière, est lourdement payé: dû au dumping social, les écart entre bien-portants et pauvres se creuse jour par jour. Il n’y a pas de smic, les salaires sont à la baisse, les CDI deviennent une rareté. Tout a son prix. Lagarde a raison. L’Allemagne exige des ses partenaires de rentrer dans le moule allemand, ce qui n’est pas seulement insupportable, c’est impossible. L’euro est, pour les allemands, un moyen par excellence pour empêcher les autres pays membres de profiter de la flexibilité de leur monnaie nationale pour doper l’export. Je pense qu’il faudra trouver vite une solution. C’est l’un des effets positifs de cette crise; elle met à nu les dysfonctionnements et faux raisonnements en terme macroénomique. On entend des voix en France qui défendent la position allemande. Ce n’est pas étonnant, il fallait s’y attendre. Les ploutocrates de tous pays s’unissent.

  14. Merci à tous pour la qualité du débat. Pardon de ne pouvoir répondre à tout le monde.
    J’ai pu nourrir ma réflexion avec les idées échangées. J’avais d’ailleurs occulté, cerveau limité oblige, certaines d’entre elles.

  15. @
    Homard
    Merci pour ces remarques Homard,merci de souligner le paradoxe infernal de la situation dans laquelle nous sommes. Je voudrais abonder dans votre sens mais en demandant aux blogueurs de revenir un peu sur terre : nous ne sommes pas dans des pays pauvres ( pauvre chez nous signifie une fraction d’un revenu moyen qui n’a cessé d’augmenter) .
    Ce qu’il faut noter dans cette situation ce ne sont pas les dimensions sociales, mais les dimensions morales. Et mesurons la situation
    Voilà des pays qui sont accusés de ne pas s’endetter et d’avoir réussi à penser sur le moyen terme quand tout le monde ne pense qu’au court terme . Voilà des pays qui font le contraire. Et ce sont ces derniers qui accusent les premiers .: quel est le message qu’ils donnent au monde occidental qui les écoute ?
    Certes nous connaissons tous le raisonnement « scientifique » (en fait keynésien) qui pousse à tenir de tels propos ). Mais on peut voir in vivo à quel point ce message s’écarte du plus élémentaire bon sens social. Ni la France , ni les USA ni l’Allemagne ne sont des pays pauvres . Nous surconsommons au risque de la planète.. et l’on ne trouve d’autres solutions que dans le mot d’ordre : achetez deux BMW au lieu d’une ? Colonisez les canaries pour financer le déficit de l’Espagne et comptez sur les autres pour payez vos retraites ?
    Est-ce comme cela que nous préparons l’avenir de notre civilisation ?

    1. Vous avez raison Mr Roche, tout le monde se pense pauvre, y compris jusqu’à 4000€ mensuel.

      C’est logique, quand journellement vous entendez des cours de bourses, des salaires astronomiques, des richesses accumulées, contre-info source BBC milliardaires 793 en 2008
      1011 en 2009, annèe de crise.
      Le citoyen est rabaissé à faire des choix, tout brille sauf pour lui et l’on arrive à X% de nos concitoyens qui se déconsidèrent, sans espoir de jours meilleurs par abdication au tout consommation.

      1% de croissance mondiale réclame 0.5% de pétrole supplémentaire contre-info AIE.

      Conscience n’est qu’inconscience, pourvue qu’elle apparaisse vite.

    2. Je crois que les économistes et sociologues qui se sont intéressés aux inégalités dans les pays « riches » font remarquer que la croissance du salaire moyen augmente parce que les salaires les plus élevés croissent énormément…
      Mais que si l’on regarde le salaire médian, il est dramatiquement stagnant depuis des années…

    3. Les jobs à un euro, c’est du bon sens moyen termiste ? Quant à l’endettement de l’Allemagne, il est à peu près aussi fort que le nôtre à 2% près. Il faudrait quand même arrêter de prendre les gens pour des imbéciles…

    4. Effectivement, si l’on compare le Bangladesh ou le Congo à la France, à l’Europe, même un smicard ou un RSAiste est un nanti. C’est probablement la raison pour laquelle on estime que ces fortunés peuvent encore faire des sacrifices.

  16. C’est la curée contre l’allemagne de la part des politiciens de droite et de gauche.Cette convergence des biens pensants est dramatique pour les français.C’est la tactique du bouc émissaire.Les élites françaises ont failli.Elles n’ont rien vu venir et n’ont comme seules solutions que la sortie de l’euro et la dévaluation qui ruinera les pauvres et les classes moyennes.
    Qui aura le courage de dire que les 10 prochaines années seront difficiles et que la solution ne sera pas l’allemagne paiera?.

    1. Bonjour,

      Ah, oui alors.
      Je vous invite à voir à cet égard la remarque de RIOU René sous l’article de François Leclerc « L’actualité de la crise: ils marchent sur notre tête » : « La Prusse de 1870 à laminé l’empire français pourri de dettes et de compromissions. Rappelons les mots des prussiens de l’époque pour qualifier leurs adversaires… « des lions commandés par des ânes »… ».

      Si la recherche de la vérité est appréciable, la recherche de boucs émissaires est en revanche déplorable, balayons collectivement devant notre porte avant d’aller voir la paille dans l’oeil du voisin…

      Cordialement,

    2. Bon, indépendamment de votre discours, ne peut-on pas tout de même s’interroger sur un modèle qui a fait exploser la précarité et les temps partiels, qui ne peut fonctionner sans un euro fort qui diminue le coût des importations et a été dessiné sur mesure pour calquer le mark, qui compte sur les pays partenaires pour préserver la consommation qui s’éteint à l’intérieur, du fait même de la priorité donnée au commerce extérieur ? Au moins quelques doutes, ne serait-ce qu’en raison de la petite crisounette que nous vivons…

  17. Je n’ai pas lu les commentaires mais l’article « oui ».

    La réponse à cette situation est simple : l’Allemagne suit le modèle Chinois. Il s’agit de politique de puissance. Le cas Chinois est bien sûr flagrant depuis longtemps. D’ailleurs à-peu-près tous les Hommes d’État et intellectuels ayant connus la Chine à travers les 200 dernières années ont tous eu peur du moment où elle deviendrait une Puissance car elle ne pourrait être qu’une Grande Puissance (cela a donné lieu au délire sur le « péril jaune »). Nous y arrivons. Je ne m’en inquiète pas car la civilisation chinoise est beaucoup plus modérée qu’on ne le pense.

    La cas Allemand est plus complexe dans la mesure ou ce pays a été vaincu à deux reprises pour avoir suivi cette politique. La réunification a restitué toute sa puissance sociale et économique à l’Allemagne. Comme je l’ai dit par ailleurs avec en bonus sa zone de service traditionnelle à l’Est. L’intégration des États de l’Est était un cadeau fait à l’Allemagne. Les USA et le Vatican y avaient intérêt et nous autres pas vraiment. Je ne vais pas justifier tout mon propos. Vous comprendrez aisément pourquoi. Donc reste à savoir pourquoi l’Allemagne suit subrepticement une politique qui handicape lourdement ses anciens partenaires européens (ceux d’avant la réunification) sans pour autant handicaper ses partenaires européens de l’Est (puisqu’ils sont bénéficiaires de cette politique). Quelle est l’idée exacte ou plutôt quel est le projet européen des Allemands ? On parle souvent du projet du point de vue français mais qu’en est il du point de vue « allemand » ?

    Voila une vraie question. Pour le moment, on peut dire que ce mercantilisme opportuniste n’est tempéré que par l’intervention d’Obama. Sarkozy, ce jour, lors de son discours à New York devant les étudiants (je ne sais plus l’université) a clairement laissé entrevoir comment la crise grecque a été résolue dans les coulisses : réunion entre Brown, Merkel, Sarkozy ET Obama. Comme je le dis, le Boss est à Washington. Une fois cela accepté, reste une vraie question que je repose ici : quelle est la vision de l’Europe des Allemands ? Une mitteleuropa subreptice obtenue par le jeu du libre-échangisme ? Que se passe-t-il si le « boss » n’arbitre plus ?

    Je précise que je ne suis pas germanophobe. Je pose un problème réel qui est celui de savoir quelle est en définitive la vision des partenaires quant à ce que l’Europe devrait être et quelle est la place qu’ils pensent y occuper dans 50 ans. Pour le moment, les Allemands n’ont plus de raison de faire profil bas. J’entraperçois les relents d’un nationalisme étriqué directement hérité du XIXème siècle et qui a déclenché plusieurs guerres : 1 avec l’Autriche-Hongrie et 3 ensuite avec toujours la France en première ligne.

    J’ai pour hypothèse qu’une fois un peuple vaincu, libéré du joug de ses vainqueurs, a tendance à revenir à ses vieilles obsessions. Exemple : les ex-yougoslaves qui sortis du communisme ont retrouvé les chemins des affrontements ancestraux.

    J’espère que les Allemands ne vont pas maintenant qu’ils redeviennent une puissance économique sérieuse en revenir au passé.

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