Archives par mot-clé : marché efficient

Bruno Iksil : « Un régulateur, une banque, une VaR et une seule » (texte complet)

Billet invité.

Bruno Iksil est l’auteur de « Bruno Iksil, surnommé « La baleine de Londres », nous dit ce qui s’est vraiment passé », déjà publié ici en feuilleton, et sur support papier dans le N° 15 de (P)ièces (J)ointes, le magazine du blog (toujours disponible – voir colonne de gauche).

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FACEBOOK ET L’HYPOTHÈSE D’EFFICIENCE DES MARCHÉS, par Julien Alexandre

Billet invité

Le monde des investisseurs « High tech » a entamé la semaine avec la gueule de bois, et elle ne semble pas être près de passer. La raison ? L’introduction en bourse du géant des réseaux sociaux, aux 900 millions d’utilisateurs affichés, tourne au fiasco. Mardi 22 mai, le titre dévissait pour le 3ème jour consécutif, clôturant à 31 dollars, alors que l’introduction s’était faite vendredi à 38 dollars. Une chute d’autant plus spectaculaire que le mode d’introduction retenu, à savoir ne proposer qu’un petit nombre d’actions représentant un pourcentage faible du capital, est une technique habituellement utilisée pour générer une croissance rapide à court terme de la valorisation des titres. S’il y avait besoin d’une énième preuve de l’irrationalité des marchés, le scénario rocambolesque d’une des plus importantes entrées en bourse de l’histoire serait un candidat tout trouvé. Retour sur un scandale qui ne dit pas – encore – son nom.

Les rumeurs sérieuses sur l’introduction en bourse de facebook ont commencé à circuler courant 2010. Les spéculations allaient bon train pour une IPO (Initial Public Offering, la procédure d’introduction en bourse permettant la cotation d’un titre) en 2011 ou 2012. À l’époque, les analystes financiers estimaient la valorisation du groupe dans une fourchette comprise entre 15 et 25 milliards de dollars, ce qui était déjà considérable pour une entreprise employant seulement 2.000 personnes et générant péniblement 2 milliards de chiffre d’affaires et un résultat net de 606 millions de dollars.

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Pourquoi – comme aujourd’hui à New York – les mauvaises nouvelles peuvent enthousiasmer les Bourses

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Les réactions enthousiastes des Bourses aux résultats économiques « moins mauvais que prévus » – comme ce fut le cas aujourd’hui à propos des chiffres de l’emploi américain légèrement moins médiocres que prévu (54 000 emplois perdus dans le secteur privé au lieu des 110 000 attendus) ont toujours le don de provoquer votre hilarité.

Je voudrais cependant signaler à l’intention de ceux qui l’ignoreraient, que cette réaction est en réalité logique dans le cadre d’une croyance très répandue dans les milieux économiques. Cette croyance, popularisée dans les années 1960 par l’économiste américain Eugene Fama, suppose qu’un prix de marché reflète à tout moment la totalité de l’information relative au produit, partagée par l’ensemble des agents économiques présents sur ce marché (les vendeurs et les acheteurs) – pour autant que ce marché soit « efficient » (c’est-à-dire que l’information soit uniformément distribuée entre acheteurs et vendeurs – qu’il n’y ait pas de « poches » de connaissance privilégiée). Bien qu’« efficient » en anglais veuille dire « efficace » en français, l’expression américaine « efficient market », inventée par Fama, a été traduite en français par « marché efficient ».

Pourquoi les nouvelles moins mauvaises que prévu provoquent-elles alors une hausse immédiate des cours ? Parce que, comme je viens de le dire, le cours actuel est censé refléter la connaissance totale des acheteurs et des vendeurs relative au produit, et le consensus des économistes (ou du moins la moyenne de leurs opinions) constitue la meilleure approximation que nous ayons de cette « connaissance totale ». S’il s’avère alors soudain que ces économistes avaient été trop pessimistes dans leur appréciation du marché, le prix doit s’ajuster à la hausse, puisque ce pessimisme excessif est censé avoir été à l’origine d’une sous-évaluation du cours. Les nouvelles peuvent donc être aussi médiocres que l’on veut, pour autant qu’elles se révèlent moins mauvaises que prévu par les économistes, les prix monteront pour prétendument corriger une sous-évaluation.

Le raisonnement ne vaut bien entendu que si l’on suppose que les cours reflètent la totalité de l’information disponible, plutôt que, par exemple, le rapport de force actuel entre acheteurs et vendeurs. Ce qui provoque évidemment notre hilarité, c’est le fait que dans un contexte économique catastrophique, il suffirait que les économistes soient jour après jour plus pessimistes que ne le justifient les faits, pour que la Bourse s’envole.

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Pour un exposé systématique sur la question (merci crapaud rouge !)

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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« Le marché », qui êtes-vous ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Claire Gatinois m’a interrogé tout à l’heure sur le thème : « De quoi parle-t-on quand on dit Le marché ? ». Son article, qui rapportera les opinions des personnes qu’elle a interrogées, paraîtra dans l’édition du Monde publiée demain à Paris en début d’après-midi et datée de samedi.

Voici, un peu en vrac, les idées qui me sont venues pendant que je lui parlais, et ensuite.

Les marchés ont existé longtemps avant qu’on ne parle de Le marché, ce qu’on veut dire par lui c’est, dans l’optique de la « science » économique, un mécanisme efficace (« efficient »), qui résulte de la mise en commun des décisions « rationnelles » d’une multitude d’agents humains. C’est cette rationalité qui ferait que le marché aurait la capacité de découvrir le prix vrai.

Une conséquence immédiate de cette conception, c’est que les prix « découverts » par Le marché étant toujours vrais, les prix spéculatifs sont eux nécessairement absents des marchés. Et les prix spéculatifs étant absents des marchés, la spéculation automatiquement aussi. De même, comme il n’y a pas de prix spéculatifs sur les marchés, les bulles ne peuvent pas s’y produire, et un prix de marché – aussi extravagant soit-il  – est toujours un prix vrai. D’où l’insistance de Mr. Greenspan à affirmer (jusqu’en octobre 2008), qu’il n’y avait pas de bulle dans l’immobilier résidentiel américain, mais plus simplement un changement dans les fondamentaux de la construction américaine (Cf. La crise du capitalisme américain [2007 ; 2009] : pages 217-220).

Remarque 1 : L’homme est-il rationnel ? Je rappelais l’autre jour que j’ai eu l’occasion de montrer dans une simulation qu’un marché boursier ne reste relativement stable que dans un seul cas : quand à peu près la moitié des intervenants pense que le prix est à la hausse et qu’il faut acheter, et l’autre moitié, qu’il est à la baisse et qu’il convient de vendre. Dès qu’on s’écarte significativement du 50/50, le marché s’emballe à la hausse, ou à la baisse (krach). On n’obtient donc un prix relativement stable que si la moitié des intervenants se trompent quant à l’évolution future du prix. Que veut dire « rationnel » si le système ne fonctionne correctement que quand il y a constamment une moitié des intervenants qui se trompe sur son évolution ?

Remarque 2 : Le marché est-il constitué d’êtres humains ? On nous dit que sur les marchés boursiers, 60 % des décisions sont maintenant prises par des robots suivant les instructions d’un algorithme. Eux aussi doivent respecter la condition qu’en permanence la moitié d’entre eux prennent des décisions erronées : quand ils ont tous raison en même temps, comme le 6 mai à New York, ils prennent apparemment la décision (rationnelle ?) de supprimer le marché en alignant tous les prix sur zéro.

Remarque 3 : Ceci dit, quand on entend ces jours-ci dans une phrase l’expression : Le marché ou Les marchés, le contexte fait immédiatement comprendre que sa signification est très prarticulière : il s’agit d’un simple euphémisme utilisé pour parler des spéculateurs. Au lieu de dire « les spéculateurs s’attaquent à l’euro », on dit « le marché exprime son scepticisme vis-à-vis de l’euro » (Cf. Un abominable malentendu !).

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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BFM Radio, le 3 mai 2010 à 10h46 – Une inquiétante clinique

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le colloque inaugural de l’Institut pour la Nouvelle Pensée Économique, patronné par George Soros, a eu lieu à King’s College, à Cambridge en Angleterre, du 8 au 11 avril. On commence à trouver sur le site toile de l’Institut les vidéos de certaines interventions : trois jusqu’ici. Les orateurs parlent tous d’une voix éteinte, trahissant chez eux une estime de soi très ébranlée, et il est clair à qui les observe que leur problème le plus pressant est de traiter la dépression nerveuse qui les affecte en ce moment. « Dieu est mort », disent-ils à l’unisson, mais tout dans leur comportement révèle que la découverte est récente pour eux et qu’en ce qui les concerne, le travail du deuil – comme s’expriment les psychanalystes – est encore très loin d’être achevé.

À voir ces vidéos et à lire le texte des exposés, on comprend mieux à quoi peut bien servir une réunion des vedettes de la Vieille Pensée Économique célébrant la Nouvelle : la réunion s’apparentait à celle de toxicomanes repentis ou aux anciens membres d’une secte exorcisant leurs démons. On connaît la technique – que les Alcooliques Anonymes ont rendu familière : chacun s’exprime longuement devant d’autres victimes, expliquant ce qu’il croyait trouver dans la drogue ou dans le culte délaissé, et pourquoi il s’était laissé berner.

À quoi croyaient les adeptes de la Vieille Pensée Économique ? Leur dieu s’appelait « marché efficient » et le meilleur hommage qu’on puisse lui rendre était de lui offrir toujours davantage de « transparence » et de « liquidité », ce qui permet aux marchandises qui s’achètent et se vendent sur ce marché de découvrir leur prix « vrai ». Comme c’est souvent le cas, le dogme imposait des croyances paradoxales, comme celle que les spéculateurs sont un bienfait pour la finance et donc pour l’économie, puisqu’après tout, pareils aux zélateurs du culte, ils apportent aux marchés la manne de la « liquidité » – sinon de la « transparence ». Les disciples se considéraient personnellement « rationnels » et leur devoir était de rendre tout le monde aussi « rationnel » qu’eux-mêmes. Or, le mot « rationnel » dans leur bouche n’avait pas le sens habituel, mais voulait dire « capable de gagner le maximum d’argent en le minimum de temps ». On en vient à se demander, leurs traits étant semblables, si le « marché efficient » et le fameux veau d’or de l’Ancien Testament appelé Mammon n’étaient pas une seule et même personne.

Sort-on guéri de la clinique de l’I.N.P.E. ? Le cas de Lord Adair Turner, Président de la FSA, le régulateur des marchés britanniques, le laisse penser : son allocution au colloque, intitulée Economics, conventional wisdom and public policy suggère qu’il a renoncé à Satan et ses pompes. Un élément est cependant inquiétant : l’Institut pour la Nouvelle Pensée Économique est, comme je l’ai dit, patronné par George Soros. Or c’est ce même Soros qui, en 1992, a assassiné la livre sterling lors d’une campagne spéculative sans précédent, qui lui valut le surnom de « L’homme qui cassa la banque d’Angleterre ». Quand on pense au fait que le colloque inaugural de l’Institut s’est tenu dans les murs d’une des institutions anglaises les plus prestigieuses et que Lord Turner appelle Soros de son petit nom dans son allocution, on ne peut s’empêcher de penser qu’il souffre en fait du fameux « syndrome de Stockholm » où, de manière pathétique, la victime affiche une affection inextinguible pour celui qui pourtant la terrorisa autrefois.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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