« Le marché », qui êtes-vous ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Claire Gatinois m’a interrogé tout à l’heure sur le thème : « De quoi parle-t-on quand on dit Le marché ? ». Son article, qui rapportera les opinions des personnes qu’elle a interrogées, paraîtra dans l’édition du Monde publiée demain à Paris en début d’après-midi et datée de samedi.

Voici, un peu en vrac, les idées qui me sont venues pendant que je lui parlais, et ensuite.

Les marchés ont existé longtemps avant qu’on ne parle de Le marché, ce qu’on veut dire par lui c’est, dans l’optique de la « science » économique, un mécanisme efficace (« efficient »), qui résulte de la mise en commun des décisions « rationnelles » d’une multitude d’agents humains. C’est cette rationalité qui ferait que le marché aurait la capacité de découvrir le prix vrai.

Une conséquence immédiate de cette conception, c’est que les prix « découverts » par Le marché étant toujours vrais, les prix spéculatifs sont eux nécessairement absents des marchés. Et les prix spéculatifs étant absents des marchés, la spéculation automatiquement aussi. De même, comme il n’y a pas de prix spéculatifs sur les marchés, les bulles ne peuvent pas s’y produire, et un prix de marché – aussi extravagant soit-il  – est toujours un prix vrai. D’où l’insistance de Mr. Greenspan à affirmer (jusqu’en octobre 2008), qu’il n’y avait pas de bulle dans l’immobilier résidentiel américain, mais plus simplement un changement dans les fondamentaux de la construction américaine (Cf. La crise du capitalisme américain [2007 ; 2009] : pages 217-220).

Remarque 1 : L’homme est-il rationnel ? Je rappelais l’autre jour que j’ai eu l’occasion de montrer dans une simulation qu’un marché boursier ne reste relativement stable que dans un seul cas : quand à peu près la moitié des intervenants pense que le prix est à la hausse et qu’il faut acheter, et l’autre moitié, qu’il est à la baisse et qu’il convient de vendre. Dès qu’on s’écarte significativement du 50/50, le marché s’emballe à la hausse, ou à la baisse (krach). On n’obtient donc un prix relativement stable que si la moitié des intervenants se trompent quant à l’évolution future du prix. Que veut dire « rationnel » si le système ne fonctionne correctement que quand il y a constamment une moitié des intervenants qui se trompe sur son évolution ?

Remarque 2 : Le marché est-il constitué d’êtres humains ? On nous dit que sur les marchés boursiers, 60 % des décisions sont maintenant prises par des robots suivant les instructions d’un algorithme. Eux aussi doivent respecter la condition qu’en permanence la moitié d’entre eux prennent des décisions erronées : quand ils ont tous raison en même temps, comme le 6 mai à New York, ils prennent apparemment la décision (rationnelle ?) de supprimer le marché en alignant tous les prix sur zéro.

Remarque 3 : Ceci dit, quand on entend ces jours-ci dans une phrase l’expression : Le marché ou Les marchés, le contexte fait immédiatement comprendre que sa signification est très prarticulière : il s’agit d’un simple euphémisme utilisé pour parler des spéculateurs. Au lieu de dire « les spéculateurs s’attaquent à l’euro », on dit « le marché exprime son scepticisme vis-à-vis de l’euro » (Cf. Un abominable malentendu !).

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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45 réflexions sur « « Le marché », qui êtes-vous ? »

  1. Monsieur Jorion…
    Pensez-vous vraiment que ceux qui en profitent aient vraiment envie que des distinctions pertinentes soient faites…??

    Ainsi, il faudra jeter le bon grain en même temps que l’ivraie.
    Ainsi, tout le monde peut voir que la chasse aux sorcières sert juste à détourner l’attention.
    Ainsi, quand une de mes bases de données n’est pas assez fiables, TOUS ceux qui m’ont fourni des données fausses doivent recommencer à compter et circonstancier.

    In Merkel, we trust.

    (Ha ha…! je verrais ceux qui prennent l’expression dans le mauvais sens 😉 )

    1. J’écrivais hier que l’interdiction de vente à nu (et non à découvert) ne pouvait être contournée par l’ « Allemagne »…
      J’avais largement faux.
      http://contreinfo.info/breve.php3?id_breve=9588
      « Anomie Off Shore : la Deutsche Bank contourne la législation sur les ventes à découvert en opérant depuis ses bureaux londoniens (FT Alphaville) »

      Et… si les banques n’avaient pas vraiment de rapport avec un pays..????????????????????????

    2. « contourne la législation sur les ventes à découvert en opérant depuis ses bureaux londoniens » : et je vous fiche mon billet qu’il ne leur a pas fallu plus de 2 millisecondes pour trouver cette parade !

  2. Sans attribuer toutes les vertus au marché, il me semble qu’il permet, plus ou moins bien, d’accorder l’offre et la demande, en général mieux que la planification s’il y a assez d’acteurs indépendants. Selon une vision dynamique qui ne postule pas nécessairement une rationalité parfaite des acteurs mais plutôt une tendance moyenne (tendance qui répond à bien des critères, y compris la mode qui est le siège de luttes d’influences), on peut considérer qu’un prix évoluera à un moment donné jusqu’à un point d’équilibre où la moitié des acteurs l’évaluerait un peu plus haut et la moitié un peu plus bas. Si le prix s’écarte de cet équilibre, qu’il est un peu plus bas par exemple, un peu plus de demande se manifeste et le prix monte, idem dans l’autre sens. Le point d’équilibre dépend de bien des facteurs et il actualise la rareté relative.

    Avec les spéculations financières, la rationalité des acteurs se manifeste autrement. Certains acteurs ont les moyens de produire des impulsions à la hausse ou à la baisse qui leurrent les mécanisme ci-dessus afin d’en tirer profit. C’est plus du jeu!

    1. « il permet, plus ou moins bien, d’accorder l’offre et la demande »
      « en général mieux que la planification »

      Plus ou moins bien… En général mieux… Eh ben, y’en a du chemin de parcouru depuis la théorie des marchés efficients (c’est-à-dire parfaits) qui avait cours chez les libéraux jusqu’à il y a peu.

    2. Illustration de retard à l’allumage des marchés, la forêt Canadienne:
      Malgré l’énorme succès de « l’erreur boréale » de Richard Desjardins, la forêt boréale canadienne continue très probablement d’être spoliée par des intérêts privés. L’exploitation, aujourd’hui faite avec des engins de plusieurs dizaines de tonnes afin d’accroître production et productivité, conduit à une inévitable « coupe à blanc » de la forêt. Y a-t’il une seule bonne raison économique, sinon quelques intérêts privés, pour sacrifier cette forêt? Le marché est censé renfermer des moyens de régulation qui stabilisent les prix autour de l’équilibre offre/demande. Le problème de ce mécanisme dans le cas de la forêt boréale, c’est que cette forêt sera quasiment détruite quand la régulation commencera à se mettre en route si elle se met en route. En effet, le marché du bois est en partie mondial, notamment avec le papier. Donc une pénurie locale n’entraine pas nécessairement la mise en route de la régulation du marché. Les pissenlits des bois, les sapins, qui sont de bien moins bonne qualité que les pins coupés prennent en premier la place et il faudra des centaines, voire des milliers d’années pour que l’équilibre de la forêt à pousse très lente puisse être à nouveau atteint. Il manque donc aux mécanismes régulateurs du marché des facteurs qui permettraient de ne pas détruire un patrimoine tel que la forêt boréale.

      L’expérience de la forêt boréale canadienne n’est ici qu’un très malheureux exemple, mais il s’agit d’une question générale d’économie durable qui concerne toutes les activités et pas seulement l’environnement.

      Quels facteurs entrer dans les mécanismes de prix afin de gérer politiquement le niveau d’équilibre prix/offre/demande souhaitable dans une perspective d’économie durable avec marché régulé?

    3. « Sans attribuer toutes les vertus au marché, il me semble qu’il permet, plus ou moins bien, d’accorder l’offre et la demande,… » : non pas « plus ou moins bien », mais aussi parfaitement que possible, puisque ses règles de calcul n’ont pas d’autre but que de maximiser le nombre de titres échangés. Merci de lire mon post ci-dessous à ce sujet.

      Ce qui me révulse, c’est d’entendre dire qu’ainsi les prix sont « optimums » de façon générale, alors qu’ils ne le sont qu’au regard de la maximisation des échanges. Ce critère est absolument arbitraire mais les marchés ne peuvent pas en connaître d’autre.

    4. A Crapaud Rouge,
      En préambule, j’adhère à la proposition de PJ d’interdire les paris sur les variations des prix, les prises de positions à découvert de façon à écarter des marchés ceux qui n’ont rien à y faire qu’à le ponctionner, je me réjouis que l’Allemagne se soit décidée à le faire et je suis consterné que la France manque une occasion de faire basculer toute l’Europe dans le sillage de l’Allemagne.

      L’optimum, le prix « vrai » comme dit Paul, c’est pour ceux qui sont entré dans la religion du marché, ce qui n’est pas mon cas. J’utiliserais plutôt le mot d’équilibre à un moment donné sans me hasarder trop loin à lui attribuer une signification plus légitimiste. Mais peut-être faut-il mettre en regard les autres mécanismes possibles de formation des prix? Je pointe par ailleurs le retard à l’allumage de la régulation par le marché (global ou mondial) vis à vis de la destruction de la forêt boréale (locale) qui me semble être un cas d’école.

    5. @Michel MARTIN : « Il manque donc aux mécanismes régulateurs du marché des facteurs qui permettraient de ne pas détruire un patrimoine tel que la forêt boréale. » : heu… il n’y a aucune régulation dans le fonctionnement des marchés. Que le calcul des prix soit soumis à la maximisation des échanges ne constitue pas une « régulation », bien au contraire. Il y aurait un embryon de régulation si l’on cherchait par exemple à moyenner ces échanges sur une certaine durée, ou quelque chose comme ça. Comme ce n’est pas le cas, les choses « qui ont du prix » sont exploitées « à vil prix ».

      Pour ne pas me répéter, je peux aussi vous dire ceci.

      J’ai aussi mis plusieurs fois un lien sur un article qui annonce que Shell va investir des milliards dans les schistes bitumeux du Canada. L’avenir est donc toujours aussi noir. Les générations futures n’auront plus un gramme de pétrole mais encore plus de dégâts. Selon moi, ceux-ci vont empirer à mesure que l’industrie pétrolière va décliner, car on ne se donnera pas la peine de payer pour l’entretien et la sécurité des installations.

    6. A Crapaud Rouge,
      Je ne suis pas non plus très optimiste. Dès que des acteurs se sentent au-dessus des lois, plus puissants qu’elles ou « invisibles », des dérives apparaissent. On ne peut pas demander aux marchés de régler ce genre de problèmes.

  3. 50% ont raison, 50% ont tort,

    Mais il faut bien que le bilan en valeur soit déséquilibré,disons 51/49 ,

    Sinon, les spéculateurs ne pourrait pas scalper l’économie de son revenu, il y a bien un terme de « frottement », une dissipation thermodynamique (cf. article zébu), une « taxe Tobin effective » prélevée par les acteurs de marché et non l’Etat, prélèvement qui pour l’instant enrichi le « demi-monde » (expression vue sur zerohedge) des traders « et alii ».
    Donc bilan de taux de vérité nul, mais bilan financier non nul.

    En chimie, c’est le rôle des catalyseurs et éléments radicalaires qui a ainsi un bilan nul (il s’en crée autant qu’il s’en détruit). Question : L’efficience doit-elle avoir pour critère une sorte de vérité, ou une spoliation maximale de l’économie réelle, ou encore (doxa) un apport de liquidité maximal aux gentils investisseurs soucieux d’entreprendre un projet ?

    Du fond de ma caféine, je crois me rappeler que « c’est la dose qui fait le poison »…

    1. Hhmm.. non.
      Vous mélangez équilibre et vertu.

      Et même dans les massmédia on voit apparaître ça :
      http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/05/20/cachez-cette-fraude-que-nous-ne-saurions-voir-par-james-k-galbraith_1360464_3232.html
      « Je suis membre d’une profession qui s’est discréditée. La théorie économique, telle qu’elle fut enseignée dans les années 1980, s’est montrée incapable de comprendre les facteurs qui ont provoqué la crise financière. »
      « Dans cette situation, permettez-moi de suggérer que le pays se trouve devant une menace existentielle. Ou le système judiciaire fait son travail ; ou le système de marché ne pourra plus être rétabli. Il faut un nettoyage ouvert et radical du secteur financier, incluant les responsables publics qui se sont montrés indignes de la confiance de la population. Il faut faire sentir aux responsables du secteur financier les rigueurs de la loi jusqu’à glacer leur coeur, afin que toute ambiguïté disparaisse aux yeux du public qui respecte la loi. »

      Même certains Américains se rendent compte qu’il y a un léger malaise.
      Ce doit être comme partout : tout n’est pas forcément bon à jeter.

  4. 1) L’homme n’est pas rationnel. L’existence même de la publicité ou la mode le montre.

    2) Le marché est constitué d’êtres humains. Certains agissent directement, d’autres par l’intermédiaires d’outils. Mais il n’empèche que c’est l’humain qui est derrière. Le programmeur qui a programmé le robot pouvait savoir parfaitement comment ce robot allait réagir.

    3) On ne dit pas « les spéculateurs s’attaquent à l’euro », mais « Des personnes sensées se posent des questions sur le devenir de l’euro car certains états européens ont fait n’importe quoi avec leurs finances publiques ».

    Il est interessant de regarder l’étymologie du mot spéculation.

    1. 3) On ne dit pas « les spéculateurs s’attaquent à l’euro », mais « Des personnes sensées se posent des questions sur le devenir de l’euro car certains états européens ont fait n’importe quoi avec leurs finances publiques ».

      Non, on dit « Ceux qui ont trop d’argent à ne savoir qu’en faire voudraient en avoir encore plus en essayant de deviner comment d’autres qui ont trop d’argent à ne savoir qu’en faire vont essayer d’en avoir encore plus. »

    2. S’agissant de votre considération relative à la « maîtrise » informatique, ses interdépendances, ses enchaînements de conséquences, il est intéressant de regarder l’étymologie du mot « programme ».

  5. Et oui on va se rendre compte que la théorie des marchés efficients repose sur une hypothèse fausse. Et que vaut une théorie dont l’un des postulats n’est pas vérifié ? Rien. Le pire c’est que cette théorie est appliquée au monde qui lui est bien réel avec toutes les conséquences induites.

    Les agents économiques NE sont PAS rationnels, les êtres humains SONT des agents EMOTIONNELS.

    Retenez bien cette notion car une fois assimilée, vous comprendez beaucoup mieux le comportement des marchés.

    Les publicitaires, eux, l’ont bien compris et ce ne sont pas les seuls.

    1. le marché apparaît très émotif, les réactions du marché, les angoisses du marché, les craintes du marché, les crises du marché, les sursauts du marché, l’instabilité du marché

    2. Je pense plutôt aux émotions qui nous guident : la cupidité, la peur, etc.

      Au risque d’en faire sourire certains, voici un des dialogues du film « The Matrix Reloaded », lorsque l’architecte de la Matrice s’entretient avec Neo :

      Already, I can see the chain reaction – the chemical precursors that signal the onset of an emotion, designed specifically to overwhelm logic and reason – an emotion that is already blinding you from the simple and obvious truth.

      Je vois déjà d’ici la réaction en chaîne. Les précurseurs chimiques indiquant la naissance d’une émotion spécifiquement créée pour outrepasser la logique et la raison. Une émotion qui te rend déjà aveugle aux vérités les plus simples et les plus évidentes.

      Et ceux qui le mettent le plus en pratique ce sont les publicitaires. Puisque par l’émotion ils doivent maximier le biais entre le coût réel d’un produit, et la valeur perçue.

  6. D’après ce que j’ai pu entendre de la bouche de divers économistes « d’entreprise » (Fiorentino, Touati, etc.), la spéculation n’est qu’un phénomène marginal. Le marché est fait par des investisseurs, tout simplement.

    1. Investisseurs qui cherchent un retour confortable sur investissement ou spéculateur, la frontière est bien mince!

    2. « phénomène marginal » ?

      Selon Bernard Lietaer, un ancien responsable de la Banque centrale de Belgique, avant la crise, sur les 3 200 milliards de dollars qui s’échangeaient quotidiennement sur les marchés financiers, seuls 2,7 % correspondaient à des biens et services réels !

    3. @ Fujisan et Monmon

      Mon commentaire était ironique, naturellement! Les investissements ‘honorables’ (= ayant une utilité) sont noyés dans la masse, cela va sans dire.

    1. Bien évidemment.

      Lorsque vos principaux clients sont en difficulté, hormis verser des mégaprimes à la consommation de votre personnel, il n’y a pas beaucoup d’autres solutions miracles. (dixit Ford)
      Hors, comme dans tout bon système capitaleux, on ne redistribue pas. On garde pour soi.
      Le fric en Chine n’a même pas pu toucher terre qu’il s’est déjà fait ré-aspiré.

      Comme partout.

  7. quand ils ont tous raison en même temps, comme le 6 mai à New York, ils prennent apparemment la décision (rationnelle ?) de supprimer le marché en alignant tous les prix sur zéro.

    Génial ! J’adore ! Un vrai petit bijou d’ironie cette formule ! 🙂

    1. Il n’y a pas qu’aux USA idem en Belgique
      C’est tout à fait normal, nous sommes en décroissance que cela nous plaise ou non.
      C’est l’énergie qui est au centre de tout et elle commence sa décroissance.
      Pourvu que cela dure, c’est la seule manière de sauver la planète et par conséquent de nous sauver nousmêmes.

  8. (…) un marché boursier ne reste relativement stable que dans un seul cas : quand à peu près la moitié des intervenants pense que le prix est à la hausse et qu’il faut acheter, et l’autre moitié, qu’il est à la baisse et qu’il convient de vendre. (…) On n’obtient donc un prix relativement stable que si la moitié des intervenants se trompent quant à l’évolution future du prix.

    « la moitié des intervenants » : oui, si l’on pense au « temps réel », par exemple à l’instant T pour une estimation du prix à l’instant T+1. A chaque instant, la moitié environ des estimations sont fausses. Mais il y a un hic : l’hypothèse de la stabilité ne peut se constater que sur la durée, ce qui exclut de prendre un résultat au niveau du « temps réel » comme résultat final du calcul. Si donc le prix est vraiment stable, cela se constate et se confirme par la durée, (abstraction faite des petites variations du « temps réel »), et ça implique que tous les intervenants ont une information sur le cours, à savoir qu’il est stable, et que la question de savoir s’ils ont tort ou raison ne se posent plus. Curieux, non ?

    1. Même sans notion de durée.
      A chaque instant T il y a un nuage de fous bullish qui équilibre un nuage de fous bearish..sur des millions de valeurs et à la vitesse des électrons.
      Il ne s’agit plus de main invisible mais de stochastique lourdement informatique.

    2. De toute façon, l’hypothèse de stabilité est irréalisable puisque les cours suivent un mouvement brownien.

      Ce qu’il faut dire et répéter, c’est qu’un prix est quelque chose qui se décide, que la méthode soit bonne ou pas bonne, algorithmique, pifométrique, à la tête du client, selon des « rapports de force », selon les circonstances, selon un modèle, par politique, par charité, ou par intention : profiter d’une situation de monopole, casser la concurrence, planquer des bénéfices, sélectionner les acheteurs,…

      Le problème, c’est qu’on ne peut pas servir deux maîtres à la fois. Si vous optez pour une méthode « rationnelle » eu égard à un but N° 1, – et a fortiori si votre méthode est « optimale » pour ce but -, alors elle risque fort d’être irrationnelle, voire absurde ou pas du tout « optimale » eu égard à un but N° 2. Or, il est connu, et d’ailleurs Frédéric 2 l’a expliqué dans ce billet, que les marchés calculent les cours de façon à maximiser le nombre de titres échangés. Ils sont donc « optimums » à cet égard, celui de la « liquidité », donc pas du tout « optimums » par rapport à d’autres critères ou d’autres buts. En grattant un peu, il ne devrait pas être difficile de montrer qu’ils sont absurdes. Ce ne serait pas une surprise…

  9. L’Allemagne interdit les « positions nues dans la vente à découvert de certains instruments de dette » dites-vous dans un billet récent. Mais qui donc garantit de façon ultime ces parieurs (les traders) qui n’ont pas le sou sachant qu’on imagine bien que c’est une activité extrêmement risquée ? Est-ce les petits investiseurs pépères à qui on cache les risques pris sur leur magot derrière je ne sais quel amalgame genre titrisation, est-ce les fonds propres des banques, y a t-il des systèmes de ré-assurance des dites banques ?

    Qui prend ce risque ultime ? Ou alors « l’aléa moral » est si bien installé que les grands banquiers savent qu’au final, ce sera l’Etat donc le contribuable qui trinquera.

  10.  » Le marché, qui êtes-vous ? »

    A vrai dire toute une bande de vampires nous sommes très pieux aussi pour la société.

    Nos valeurs ? Et bien la recherche du progrès à tout prix, le commerce a surtout été très important pour nous depuis d’ailleurs le premier spéculateur de notre histoire au temps des dinosaures.

    Voyez-vous c’est comme un moteur à deux temps pour nos réflexions et nos actions, acheter ou vendre au point que ce principe fait partie intégrante de la tradition commerciale du monde.

    C’est pour vous dire comme notre sagesse est grande, la preuve nous préférons bien encore vous citer, les premiers et les meilleurs représentants éminents de notre histoire, évidemment le contraire vous aurait mis davantage la puce à l’oreille et qui tous à leur manière ont toujours oeuvrés pour le bien de l’humanité bon c’est vrai c’est pas encore ça à l’antenne.

    Nous sommes selon nos valeurs, les premiers défenseurs de la justice, de la veuve et de l’orphelin, bon c’est vrai ce n’est pas non plus encore ça dans la réalité surtout lorsque nous préférons d’abord oeuvrer dans la plus grande discrétion de plus à l’égard de nos administrés les plus touchés par la crise.

    Mais vous savez tout ce qui est bon pour nos ami(e)s les plus chers et les plus fortunés à nos cotés et forcément bon pour tout le reste, ah oui nous allions encore oublier de vous faire entendre notre devise : « Liberté, Egalité, Fraternité ».

    Ah si vous saviez comme nous sommes tellement plus attachés à la liberté de conscience sur les marchés comme à l’antenne d’ailleurs, enfin bref vous connaissez l’habituel petit bla bla c’est pas beau tout ça quand même, quoi vous n’avez pas encore reçu votre médaille, décidément mon cher monsieur vous ne faites vraiment pas partie de la haute.

    Le marché a-t-il bien encore créé le monde et l’univers tout entier dans l’opulence ?

    Bien sur que oui quelle question insolente.

  11. Sommes nous à l’acmé des séismes collatéraux du Krach 2007 ou bien serait-on en chute libre et non contrôlée, nous dirigeant ensemble vers le réel et dur sol ,immuable lui …?
    Les « Gens » des « marchés » se défendront jusqu’au dernier et avec violence si nécessaire pour contrer ceux là ,d’en bas, lesquels ,maintenus, malgré tous les efforts de certains,dans une ignorance crasse via moult mensonges émanant de financiaro-politiciens, n’ont pas une seconde l’intention d’en découdre (nétait-ce pas déjà le cas en 1914,en 1939..? )
    A quand donc le rideau sur cette pitoyable « fin »…

  12. En parlant de « spéculance », on en sait jamais assez :
    http://contreinfo.info/breve.php3?id_breve=9590
    « De l’inutilité réelle de la spéculation effrenée : un portefeuille composé d’un quart action, un quart T-bonds, un quart or, un quart T-bills a un rendement supérieur à la plupart des fonds d’investissement (Market Watch) »

    Ceci dit, cela semble la meilleure manière de tuer une planète.

  13. Le soit-disant marché n’ existe pas.
    C’ est un idéal inaccessible.
    C ‘est une notion commode à l’usage des manieurs
    de généralités, comme les économistes mercenaires.
    M.r François Leclerc ne s’y trompe pas: son « marché »
    est sytématiquement en italique.

    Une classe, par exemple en programmation-objet,
    est une notion opératoire précise.
    Sa constitution,ses fonctions et son terrain de jeu sont clairement définies.
    Quelle classe ou collection à créer avec les constituants du « marché » ?
    C ‘est, au mieux, un amalgame entre un maître-chanteur
    et un bureaucrate-banquier sans imagination.
    Ils sont dressés par un unique réflexe pavlovien:
    exploiter toute faiblesse pour la transformer en pognon.

    On comprendra facilement que le soit-disant marché,
    tout hétéroclite que soient ses composants,
    ne puisse être rassuré: sa frénésie de pognon
    n’est JAMAIS satisfaite.

    On dit qu’un marché efficient est à l’équilibre.
    C ‘est, en pratique, naturellement faux.
    En matière de spéculation, l ‘équilibre suppose
    l’ égalité d’informations.
    Si tous les intervenants ont les mêmes informations
    et les mêmes prévisions, le marché est mort.
    Au contraire, seul un déséquilibre permet
    au spéculateur de tenter sa chance.
    Celui qui exploite des informations que d’ autres n’ont pas
    « bénéficie » de ce qui est un délit d’initié.
    Ce simple fait explique que la crise est à base
    de transgressions de toutes sortes dont judiciaires.
    L ‘autre façon de créer le déséquilibre informationnel
    est de faire appel au pigeon innocent: il y perdra
    ses économies, et ses espoirs si il est réaliste.
    Entre temps, il aura servi de paravent aux faiseurs
    du soit disant marché.

    L ‘économie réelle a besoin d’investisseurs prudents,
    techniquement informés et possédant la pondération
    que donne le sens commun.
    Cette communauté coopérative pourrait donner une idée d’un vrai marché.

  14. Le marché c’est un excellent lieu de rencontre de demande (sécurité, justice, nouriture, habitation, environment, education, santé etc) offre (production, connaissance, conscience, des lois, la terre, minéraux, plantes, animaux, l’homme etc.)

    Pas pour faire le profit bureaucratique, mais pour vivre!

    Vive le libre marché, en espérant ça ne reste pas une utopie!

  15. Article qui pallie la grisaille tombée du ciel aujourd’hui…

    « On n’obtient donc un prix relativement stable que si la moitié des intervenants se trompent quant à l’évolution future du prix. Que veut dire « rationnel » si le système ne fonctionne correctement que quand il y a constamment une moitié des intervenants qui se trompe sur son évolution ? »

    Savoureuse déduction. Peut-être est-ce là ce qu’expriment, en réalité, les boursicoteurs qui énoncent régulièrement un de leurs mantra favori « Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel »…

    Je crois bien avoir lu sur un site boursier que des analyses portant sur l’évolution des bourses depuis le début du siècle montrent que finalement les gains spéculatifs demeurent au niveau des gains obtenus si les investisseurs vendaient ou achetaient leurs actions au hasard.

    Statistique qu’il faudrait sans doute pondérer par les gains d’une infime minorité, mais tout de même..

  16. En URSS j’avais un jour acheté une boîte de conserve dont le prix avait été gravé à l’usine et en creux sur le métal même du couvercle. C’était le prix du « marché ».
    Après… troc voire potlatch proposent d’autres espaces au « marché ».

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