BFM Radio, le 3 mai 2010 à 10h46 – Une inquiétante clinique

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le colloque inaugural de l’Institut pour la Nouvelle Pensée Économique, patronné par George Soros, a eu lieu à King’s College, à Cambridge en Angleterre, du 8 au 11 avril. On commence à trouver sur le site toile de l’Institut les vidéos de certaines interventions : trois jusqu’ici. Les orateurs parlent tous d’une voix éteinte, trahissant chez eux une estime de soi très ébranlée, et il est clair à qui les observe que leur problème le plus pressant est de traiter la dépression nerveuse qui les affecte en ce moment. « Dieu est mort », disent-ils à l’unisson, mais tout dans leur comportement révèle que la découverte est récente pour eux et qu’en ce qui les concerne, le travail du deuil – comme s’expriment les psychanalystes – est encore très loin d’être achevé.

À voir ces vidéos et à lire le texte des exposés, on comprend mieux à quoi peut bien servir une réunion des vedettes de la Vieille Pensée Économique célébrant la Nouvelle : la réunion s’apparentait à celle de toxicomanes repentis ou aux anciens membres d’une secte exorcisant leurs démons. On connaît la technique – que les Alcooliques Anonymes ont rendu familière : chacun s’exprime longuement devant d’autres victimes, expliquant ce qu’il croyait trouver dans la drogue ou dans le culte délaissé, et pourquoi il s’était laissé berner.

À quoi croyaient les adeptes de la Vieille Pensée Économique ? Leur dieu s’appelait « marché efficient » et le meilleur hommage qu’on puisse lui rendre était de lui offrir toujours davantage de « transparence » et de « liquidité », ce qui permet aux marchandises qui s’achètent et se vendent sur ce marché de découvrir leur prix « vrai ». Comme c’est souvent le cas, le dogme imposait des croyances paradoxales, comme celle que les spéculateurs sont un bienfait pour la finance et donc pour l’économie, puisqu’après tout, pareils aux zélateurs du culte, ils apportent aux marchés la manne de la « liquidité » – sinon de la « transparence ». Les disciples se considéraient personnellement « rationnels » et leur devoir était de rendre tout le monde aussi « rationnel » qu’eux-mêmes. Or, le mot « rationnel » dans leur bouche n’avait pas le sens habituel, mais voulait dire « capable de gagner le maximum d’argent en le minimum de temps ». On en vient à se demander, leurs traits étant semblables, si le « marché efficient » et le fameux veau d’or de l’Ancien Testament appelé Mammon n’étaient pas une seule et même personne.

Sort-on guéri de la clinique de l’I.N.P.E. ? Le cas de Lord Adair Turner, Président de la FSA, le régulateur des marchés britanniques, le laisse penser : son allocution au colloque, intitulée Economics, conventional wisdom and public policy suggère qu’il a renoncé à Satan et ses pompes. Un élément est cependant inquiétant : l’Institut pour la Nouvelle Pensée Économique est, comme je l’ai dit, patronné par George Soros. Or c’est ce même Soros qui, en 1992, a assassiné la livre sterling lors d’une campagne spéculative sans précédent, qui lui valut le surnom de « L’homme qui cassa la banque d’Angleterre ». Quand on pense au fait que le colloque inaugural de l’Institut s’est tenu dans les murs d’une des institutions anglaises les plus prestigieuses et que Lord Turner appelle Soros de son petit nom dans son allocution, on ne peut s’empêcher de penser qu’il souffre en fait du fameux « syndrome de Stockholm » où, de manière pathétique, la victime affiche une affection inextinguible pour celui qui pourtant la terrorisa autrefois.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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34 réflexions sur « BFM Radio, le 3 mai 2010 à 10h46 – Une inquiétante clinique »

  1. « Il n’y a pas d’alternative » : phrase prononcée telle quelle par TINA Lagarde ce matin, sur Europe 1.

    Rien de plus effrayant que l’impasse de Paul Jorion sur le développement spectaculaire, depuis une dizaine d’années, de la neuro-économie, c’est-à-dire l’application de techniques de la connaissance du cerveau à l’économie et à la finance, et de l’école d’économistes du « comportement » qui s’est constituée récemment autour de Sorros et  » l’Institute for a New Economic Thinking », pour suivre de près vos et nos « esprits animaux », comme Keynes les appelaient,.
    Mais la neuro-économie va plus loin encore : elle se donne désormais les moyens d’observer nos préférences en direct, à l’intérieur de nos cerveaux, grâce aux progrès des techniques de communication, de scanner et d’imagerie cérébrale.

    Bien que l’ensemble de ces pratiques suscite de fortes craintes et qu’un certain encadrement soit en débat autour de la révision de la Loi de bioéthique qui a eut lieu l’année dernière, le Conseil d’analyse stratégique (organisme qui dépend du Premier ministre, François Fillon) a tout de même organisé un séminaire, le 14 avril 2009, pour examiner l’utilité de ces pratiques par rapport à l’actuelle crise financière !

    En guise de présentation à ce séminaire intitulé « Crise financière, les éclairages de la neuro-économie et de la finance comportementale », l’invitation annonce sans ambiguïté que « face à l’ampleur de la crise financière et aux limites des modèles et des méthodes classiques de gestion du risque qu’elle a révélées, les sciences comportementales pourraient apporter un éclairage nouveau sur la gestion du risque, de l’incertitude et de l’ambiguïté ».

    Quatre experts en sciences économiques, neuro-physiologiques et finance comportementale étaient invités pour faire le lien entre ces théories et la réalité des marchés : Alain Berthoz (Académie des sciences, neurophysiologiste, professeur au Collège de France), Christian Schmidt (économiste, professeur à l’université Paris-Dauphine), Thami Kabbaj (expert en finance comportementale, ancien trader, professeur à l’université Paris) et Olivier Oullier (conseiller scientifique au Centre d’analyse stratégique).
    Le séminaire ayant eu lieu à huis clos, je ne peux que nous reporter aux travaux de certains orateurs pour deviner de quoi il a été question. Un article publié par Christian Schmidt dans Les Echos du 19 septembre 2007, sur « Les fondements neuronaux de la crise financière », confirme mes craintes.

    La science économique sait comment la crise des subprimes a été déclenchée et pourquoi, dit-il, mais on ne sait pas quelles seront toutes les conséquences, ni combien de temps elle durera, car on ne connaît pas d’avance « le comportement des opérateurs » économiques. Les « finances comportementales » constituent pour Schmidt un progrès vers l’exploration du domaine psychologique de ces « opérateurs ». Mais pour violer l’intimité de nos cerveaux, il faut faire fort. Schmidt évoque « plusieurs travaux récents, associant une exploration du cerveau par des techniques de l’imagerie cérébrale à des expériences des choix financiers simulés en laboratoire ».

    Ces travaux ont porté notamment sur la différence « entre le risque et l’ambiguïté (…) puisque l’activité du cerveau n’est pas identique dans les deux cas. Les agents financiers manifestent, dit-il, dans l’ensemble, une aversion à l’ambiguïté plus forte que leur aversion au risque ». « Les chances de gains et les risques de pertes activent des circuits neuronaux distincts (…) Plus intéressant encore pour le déroulement de la crise financière actuelle, les chercheurs se penchent aujourd’hui sur les conditions de basculement de la domination de l’un de ces deux circuits sur l’autre. On sait ainsi que l’activation brutale du circuit associé aux gains espérés transforme un comportement adverse au risque en un comportement preneur de risque, d’autant plus marqué que l’aversion initiale pouvait être forte. »

    Si nous ne pouvons que nous féliciter du fait que des économistes aient enfin découvert l’importance de la psychologie humaine dans l’homo economicus, le silence de Paul, malgré son incontestable compétence dans le domaine, ne nous éclaire pas sur son opposition à ce qu’on se serve de telles études pour manipuler le comportement des populations à leur insu.

    1. Sinon, je peux vous organiser une conférence sur la PNL (programmation neuro-linguistisque) enseignée dans les méthodes commerciales, l’encadrement de haut niveau, la psychologie (dont trucs en para et méta) et … les sectes.
      La méthode est assez simple et consiste à manipuler un interlocuteur à son insu.

      Simple et peut-être un peu trop efficace, d’ailleurs. Car le dernier cadre de mes connaissances à utiliser la méthode a eu la surprise de voir sa femme demander le divorce.
      Je pense que vous devez avoir la même réaction face à un commercial qui semble un peu trop manipulateur…

      Ha, la psychologie. Si elle n’existait pas, on aurait pas besoin de vouloir inventer sa mort…

    2. A mon avis croire, en matière d’économie (au sens large), à ce genre de théorie « scientifique » sans en strictement réserver les pronostiques à des cas « d’école » ne peut que précipiter une nouvelle débâcle. Une société de milliards d’êtres pensant (des fois rationnellement et d’autres non), avec l’infinie palette de leurs interactions ne se mettra jamais à portée d’aucune science fût elle comportementaliste. Et je ne parle même pas d’événements naturels exceptionnels du genre volcanique entre autres…

    3. « Les agents financiers manifestent, dit-il, dans l’ensemble, une aversion à l’ambiguïté plus forte que leur aversion au risque »

      Voilà qui m’étonnerait très fort. La confusion vient du fait que l’on parle de risque là où il n’y en a aucun pour le financier. Ils ont en réalité une aversion au risque plus importante que le commun des mortels. Tellement importante qu’ils ne sont pas prêts à investir dans des entreprises. La bourse est bien plus sûre, c’est pipé, c’est eux qui mènent la danse, c’est le client qui paye et quand tout se casse la gueule l’Etat intervient (même si l’Etat n’intervenait pas, au pire ils perdent leur job).

    4. C’est tendance sans doute chez certains économistes et décideurs, mais fondamentalement, rien de nouveau.
      Deleuze il y a plusieurs décennies avait diagnostiqué la mutation du capitalisme vers la société du contrôle.
      La contribution des sciences neuronales à cette entreprise fait effectivement froid dans le dos, mais la manipulation des masses butera sur certains contraintes indépassables. On reste dans la fuite en avant des décideurs du capitalisme qui n’ont pas encore appréhendé, réalisé, dans quelle crise nous sommes. Mais vous avez raison, il est navrant de constater qu’au plus haut niveau en France on cherche des solutions de ce coté, après tous les discours sur la moralisation du capitalisme qui pouvaient donner à penser qu’on rechercher des solutions réellement nouvelles.

      La cause essentielle de la crise se trouve dans l’accroissement des inégalités, que suppose le fonctionnement du système. Ce n’est pas la finance comportementale et neuronale qui changera d’un iota cette situation. Paul n’en parle pas, mais clairement il n’est pas de ce bord, son intérêt pour la psychanalyse et les sciences cognitives où affect et raison sont pensés ensemble dans une perspective à la fois biologique et sociale, l’atteste. Paul a raison de dénoncer d’abord les failles intellectuelles qui minent la pérennité du système. C’est là que se situent les enjeux essentiels. La neurologie est un outil parmi bien d’autres au service du système, mais elle n’explique rien du système lui-même, qui relève d’abord de l’économique, économique qui est lui-même enchassé dans le social.

    5. @Pierre-yves D.
      Le système lui-même, relève d’abord de l’économique dites-vous.
      Pourquoi pour beaucoup d’entre nous refusons nous de le voir avant tout comme guerrier, mystique, prédateur et conquérant?
      L’économie n’est-elle pas qu’un outil à son service au même titre que cette médecine du corps ou de l’âme que se propose d’être la psychiatrie moderne occidentale, cette rafistoleuse de baroudeurs apatrides?
      Je ne crois pas m’engager en vous disant que la guerre sera globale bien avant que l’économie ne le soit, et que la mutation accélérée de la « normalité » ouvre un avenir radieux à la psychiatrisassions des masses en milieu « ouvert ».
      Et tient, pendant que j’y suis, une pensée émue de type « contrainte indépassable » pour tout ceux qui, à cette instant, n’auront pas la joie de lire le blog de Paul Jorion, leurs idées ou leur condition les aillant momentanément retenu en milieu « fermé ».
      Un autre pent de l’économie souterraine qui ne mobilise que très peu notre attention militante et citoyenne.

    6. Pierre,

      je ne faisais pas référence à la science économique, à la vision économiciste des choses, mais à l’économie au sens générique, comme base et organisation matérielle de nos existences.

      J’ai d’ailleurs précisé que l’économie renvoie à une réalité sociale. L’économie peut donc historiquement se concrétiser de multiples façons relativement à des présupposés anthropologiques, philosophiques, épistémologiques. Je voulais donc simplement dire que pour décrire le système il faut nécessairement s’employer à déconstruire celui-ci en identifiant ses éléments matériels primordiaux et la façon dont ils s’agencent pour édifier concrètement telle ou telle réalité économique et sociale. Ce sont les flux matériels et monétaires et tous les dispositifs par lesquels ils transitent, sont créés, contrôlés, manipulés, transformés. C’est vraiment basique, mais si l’on ne s’y attache pas on risque de rester au niveau des incantations faute d’être parti d’une représentation adéquate de la réalité économique. Sans décrire ces dispositifs comme permettant de réaliser des objectifs sociaux – ici la production des inégalités – on rate une dimension de la logique prédatrice du système.

      Nonobstant, je vous rejoins pour dire que marketing et maintenant le management ou la finance neuronale, sont des outils du contrôle et de la manipulation qui sont mortifères parce qu’ils font de l’économie une affaire purement technique, et j’ajoute, qui interdisent que l’on se penche sur les origines sociales et intellectuelles de la crise.

      Nos propos sont complémentaires, ma remarque concernait surtout une question de méthode.

    7. Pierre-yves
      Merci, vous me confirmez que la culture guerrière et son mysticisme conquérant sont bien économiquement secondaire à vos yeux. Certes, vous observez la dimension prédatrice (animal, donc) du système, mais vous ne vous demandez toujours pas pourquoi les « polytechniciens » portent l’uniforme et l’épée au côté.
      C’est du « folk » sans aucun doute….. La préparation entre autre à l’économie de guerre et l’appréhension de ses contingences politiques et sociales, ce que fait très bien entes autres Jacques Attali sortit en 1966, major de promotion de cette prestigieuse école pendant que les « Them » psalmodiaient « Gloria » et les « zombies », « She’s not there ».

    8. Pierre,

      Non, ce n’est pas secondaire à mes yeux.
      Vous insistez à juste titre sur l’importance du facteur culturel, sur l’idéologie et la façon dont elle est véhiculée, donc sur les représentations et relais culturels au sens large qui sous-tendent l’existence du système. Très bien, j’approuve.
      Mais je vous dis que l’on rate la critique du système si par ailleurs l’on ne met pas à plat tous les éléments et dispositifs qui contribuent à son fonctionnement proprement économique, car bien souvent les représentations relatives à ce fonctionnement sont fausses et idéologiques. On ne peut combattre efficacement un système si on en méconnait les rouages. C’est pourquoi toutes les considérations de Paul sur la monnaie et la formation des prix sont très importantes. Elles nous permettent de viser juste lorsque l’on veut s’attaquer aux dogmes actuels de l’économie, et donc au système lui-même.

      Je vous donne un exemple tiré de l’actualité. On entend beaucoup en ce moment les syndicats se positionner sur la question de la burqa. Font-il une critique efficace du système, défendent-ils les intérêts des salariés en déplaçant le débat des questions économiques vers le terrain sociétal ? (et non pas social)
      J’ai bien précisé questions économiques, car on entend pas ou peu de remise en cause des dogmes de leur part alors que cela devrait logiquement constituer une arme de choix dans leur combat.

    9. pour Yvan,
      Vous dites : « je peux vous organiser une conférence sur la PNL (programmation neurolinguistique) enseignée dans les méthodes commerciales, l’encadrement de haut niveau, la psychologie (dont trucs en para et méta) et … les sectes. »
      Étant psychologue et ayant suivi un cursus de 5 années de psychologie, j’ai du mal à comprendre le lien que vous faites entre la PNL et la psychologie. Elles n’abordent pas le « sujet » de la même manière et n’ont pas du tout la même éthique. Comme vous l’avez si bien dit, « La méthode est assez simple et consiste à manipuler un interlocuteur à son insu ». La psychologie n’a pas pour but d’asservir l’Homme.
      La PNL, il me semble, vient des USA alors que la psychologie est la fille de la philosophie et de la psychiatrie (à l’époque où celle-ci n’avait pas encore « mis de côtés » les sciences humaines.). Leurs origines, leurs fins et leurs conséquences sont même opposées.

  2. Pas très gentil la comparaison avec les AA et anciens toxicos.
    Allez, une petite correction :  » expliquant ce qu’il avait trouvé dans la drogue ou dans le culte délaissé, et pourquoi il avait dû laisser tomber. » … C’est pas mieux comme ça ? Car quand on prétend s’être laissé « berner », on ne prend pas ses responsabilités.
    Quoi qu’il en soit, attention à la rechute …

    1. Cette « clinique » tient des camps de « rééducation » où l’on doit faire son mea culpa et reconnaître que l’on s’est trompé, ou laissé tromper. Ce n’est qu’après, sur la base d’une nouvelle façon de voir les choses, que l’on peut « prendre ses responsabilités ».

  3. Marché ( le )

    Ancienne divinité apparue vers le seizième siècle , dont le culte ne commença a s’organiser en Grande Bretagne qu’au dix-huitième siècle .
    Vers la fin du vingtième siècle , il supplanta tout à fait les vieilles religions monothéistes , suscitant ça et là de violentes réactions , surtout dans la partie orientale du monde .
    Le début du vingt et unième siècle , vit son apogée , mais aussi sa remise en cause par d’autres dogmes de types écologistes et fondamentalistes .
    Après la grande crise des années 2010- 2015 suivie de la période d’anarchie des années 2015 – 2050, l’humanité sombra dans un coma profond , la natalité chuta , les villes disparurent .
    Ce n’est que vers la fin du siècle qu’émergèrent de nouvelles civilisations sans dogmes ni idéologies .

    encyclopédie universelle ( édition 2142 )

    1. Finalement, cher Chat « à poil », vous êtes plutôt optimiste : une nouvelle civilisation se dressera sur les ruines de l’ancienne… si aucune catastrophe écologique ne vient s’ajouter au bordel ambiant ;–(

    1. Le « cac » est à 3800.. pas de quoi en faire un drame.
      Ha, vous avez des « actions »…??

      Tant pis pour vous.

  4. « Quand on pense au fait que le colloque inaugural de l’Institut s’est tenu dans les murs d’une des institutions anglaises les plus prestigieuses et que Lord Turner appelle Soros de son petit nom dans son allocution, on ne peut s’empêcher de penser qu’il souffre en fait du fameux « syndrome de Stockholm » où, de manière pathétique, la victime affiche une affection inextinguible pour celui qui pourtant la terrorisa autrefois. »

    pour une fois que les » zélites » se comportent comme les habitants des ghettos ‘lire banlieue’ qui votent en masse pour des partis ou des idées qui les enfoncent encore plus …

    le suicide est il un darwinisme social ?

  5. « Les disciples se considéraient personnellement « rationnels » et leur devoir était de rendre tout le monde aussi « rationnel » qu’eux-mêmes. Or, le mot « rationnel » dans leur bouche n’avait pas le sens habituel, mais voulait dire « capable de gagner le maximum d’argent en le minimum de temps ». »

    C’est pour ce genre de phrases toutes simples et pourtant si explicites que j’aime lire ce blog!

    Les pratiques économiques actuelles sont réputées rationnelles parce qu’on a considéré que l’objectif qu’elles servent était lui-même rationnel, sans qu’on éprouve le besoin de justifier ce dernier point. C’est même une question tabou: Pourquoi faut-il que la raison d’être d’une entreprise soit de maximiser son profit? N’y a-t-il donc aucun autre prémisse envisageable? Il me semble pourtant que si.

    1. Tout à fait d’accord. J’ai posté un truc qui va dans le même sens, c’est ici, auquel suricat m’a répondu fort poliment :

      Vous pouvez ne pas avoir envie de vivre dans un monde concurrentiel, où la loi du profit est la meilleur. Moi aussi, je souhaiterai qu’il soit mis en place une sorte de gouvernement mondial interdisant les paradis fiscaux et limitant l’ultra-concurrence des pays. Mais en attendant que celà arrive, il faut bien vivre avec ses règles et s’y soumettre, car sinon tu te fais bouffer par les autres. C’est du réalisme. C’est beau de rêver, mais à un moment donner il faut se réveiller.

      C’est le refrain qu’on nous serine depuis 30 ans : être réaliste implique d’être concurrentiel, sinon on meurt. On ne peut que lui répondre : c’est bien beau le réalisme, mais à un moment donné il faut savoir dire non, et sortir de ce cauchemar

    2. Pendant très longtemps j’ai été « pour l’Europe » parce que, comme suricat, j’avais adopté le « point de vue réaliste » : il vaut mieux une Europe comme ça plutôt que pas d’Europe du tout. Sauf que ce dilemme cachait quelque chose, à savoir que « l’Europe comme ça » n’avait jamais été une fatalité. Elle aurait très bien pu être autrement, la question sociale ayant été largement débattue pendant les années 50, mais mise sous le boisseau et celui-ci scellé par les socialistes.

      Aujourd’hui, se justifier du « réalisme » n’a plus aucun sens. Peut-être consiste-t-il aujourd’hui à faire ce que font les autorités européennes sous les lourdes contraintes qui sont les leurs, mais il n’a manifestement aucun avenir. Il y aura un après, et il faudra de nouveau choisir. Le prétexte TINA ne tiendra plus, et l’on sera obligé de trouver une alternative.

      Cf. le Diplo : Dès les années 1950, un parfum d’oligarchie.

  6. Tout à fait d’accord avec la chute, sauf que je n’évoquerais pas le syndrome de Stockholm. Lord Turner subit seulement cette crainte superstitieuse qui empêche que l’on s’en prenne trop directement au monarque. La peur de déboulonner l’Autorité est d’autant plus grande qu’on en est proche.

  7. Hé,hé. Bien vu, bien dit.

    PJ c’est comme le bon vin, il vieilli bien.

    Pourtant ce sont là des propos très verts… verts $ of course.

  8. Sorros devrait être perçu comme ennemi national en UK.
    Les bonnes manières entre lui et seigneur Turner
    sont effectivement questionnables.
    Le syndrome de stockholm qualifiant leur lien
    est méprisant envers cette capitale d’un pays exemplaire.
    Cherchant d’autres raisons, je hasarde cette hypothése:
    La haute classe brit a perdu son sens de l’intérêt national,
    et la doxa du casino financier est la seule qui vaille.
    Savoir mourir en remerciant son assassin d’avoir
    respecté les règles est sublime, et magnifie le sacrifice.
    ( pas d’exagération, Sorros a seulemet blessé ce pays
    et 1992 ,c’est plus que ne peut la mémoire financière.)

    Cette forme de reconnaissance de l’absolu des
    jeux de la City devrait être récompensé:
    les agences de notation qui s’acharnent sur l’Euro
    détourneront les yeux d’un endettement
    public, privé et mixte PPI, prodigieux.
    On joue tellement mieux quand on connaît les règles…

    Autre supposition: il est difficile de jeter des pierres
    à un batiment quand on est dedans.

  9. J’ai trouvé ça, pour info 🙂
    La pensée du jour :

    « Les finances publiques doivent être saines,

    le budget doit être équilibré,

    la dette publique doit être réduite,

    l’arrogance de l’administration doit être combattue et contrôlée,

    et l’aide aux pays étrangers doit être diminuée de peur que Rome ne tombe en faillite.
    > > > > La population doit encore apprendre à travailler au lieu de vivre de l’aide publique.  »

    Cicéron – (55 AVANT JÉSUS CHRIST) –
    > > > >
    > > > > MORALITE : la crise dure depuis 2065 ANS !

    C’est rassurant !

    1. Ca nous rajeunit pas…. 🙂

      Et conforte le fait que ce n’est pas parce qu’on a plus de savoir, qu’on a plus d’intelligence. (et j’en suis un exemple flagrant 😉 )

  10. Adair Turner ne mérite pas votre sévérité. Il a pris position depuis des mois contre les innovations financières, ou en tout cas leurs excès, et s’est interrogé publiquement sur la réalité de leur contribution à l’économie. Dans sa position de surveillant chef des marchés britanniques ces déclarations étaient lucides et courageuses.

  11. De la coincidence de vos billets, il faut quand meme rappeler que la FSA, sous la diligence d’Adair
    Turner, a ouvert une enquete sur les activités de GSI-Goldman Sachs International, basée à Londres.

    En cas des victoire des conservateurs, l’institution serait incorporée au sein de la Banque
    d’Angleterre, donc réléguée à un role mineur.
    Adair Turner est aussi membre du Financial Stability Board et a vivement critiqué
    les propositions du FMI sur la régulation bancaire.
    Une première proposition a fait suite à cette rencontre:
    An action plan for better banking in the U.K

  12. ………Une nouvelle pratique pragmatique des empereurs chinois……..

    tiré du quotidien d’information québécois « le devoir »:

     » La Chine franchira cette semaine une nouvelle étape dans l’amélioration des conditions de vie de ses travailleurs. Le long et lent processus de rattrapage est une bonne nouvelle pour les Chinois, mais aussi pour tous les autres travailleurs auxquels ils font concurrence. Reste à voir comment réagiront les entreprises venues au pays pour économiser.

    Il y a des travailleurs à Jonquière qui auraient bien aimé avoir la même chance. La compagnie Wal-Mart a vu ses 108 magasins en Chine se syndiquer au cours des deux dernières années. Pendant que les employés de son magasin de Saint-Hyacinthe se battent depuis bientôt quatre ans pour obtenir leur première convention collective, le géant américain du commerce au détail a déjà signé des ententes dans deux premiers magasins chinois. Les augmentations salariales accordées cet été étaient de l’ordre de 16 % en deux ans contre 12 % en trois ans dans les magasins non syndiqués des États-Unis. «La négociation collective est une obligation légale en Chine, et nous respectons la loi partout où nous sommes implantés», avait alors déclaré à la presse le porte-parole de la compagnie en Chine.

    Cette semaine marquera une nouvelle étape dans la syndicalisation des entreprises en Chine. Le pays a prévenu les 500 plus importantes entreprises étrangères basées sur son territoire qu’elles avaient jusqu’à la fin du mois pour que leurs usines et bureaux soient syndiqués. Le gouvernement dit s’attendre à ce qu’au moins 80 % de cet objectif soit atteint cette semaine. La prochaine étape doit être la syndicalisation de la totalité des entreprises en Chine (à l’exception des entreprises d’État) d’ici 2010.

    Ces mesures font suite à un resserrement, en début d’année, des lois du travail en Chine. Les nouvelles règles visent en particulier à réaffirmer le droit d’association des travailleurs, à obliger les compagnies à consulter leurs employés avant de prendre certaines décisions, ainsi qu’à assurer aux travailleurs une meilleure sécurité d’emploi, de meilleurs régimes de pension et d’assurance maladie et de plus généreuses indemnités de cessation d’emploi.

    Ces initiatives viennent du fait que Pékin se soucie de plus en plus des écarts croissants de revenus dans le pays, ainsi que de la dégradation des conditions de vie de ses travailleurs les plus modestes. On se préoccupe particulièrement du sort de ces immigrants de l’intérieur qui quittent les provinces pauvres pour venir s’entasser dans des dortoirs et travailler de longues heures pour des entreprises qui payent souvent en retard et toujours mal. Le régime chinois s’inquiète de voir l’augmentation du nombre de plaintes devant les tribunaux et de manifestations spontanées dans les rues dans ce pays où l’on a pourtant tout intérêt à se taire.

    La première réaction des grandes entreprises étrangères durant les mois qui ont précédé l’adoption de ces mesures a été de pousser de hauts cris scandalisés et d’exercer un maximum de pression pour faire dérailler le projet. On a dit craindre de ne plus pouvoir se débarrasser des employés incompétents et que le seul syndicat autorisé en Chine (appelé en anglais All-China Federation of Trade Union ou ACFTU) serve d’agent du régime dans les entreprises étrangères. On a surtout rappelé que, si l’on était venu en Chine, c’était parce que la main-d’oeuvre y coûtait moins cher, et on a déclaré sous forme de menace que, si cela devait changer, on irait ailleurs.

    Loin de se rendre, le régime a joué du bâton et de la carotte pour faire plier les contestataires. Aux compagnies qui ne feraient pas de chichi, on a promis qu’elles auraient un mot à dire dans le choix du président du syndicat de leurs employés et que leur contribution financière obligatoire à ce syndicat ne serait pas trop élevée. Aux autres, on a évoqué la perspective de contrôles fiscaux et de visites d’inspecteurs gouvernementaux incessants, de poursuites pour violation du droit d’association. Pour bien montrer le sérieux de ces menaces, on s’est arrangé pour que deux récalcitrants de la restauration rapide, McDonald’s et Yum! Brands, se fassent copieusement ramoner par la presse chinoise pour des violations du droit du travail qui n’avaient pas été commises. Les deux compagnies ont compris la leçon et sont rentrées dans le rang. D’autres, comme Microsoft, FedEx et PricewaterhouseCoopers, hésiteraient encore.

    Des effets à long terme

    Les experts interrogés récemment par le New York Times ont répondu qu’il était encore trop tôt pour mesurer l’impact de la politique de syndicalisation des entreprises en Chine. Plusieurs multinationales, dont Wal-Mart, ont affirmé que tout se passait très bien, a rapporté le quotidien américain.

    Il faut dire qu’en fait d’augmentation des coûts de la main-d’oeuvre, la pénurie de travailleurs qualifiés qui commence à se faire sentir dans les grandes villes industrielles de la côte est avait déjà poussé vers le haut les salaires dans le secteur manufacturier de 30 à 40 % au cours des quatre dernières années. Il faut aussi dire que l’All-China Federation of Trade Union, comme ses parrains de Pékin, n’a jamais été très chaud à l’idée de bouleverser l’ordre établi et de faire des grèves. Sa plus récente contribution a été de fournir des centaines de milliers de «volontaires-supporteurs» pour mettre un peu de vie dans les gradins que l’on jugeait trop dégarnis aux derniers Jeux olympiques et paralympiques. Mais il faudra bien, quand même, qu’il fasse un jour son travail, sinon les abus continueront, et Pékin verra de plus en plus de travailleurs mécontents dans les rues.

    Ce jour-là, le sort des travailleurs chinois commencera à s’améliorer. Il est possible, et même probable, que certaines entreprises venues chercher une main-d’oeuvre la moins chère possible décident d’aller ailleurs, comme au Vietnam. Ce phénomène avait déjà commencé avant les réformes du droit du travail. Plusieurs entreprises choisiront quand même de rester pour conserver un meilleur accès à ce marché intérieur fabuleux. De toute manière, la Chine semble déjà vouloir aller au-delà de la production à faible coût et grimper dans les échelons de la valeur ajoutée.

    Ce phénomène finira bien par avoir une influence positive sur les conditions de travail dans les pays développés où, depuis des années, la Chine exerce des pressions à la baisse. Probablement pas tout de suite, les écarts entre les conditions de travail sont encore tellement grands. Mais sans doute à la longue, la Chine étant devenue tellement importante dans l’économie mondiale. Cela risque aussi, en contrepartie, d’augmenter le prix relatif de nos télévisions, montres, vêtements, lunettes, meubles, ordinateurs, laveuses et tous les autres produits fabriqués en Chine. On ne peut pas tout avoir.

  13. houp une manip malencontreuse (espace début de ligne) mais ça tombe pas si mal,
    cet article daté du ……… 29 septembre 2008
    aujourd’hui, après une grève de deux semaines Honda Chine (je crois avoir lu 1er constructeur en chine) propose une augmentation de 24% , cad 292,52$ par mois pour un ouvrier).
    qui aurait des infos sur les luttes syndicales chinoises?

  14. Cela me fait penser aux écoles de commerce qui se mettent à « l’éthique » 🙂 La motivation de Soros (à mon avis, tel que je connais le contexte): sauver sa caste, petite en nombre mais invariablement très puissante. Soros est un peu plus fin que le reste de la cohorte, il sait qu’il faut adapter le discours et les attitudes selon l’air du temps. Ce qui ne change en rien au principe auquel ils adhérent, c’est toujours le même.

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