Archives par mot-clé : Martin Wolf

La chute des Etats-Unis et les leçons pour nous, le 19 juillet 2018 – Retranscription

Retranscription de La chute des Etats-Unis et les leçons pour nous. Merci à Nicolas Bolle, Eric Muller et  Olivier Brouwer !

Bonjour nous sommes le jeudi 19 juillet 2018 et aujourd’hui ma petite allocution aura pour titre « La chute des États-Unis et les leçons pour nous ». Je ferai dans l’ordre.

D’abord la chute des États-Unis : la journée d’hier et les discussions qui ont continué, les gloses à propos de la réunion d’Helsinki et de la performance, de la prestation, de M. Trump dans ce cadre.

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La chute des États-Unis et les leçons pour nous

The Washington Post : « This sad, embarrassing wreck of a man », par George Will, le 17 juillet 2018

Wired : « What Robert Mueller knows — and 9 areas he’ll pursue next », par Garrett M. Graff, le 16 juillet 2018

Huffington Post : « Frédéric Taddéï aura son émission culturelle sur la chaîne russe RT France à la rentrée », par Jean-Babtiste Duval, le 16 juillet 2018

The Financial Times : « How we lost America to greed and envy », par Martin Wolf, le 17 juillet 2018

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LES LEVIERS DE LA RELANCE MONDIALE EN DISCUSSION, par François Leclerc

Billet invité.

L’injection de liquidités directement aux particuliers par les banques centrales vient de faire hier un adepte de plus, le très respectable chroniqueur du Financial Times Martin Wolf. Afin de susciter la demande qui fait défaut et que les banques centrales ne parviennent pas à susciter, il suggère après d’autres qu’il leur soit donné le pouvoir de procéder à une telle distribution.

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Santé financière du secteur bancaire : CEUX QUI RUENT DANS LES BRANCARDS, par François Leclerc

Billet invité.

La chute des valeurs bancaires ayant largement contribué à celle des Bourses qui vient d’intervenir, les banques sont à nouveau sur la sellette. Établissant la liste sans fin de ce qui les atteint, Martin Wolf en conclut dans le Financial Times qu’elles sont « exposées à à peu près tout », depuis la baisse brutale de la croissance chinoise jusqu’à celle du prix des matières premières. Dans la chaîne économique, les banques sont selon lui « le point faible », qualifiées « d’énormes, extrêmement complexes et opaques mastodontes aux effets de levier élevés ».

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Zone euroQUAND VIENT LE MOMENT DES DERNIÈRES MUNITIONS… par François Leclerc

Billet invité.

Revenir sur un non-événement, est-ce que cela présente un quelconque intérêt ? Certainement, quand il s’agit de la dernière cartouche tirée par la banque de dernier ressort, la Banque centrale européenne.

La plupart des commentateurs se sont noyés dans les détails de son programme d’achat de titres sans se poser la seule question qui vaille : va-t-il contribuer ou non à relancer l’activité économique et créer une dynamique vertueuse, son véritable objectif ? Certes, Mario Draghi a une fois de plus réaffirmé que la banque centrale ne peut pas régler tout à elle toute seule, et qu’il appartient à la Commission et aux gouvernements de jouer aussi leur partie, mais en quoi consiste exactement la sienne ?

Son objectif est d’obtenir que les établissements financiers, dont les titres obligataires vont être achetés par les banques centrales nationales, utilisent le produit de leurs ventes pour développer le crédit aux entreprises et aux particuliers, et que cela enclenche une dynamique. Une fois évacuées les sempiternelles considérations sur le retour de la confiance, qui ne sont pas d’un grand secours, que pouvons-nous réellement attendre des banques, les vrais arbitres de la situation ?

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LES POTS AUTOUR DESQUELS ILS TOURNENT, par François Leclerc

Billet invité.

Coincée entre son réalisme économique et son conformisme politique, l’OCDE n’est pas avare de contradictions. Ne voulant sans doute pas rajouter l’inconscience à l’audace, l’organisation préconise simultanément de lever le pied sur la consolidation en Europe et de continuer à s’inscrire dans le « cadre fiscal européen »… Que d’entrechats !

« La zone euro s’approche du point mort et fait peser un risque majeur pour la croissance mondiale, avec un chômage qui reste élevé et une inflation qui reste loin de l’objectif » : tel est son dernier verdict sans appel, assorti comme de coutume de prévisions de croissance, d’inflation et de chômage dégradées par rapport aux précédentes.

A se demander si ce n’était pas son objectif, l’organisation justifie « le rythme plus lent de consolidation budgétaire structurelle » adopté par les gouvernement français et italien, au moment même où la Commission, ultime redoute qui tient bon, décide de repousser à une date indéterminée sa décision à propos de leurs projets de budget… Quitte à passer le Rubicon, elle appelle aussi la BCE à « un appui monétaire plus important » en identifiant pour ce faire des achats d’obligations souveraines en particulier. Ce suspens est insoutenable !

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Dette publique : TANT VA LA CRUCHE À L’EAU QU’À LA FIN ELLE SE BRISE, par François Leclerc

Billet invité.

Les événements se précipitent : les marchés manifestent leur impatience en appelant au lancement par la BCE d’un début de création monétaire en grand, Jean-Claude Juncker annonce qu’il va présider « la commission de la dernière chance » et les rumeurs se multiplient sur l’échec aux stress tests de nombreuses banques, en attendant l’affichage des résultats le 26 octobre prochain, une fois passé le cap du tout proche sommet européen.

La cause est entendue, la stagnation va être séculaire et la dette un problème lancinant. Cultivant une vision malgré tout optimiste, tout en ne s’en tenant qu’à la dette publique, le FMI constate que « les efforts budgétaires au cours des cinq dernières années ont stabilisé le ratio entre dette publique et PIB, même s’il reste à un niveau élevé ». Mais il relève un « sentiment de saturation » vis à vis des réformes et que « les perspectives d’un durcissement des activités financières et d’un éventuel tassement de la croissance potentielle (…) sont autant de facteurs qui exigent une reconstitution des marges de manœuvre utilisées durant ces dernières années ». En d’autres termes, il serait nécessaire de « judicieusement » concilier la viabilité de la dette publique et la croissance… Dit autrement : dans les hautes sphères, on ne sait pas quoi faire devant la faillite d’un modèle de désendettement qui ne fonctionne pas.

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« Alors que la Cour suprême des États-Unis s’efforce de subordonner la constitution à la volonté des ploutocrates… »

Alors que la Cour suprême des États-Unis s’efforce de subordonner la constitution à la volonté des ploutocrates…

Voilà des mots bien durs exprimés aujourd’hui et qui ont dû déclencher les sirènes au QG de la NSA (National Security Agency) et ranger pour de bon leur auteur dans la catégorie des « complices objectifs du terrorisme », au cas où il ne s’y trouvait déjà.

L’identité de ce terroriste (du moins en puissance) ?

Martin Wolf, le chroniqueur vedette du Financial Times, dans son plus récent billet : Why inequality is such a drag on economies : pourquoi les inégalités constituent un tel boulet pour les économies.

Quand je vous disais qu’on observe comme un frémissement…

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Les iconoclastes (suite) : DETTE, TRAVAIL ET INÉGALITÉS… QUOI FAIRE ? par François Leclerc

Billet invité

Inutile de présenter Adair Turner, l’ancien dirigeant du gendarme financier britannique (FSA), dont la référence aux activités financières « socialement inutiles » n’a pas été oubliée, entre autres propos iconoclastes de sa part. Dans un entretien publié le 11 février dans Le Monde, il est revenu sur les causes de la crise et de l’instabilité du capitalisme, qu’il voit notamment dans « l’addiction à la dette privée ». Pour ensuite préciser que « tant que nous n’aurons pas trouvé une façon de bâtir une croissance qui ne soit plus fondée sur l’endettement et les effets de levier, nous retomberons dans les mêmes crises. » Parmi les causes qui sont à l’origine de cette addiction, Adair Turner voit « la tentation du recours au crédit pour soutenir la consommation ». Au titre des solutions, il préconise « la réduction des inégalités [qui] passe par des systèmes économiques plus redistributifs. »

Martin Wolf titre « Asservir les robots et libérer les pauvres » sa dernière chronique parue dans le Financial Times le 11 février également. Il constate que l’informatique va faire disparaître de nombreux emplois dans tous les domaines, en particulier les moins qualifiés et rémunérés, et va contribuer à accroître les inégalités de distribution des revenus.

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« KANT AVAIT RAISON ! »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

The English version of this post can be found here.

Une lectrice du blog me demande de la tuyauter pour son examen dans une école supérieure de commerce. Je lui ai répondu ceci.

Il me semble important de mettre l’accent sur la possibilité de généralisation des mesures proposées. C’est Martin Wolf qui dans une tribune libre du Financial Times (*) avait attiré l’accent sur le fait que les Allemands (compatriotes pourtant de Kant) semblaient avoir perdu de vue l’impératif catégorique kantien en demandant aux autres nations de la zone euro de devenir exportatrices nettes à l’instar de l’Allemagne. Il y a là une erreur logique : toutes les nations ne peuvent être exportatrices nettes, si certaines sont exportatrices nettes, il faut que d’autres soient importatrices nettes et personne ne peut alors en blâmer ces dernières.

La plupart des mesures proposées par les économistes ne sont pas généralisables et doivent être rejetées au même titre :

– la compétitivité : elle suppose un moins-disant salarial dont l’« attracteur » est le salaire de subsistance dans le pays où le prix des denrées de première nécessité est le plus bas au monde. C’est ce que j’appelle : « aligner tous les salaires (français, belges, suisses, québécois, etc.) sur ceux du Bangladesh ».

– les zones franches : elles supposent un moins-disant fiscal dont l’ « attracteur » est l’imposition zéro.

À ceux qui proposent compétitivité et zones franches comme un idéal, il faut répondre comme le fit Wolf : « Kant avait raison ». Il existe bien sûr une ou plusieurs manières moins polies de dire la même chose.

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(*) « Malheureusement, le débat qui a lieu en Allemagne suppose, à tort, que la solution, c’est pour chaque membre de la zone euro de devenir comme l’Allemagne elle-même. Mais si l’Allemagne peut être l’Allemagne, c’est-à-dire une économie disciplinée sur le plan fiscal, une demande intérieure faible et un surplus colossal à l’exportation, c’est seulement parce que les autres ne le peuvent pas. Son modèle économique viole le principe d’universalité du plus grand philosophe allemand Emmanuel Kant ». Martin Wolf, « Germany’s eurozone crisis nightmare », Financial Times, le 9 mars 2010. Voir mon billet Pourquoi la Grèce peut sauver le monde.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise: il commence à y avoir foule !, par François Leclerc

Billet invité.

IL COMMENCE A Y AVOIR FOULE !

Il y a des jours comme cela, où l’on se sent moins seul. D’autres où l’on finit par s’inquiéter : « Qui a changé, eux ou moi ? ». D’autres, enfin, où l’on se sent porté par une dynamique nouvelle et partagée. Parmi ceux qui peuvent tenir aujourd’hui ce langage, Paul Jorion n’est pas le dernier, pour avoir longtemps prêché dans le désert et être maintenant sollicité de partout (ou presque).

Des noms, des exemples ? Hier, c’était Nicolas Baverez, qui écrivait dans Le Monde-Economie : « Faute d’un diagnostic précis et partagé sur la crise, d’une compréhension exacte des risques systémiques et d’une coordination de la régulation financière, les mécanismes fondamentaux d’un nouveau choc se mettent inexorablement en place : politiques monétaire et budgétaire démesurément accommodantes, bulles spéculatives, coexistence d’opérateurs et de marchés surrégulés (banques, assurance et Bourses organisées) et de vastes secteurs hors de tout contrôle (« dark pools », fonds spéculatifs), reconstitution d’un secteur bancaire clandestin » (19 avril 2010).

L’autre jour, Jean-Marc Vittori titrait son papier des Echos « Cette finance qui résiste à la réforme », et constatait : « La crise financière s’éloigne dans le rétroviseur. Et, avec elle, s’éloigne la capacité des gouvernants à changer les règles du jeu de la finance privée pour éviter que les mêmes causes ne finissent par produire les mêmes effets. A Pittsburgh, il y a à peine six mois, et à Londres, il y a douze mois, les dirigeants du G20 avaient pourtant pris des engagements majeurs. Depuis, ils ont mis en chantier des réformes essentielles en élargissant la surveillance des acteurs de la finance. Mais les textes sont de plus en plus souvent édulcorés ou repoussés, ou les deux à la fois » (17 mars 2010).

Mercredi matin, dans le Financial Times, Martin Wolf allait nettement plus loin. Il commençait ainsi sa chronique : « Notre système financier est-il dans nos moyens ? La réponse est non », poursuivant : « Plus l’on prend conscience des risques, plus il devient évident que la solution radicale est l’option la plus sûre », avant de conclure son papier, après avoir démoli pierre par pierre l’argumentation des épigones du système : « En conclusion, arrêter la machine de l’apocalypse financière demandera des changements fondamentaux dans la politique à suivre vis à vis du système financier et de sa structure. Il y a maintenant deux grandes approches en discussion : l’officielle est de rendre le système actuel beaucoup plus sûr, en élevant les exigences en matière de capitaux propres et de liquidité, en faisant transiter les dérivés via des marchés administrés et en renforçant la régulation. L’alternative est une réforme structurelle. Quelle est l’option la moins mauvaise ? » (21 avril 2010).

Certes, chacun garde par ailleurs ses idées, mais il est flagrant de constater qu’un même constat se propage. Ceux qui hier n’avaient pas droit de cité et sonnaient l’alarme sont aujourd’hui écoutés (sinon encore suivis). Beaucoup d’autres – pas tous, car il y a toujours des irréductibles de la foi – écarquillent les yeux devant ce qu’ils contemplent et, pour certains même, ruent dans les brancards.

Si le discours des femmes et des hommes politiques est toujours en général aussi désespérant de démagogie et à courte vue, des commentateurs de plus en plus nombreux ont compris – et le font savoir – qu’ils ne peuvent décidément plus s’en tenir aux mêmes analyses. Que la crise n’est pas près d’être finie et qu’elle appelle, comme le dit Martin Wolf, que l’on n’aurait pas attendu (à tort) dans cette posture, des solutions radicales.

Il y avait avant, il y a après…

Ceux qui aujourd’hui doivent être considérés comme de véritables excentriques ne sont pas ceux qui démontent les mécanismes d’un système financier qui a failli mais continue pourtant d’exercer ses nuisances. Pas plus ceux qui se refusent, faits et analyses à l’appui, à souscrire aux visions lénifiantes et vite démenties d’une propagande désormais en roue libre. Ni encore ceux qui proposent, enfin, que l’on parle sérieusement de la manière dont il va être possible de sortir de ce gigantesque gâchis. Car celui-ci n’est pas seulement financier, mais s’annonce de plus en plus humain.

Non, les excentriques, ce sont ceux qui prétendent, suivant ce mot admirable faisant parler l’inconscient, « faire le travail de Dieu ».

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BFM Radio, lundi 12 avril à 10h46 – Pourquoi la Grèce peut sauver le monde

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Vous vous souvenez peut-être que durant les querelles de chiffonniers des semaines passées à propos de la Grèce et de sa dette, Madame Lagarde a dit à un moment donné que la faute n’était peut-être pas seulement du côté des pays qui importent beaucoup plus qu’ils n’exportent mais aussi du côté de ceux qui exportent beaucoup plus qu’ils n’importent. Le pays dont elle parlait c’était – suivez mon regard – celui qui montait sur ses plus grands chevaux dès qu’il était question de donner un coup de main à la Grèce, dont on découvrait alors la prodigalité : dans quelle mesure elle avait vécu au-dessus de ses moyens.

L’argument de Mme Lagarde, je soupçonne qu’elle l’ait trouvé dans une tribune libre du Financial Times signée Martin Wolf, qui se montrait très insolent envers l’Allemagne en réfutant son argumentation en citant celui qu’elle considère peut-être comme son plus grand philosophe : Emmanuel Kant. Il écrivait le 9 mars, je le cite : « Malheureusement, le débat qui a lieu en Allemagne suppose, à tort, que la solution, c’est pour chaque membre de la zone euro de devenir comme l’Allemagne elle-même. Mais si l’Allemagne peut être l’Allemagne, c’est-à-dire une économie disciplinée sur le plan fiscal, une demande intérieure faible et un surplus colossal à l’exportation, c’est seulement parce que les autres ne le peuvent pas. Son modèle économique viole le principe d’universalité du plus grand philosophe allemand Emmanuel Kant » (1).

Kant avait dit en effet qu’une règle ne peut être érigée en principe moral que si elle est généralisable : si elle peut être suivie par tous. Or tous les pays ne peuvent pas être simultanément exportateurs nets : ce serait comme à Lake Wobegon où Garrison Keilor nous assure que « tous les enfants ont des résultats au-dessus de la moyenne » (2).

On aura d’ailleurs reconnu au passage un discours que les États-Unis ont tenu à la Chine au cours des années récentes : « Bien sûr, nous avons jeté l’argent par les fenêtres, mais c’est de l’argent que vous nous aviez prêté, parce que vous en aviez en trop ! »

L’argument vaut ce qu’il vaut mais il rappelle une chose que l’on ferait bien de garder à l’esprit : il vaudrait mieux pour tout le monde qu’à une monnaie – « à une devise » faudrait-il dire – corresponde une zone économique telle que ses importations et ses exportations s’équilibrent, ce qui éviterait qu’ensuite – à intervalles réguliers – on n’aie à parler de protectionnisme et de tarifs douaniers. On n’a pas l’impression que ceux qui ont créé l’euro, et ont décidé ensuite quels pays appartiendraient à la zone euro, y ont beaucoup réfléchi. On a plutôt l’impression qu’ils se sont dit : « Allons-y et advienne que pourra ! ».

Il aurait fallu y réfléchir avant mais, mieux vaut tard que jamais. D’autant que la solution existe et – comme d’habitude – elle fut envisagée à une époque, avant d’être rejetée. Elle s’appelle le « bancor », et elle fut proposée par Keynes à Bretton Woods en 1944. Avec le bancor, les échanges internationaux passeraient par une chambre de compensation et les pays qui importeraient trop seraient pénalisés, mais également ceux qui exporteraient trop. On rééquilibrerait si nécessaire en dévaluant ou en réévaluant les devises.

L’année dernière, Monsieur Zhou Xiaochuan, le Directeur de la banque centrale chinoise, a dit qu’il faudrait repenser au bancor. On n’a pas assez prêté attention à ce qu’il disait mais j’ai l’impression que cela va changer – en tout cas en Europe : la Grèce nous oblige à repenser le rapport qui existe entre une devise et une économie, et du coup, à repenser au bancor.

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(1) Martin Wolf, « Germany’s eurozone crisis nightmare », Financial Times, le 9 mars 2010

(2) Garrison Keilor, Lake Wobegon Days, 1985

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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