BFM Radio, lundi 12 avril à 10h46 – Pourquoi la Grèce peut sauver le monde

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Vous vous souvenez peut-être que durant les querelles de chiffonniers des semaines passées à propos de la Grèce et de sa dette, Madame Lagarde a dit à un moment donné que la faute n’était peut-être pas seulement du côté des pays qui importent beaucoup plus qu’ils n’exportent mais aussi du côté de ceux qui exportent beaucoup plus qu’ils n’importent. Le pays dont elle parlait c’était – suivez mon regard – celui qui montait sur ses plus grands chevaux dès qu’il était question de donner un coup de main à la Grèce, dont on découvrait alors la prodigalité : dans quelle mesure elle avait vécu au-dessus de ses moyens.

L’argument de Mme Lagarde, je soupçonne qu’elle l’ait trouvé dans une tribune libre du Financial Times signée Martin Wolf, qui se montrait très insolent envers l’Allemagne en réfutant son argumentation en citant celui qu’elle considère peut-être comme son plus grand philosophe : Emmanuel Kant. Il écrivait le 9 mars, je le cite : « Malheureusement, le débat qui a lieu en Allemagne suppose, à tort, que la solution, c’est pour chaque membre de la zone euro de devenir comme l’Allemagne elle-même. Mais si l’Allemagne peut être l’Allemagne, c’est-à-dire une économie disciplinée sur le plan fiscal, une demande intérieure faible et un surplus colossal à l’exportation, c’est seulement parce que les autres ne le peuvent pas. Son modèle économique viole le principe d’universalité du plus grand philosophe allemand Emmanuel Kant » (1).

Kant avait dit en effet qu’une règle ne peut être érigée en principe moral que si elle est généralisable : si elle peut être suivie par tous. Or tous les pays ne peuvent pas être simultanément exportateurs nets : ce serait comme à Lake Wobegon où Garrison Keilor nous assure que « tous les enfants ont des résultats au-dessus de la moyenne » (2).

On aura d’ailleurs reconnu au passage un discours que les États-Unis ont tenu à la Chine au cours des années récentes : « Bien sûr, nous avons jeté l’argent par les fenêtres, mais c’est de l’argent que vous nous aviez prêté, parce que vous en aviez en trop ! »

L’argument vaut ce qu’il vaut mais il rappelle une chose que l’on ferait bien de garder à l’esprit : il vaudrait mieux pour tout le monde qu’à une monnaie – « à une devise » faudrait-il dire – corresponde une zone économique telle que ses importations et ses exportations s’équilibrent, ce qui éviterait qu’ensuite – à intervalles réguliers – on n’aie à parler de protectionnisme et de tarifs douaniers. On n’a pas l’impression que ceux qui ont créé l’euro, et ont décidé ensuite quels pays appartiendraient à la zone euro, y ont beaucoup réfléchi. On a plutôt l’impression qu’ils se sont dit : « Allons-y et advienne que pourra ! ».

Il aurait fallu y réfléchir avant mais, mieux vaut tard que jamais. D’autant que la solution existe et – comme d’habitude – elle fut envisagée à une époque, avant d’être rejetée. Elle s’appelle le « bancor », et elle fut proposée par Keynes à Bretton Woods en 1944. Avec le bancor, les échanges internationaux passeraient par une chambre de compensation et les pays qui importeraient trop seraient pénalisés, mais également ceux qui exporteraient trop. On rééquilibrerait si nécessaire en dévaluant ou en réévaluant les devises.

L’année dernière, Monsieur Zhou Xiaochuan, le Directeur de la banque centrale chinoise, a dit qu’il faudrait repenser au bancor. On n’a pas assez prêté attention à ce qu’il disait mais j’ai l’impression que cela va changer – en tout cas en Europe : la Grèce nous oblige à repenser le rapport qui existe entre une devise et une économie, et du coup, à repenser au bancor.

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(1) Martin Wolf, « Germany’s eurozone crisis nightmare », Financial Times, le 9 mars 2010

(2) Garrison Keilor, Lake Wobegon Days, 1985

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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117 réflexions sur « BFM Radio, lundi 12 avril à 10h46 – Pourquoi la Grèce peut sauver le monde »

  1. Une question : à quelle condition aujourd’hui un gouvernement pourrait-il prendre une décision autrement qu’en se disant « advienne que pourra » ? Je songe en écrivant cela à la dépolitisation avancée de nos citoyens (en y incluant la mienne, laquelle tente malgré tout de sortir de son ignorance crasse – par exemple en lisant Paul Jorion). C’est à dire, la glu de l’égocentrisme (ou autisme) de masse technologiquement assisté, vous la faites partir avec quoi ? J’opterais bien pour une panne de courant général d’une semaine, avec un affolement des ondes qui les rendrait inaptes à la téléphonie mobile, mais cela c’est de la SF et je ne sais pas si du désordre intégral qui s’ensuivrait il émergerait un monde ordonné et vivable. C’est qu’on ne peut guère changer le monde sans se changer soi-même en premier lieu, et une condition de ce changement, pour peu qu’on le souhaite, disons, définitif, c’est de découvrir qui l’on est. Ou ce que l’on est, c’est à dire ce que l’on est devenu. Mais cette réflexivité suppose des conditions minimales de silence, de patience, de lexique, de lectures guidées, commentées, un arrachement d’avec une culture de l’image et de l’affect qui nous détourne de nous-même et de l’histoire (et du langage). J’ai souvent devant moi un public d’adolescents puisque je suis prof, mais très peu lisent, et je pense que très peu liront, malheureusement je suis plutôt pessimiste : il y a tellement de forces de distraction puissantes autour d’eux, où trouveront-ils la force d’y résister ? La force de ne pas faire comme tout le monde, la force de penser qu’ils ne seront peut-être pas responsables d’un malaise qui ira croissant au fil du temps et qu’ils ne pourront pas manquer de ressentir dans quelques années… si ce n’est pas déjà le cas. Bien souvent, ce à quoi des adolescents aspirent : avoir un travail pour pouvoir, enfin, se payer une console de jeux. Voilà, cela me désole beaucoup de penser qu’en quelques années seulement d’existence leur désir est calibré au format d’une Playstation, au format d’un écran… bon, bref, j’arrête, excusez-moi de ce vague-à-l’âme, mais les problèmes me paraissent d’une ampleur telle… enfin vous avez raison M. Jorion, il faut tenter de faire ce qu’on peut, chacun à son échelle, autour de soi – mais peut-être pas via l’ordinateur, il faut aussi envisager des interventions réelles. Nous ne devons pas quitter le réel pour nous installer devant des écrans, ce n’est pas ainsi que la politique se fera !

    Cordialement,

    Garcimore

    1. Je crois hélas que vous avez raison. Ici au Québec comme vous en Europe, sentons et vivons les mêmes trucs, à quelques aménagements près. Il y a quelque chose, comme une dérive, qui s’est installé au coeur de l’homme. Problème de société? Dégénérescence? Décadence ou manipulation des foules?

      Quoi qu’il en soit, nous allons, de notre vivant, connaître l’aboutissement de cette dérive généralisée.

      Renard238

    2. Voilà un témoignage en prise directe sur une réalité vécue. Vous dites les choses avec beaucoup d’intelligence et de finesse sur votre observation du monde, des êtres qui vous entourent. Et vous donnez les perspectives. Dans bien des domaines les choses pourraient changées, mais la volonté n’est pas la clé qui ouvre toutes les portes. Dans votre texte je m’y retrouve de la première jusqu’à la dernière ligne. Notamment à propos du langage, sujet qui me passionne et sur lequel je réfléchis quotidiennement, dans un soliloque intérieur uniquement interrompu par les rêves, la contemplation ou plus nécessairement, par la nuit du repos. Très sincèrement.

    3. L’individuation (au sens jungien) permet de changer son monde intérieur, sa relation au monde extérieur, à soi-même et à autrui, et, à la base, avec son psychisme inconscient, personnel et collectif.

      Quant à changer le monde, Jorion parlait l’autre jour de ces systèmes qui fonctionnent par eux-mêmes, in fine, et qui soit s’auto-régulent, soit s’auto-détruisent (et, me semble-t-il, le font souvent l’un après l’autre). Les décisions individuelles sont inopérantes dans ce contexte de systèmes hors contrôle humain possible.

      Alors « changer le monde » en changeant d’abord soi-même, c’est, comme dit, changer son monde…

    4. @ Garcimore :

      Merci et milles fois bravo …. je rajoute à votre analyse que la démocratie est alors en danger

    5. A quoi voulez-vous que nos jeunes rêvent dans ce monde pourri?
      Ils n’ont pas d’expérience, mais ils sont confrontés à la réalité de la vie par l’intermédiaire de la cellule familiale. Déplorable tableau dans bien des cas qui conduit plus souvent maintenant à l’échappatoire.
      Console de jeu ou cannabis, c’est la fuite des désespérés!

      Union, solidarité, regarder dans la même direction…. pfff! Quand les individus n’arrivent même pas à s’entendre dans une même famille!!! (je ne parle pas de politique), quand un couple sur trois se séparent au bout de quelques années… Fédérer devient utopique en ces temps de crise.

      Plus ça va et plus les gens sont égoïstes et ne veulent plus faire d’efforts pour les autres à l’exemple de ceux qui nous gouvernent et ceux qui nous exploitent qui se gavent sans compter, sans honte à la vue de tous!!! ça s’appelle la « réussite sociale » (bel exemple hein? voilà le monde dans lequel vivent nos jeunes…)

      Nous ne sommes pas des êtres spirituels, nous sommes des animaux un peu plus intelligents que les autres, c’est tout! les plus forts d’entre nous le savent bien: pouvoir, sexe, vengeance, ripaille, bataille… tout pour la chaire (et ils doivent bien se marrer des moutons que nous sommes)

      Il n’y a plus rien à faire, si ce n’est rêver du mieux possible en attendant que tout s’écroule, si jamais ça veut bien s’écrouler, ce dont je doute de plus en plus.

    6. Garcimore,

      « C’est qu’on ne peut guère changer le monde sans se changer soi-même en premier lieu, et une condition de ce changement, pour peu qu’on le souhaite, disons, définitif, c’est de découvrir qui l’on est. »

      Cette phrase résume admirablement l’Aventure humaine passée et future.
      Elle coïncide également avec un très fort désir d’habiter le monde, une dédicace adressée à la vie. Et puis, il faut penser au verbe droit sorti d’un livre lu et relu, comme l’un des meilleur dispositif contre une société du carnage et du gâchis.

    7. homme du peuple,

      Vous bombarder. Attention, en dessous, il y a des individus qui ne pensent pas la même chose que vous et font des efforts sincères pour une humanité plus digne, plus juste. Vous n’êtes pas obligé d’ériger en principe immuable la défaite minable d’un groupe de personnes mal embouchées. L’imagination et l’intelligence n’ont pas subitement quittées tous les recoins de la terre, cherchez-bien.

    8. @Garcimore,
      Oui je partage aussi votre analyse, il y a urgence à sortir de ce système trop individualiste. La société devrait nous réunir et non nous isoler.

      @Homme du peuple
      Je suis d’accord avec vous sur le constat, mais pas quand vous dites la chose suivante:

      //Nous ne sommes pas des êtres spirituels, nous sommes des animaux un peu plus intelligents que les autres, c’est tout! les plus forts d’entre nous le savent bien: pouvoir, sexe, vengeance, ripaille, bataille… tout pour la chaire (et ils doivent bien se marrer des moutons que nous sommes)//

      Attention aux préjugés sur la « nature humaine », nous devons toujours garder à l’esprit qu’un homme est une éponge; il absorbe ce qu’il reçoit. Je reste convaincu, et c’est la ma seule croyance, que l’homme est spirituel et que la société que nous avons crée l’empoisonne. Il y a urgence à réinventer notre monde, à donner envie aux gens de partir à la découverte de l’Autre, de Soi et de la connaissance.

    9. Je comprends votre point de vue Garcimore : vous me semblez bien pessimiste sur le monde de demain. Il faudrait néanmoins nuancer votre point de vue…certes les élèves aspirent à un travail pour pouvoir se payer une console de jeu…mais votre désespoir se porte bien plus sur la nature de l’objet convoité (il me semble que la playstation vous a fait quelque chose) que sur le caractère vain d’une vie (pourquoi travailler/produire en fin de compte ? quelle est la finalité de l’être ?).
      Les élèves lisent très peu. C’est un fait. Mais est-ce que la jeunesse lisait davantage il y a 10, 20 ou 50 ans ? Vous semblez regretter un temps que vous n’avez pas connu qui avait ses formes de violence tout aussi inacceptables que les violences que ce monde nous inflige (à divers degré) chaque jour. Ce qui me semble inacceptable c’est qu’avec le progrès accumulé, on arrive à autant de gâchis : une planète qui peut nourrir 12 milliards d’habitants mais où un milliard souffre de sous-nutrition et plusieurs centaines de millions d’obésité (une autre forme de malnutrition).
      De même, je faisais part il y a quelque temps du manque d’intérêt que les citoyens éprouvaient à l’égard de la chose politique. Pour autant, je ne crois pas que les masses soient moins politisées qu’hier. Mai 68 l’a très bien prouvé. Les ouvriers ne voulaient pas d’une révolution mais tout simplement une augmentation de salaire. Ce qui est inacceptable, c’est qu’une amélioration du niveau d’étude n’a pas forcément entraîné une plus grande implication des citoyens dans la « chose politique ». Pour autant, une population alphabétisée, qui a fait des études devrait être davantage impliqué dans les débats d’idées, la gestion des collectivités. Ou tout simplement est-ce le système de représentation politique qui est suranné ?
      Enfin, depuis l’apparition de la photographie, le pouvoir de l’image est sans cesse grandissant. Il est intéressant de voir que ce sont les totalitaires qui avaient compris cela en premier. Évidemment, cela se fait au détriment de la lecture. Je relisais récemment Zola. Outre la force narrative qui s’y dégageait, l’importance des descriptions est ce qui m’a le plus frappé, et pourtant à l’époque, Zola n’était pas un écrivain apprécié par les élites littéraires, on le trouvait un peu trop « massif ». Cet après-midi, je passe à la Fnac et j’ouvre par curiosité le dernier roman de Guillaume Musso, écrivain populaire par excellence; je n’ai pu m’empêcher de rire à la lecture des quelques phrases qui se sont présentées à moi. Tout ça pour dire, qu’au lieu de dénigrer les jeunes, la masse « silencieuse », je préférerais que l’on se penche sur cette crise dont on parle très peu et qui est la mère de toutes les crises : la crise des élites incapables de se renouveler, se complaisant dans des travers incestueux, refusant toute réforme en son sein. Le propre des élites c’est de vouloir des réformes partout (et surtout au détriment des « non-élites ») mais de ne jamais vouloir se réformer. Est-ce que les Francs-maçons (pris au hasard) ont changé leur façon d’être depuis leur naissance ?

    10. Vous faites référence à ce que Bernard Stiegler appelle la « misère symbolique ».

      Ceci dit, toute nouvelle technique/support de mémoire induit cet aspect « poison/remède ».

      Il n’est pas exclu sur le papier que la technologie joue le bon rôle pour l’esprit : l’exalter au lieu de l’humilier.

      Je vous accorde que les boucles de « rétroaction positive » actuelles vont à l’opposé
      (télé-réalité, TV sur les portables, …).

      A côté de cela, les pousses ont pour nom wikipedia (par morceaux) ou des blogs comme celui-ci.

      IL y a beaucoup à faire pour que l’esprit des gens dans ce qu’il a de bon se transforme en un support audio-visuel sympa.
      Même le clavier est un obstacle pour beaucoup.
      Et la rapidité n’est pas bonne conseillère, certes.

      En redéfinissant le bonheur comme la façon dont la néguentropie peut s’étendre dans nos cerveaux, nous aurions beaucoup à gagner.
      C’est un peu long à expliquer dans les mots d’aujourd’hui toutefois.
      Mais quand j’entends sur les radios usuelles le mot « recherche du bonheur » (même dans la bouche de Enthoven dans la perspective du bac philo), je me dis, quelle erreur de parler de cette chose biologiquement transitoire comme d’un but !

      Vous, vous constatez l’autre bout de la chaine : même dans les « bons transitoires » , rien n’élève et ne singularise l’individu, ni n’en fait l’écho valorisant de sa collectivité dans ce qu’elle a de riche dans ses « rétentions » . Mais je manie assez mal le vocabulaire Stieglerien (Simondonien etc.) Allez voir Ars industrialis aussi, ou lisez Richard Sennett, ca remet des choses en place.

      courage

  2. « […]C’est qu’on ne peut guère changer le monde sans se changer soi-même en premier lieu[…] »

    Voici un cas typique de condition nécessaire mais non suffisante. En l’occurrence, au moins une autre condition doit être vérifiée. Pour « changer le monde » il convient:

    – D’une part de changer soi même son rapport au monde comme évoqué ci-dessus.

    – D’autre part que cette démarche soit commune dans une large frange de la population – en régime démocratique, on estime ce seuil à la moitié + 1, par convention, même si sur certaines questions – comme l’écologie – il faut bien admettre que l’unanimité (ou quelque chose d’approchant) serait nettement préférable.

    La raison du marasme actuel – est-il si actuel que cela d’ailleurs, ou n’est-il pas plutôt une « constante historique »? – tient essentiellement à la difficulté de réaliser cette seconde condition. La chose est d’autant plus difficile à mettre en œuvre dans un contexte dans lequel l’individualisme est la norme.

    Le problème peut être résumé ainsi:

    Pourquoi faire un effort si mon « voisin » n’en fait pas autant?

    Prenons un exemple concret qui sera peut-être plus parlant que des considérations abstraites:

    Imaginons un « cas d’école » sur le marché du travail, mettant en scène deux candidats à l’embauche pour un même type de poste. On considère pour simplifier qu’ils sont les seuls sur ce marché.

    Le premier choisit d’accepter une offre dans des conditions dégradées. Il répond en cela à l’urgence de subvenir à ses propres besoins – et éventuellement à ceux de sa famille également – mais de ce fait il légitime l’existence de telles conditions: Le second candidat, dans une urgence similaire, n’a plus d’autre choix que d’accepter les mêmes.

    Au contraire, si ces deux individus choisissaient de refuser l’offre qu’on leur fait, celle-ci devrait nécessairement être réajustée à des conditions qui leurs soient plus favorables afin d’être pourvue.

    Le nœud du problème apparaît précisément lorsqu’on s’éloigne du « cas d’école » pour s’approcher d’une situation réelle. En effet, si l’on peut facilement envisager que seulement deux individus puissent se concerter pour établir un rapport de force qui leur soit favorable avec l’employeur, la chose devient d’autant plus complexe que le nombre d’individus concernés augmente.

    Par ailleurs, on entrevoit dans le cas évoqué que la notion de « majorité » ne permette pas de résoudre efficacement le problème: Il suffit en effet d’un candidat acceptant l’inacceptable pour réduire considérablement le niveau d’exigence que peuvent se permettre d’avoir les autres pour le même type de poste.

    Ce raisonnement appliqué à d’autres domaines aboutit à des constats similaires, conduisant à la conclusion que la tendance individualiste est ce qui donne corps à la logique du moins-disant.

    P.S. Pour répondre directement à Garcimore:

    Je lis très peu, je me « distrais » beaucoup, et pourtant je n’ai pas l’impression de répondre le moins du monde à la description que vous faites des jeunes actuels. Êtes-vous sûr des liens de cause à effet que vous suggérez, où dois-je me considérer comme une exception? (il faut toutefois préciser que je ne suis plus en âge d’aller à l’école depuis quelques années déjà).

    1. Ca, Dissonance, c’est le principe même de la concurrence.
      Qui ne profite qu’à celui qui a le pouvoir d’exploiter l’autre.

      Une chose, néanmoins.
      Est-ce l’individualisme qui amplifie la concurrence, ou la concurrence qui amplifie l’individualisme…???

    2. @yvan

      Voilà qui ressemble fort à la fameuse question: « Qui de l’œuf ou de la poule… »

      Deux éléments de réponse:

      – Le régime concurrentiel est optimisé par l’individualisme: Plus il y a d’intérêts privés distincts, plus il y a de concurrence. Si chacun agit pour son propre compte, la concurrence est alors maximale.

      – L’individualisme ne peut exister qu’en régime concurrentiel. Un individualiste qui agit pour le compte d’un autre individualiste agit en fait contre ses propres intérêts, puisque le temps et l’énergie qu’il dépense alors servent d’autres intérêts que les siens. Au mieux il peut en retirer une compensation, toutefois celle-ci peut ne pas valoir équivalence:

      Si j’aide mon voisin à construire sa maison, tandis que je doive également monter la mienne, et qu’à la fin de ce travail mon voisin me paye, il n’en reste pas moins que je ne dispose toujours pas de toit au dessus de ma tête.

    3. @Dissonance :

      Bonjour, merci pour votre réponse aiguisée.

      J’ai effectivement assombri exagérément le tableau que j’ai fait des jeunes ; mais c’est aussi que j’ai fréquemment sous les yeux des échantillons qui, je pense, vous laisseraient quelque peu perplexe vous aussi quant à la société future qu’ils permettent d’anticiper.

      Il est vrai que ce ne sont là que des échantillons, et à force de m’accoutumer à ce petit univers, je le prends pour le monde entier et je commets évidemment des extrapolations – mais sont-elles si illégitimes ?

      Je ne sais pas si, pour parler des phénomènes sociaux, la notion de causalité est pertinente – car sommes-nous nécessités comme la pierre est nécessitée pour tomber lorsqu’elle est lâchée ? Je parlerais plutôt de tendances, de propensions à, d’attracteurs… avec peut-être effectivement, des zones de causalité stricte, mais alors très locales… il faudrait faire une topologie sociologique de la causalité, je ne sais pas si la chose a été tentée.

      Lâchons dans l’espace social des téléphones portables ; nous voyons à peu près tout le monde s’en emparer puis, régulièrement dans la journée, se donner un petit écran luminescent comme horizon du regard. Comme les téléphones intègrent de plus en plus de fonctionnalités, le temps passé à leur manipulation augmente. On trouve toujours un petit quelque chose à y regarder, à y bidouiller, une petite variation à se donner, qu’elle soit sonore ou visuelle, une application à ouvrir, un monstre à zigouiller ou que sais-je. Et puis aussi il faut bien jouir de la possession de ce joujou, et jouir de l’idée que d’autres peuvent sans doute nous envier cette possession, ils vont venir le voir, le super-engin, ils vont venir le désirer, alors du coup l’engin me devient nécessaire, en tant qu’il me positionne aussi parmi les copains, en tant qu’il me classe.

      Alors, vous voyez, tout cela, je le vois au quotidien, ce n’est pas (seulement) théorique – bien que je lise aussi des ouvrages sur la question (je recommande au passage les petits livres très critiques de la collection « Pour en finir avec », aux éditions l’Echappée) : sitôt les élèves sortis de la salle de classe, hop, ils sortent leur révolver numérique, se le mettent sous les yeux, dans les oreilles – à peu près tous en même temps – c’est l’objet médiateur. Il faut toujours qu’ils aient un joujou de ce type avec eux. Et c’est autre chose qu’une mode, puisque cela ne passe pas mais au contraire s’amplifie.

      Je crois que cela ne les apprend pas à demeurer seul, à trouver dans leur propre imagination de quoi… j’allais dire de quoi combler leur ennui, mais peut-être faut-il inverser la proposition et dire que ces objets les empêchent de s’ennuyer, et donc de découvrir, dans cet ennui même, leur propre pouvoir d’inventer, leur liberté imaginative. En un sens, privés d’ennui, ils sont privés d’eux-mêmes.

      Un jour j’ai entendu un reportage à la radio : des élèves d’un internat dans un lycée agricole étaient interviewés, ils racontaient leur vie quotidienne ; un passage m’a particulièrement frappé : lorsqu’une jeune lycéenne a répété plusieurs fois « On n’avait pas d’ordinateur, pas de portable, c’était génial » ; cette privation, avec un peu de recul, lui apparaissait comme « géniale » ; je n’invente rien, elle l’a dit plusieurs fois. Une privation qui est devenue une libération.

      Il est des souffrances imperceptibles que l’on ne remarque qu’après coup, qui ne se signalent que par leur disparition, dans le soulagement soudain qui les remplace.

    4. Il me semble contrairement à vous que la causalité soit omniprésente, dans les phénomènes sociaux comme ailleurs, mais peut néanmoins être plus discrète, moins évidente dans ce domaine précis. Vous-même, en proposant des explications aux phénomènes que vous constatez, admettez – inconsciemment peut-être – qu’il existe des causes aux effets décrits.

      Vos propositions ne me semblent d’ailleurs pas dénuées de sens. Le portable est sans doute:

      – Un facteur d’intégration sociale – ce que je constate aussi en tant qu’adulte: Je ne compte plus le nombre de personnes, dans et hors champs professionnel – qui me demandent « mon numéro de portable » – Je n’en dispose pas et en mesure donc pleinement les conséquences (bonnes et mauvaises).

      – L’objet moderne de lutte contre l’ennui par excellence.

      Ceci dit, contrairement à vous je ne pense pas que la mise en opposition de la lecture et des média modernes – vidéos notamment – soit pertinente. Pour ma part j’ai toujours considéré la lecture comme un carcan à ma propre imagination plutôt que comme un catalyseur, et trouve au contraire, dans les jeux vidéos entre autres, un terrain bien plus fertile. Toutefois je souhaite pas opposer ces deux média pour autant, je considère plutôt qu’ils agissent sur l’esprit selon des modes différents – et qu’en l’occurrence pour mon cas personnel, le second est plus agréable.

      Pour ce qui est de l’exemple que vous citez enfin, n’ayant pas vu le reportage en question je ne peux m’avancer beaucoup, néanmoins de la façon dont vous présentez la chose: « des élèves d’un lycée agricole « , je serais tenté de supposer que l’intérêt de ces personnes n’était pas précisément porté sur les technologies de pointe, ce qui pourrait expliquer l’évocation teintée de plaisir d’une époque à laquelle ils ne subissaient pas ce qu’ils considèrent fondamentalement comme une contrainte.

      Je côtoie régulièrement des acteurs du monde agricole, et sais combien ils peuvent se montrer réticents quant à certains aspects de la modernité – L’informatique prise dans son ensemble n’est pas leur violon d’Ingre dans la plupart des cas, par exemple.

  3. On pouvait dire… oh ! Dieu ! … bien des choses en somme…
    En variant le ton, —par exemple, tenez :

    Agressif : « la Grèce, monsieur, peut sauver soyez-en sûr, le monde de la finance ! »

    Amical : « si tous les économistes du monde se réunissaient pour parler de l’homme plutôt que le gérer… »

    Descriptif : « c’est un roc ! … c’est un pic… c’est un cap !
    Que dis-je, c’est un cap ? … c’est une prison !
    L’économicisme, s’entend. »

    Curieux : « Etre le berceau de la démocratie impose-t-il d’être celui de l’économicocratie ? »

    Gracieux : « aimez-vous à ce point le pognon
    Que paternellement vous vous préoccupâtes
    D’en faire un perchoir pour que l’homme reste primate ? »

    Truculent : « ça, monsieur, tant que l’homme vivra pour la finance, d’accéder à la liberté il aura peu de chances ! »

    Prévenant : « gardez-vous donc de l’y entraîner, de peur que pour mille ans, l’affaire ne recommence ! »

    « Ajoutez à cela l’orgueil insupportable des humains, qui se persuadent que la nature n’a été faite que pour eux, comme s’il était vraisemblable que le soleil … n’eût été allumé que pour mûrir ses nèfles, et pommer ses choux. »

  4. Pour changer les choses, il faut interroger nos organisations politiques et les pousser à agir!
    Il faut se réunir, il faut faire des « apéro-géant » politiques, il faut mettre en commun la pensée, il faut résister sur son lieu de travail, il faut relier les blogs entre eux…
    La cause n’est pas du tout individuelle, mais au contraire, le problème actuel est la fédération des forces convergentes en ce moment.
    Si l’Histoire attendait que la conscience individuelle de chacun ait évoluée pour avancer, on en serait encore, à mon avis, à l’âge des cavernes… et toutes les femmes à « ramper à quatre pattes »…(référence à Voltaire et Rousseau pour les connaisseurs, mais adaptée à une autre argumentation, tendance pétroleuse).
    Bon, il faut bien un peu rire…

    1. « Si l’Histoire attendait que la conscience individuelle de chacun ait évoluée pour avancer, on en serait encore, à mon avis, à l’âge des cavernes… » : à mon avis aussi. Cependant et toutefois, on peut imaginer que « la conscience individuelle » évolue en sourdine. Ce que l’on sait, de manière générale, provient de ce qui se passe sur la place publique où quelques acteurs notoires, par exemple Paul Jorion, monopolisent la parole et l’attention. Mais que se passe-t-il dans les pensées de millions gens qui ne s’expriment qu’en famille ou entre amis ? Il est faux je pense de dire que leur conscience n’évolue pas ou qu’à retardement, car chacun doit suivre le rythme que la vie socio-économique lui impose. Sans doute ne regardent-ils pas au-delà de leurs soucis, mais ces soucis leur arrivent chargés des embruns du grand large…

  5. Dissonance dit :

    Imaginons un « cas d’école » sur le marché du travail, mettant en scène deux candidats à l’embauche pour un même type de poste. On considère pour simplifier qu’ils sont les seuls sur ce marché.

    Le premier choisit d’accepter une offre dans des conditions dégradées. Il répond en cela à l’urgence de subvenir à ses propres besoins – et éventuellement à ceux de sa famille également – mais de ce fait il légitime l’existence de telles conditions: Le second candidat, dans une urgence similaire, n’a plus d’autre choix que d’accepter les mêmes.

    Au contraire, si ces deux individus choisissaient de refuser l’offre qu’on leur fait, celle-ci devrait nécessairement être réajustée à des conditions qui leurs soient plus favorables afin d’être pourvue.

    Un jour, j’ai été amené a licencier 10 personnes.

    On me l’a reproché. J’ai promis de ne plus le refaire.

    Depuis, je n’ai plus licencié personne puisque je n’ai plus embauché personne.

    Donc quand vous dites que les 2 postulants devraient refuser l’offre, en tant qu’offreur, je retirerai l’offre non souscrite, on peut toujours faire autrement.

    Je pense que si certains patrons ont besoins de salariés, les salariés ont très fortement besoin de patrons, et beaucoup de patrons pourraient faire « autrement », et ils peuvent aussi mécaniser ou externaliser.

    Le coût du travail français est obéré de 100% de charges sociales(=participation a la solidarité), il suffit d’utiliser des produits d’importation pour se soustraire a ce prélèvement.

    Tant que l’assiette de la solidarité sera le travail (vs la consommation puisqu’en gros revenu=consommation) la position de la France ne fera qu’empirer . Avec la destruction systématique de l’outil de travail.

    Pourquoi le consensus syndicats+gouvernants acceptent ils qu’un produit francais participe seul a la solidarité a hauteur de 50% alors qu’un produit importé est exonéré de cette solidarité?

    1. C’est proprement idéologique. Cela s’appelle l’obsession de la « valeur travail », travail ici synonyme d’emploi. Tout est là. Ce qui empêche de penser le financement de la solidarité par l’impôt (tous les impôts): que ce soit les retraites, qui pourraient également être financées par les retraités fortunés, ou la sécurité sociale, qui devrait être financée par tout le monde.

    2. « Le coût du travail français est obéré de 100% de charges sociales[…]

      Ah oui, les fameuses charges qui irritent tant les « entrepreneurs » français…

      Cette relation de cause à effet aurait du sens si la destruction d’emplois était un phénomène typiquement français. Pourtant on l’observe dans des pays dans lesquels ces charges sont bien moindres. Cette explication ne suffit donc pas.

      En réalité, votre discours aboutit à la finalité suivante: Une main d’œuvre parfaitement gratuite. Voilà qui optimiserait pour de bon la compétitivité des entreprises. Ne comptez pas sur moi pour abonder dans ce sens là.

      « Je pense que si certains patrons ont besoins de salariés, les salariés ont très fortement besoin de patrons, et beaucoup de patrons pourraient faire « autrement », et ils peuvent aussi mécaniser ou externaliser. »

      Il n’existe pas d’entreprise qui puisse fonctionner à ce jour sans le moindre personnel humain, ce qui revient à dire que la mécanisation a des limites. De même, une entreprise qui externaliserait 100% de son activité ne serait rien d’autre qu’une coquille vide – son activité serait alors à rapprocher de ce qu’on observe avec les « fonds spéculatifs »: Une « entreprise » qui se contente de brasser des capitaux sans apporter aucune valeur ajoutée d’aucune sorte. Cela s’appelle l’économie virtuelle, celle-ci ne produit rien et n’existe qu’en phagocytant l’activité – bien réelle, elle – d’autres entreprises. Un cas de parasitisme avéré.

    3. La question qui termine votre texte est le résultat historique d’une contradiction. D’une part les Français tiennent à protéger leurs acquis sociaux, d’autre part ils ne peuvent pas taxer les importations comme il le faudrait pour que les produits importés participent, comme vous dites, à la solidarité nationale. La « concurrence libre et non faussée »…

    4. Dissonance dit :
      12 avril 2010 à 11:42

      >>« Le coût du travail français est obéré de 100% de charges sociales[…]

      >>Ah oui, les fameuses charges qui irritent tant les « entrepreneurs » français…

      Le problème n’a rien a voir avec l’entrepreneur.

      C’est en tant que consommateur que je vais arbitrer pour un produit exonéré de la taxe de 50% de solidarité qui frappe les produits fabriqués en France.

      En tant que consommateur, 50% de taxe en moins cela signifie un bien meilleur rapport qualité prix, j’en ai plus pour mon argent.

      Je ne discute pas de la solidarité, en cela je me rallie a la majorité de mes concitoyens, je dis simplement que les produits importés ne paient pas la taxe a la solidarité : les charges sociales.

      La moindre des équités serait que ces produits importés vs indigènes soient taxés de la même manière, c’est a dire

      a: des droits de douanes de 100% équivalents aux charges sociales,

      b:ou bien, si cette solution ne vous convient pas, un doublement de la TVA et suppression de toutes charges sur le travail français qui remplacerait l’assiette travail par une assiette consommation, étant admis, qu’en gros, les masses d’argent mises en jeu sont équivalentes.

      c:une solution a inventer qui respecterait l’équité.

      <>

      Tout a fait, mais c’est un début necessaire a l’équité! Arrêtez de massacrer le travail français, arrêtez d’obliger les industries qui fabriquent en france a courrir avec une main attachée dans le dos.

      Un traitement d’égal a égal, c’est trop pour vous??

      <<<>>>

      Avez vous entendu parler des artisans?

      Des entreprises unipersonelles?

      Des coopératives de production?

      Le mot Travail vient du latin Tripalium qui signifie torture. Ce n’est pas en recouvrant les chaines avec du velours que vous supprimerez l’esclavage du travail patron/salarié.

      Mais certains aiment leurs chaines..

    5. Max

      Les patrons ont besoin de leurs salariés et inversement. Il fut un temps où les intérêts des deux étaient pris en compte, ce qui donnait lieu à un compromis (appelé social-démocrate) et aux 30 glorieuses. Mais certains patrons ne s’en sont pas satisfaits et grâce à la mondialisation et à l’alliance avec les investisseurs capitalistes, ils ont modifié le rapport de forces. Cela a marché pendant 30 ans en remplaçant les salaires à la baisse par les dettes en hausse. Mais tout artifice a sa fin et à ce jour le système se grippe. La masse n’a plus guère de moyens pour consommer les produits que les patrons voudraient vendre. La globalisation a mis les ouvriers français en compétition avec les ouvriers slovaques, marocains, philippins et puis Chinois. Quand ils se contenteront d’un salaire chinois, vous serez à nouveau compétitif… dans un pays du tiers-monde. Est-ce vraiment le scénario à privilégier ?

      Ici on essaie d’imaginer autre chose. Cela prend doucement forme mais faudra que les petits patrons collaborent. Sinon, de la désunion naîtra la défaire de tous.

    6. @Max

      « C’est en tant que consommateur que je vais arbitrer pour un produit exonéré de la taxe de 50% de solidarité qui frappe les produits fabriqués en France.

      En tant que consommateur, 50% de taxe en moins cela signifie un bien meilleur rapport qualité prix, j’en ai plus pour mon argent. »

      Pas nécessairement. La baisse des coûts peut être le résultat d’une baisse qualitative. Le rapport qualité/prix n’est alors pas forcément meilleur. Exemple concret: Entre un appareil électro-ménager coûtant 100 euros et dont la durée de vie est d’1 an, et un autre coûtant 300 euros avec une durée de vie de 3 ans, le rapport qualité/prix reste constant (pour peu qu’on considère que la qualité puisse se réduire à la durée de vie de l’appareil). Si la durée de vie du second appareil passe à 4 ans, le rapport qualité/prix bascule en faveur de l’appareil le plus cher.

      « Je ne discute pas de la solidarité, en cela je me rallie a la majorité de mes concitoyens, je dis simplement que les produits importés ne paient pas la taxe a la solidarité : les charges sociales.

      La moindre des équités serait que ces produits importés vs indigènes soient taxés de la même manière, c’est a dire

      a: des droits de douanes de 100% équivalents aux charges sociales[…] »

      Cf. le commentaire de Crapeau Rouge. Le principe de « concurrence libre et non faussée », pilier du modèle économique européen, interdit ce genre de pratiques.

      « b:ou bien, si cette solution ne vous convient pas, un doublement de la TVA et suppression de toutes charges sur le travail français qui remplacerait l’assiette travail par une assiette consommation, étant admis, qu’en gros, les masses d’argent mises en jeu sont équivalentes. »

      La TVA n’est absolument pas égalitaire, n’étant pas progressive. En effet elle s’applique indépendamment des ressources de celui qui la subit. Dit plus simplement, le « riche » paye la même chose que le « pauvre ».

      « Tout a fait, mais c’est un début necessaire a l’équité! Arrêtez de massacrer le travail français, arrêtez d’obliger les industries qui fabriquent en france a courrir avec une main attachée dans le dos.

      Un traitement d’égal a égal, c’est trop pour vous?? »

      Ce n’est pas tant le principe d’équité que je remets en cause dans votre façon de présenter les choses, que la manière d’y parvenir. Il y a à ce propos deux courants antagonistes: Celui du nivellement par le haut et celui du nivellement par le bas. Votre propos me semble tendre plutôt vers cette seconde option, à laquelle je ne souscris pas. Cf. le commentaire de Alain A. qui est très pertinent sur ce sujet.

    7. Dissonance dit :
      12 avril 2010 à 13:48

      @Dissonance

      Max-« C’est en tant que consommateur que je vais arbitrer pour un produit exonéré de la taxe de 50% de solidarité qui frappe les produits fabriqués en France.

      En tant que consommateur, 50% de taxe en moins cela signifie un bien meilleur rapport qualité prix, j’en ai plus pour mon argent. »

      Dissonance – Pas nécessairement. La baisse des coûts peut être le résultat d’une baisse qualitative. Le rapport qualité/prix n’est alors pas forcément meilleur. Exemple concret: Entre un appareil électro-ménager coûtant 100 euros et dont la durée

      Je ne parle pas de qualité, je me limite a dire que taxer a 100% un produit fabriqué en France et exonérer un produit similaire pour la seule raison qu’il a été fabriqué a l’étranger est inique, inéquitable, injuste, et que c’est une distorsion inacceptable des conditions de la concurrence.

      Dissonance: Ce n’est pas tant le principe d’équité que je remets en cause dans votre façon de présenter les choses, que la manière d’y parvenir. Il y a à ce propos deux courants antagonistes: Celui du nivellement par le haut et celui du nivellement par le bas. Votre propos me semble tendre plutôt vers cette seconde option,

      Je me fous de la manière d’y parvenir.
      A force discuter sur la manière l’industrie française aura crevé avant que vous vous soyez décidé pour une manière ou une autre. Arrêtons l’hémorragie!

      A qui profite ces obstructions? Aux patrons : non! aux ouvriers : non! à nos enfants: non l’outil de travail sera cassé avant que vous ayez trouvé la bonne manière.

      N’importe quoi est préférable a vos discussions interminables sur la manière.

      A qui ça profite : aux multinationales, a la finance internationale . Ouvrez les yeux, c’est pour eux que vous roulez!

    8. Une solution qui pourrait être remise à l’examen consiste à diminuer fortement les charges sociales ce qui aurait pour effet de baisser d’autant les prix hors taxes et donc de favoriser les exportations. la contrepartie serait une augmentation de TVA au profit des régimes sociaux associée à une revalorisation des points de retraite (pour compenser la hausse de TVA). Pour le consommateur le prix TTC resterait identique. Il est évident qu’une partie importante des charges sociales actuelles serait suportées par les importations ce qui limiterait les délocalisations inutiles.
      Resterait à résoudre les questions liées à l’harmonisation de la TVA dans l’Union Européenne. La TVA représente actuellement près de 40% des recettes de l’Etat. Un transfert de 65 milliards de CS vers la TVA représenterait 20% des recettes de l’URSSAF pour un taux de TVA ordinaire passant de 19,6% à 28,7%…

    9. @Dissonance

      <<<>>>

      Pourquoi répondez vous comme si j’avais dit le contraire de ce que j’ai dit?

      Je propose de remplacer quelque chose qui ressemble a un impôt dégressif (les cotisations de l’assurance maladie, plus on gagne moins on paye) par quelque chose de non progressif et non dégressif puisqu’egalitaire :la TVA)
      Dit plus simplement, avec la cotisation maladie, le « riche » paye « moins » que le « pauvre »

      Donc pour vous tant que ce n’est pas le mieux (impôt progressif), il vaut mieux garder le pire (impôt dégressif) ????

    10. @Max

      « Je ne parle pas de qualité, je me limite a dire que taxer a 100% un produit fabriqué en France et exonérer un produit similaire pour la seule raison qu’il a été fabriqué a l’étranger est inique, inéquitable, injuste, et que c’est une distorsion inacceptable des conditions de la concurrence. »

      Quand vous évoquez le « rapport qualité-prix » – ce n’est pas moi qui l’introduit dans la conversation – vous parlez indubitablement de qualité. Votre argumentaire repose par ailleurs sur l’idée que le produit le moins cher est forcément celui vers qui va la préférence des consommateurs, ce qui est absolument faux.

      Toutefois, sur la stricte question des distorsions de concurrence, vous reprenez un argument de F. Lordon, sur lequel je ne peux pas vous donner tort. Néanmoins au risque de me répéter, la « concurrence libre et non faussée » en cours dans l’U.E. repose sur cette conception étrange qui ne tient pas compte des distorsions que vous évoquez. Sur ce thème ce sont par conséquent les institutions européennes qu’il faut questionner, ce n’est certainement pas une question à régler dans un cadre franco-français.

      « Je me fous de la manière d’y parvenir.
      A force discuter sur la manière l’industrie française aura crevé avant que vous vous soyez décidé pour une manière ou une autre. Arrêtons l’hémorragie!

      A qui profite ces obstructions? Aux patrons : non! aux ouvriers : non! à nos enfants: non l’outil de travail sera cassé avant que vous ayez trouvé la bonne manière.

      N’importe quoi est préférable a vos discussions interminables sur la manière.

      A qui ça profite : aux multinationales, a la finance internationale . Ouvrez les yeux, c’est pour eux que vous roulez! »

      Vous n’avez manifestement pas pris le temps de lire le commentaire de Alain A. qui était pourtant très juste. Vous vous foutez de la manière? C’est pourtant justement la manière qui déterminera si les générations futures vivrons dans une France reléguée au rang de pays du tiers monde ou pas.

      Du reste, je préfère de très loin que l’industrie française crève plutôt que de la voir entrainer la société toute entière vers une copie conforme du modèle chinois. A ce titre, il n’est d’ailleurs absolument pas dit que nous en ayons les moyens, du fait notamment de nos démographies respectives qui sont sans rapport.

    11. La façon dont la solidarité s’organise en France est totalement déséquilibrée. Il existe très clairement un problème entre le niveau des charges – un des plus élevés – et le niveau des inactifs en France – un des plus élevés également. Entre ne rien faire de ses journées et être soumis à l’esclavagisme on peut légitimement penser qu’il y a un juste milieux, et ceci sans idéologie sous-entendue, et même en prenant en compte la fin du capitalisme.
      La radicalisation des opinions sur ce sujet est malheureusement un mal unique dont nous souffrons. La notion du « travailler plus pour gagner plus » a aussi fait beaucoup de mal , il faut le reconnaitre.
      Pouvons-nous encore parler sereinement de la façon dont les déficits se sont creusés en Grèce, mais aussi en France ?

    12. Précisions:
      charge (de cavalerie) opposé à chaaââaarges (sur le salaire).
      [ Répétition avec légères modifications].

      Les charges sociales n’existent pas. C’est une création arbitraire, bien
      pratique pour assécher les caisses des organismes sociaux.
      Ce qui est réel, c’est la rémunération globale de travail , RGT.
      La retenue totale ( différence entre RGT et salaire net) est de l’ordre de 60%.
      Les salaires en France sont ‘imposés’ à 60%. Et preuve de modernité, il s’agit
      d’une retenue à la source. Il est vrai que cette somme va en majorité à des organismes sociaux ou d’utilité sociale. Je la trouve normale.

      Si vous êtes employeur et réfléchissez en terme de salaire déconnecté
      des chaaââaarges, vous risquez de commettre des erreurs.
      En revanche en comptant RGT, les prévisions sont bien plus faciles et fiables.
      Les charges sociales sont comme les épicycles: la réalité ne change pas,
      mais la notion est lourde et inadaptée.
      Si vous êtes salarié, il est évident que seul le salaire net est à prendre en compte
      pour usage. Prendre conscience de la différence entre RGT et net est le début
      du civisme éclairé…

      L’endettement des organismes sociaux est à ramener aux chiffre totaux:
      pour mémoire l’argent brassée par ces organismes est de l’ordre du budget de l’Etat.
      L’endettement des organismes sociaux est créé par les différents gouvernements qui ne remboursent pas les réductions des soit disantes charges, réductions offertes à leur clientèle électorale. Le gouvernement, dans ce domaine, agit en démagogue: il décide de l’emploi de sommes dont il n’a pas
      la libre disposition. Il est facile, après avoir assèché les caisses,
      de crier au scandale de l’inefficacité.
      Une loi oblige le gouvernement à rembourser ce qu’il exonère; il ne la respecte pas.
      Le manque,de l’ordre de 20 milliard d’euro au moins, suffit à équilibrer les comptes.
      Rituellement, année après année, les administrateurs de ces organismes sociaux
      exposent et déplorent ces errements.

      La notion de « charges » est le préalable indispensable pour détruire
      le sytème de financement par répartition.
      Et ils sont nombreux, parmi les élus à vouloir détruire notre protection sociale.
      En acceptant de parler « charges » nous les y aidons.

    13. @Pascal Bloch-Eisenstein

      Le raccourci intellectuel que vous employez me sidère littéralement. Toutefois, je me permets de vous suggérer la chose suivante: Plutôt que de stigmatiser à demi-mot les chômeurs comme vous le faites, interrogez-vous sur la manière dont sont exploitées les recettes fiscales que vous évoquez.

      A titre indicatif: Lors de la réforme « Pôle Emploi », le nouveau sigle aurait coûté à lui seul entre 135 000 et 500 000 euros…

    14. @Dissonance : en gros ce que vous sous-entendez si j’ai bien compris, c’est que certes il y a beaucoup de chômeur, mais que au moins ils sont en bonne santé.
      Pour la com de pôle emploi , entièrement d’accord avec vous, c’est un scandale.
      Pour la stigmatisation des chômeurs, je ne suis pas d’accord, il s’agit seulement de quelques uns, et je le dis clairement sans demi-mots, et çà ne me pose pas de problème, pour avoir vu par moi-même la façon dont certain se comportent…mais c’est une minorité il est vrai.
      En ce qui concerne la façon dont les sommes sont utilisées : c’est un vaste débat, trop politique ; j’aimerai avoir le temps de bien regarder les comptes sociaux pour me permettre une réponse plus honnête, alors pour l’instant je dirais intuitivement que j’ai de sérieux doutes. Cordialement.

    15. @ Daniel 12 avril 21:40

      « L’endettement des organismes sociaux est créé par les différents gouvernements qui ne remboursent pas les réductions des soi-disant charges, réductions offertes à leur clientèle électorale. Le gouvernement, dans ce domaine, agit en démagogue : il décide de l’emploi de sommes dont il n’a pas la libre disposition. Il est facile, après avoir asséché les caisses, de crier au scandale de l’inefficacité. »
      « Une loi oblige le gouvernement à rembourser ce qu’il exonère; il ne la respecte pas. »
      « Le manque, de l’ordre de 20 milliards d’euros au moins, suffit à équilibrer les comptes. »

      MERCI ! DU FOND DU CŒUR, MERCI ! Merci de dire, avec les mots JUSTES, la réalité des choses. Des démagogues disposent du porte-monnaie du peuple pour arroser leur clientèle…

  6. Je lis très peu également, mais dans une autre vie j’ai tout lu, notamment avant qu’on ne saborde la grande bibliothèque du centre G Pompidou, un hâvre de paix qui fleurait bon les années 70, de grandes tables blanches, des plantes vertes, des coins secrets, la possibilité d’écouter des disques aussi. Sur la facade de l’Ircam en face, il y avait une énorme vigne vierge qui couvrait tout le mur. Elle aussi a été arrachée, c’est plus propre.

    Nous sommes en France centrés sur la lecture, alors qu’il existe aussi la musique. Au lieu de lire Rousseau on ferait bien d’analyser une partition de Bach de temps en temps. Comprendre la musique est aussi important que de comprendre un texte. Un texte n’est que de la musique muette, aphone et incolore. Une idée n’est qu’une musique qu’on se refuse à chanter, l’idée est une partition ratée.

    La musique est en fait, tout. Céline parlait de sa « petite musique », la musique c’est le style, c’est ce qui avance. Je rêve d’un peuple de musiciens, ou même de peintres, d’artistes, de comédiens, de sculpteurs, où « travailler plus » se traduirait immédiatement en coup de burins redoublés sur le marbre, en crissements de violons, arpèges et gammes…

    Le texte est une rumination de paranoiaque, d’obsédé. On cherche l’erreur, on traque les faux semblants, on recoupe, on découpe, on procède, exclu etc. C’est une forme de maladie…. La musique est une profonde méditation sur l’instant. Et surtout, le texte est atone. La vie c’est le chant ; le texte c’est une négation de vie, forme de mort, non-chant. J’ai détesté les leçons de français au lycée.

    Fermons tous les livres a dit Rousseau.

    Throughout his life, music was his consuming passion. It occupied his entire thinking; Philippe Beaussant calls him a monomaniac. Piron explained that « His heart and soul were in his harpsichord; once he had shut its lid, there was no one home. »[27] Physically, Rameau was tall and exceptionally thin.

    La musique est la véritable pensée, et la peinture lorsqu’il s’agit de Giogione, Tizian.

    http://www.youtube.com/watch?v=SjsrTxUZZ08

    1. @Lisztfr: non, non, non ! Serait-il impossible de plaider la cause de la musique sans rabaisser si violemment le texte, c’est-à-dire la littérature ? Sous une belle plume, le texte est un instrument de musique, {monsieur,madame}, merci d’intégrer ce paramètre dans votre analyse.

    2. Le texte est une rumination de paranoiaque, d’obsédé. On cherche l’erreur, on traque les faux semblants, on recoupe, on découpe, on procède, exclu etc. C’est une forme de maladie…

      Paranoïaque peut être pas ,mais narcissique certainement,on a plaisir à être lu et éventuellement commenté.Il y a beaucoup de vanité dans cette démarche; donner artificiellement un semblant de cohérence à ce qui nous passe par la tête.

    3. Musique, littérature, peinture, poésie…
      Nous n’allons pas bouder la beauté, le mouvement de la vie.

      Mais :

      Le fond et la forme son indissociables, mais si il n’y a pas de vie, si on ne sent pas ce qui pousse, et qui fait que la chose est vivante, toutes les formes du monde sont fausses. – André Markowicz

    4. @Piotr: « Paranoïaque peut être pas ,mais narcissique certainement,on a plaisir à être lu et éventuellement commenté. Il y a beaucoup de vanité dans cette démarche; donner artificiellement un semblant de cohérence à ce qui nous passe par la tête. » : Vous parlez de certains textes, comme ceux de ce blog, alors que Lisztfr opposait la musique en général au texte en général.

      Qu’on ait du plaisir à être lu, c’est évident, et c’est vrai aussi bien pour le grantécrivain que pour les ci-devant commentateurs. Mais pourquoi y voir du narcissisme et de la vanité ? Vous savez ce qui se passe dans ma tête pour pouvoir dire ça ? Si oui, vous devriez commercialiser votre procédé, vous feriez sûrement fortune.

    5. Piotr, Crapaud Rouge

      C’est une expression que je n’aime pas car utilisée à tort et à travers mais je dirai quand même « Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain ».

      Certes, tout qui produit quelque chose, que ce soit un livre ou un opéra, une chansonnette ou un billet sur un blog, aimera à être lu ou entendu, et apprécié. De là à dire que c’est du narcissisme, il y a un pas à ne pas franchir. Le besoin de reconnaissance par les autres est un besoin humain fondamental (élevé dans la pyramide de Maslow) et c’est grâce à lui que l’on peut espérer combattre la logique mortifère des croyants en l’homo oeconomicus qui ne voient nous que des individus égoïstes préoccupés d’accumuler les choses et d’éviter les douleurs. Grâce à notre besoin de reconnaissance nous pouvons faire société, vivre ensemble et en profiter sans croire en permanence que « l’enfer c’est les autres ».

      Quant aux ressorts secrets de ceux qui écrivent sur ce blog, comme le dit Crapaud Rouge, difficile d’aller sonder les reins et les cœurs. Mais comme narcissisme, être lu avec toute signature, la plupart des cas, un pseudo un peu abscons, ce n’est guère valorisant.

      Je suis quand même gentil avec Crapaud Rouge car je sais que son cousin de Madagascar projette un violent poison s’il se croit agressé…

    6. « Je suis quand même gentil avec Crapaud Rouge car je sais que son cousin de Madagascar projette un violent poison s’il se croit agressé… » : et l’on peut ajouter que, s’il est rouge, c’est probablement parce qu’il est venimeux. On a en effet remarqué que les espèces venimeuses se signalent souvent par des couleurs vives, les non venimeuses cherchant plutôt de se fondre dans le décor.

    7. @Crapaud Rouge et aux autres…

      En fait ma langue maternelle n’est pas le français…. d’où mon injustice.

      Le langage, les mots, lorsque nous employons des mots, nous sommes les mots, c’est pourquoi le langage est si difficile. Nous sommes « programmés » en mots j’allais dire c’est pourquoi l’art est difficile car il faudrait avoir une distance envers une matière dont nous sommes faits. Chaque mot nous attrape par les cheveux et l’esthétique (distance…) nous échappe. Lacan disait que le sujet a le signifiant accroché dans le dos, et qu’il ne sait jamais ce qu’il dit, que ça va toujours au delà. Sauf pour léonard, qui écrit a l’envers, qui se saisit en quelques sortes (voire séminaires apocryphes).

      Les mots sont tellement intimes, trop pour s’en servir. Le mélange sujet-mots, sujet langage, doit décanter. Les mots, une passerelle vers le rêve…

      (Paranoiaque, selon la parole de Freud : J’ai réussi là où le paranoïaque a échoué…. )

      Le silence aussi, le silence est la chose la plus difficile, réceptacle de pas mal d’angoisses … or la musique nie le silence, aboli le silence alors que les mots s’élèvent tout juste hors du silence, au dessus du silence, fauchés par le temps 🙂

      (Le temps fauche les molécules à la surface de l’eau, Tzara)

      J’ai ré-entendu une très jolie petite musique de Schoenberg aussi, dans la bande-son du Dr Mabuse, où il ne subsiste qu’un rythme qui va, c’est très beau… perdu le nom de cette petite merveille;

      Le serment sur la mort de Bossuet n’est pas sans évoquer Sartre lorsqu’il parle du rêve… Bossuet attrape l’instant suivant, Sartre l’image suivante… Lacan le signifiant suivant. Pour Lacan, le sujet est … un intervalle entre 2 signifiants !

      La question reste posée de savoir qu’est-ce la musique exactement…

    8. http://www.youtube.com/watch?v=XCZfvwfG9cw&feature=related

      Comme dans « nuage gris » de Liszt, la musique approche le silence et nous laisse dans un silence, peut-être supportable, moins vide qu’avant. Elle colore le silence qui lui succède…

      Il y aurait un sujet aussi sur musique et mémoire, à savoir que l’écoute se rempli de nos propres souvenirs… la musique se charge de souvenirs, de pays, de lieux, de mémoire. Avec le texte ce n’est pas possible.

    9. @Lisztfr: « En fait ma langue maternelle n’est pas le français…. d’où mon injustice. » : vous avez simplement voulu opposer la musique au texte/langage/littérature est y êtes parvenu, tout simplement. Je présume que vous n’avez cherché, dans vos lectures, que des idées, et que vous avez été déçu. Le monde des idées ressemble en effet à une rumination si on ne cherche pas à s’en évader un peu, à prendre du recul, à s’accrocher aussi au monde réel où s’inscrit la musique.

      « Comprendre la musique est aussi important que de comprendre un texte. » : « comprendre » appartient au monde des idées. En ce qui me concerne, j’adore le jazz, justement parce que je n’y comprends rien. Ne pas comprendre est parfois plus important, plus vital même que comprendre. Si tout pouvait se comprendre, la vie serait d’une tristesse à mourir, il faut savoir préserver une place au mystère.

  7. Ce qui me fait encore rire, concernant la compétitivité allemande et chinoise. C’est que se sont malheureusement les meilleurs capitaliste puisqu’il produisent de la richesse, richesse qui sera ensuite utiliser par les autres.

    Et là ont voie tous les états financier s’en prendre aux états industriels, c’est la monde a l’envers.
    puisuqe se sont les ultra liberaux qui accuse les ultra producteur de richesse. A se demendé si ces ultas liberaux ne sont pas en train de devenir Marksiste tandis que les ultra production devvelloperait une industrie social et régmementé.

    C’est vraiment a ne plus rien y comprendre, tu produit trop tes un bourgeois, tu consomme plus que tu ne produit tu est un ultra libéral. Ca veux dire quoi ces délirent.

    1. C’est quoi un marksiste? Un allemand, nostalgique? Ou un britannique regrettant l’époque de la splendeur de Marks & Spencer?

      PS: Ne le prenez pas mal. Ça arrive à tout le monde. C’est juste pour détendre l’atmosphère qui est un peu tendue…

    2. @logique: mais si, c’est facile à comprendre. Production et consommation, les financiers s’en fichent : ils ne considèrent pas les équilibres économiques, mais les équilibres financiers, aujourd’hui menacés par des défauts de paiement. Ce qu’on peut leur reprocher, c’est qu’avant ils ont fait leur beurre sur d’autres déséquilibres, mais qui étaient en leur faveur : les fameux rendements qui montaient jusqu’à des 15%. Des rendements dont il est difficile de dire s’ils étaient d’ordre financier ou économique…

  8. Il y a d’autres solutions-comment peut-on penser à la possibilité du bancor alors qu’un an et demi
    après les faits les réformes de la régulation du système bancaire et de l’assurance, ne sont toujours pas effectives ? Certains économistes allemands, comme vous le savez sans doute, menacent d’entamer une procédure auprès de la Cour Constitutionnelle allemande pour que l’Allemagne quitte l’Eurozone, lorsque Sieur Trichet annonce une période de déflation dans un certain nombre de pays de l’Eurozone, ne faudrait-il pas envisager de dévaluer l’Euro ?

    Ici le point de vue d’Ulrich Beck, sociologue allemand, publié dans El Pais vendredi:

    « El e-nacionalismo alemán » par Ulrich Beck ( extraits )

    « La loi no 1 de la société du risque mondial dit: il ne faut pas laisser un risque global sans l’approuver, puisque c’est une opportunité pour faire quelque chose de grand. Dans tous les cas, la réponse politique n’a pas à etre multilatérale et cosmopolite: elle peut aussi etre unilatérale et nationale. Nous avons un exemple devant nos yeux: la chancellière allemande, Mme Merkel, a tiré profit de la crise de l’Euro pour réorienter les faiblesses de la politique financière de l’Eurozone vers une Europe allemande.

    Quand le risque financier menaçait le monde, les gouvernements furent applaudis, parce que d’une façon politique surprenante, ils prirent l’initiative de sauver l’économie mondiale d’elle-meme. L ‘année dernière les banques furent les problèmes; cette année, ce sont les gouvernements. Mais qui sauve de la faillite les Etats ? Le risque ce cessation de paiements de la part d’un Etat n’ est pas synonyme de dépot de bilan d’un Etat. Le risque signifie ici l’anticipation de la catastrophe dans le présent, qu’il faut distinguer clairement d’un futur effectif.La distinction est importante parce que les pronostics de risque nous mettent devant les yeux ce futur qu’il faut essayer d’éviter.

    Dans ce sens, les gouvernements européens luttent contre le jusque-là impensable, le spectre de la faillite possible d’un Etat et le démantèlement de l’euro qui préoccupe les marchés.Jusqu’à il y encore peu, l’euro était considéré comme une ancre fiable de stabilité en ces temps de turbulences financières mondiales. Soudain arrive dans l’union monétaire une décision sur ses propres principes: coopérer ou échouer ! J’ai pensé: “Mon Dieu, quelle opportunité !”. Si l’union monétaire n’existait pas, il faudrait l’inventer pour éviter l’implosion de l’euro. Kant ou la catastrophe ! Si l’euro doit etre fort et stable, pour avancer dans le chemin de l’Eurozone.

    Ou est-ce que l’Allemagne voit arriver le moment de défendre seulement le modèle de succès allemand face aux attaques de voisins européens jaloux, qui prétendent endiguer leurs déficits en mettant la main au portefeuille ? Il n’y pas à chercher la solution dans les nationalismes réciproques, comme l’imaginent les Européens pragmatiques, ceux qui ont seulement dans la tete l’Europe…..

    Les risques financiers actuels déclenchent ‘un imperatif cosmopolite’, c’est à dire, obligent à la coopération,ceci meme quand des agents clés comme la chancellière allemande ne voient pas de motifs pour le faire. Il s’est dit que la réaction face à Mme Merkel après le sommet de Bruxelles, avait été sérieuse, mais pas hostile, Mme Merkel s’etait imposée dans une discussion dans laquelle elle était seule contre tous.’L’impératif cosmopolite’qu’en ultime instance motiva la chancellière à présenter une initiative particulière qui permettrait de recourir à une répartition des taches entres pays européens fut finalement formulé, discuté et approuvé. Dans les jours précédents, le gouvenement allemand avait fair savoir que le problème grec ne serait pas l’ordre du jour du sommet européen.. Dans la crise de risque pour l’euro se sont cristalisées les nouvelles relations de pouvoir. En cas de décision n’interviennent pas la Commission Européenne, ni le Président de l’UE, ni le président du Conseil, ni la France, l’Italie,l’Espagne ou le Royaume-Uni; au moment
    de la décision finale, agit la chancellière allemande se rapprochant du chef de la République francais. Mme Merkel n’est ni Angela Kohl ni Angela Brandt. La chancellière allemande n’est pas non plus Maggie Merkel. Elle est Angela Bush. De la meme manière que le deuxième président Bush eut recours au risque du terrorisme pour imposer au reste du monde l’unilatéralisme de la guerre contre le terrorisme, de la meme facon Angela Merkel a utilisé le risque financier pour imposer aux autres la politique de stabilité allemande….

    L’avancée de Merkel vers un ‘euro allemand’ doit etre envisagé dans un cadre plus large. Que ce soit en matière d’économie, de politique étrangère ou des interventions à l’étranger de l’armée allemande, la chancellière parle au nom d’une nation qui se trouve, comme le disent les Francais, dans un repli en soi, une Allemagne qui a cessé d’etre la plus européenne parmi les Européens et qui , au contraire, dévalue ses obligations et ses liens avec l’Europe, une Allemagne qui choisit son futur comme une ‘grande Suisse’ou une ‘petite Chine, une Allemagne qui redéfinit le sens de l’histoire constitutionnelle et politique de l’Allemagne après la deuxième guerre mondiale, vers le sentiment d’un Etat national auto-référentiel, et avec ceci, non en derniere position, une Allemagne qui ranime le débat de la ‘question allemande’en Europe…

    Le modèle allemand de l après-guerre était celui d’une polique étrangère exemplaire de la modernité avancée: post-nationale, multi-latérale, pleine de nouveaux acronymes, economiciste, pacifique dans tous ses aspects, impulseuse de l’interdépendance dans toutes les directions, cherchant des amis en toutes parts, l’ennemi envisagé comme non-existant: le ‘pouvoir’était presque un mot dissonant, remplacée par ‘responsabilité’ et les interets nationaux dissimulés derrière un panneau sur lequel figuraient les mots ‘Europe’,’paix’, ‘ coopération’,
    ‘stabilité’,’normalité’, et inclus ‘humanité’.

    Est-ce simplement une illusion, ou est-ce encore le cas, que dans le préambule de la Loi constitutionnelle allemande, l’Europe unie n’est plus le phare de la politique allemande et de l’idée que les propres Allemands se font d’eux-memes.Si c’était le cas, cela signifierait que les meilleurs heures de l’Allemagne sont derrières nous, tout comme celles de l’Europe. Dans ce cas, l’UE serait sur le chemin du retour a la zone de libre échange de luxe: la société du risque mondial, dans lequel aucun pays ne peut résoudre tout seul ses problèmes.”

    Ulrick Beck est sociologue: dernier ouvrage paru, ‘Pouvoir et contre-pouvoir à l’ère de la mondialisation’, 2009

    http://www.elpais.com/articulo/opinion/e-nacionali

  9. @ P. Jorion :
    En parlant de Mme Lagarde, elle n’a pas pu s’empêcher de faire un commentaire sur le plan d’aide à la Grèce :
    http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRLDE63B0M020100412
    « C’est un accord technique très spécifique qui permet à tout le monde de savoir qui contribue ». Et surtout de voir qui n’y contribue pas ou pas (suivez son regard vers la ligne bleue des Vosges …).

    Sinon, M. Jorion, c’est ‘drôle’ mais votre citation du Bancor permet de vous relier à Riboud et à Pierre Leconte (que vous connaissez sûrement), économiste fondateur du Forum Monétaire de Genève pour la paix et le développement.
    Blog sur lequel … on retrouve votre article sur la Grèce (‘ça va très mal finir’) !! :
    http://www.forum-monetaire.com/?p=1272
    M. Leconte vous connaît donc bien.

    Pour lui :
    1/ défaut de la Grèce inévitable sauf si soutien du FMI
    2/ les états incapables de payer leurs dettes devront pouvoir faire défaut totalement ou partiellement mais pour sauver l’euro devront ‘sortir’ de la zone euro
    Il ne le dit pas dans cet article mais la mise en place d’un ‘new bancor’ permettrait la souplesse requise pour les devises ‘nationales’ européennes.
    A la différence près que Riboud comme Leconte apparemment considèrent le bancor ou le new bancor comme une émission privée provenant de banques et non d’états.

    Quelle est votre position là dessus ?

    Cordialement.

    PS : il confirme ce que je pressentais, à savoir la chute des bourses européennes et la montée de l’or.

    1. En français, le mot bancor sonne creux, c’est pas de bon augure. L’or y fait entendre un son de quincaillerie ridicule. A notre époque où les marques se donnent des noms longuement étudiés avant d’être choisis, où un vilain son sera bientôt aussi repoussant qu’une odeur corporelle, c’est un aspect des choses qu’on aurait tort de négliger.

      1. Le nom utilisé pour la monnaie commune dans les discussions qui précédèrent Bretton Woods n’était pas « bancor » mais « unitas » : le terme que préféraient les Américains. Mais leur « unitas » avait beaucoup moins de punch que le bancor promu par Keynes (pas de chambre de compensation, etc.), et les Anglais auraient eu trop à y perdre. On se rabattit comme on le sait sur un dollar seul à être ancré à l’or : en 1944, les États-Unis étaient le seul pays à s’être considérablement enrichi au cours des années précédentes : le rapport de force entre eux et tous les autres était clair.

      2. Unitas est beaucoup plus seyant, et peut se prononcer sans doute dans beaucoup de langues, contrairement au r final de bancor. Mais on pourrait aussi demander leur avis aux Chinois : après tout, ce sont eux le futurs maîtres du monde.

    2. @ Crapaud rouge :
      Creux comme une barre fourré au tungstène ?
      C’est d’autant plus vrai ce que vous dites que pour moi, grand néophyte devant l’éternel, je croyais que l’on parlait d’une monnaie de type DTS mais arrimée à l’étalon or !! Pour vous dire combien le terme ‘bancor’ (‘banque-or’) est impropre (à la consommation).
      Si en plus vous y ajoutez le terme ‘new’ devant, la confusion est à son comble : de quoi en devenir rouge.
      Cordialement.

      PS : d’après ce que j’ai lu, les positions de Riboud font de ce ‘bancor’ une monnaie privée de banques, et non d’états, comme l’avait envisagé Keynes ! La confusion, qu’on vous dit …

  10. Je suis loin en ce qui me concerne à être en DISSONANCE avec vous quand je lis votre commentaire. Celui est interréssant car il révéle une acuité à percevoir les paradoxes de la nature humaine. Pour certains qui vous liront votre analyse leur paraitra « utopiste » et j’ajouterais que c’est tant mieux car j’ai coutume de dire que »les Utopies sont les frontières qui bordent les Espoirs ».
    Votre démonstration est loin d’être utopiste peut-être serait elle teinté de naïveté, mais à la le mérîte de poser le probléme de l’individualisme d’une manière originale.
    Le changement effectivement ne se décréte pas, il est consécutif à une alchimie qui ne peut provenir que d’une prise de conscience, voir d’un traumatisme.
    Et la crise actuelle en est un aux conséquences inappréciables à ce jour. On se laisse à rêver à des lendemains qui chantent et nous avons bien raison, cette attitude adouciera au moins pendant un temps l’apreté du quotidien qui semble se profiler.
    Je vous rejoins tout à fait qu’en vous rappelez que le changement avant de l’incanter pour les autres, doit s’opérer en soi. Par contre les effets ressentis en une seule personne peuvent être le départ d’une « réaction en chaine » cette fois constructive pour le bien commun.
    Et cette expérience peut en effet être déclinée dans notre quotidien.
    Ce n’est pas dans l’individualisme que nous trouverons les conditions d’un mieux être collectif, mais dans l’individuité. Dans la première ont favorise la négation des autres, dans la seconde ont potentialise nos valeurs personnelles dans le but de nous harmoniser avec celles des autres.
    Tout cela peut vous paraitre théorique aussi vous souhaitez en savoir plus, je vous propose d’aller visiter mon Blog : http://www.coachinghumanite.blogspot.com/

    Bonne journée.

    1. Si c’est à moi que ce commentaire s’adresse, merci mais non merci. J’ai suffisamment confiance en moi pour ne pas éprouver le besoin d’être coaché sur le sujet. Au contraire ce serait plutôt la confiance envers autrui qui me manque, ce qui justifie d’autant plus cette réponse. 🙂

    2. @ Humanité

      D’accord avec vous comme en témoignent plusieurs d mes commentaires précédents.

      Sauf individuité fait à mon sens un peu vacuité. Pourquoi pas simplement le jungien « individuation » qui a le mérite de ne pas faire contenu ou absence mais processus en cours ?

  11. On ne trouve pas grand chose, sur le net, à propos de cette monnaie supranationale appelée bancor. Par quel effet les pays trop exportateurs seraient-ils eux aussi pénalisés ?

    1. Pas grand chose sur Wilipedia, mais un chapitre fort instructif sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_de_Bretton_Woods. On y parle aussi du SME, en ces termes: « Les États européens chercheront à maintenir une certaine stabilité entre leurs monnaies. Le Serpent monétaire européen mis en place dans les années 1970 ne résiste pas. Cette expérience conduit l’Europe sur le chemin de la monnaie unique. Les dispositifs européens, notamment en matière de prix agricoles, ne supportent pas les variations permanentes des taux de change. »

      C’est donc pas très gentil d’écrire: « On a plutôt l’impression qu’ils se sont dit : « Allons-y et advienne que pourra ! ». » Ils avaient un réel problème à traiter, et devaient lui trouver une solution réelle. Ne pas oublier que les décideurs ne sont pas des théoriciens, et que les théoriciens ne sont pas des décideurs.

      Question: les Européens auraient-ils pu mettre en place un bancor européen, au lieu de reproduire le modèle du mark ?

  12. J’ai entendu Paul parler de « boucle de rétroaction positive » pour expliquer l’effet domino. Merci à ceux qui peuvent m’indiquer quoi lire pour tenter de comprendre.

    1. Paul Jorion, La crise du capitalisme américain (La Découverte 2007 ; Le Croquant 2009), pp. 196-197

      La rétroaction

      La rétroaction (feedback) est un processus où l’information relative à son état présent fait partie des variables qui détermineront son état suivant. Tout animal a recours de manière constante à la rétroaction pour assurer sa survie. Sans entrer dans les détails, on dira à l’intention de ceux qui se souviennent du langage de l’algèbre, que l’état au temps t + 1 du système est une fonction de son état au temps t, l’intervalle entre t et t+1 étant choisi en fonction de considérations pratiques ; il est, par exemple d’une seconde. Et pour ceux qui conservent aussi le souvenir de la notation algébrique, on écrira At+1 = f(At). Il s’agit là de ce qu’on appelle un système dynamique discret, dynamique parce qu’il s’agit d’un processus qui se déroule dans le temps et « discret », entendu comme opposé à « continu », parce qu’il y a discontinuité : on s’arrête à chaque pas pour mesurer la situation présente et on extrapole à partir de là, la situation au moment suivant. Le pas de la discontinuité est l’unité de l’échelle par rapport à laquelle on mesure t, et étant, par exemple, comme je viens de le dire, d’une seconde. Dans des cas plus complexes de systèmes dynamiques discrets, l’état du système pourra dépendre d’un nombre d’états passés supérieur à un ; il dépendra, par exemple, de trois états précédents. On écrira alors : At+1 = f(At, At-1, At-2).

      Dans la rétroaction « négative », le système a tendance à rester centré sur son objectif : l’information neuve l’aide à effacer ses erreurs, lui permettant de corriger une déviation qu’il subit. Sous leur forme la plus simple, les systèmes dynamiques discrets sont « homéostatiques » : ils tendent à revenir vers leur état initial. Un servomécanisme, comme il en existe dans une roquette à tête chercheuse, fait appel à la rétroaction négative : la fusée fait un repérage sur sa proie à intervalles réguliers et réajuste sa trajectoire en conséquence. Si j’appelle O l’objectif de la fusée, son état, ici sa position, au temps t+1 sera défini comme une fonction de sa propre position au moment précédent t et de celle de son objectif en mouvement : At+1 = f(At, Ot).

      Dans la rétroaction « positive », le processus se poursuivra au contraire dans sa direction initiale, avec une détermination accrue : il alors aura tendance à dévier de plus en plus. L’information contribue ici à amplifier le processus. La rumination mentale en offre un bon exemple : le traitement de la même information confirme la même conclusion mais sous une forme toujours amplifiée.

      Les événements catastrophiques sont souvent l’aboutissement d’une rétroaction positive. La descente dans la mort d’un organisme biologique implique également toujours une rétroaction « positive » : le métabolisme cesse d’être centré sur le retour « homéostatique » à la normale et se dirige inexorablement cette fois vers son anéantissement.

      Il est clair que les adjectifs « positif » et « négatif » constituent ici une source possible de confusion : ils ne doivent pas être compris comme signifiant respectivement « souhaitable » et « regrettable », tout au contraire, la rétroaction « positive » conduit le plus souvent le système à l’emballement et à sa destruction à terme ; de ce point de vue, la rétroaction positive a en général des conséquences négatives au sens de « malencontreuses ». Ceci dit, une rétroaction positive peut atteindre les limites de son amplification et s’amortir : par exemple, par épuisement de sa source d’énergie.

    2. Bonjour,
      Ces concepts sont ceux de « systems thinking », « systems dynamics », « the fifth discipline »… Pour ajouter au commentaire de Paul Jorion, on dira que quasiment tout système est soumis à plusieurs boucles simultanément. Et bien souvent, quand la rétroaction positive s’amplifie (« positive feedback loop ») la rétroaction négative aussi (« goal seeking loop »).

      Pour donner un exemple: l’évolution de la population de rongeurs. Plus elle augmente, plus le nombre de rongeurs ajouté chaque année à la population augmente. C’est une exponentielle: l’augmentation de la population est fonction de la taille de la population. Mais il y aura donc plus de proies pour les rapaces et autres prédateurs. Donc un équilibre s’installe entre ces deux boucles (il y en a bien d’autres, bien sur).

    3. L’effet boule de neige est également une autre manière d’en parler, c’est la manière populaire et métaphorique de décrire les phénomènes soumis à une rétroaction positive.

      L’idée de décrire le mental sous l’angle des rétroactions est très riche de sens. Tout le monde se doute par son expérience que la colère amène plus de colère même si cela n’empêche personne d’être dominer par la colère quand celle-ci nous surpasse. C’est encore plus clair pour ceux qui ont eu la chance de découvrir la méditation et d’observer les processus mentaux à l’œuvre. P’tit truc perso, quand je me donne le temps de méditer (mille fois trop rarement), et que mon mental s’emballe, je mets un point virtuel à la fin de chaque pensée, je dis ‘Point’ dans ma tête et cela me permet de reconnaître le pensée sans le coloriée, sans la juger. Cela permet de mettre un terme à la rétroaction positive et on peut commencer à dompter l’esprit.

    4. La concurrence est-elle une « boucle de rétroaction positive » ? J’aurais tendance à le penser au vu de celle qui règne entre les espèces et qui les force à évoluer. En soi ce n’est pas une mauvaise chose, car sans elle on s’ennuierait très vite, mais la réduire à l’interface des échanges commerciaux, (on ne sait la faire intervenir que par les prix), est une véritable catastrophe. Car ce sont les producteurs/vendeurs qui décident entre eux des termes de cette concurrence : ils sont très peu nombreux alors que, dans la nature, les espèces existent par millions et leurs interactions sont hyper complexes. Aussi, loin d’être « libre et non faussée », la concurrence est au contraire « contrainte et forcée » sous la férule de ces nouveaux monarques que sont les PDG des multinationales.

    5. Merci Paul.

      J’ai acheté votre livre à Noël (ainsi que « L’Argent mode d’emploi ») en plusieurs exemplaires pour les enfants partis vivre à Hong-Kong, mais je n’ai pas encore pris le temps de le lire.
      Même dans le secteur des énergies renouvelables, les contrats sont difficiles à décrocher, la trésorerie inquiétante et le soutien du banquier inexistant.

    6. Voir concept de Feedback sur Wikipedia

      Le concept de rétroaction est effectivement central pour la compréhension du fonctionnement de tout système complexe (complexe à comprendre ici au sens de la systémique).

      Il est présent dans l’esprit de certains inventeurs ou penseurs plus ou moins consciemment depuis fort longtemps. Mais il a fallu attendre Wiener (XXème) pour que vraiment cela soit théorisé sérieusement.

      Ce concept joue un rôle central dans les disciplines suivantes:
      – Automatique
      – Cybernétique
      – Électronique
      – Systémique
      Pour faire cours:
      1°) Les rétroactions négatives tendent à stabiliser le système. Cependant même si il n’y a pas de rétroactions positives de présentes, elles n’y arrivent pas nécessairement à le stabiliser tout dépend du comportement du système à stabiliser et de celui de la rétroaction.
      2°) Les rétroactions positives tendent à faire diverger le système vers des extrêmes. En l’absence de rétroactions négatives, elles y arrivent systématiquement.

      Je vous conseille vivement de jeter un coup d’œil à l’approche systémique quelle que soit votre formation c’est riche d’enseignement. Cela va même au-delà du seul concept de rétroaction en introduisant notamment le concept d’analyse non cartésienne d’un système (Le Moigne): « un système est plus que la somme des sous-systèmes qui le composent ».

      Si vous avez une formation scientifique, jetez également un coup d’œil à la théorie de l’information de Wiener. Cela reste tout de même le maître de la question. Tout part de là.

    7. Plus haut, dans mon précédent post, j’ai envisagé de parler également de la Théorie de l’Information de Shannon. Son rôle étant important pour comprendre certain aspect de la systémique. Mais cette théorie est complètement hors sujet par rapport au problème de rétroaction. Donc je me suis ravisé.

      Malheureusement, il doit manquer une boucle de rétroaction négative dans ma pauvre tête et j’ai fait un mélange entre Shanon et Wiener.

      La théorie de Wiener est la cybernétique.

    8. Puisque je constate que nous sommes en présence de spécialistes, j’attirerai votre attention sur
      un concept qui revient souvent sous la plume, notamment, de Simon Johnson: THE DOOM LOOP,
      avec lequel il va falloir nous habituer à vivre pendant quelques années de ce coté-ci de l’étang..

    9. Merci à tous.

      La boucle de rétroaction négative me fait penser au concept d’entropie, que l’inventeur de la carte à puce, dans sa « Théorie du bordel ambiant » illustrait ainsi : la probabilité pour que des petits lapins puissent s’abriter pendant une éruption volcanique sous des roches retombant en un clapier harmonieux … est voisine de zéro !

    10. Les « cybernéticiens » qui furent les premiers à s’enticher de ce concept alors quasi absent de la description du monde par les physiciens en firent leur choux gras le long des années 40, début des années 50. Les conférences Macy, qui réunirent beaucoup de ces cerveaux sont très instructives à ce sujet.

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Conferences_Macy

      Il y eu cependant un peu d’abus de la chose, et on en trouva les limites. Elles furent dépassées une première fois dans la description des systèmes dynamiques de la fin des années 70 et du début des années 80, avec nombre de concepts liés au fractales, au chaos, certains connus depuis les attracteurs étranges de Lorentz, mais beaucoup revisités et « généralisés » à ce moment là, avec beaucoup de trouvailles. Je crois que Paul Jorion a commis des choses dignes d’intérêt à ce moment là,mais à lui ou aux connaisseurs d’en dire plus.

      Voir aussi l’ouvrage de Dupuy (encore à l’Académie des Technologies aujourd’hui )
      http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Aux_origines_des_sciences_cognitives-9782707147752.html
      http://www.academie-technologies.fr/fr/whos-who/user/120/name/dupuy-jean-pierre.html

      Le livre de Gell-Mann (« le jaguar et le quark ») marque (dans un style aisé à lire) un repère dans ce type d’ambition… avec déjà des limites qui se dessinent (1994, l’internet point le bout du nez)

      Cette deuxième vague s’est aussi démultipliée en tas de vaguelettes et n’a plus donné l’impression d’un grand mouvement intellectuel, malgré des belles réussites (l’organisation des plantes en spirales (tournesol, pommes de pin) et de leurs méristèmes et les séries de Fibonacci, qui passionnèrent Turing, par Couder et Douady en France, vers 1996, par exemple, ou encore les transformées en ondelettes, les représentations « parcimonieuses » (sparse) en musique, etc).

      Des échos qu’on a aujourd’hui marquent surtout la « finitude » des approches qui se restreignent à une « partie » de la réalité.

      C’est un peu le message que je perçois dans le « Cygne noir » de Nassim Taleb, lui qui dit être apprécié de Mandelbrot, le « papa » des fractales (les fluctuations des cours, n’est-ce pas, au début, et leur auto-similarité…) : ce qui finit par perturber un modèle est ce qu’on n’a pas mis dedans.
      La plupart des systèmes complexes sont dans des « paysages de potentiel » qui ne sont pas isolés d’autres éléments qui finissent à leur tout par entrer dans la danse, mais on ne peut dire lesquels à l’avance.

      Par exemple, vous pouvez expliquer que la plaque tectonique indienne a dérivé rapidos (60 Millions d’années) de l’Afrique vers l’Asie en laissant derrière elle une trainée de volcans et d’iles (Réunion, Diego garcia, maldives) dont la distribution morphologique est sans doute passionnante, …mais paf, à la fin, vous butez dans l’Asie, et l’Himalaya se crée. On sort de la série précédente, fut-elle déjà passablement complexe.

      La dynamique « humaine » des sociétés semble ainsi ne pas se satisfaire d’une description avec « les ingrédients d’ordre N » et avoir toujours besoin de ceux « d’ordre N+1.  »

      Comment faire un « forum de lecture » autour de ce type de thème, sans avoir l’impression de recommencer à zéro ?

  13. Paul Jorion, merci de rappeler une fois encore les vrais fondamentaux de l’économie: Celle-ci ne peut exister qu’en la présence de vendeurs ET d’acheteurs, et son optimum réside dans l’équilibre entre ces deux parties. Trop d’acheteurs et c’est la pénurie. Trop de vendeurs et c’est l’excédent. Une évidence telle qu’on passe très (trop) facilement à côté sans la voir.

    1. Paul n’est pas le premier à faire ce rappel. Il a été précédé par Jean Claude Werrebrouck dans son article Euro : Implosion ou sursaut ?, fondé sur le fait que: « Les monnaies nationales étaient jadis le reflet du vécu d’un peuple et d’une culture. ».

      Cependant, force est de reconnaître que Paul, une fois de plus, pose un pion comme au jeu de Go, là où personne ne s’y attend. Il sort du placard un vieux truc, mais cogité par Keynes et cité voilà des un an par un haut dignitaire chinois. C’est du lourd. Même si on ne sait pas encore comment ça marche, ni si ça marcherait à notre époque.

  14. Je suis d’ accord avec vous Garcimore. On ne pourra pas rester indéfiniment derrière notre ordinateur à lancer comme cela des idées à la planète entière. Il faudra bien une action, quelque chose de concret ET de positif. Un mouvement visible, un message fort MAIS sage…
    En attendant, je crois que réfléchir ne fait pas de mal… au contraire, il est temps de réveiller notre sens critique, tellement humain…

    Une petite reflexion sur les valeurs & les médias.
    Le problème aujourd’hui se situe autour de la notion de « valeur ». Qu’est-ce qu’ une valeur, quelles valeurs , et l’on sous-entend bien sûr « valeurs morales », ces mots qui semblent nous faire si peur?…

    La société moderne semble s’être débarrassée des valeurs morales. Le vide qui s’est instauré grâce aux médias – qui pourrait et oserait en douter de nos jours – a permis à la société de l’hyperconsommation de se déployer de façon inégalée. Avec, je le répète encore, les femmes comme premières cibles… Mais cela me semble une évidence.

    Aussi, c’est comme si les hommes et femmes de ce côté ci de la planète, de plus en plus atomisés, se sont retrouvés comme mis en orbite autour d’un noyau, ce système du consumérisme et du profit , qui attire et aspire de façon exponentielle – grâce au développement des techniques – les éléments (inertes?) que nous sommes devenus.

    Ces atomes humains, vidés de leur substance, programmés par des médias bien rôdés, des (fausses) informations bien distillées et une publicité tantôt sournoise, tantôt aveuglante ou assourdissante, pris dans cette course effrénée, en compétition les uns avec les autres, ne semblent plus avoir d’autres alternatives que de tendre à fusionner avec le coeur incandescent de la consommation… La suite commence à se dévoiler peu à peu…

    Philippe Breton dans son livre « L’utopie de la communication » (La Découverte, 1997) écrit: « Les médias contribuent largement à amplifier les effets de la crise des valeurs. Ils sont, globalement, les premiers destructeurs de l’idée de « vérité ». Leur rôle en effet n’est pas de produire ou de détenir la vérité… mais bien plutôt de « composer la vérité » à partir de différents points de vue qu’ils ont charge de mettre en scène (p. 143-44)… et – ceci est de moi – de disperser les esprits et de participer à un état général de confusion (des valeurs).

    Je lis plus loin « L » impact des médias est [donc] relatif à la nature du lien social dans lequel ils interviennent » (p. 152) Ceci nous fait réfléchir sur ce qui fait encore dans nos sociétés le lien social, et nous fait nous interroger sur ce constat, que là où les valeurs morales sont déprimées, plus à l’aise seront les médias pour jouer leur jeu et servir certains intérêts… Notre société se résumant à cet impératif du « il faut communiquer, quel que soit le contenu! » (p. 152)

    Je termine en citant de nouveau Philippe Breton: « Mais leur grande faiblesse tient à ce que, d’une certain façon, [les médias] ne doivent leur existence qu’au vide qu’ils comblent. Les médias, aujourd’hui incontournables, ne sont peut-être finalement, sous leur forme actuelle, qu’un aspect transitoire de l’activité humaine, directement lié à l’état singulièrement dépressif du lien social. »(p. 152)

    A votre avis qu’est-ce qui pourrait restaurer le lien social? Cette « convivialité » dont parle Yvan Illich? Si quelqu’un avait une piste… Merci d’avance.

    1. Anne,

      Travailler plus pour gagner plus, identité nationale, guerre… Non !?… Aïe ! Pas la tête ! Aïe !

      Ça c’est de la question : comment restaurer le lien social ?

      Est-il possible de restaurer le lien social ? Le lien social est-il compatible avec le capitalisme ? Le lien social peut-il coexister avec l’individualisme ? Le lien social peut-il avoir un sens qui lui est propre en présence d’argent ?

      Ça y est, eurêka : le lien social c’est de trouver le lien social ! Le chemin c’est la route disent les bouddhistes, le but c’est la voie. Il faut s’atteler à chercher ce qui pourrait nous occuper d’autre que la consommation et le travail effrénés et insensés, qui n’existent que par et pour l’individualisme et la domination (des autres et de l’espace vital).

      Vaste programme…mais pas plus que de vouloir moraliser le capitalisme… Au final c’est peut-être bien la même chose d’ailleurs.

      Anne, je vous suis. Il ne peut être question d’imposer un lien social. La première étape devrait donc être de montrer au grand jour que le système marche sur la tête !

      Musique : http://www.youtube.com/watch?v=SG94hZngr9M

    2. A défaut d’avoir une piste, j’ai un diagnostic : la perte du « lien social » est à mettre au compte de l’occultation de la dimension symbolique de la mort. Au plan collectif, elle est dramatisée et instrumentalisée pour justifier des progrès à faire dans tous les domaines. Des bébés tombent dans les piscines ? Mais c’est scandaleux ! Vite, une loi pour obliger les propriétaires à installer des dispositifs anti-chute-de-bébé-dans-la-piscine ! Je ridiculise mais n’invente rien. Le deuil est devenu une affaire strictement privée alors qu’il était un devoir. Mais un devoir à rendre à la collectivité. Si plus personne ne le porte, c’est bien parce qu’il n’y a plus de collectivité pour en être le réceptacle.

      Alors si, finalement, j’ai une piste: restaurer la mort dans toute sa dimension symbolique, lui montrer par des signes ostensibles qu’on la respecte, et ne pas la provoquer en cherchant à éradiquer une à une toutes les causes de mortalité. L’on verrait par contre-coup surgir de vraies fêtes collectives, autrement plus captivantes que cette infâme « fête de la musique ». Malheureusement, ce n’est pas demain la veille qu’on en verra une confirmation : l’utilitarisme règne en maître, personne n’a plus le temps d’honorer les défunts, les saints, les dieux ni les aïeux.

    3. @Anne :

      « Restaurer le lien social », c’est peut-être une grande ambition, sans doute qu’au niveau de l’individu ne pourra-t-on espérer ‘restaurer’ que DES liens sociaux – d’ailleurs est-il question de les restaurer ou tout simplement de les faire être ?

      Se fixer des objectifs simples, par exemple :

      Se donner une semaine pour augmenter la réalité d’UN lien social, entre moi et… quiconque que j’ai l’habitude de voir sans jamais lui avoir adressé vraiment la parole, faire un saut dans l’inconnu, tout seul, sans béquilles, sans l’assurance d’y parvenir, just for see, just you and me…

      Semer, semer, semer, puis arroser régulièrement – sans crainte ni espoir.

    4. @Piotr: je pense que ce sont les piscines qui ne sont pas adaptées aux batraciens. Ou plutôt: que l’espèce des propriétaires ne supporterait pas une batracienne concurrence, qu’elle soit locale ou d’importation.

    5. Pistes :
      – Bernards Stiegler / Ars industrialis
      – Richard Sennett

      Au coeur est un savoir-vivre (qui existe même sur le marché du bled de jaycib, voir plus bas)
      et un savoir-faire.

      Sans les récompenses que le savoir-faire donne à la capacité de se projeter de tout cerveau, la misère symbolique nous guette. Nous devenons, même et surtout comme consommateurs (devant les « gondoles …) des « prolétaires », car nous sommes démunis de notre savoir-faire (quoi de pire que d’être seul devant une gondole où l’on devrait se croire « informé »).

      La richesse dont nous avons besoin est symbolique, plus que matérielle.

    6. Je vous remercie pour vos réponses. Je continue de réfléchir, je cherche dans mes livres, je réfléchis en faisant les courses, en faisant la cuisine, à table en famille (on reste humains, et même si on aime discourir dans le virtuel, on reste ancré dans le réel), je reprends Ivan Illich qui parle de language: « Il faudra des groupes capables d’analyser avec cohérence la catastrophe et de l’exprimer en langage ordinaire. » Le lien social pourrait donc se trouver dans l’authenticité, dans l’Etre, dans la conscience d’être humains et de vivre dans un monde jalonné de rites et plein de symbolique, « dans le verbe ».

    7. je vous remercie pour vos réponses. Le lien social pourrait donc être retrouvé dans l’attention, l’authenticité, la clarté du langage ordinaire, la conscience d’être humains et de vivre dans un monde de symboles et de rites, au sein d’une nature à respecter.

    8. Il me semble que c’est encore un de ces débats « franco-français » = une projection abstraite (lien social) sur un mal-être individuel (celui de ceux qui en parlent).
      Après tout, si ça leur fait du bien…

    9. EOLE,

      « La raison, c’est l’intelligence en exercice ; l’imagination c’est l’intelligence en érection. » (Victor Hugo, Faits et croyances).

      « Il n’y a donc environ que 2% de la population mondiale qui est intéressée par ce jeu -et on peut les comprendre, les coqs en pâte- et qui réussissent à imposer au reste de la population (98%) deux idées-forces :
      1/ le jeu est bon.
      2/ il n’y a pas d’autre jeu (possible, sous-entendu). » (Fab, http://www.pauljorion.com/blog/?p=10148#comment-70649)

  15. Le Bancor existe dans nos régions, et c’est l’Euro. Il est de toute évidence géré en dépit du simple bon sens.

    Celà fait très longtemps que l’on connaît le dangers de l’Eurodivergence. Celà me rappelle un sketch comique expliquant la disparition des dinosaures : il se faisaient dévorer par la queue, sans se douter de rien jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

    Quelques intervenants ont aussi parlé de démocratie. Elle est ausssi claire que le ciel de Smolensk et l’Europe ressemble de plus en plus à un TU 154 dans sa n.ième approche. Il faudra plus que Mme Ashton et surtout Mr Van Rompuy et pour essuyer les dégats (reco : Nigel Farage).

    Au fait je n’ai plus de nouvelles de la très vigilante (à défaut de clairvoyante) Mme Neelie Kroes, et je suis très inquiet.

    1. « Le Bancor existe dans nos régions, et c’est l’Euro. » : l’euro est effectivement une monnaie supranationale, mais de nations qui ont renoncé à leurs monnaies nationales. Rien à voir avec le bancor !

    2. C’est un peu ce que je voulais dire, j’aurais pu être plus clair. Je suis pour la résurgence des monnaies nationales en tant que monnaies locales (principe de subsidiarité), en conservant l’Euro pour les engagements internationaux (en simplifiant).

      Concernant l’extinction des dinosaures, il s’agit d’un sketch de Paul Prébois, mettant en image la longueur des connexions, et la lenteur des influx nerveux de ces pauvres bêtes. Pour la démocratie en Europe, c’est en plus « encéphalogramme plat ».

    3. La résurgence des monnaies locales européennes ne va pas de soi. Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_de_Bretton_Woods, déjà cité ci-dessus, qui rappelle que ce sont les difficultés du SME qui ont poussé les Européens à la monnaie unique. Il arrivait en effet qu’une monnaie soit attaquée, et les banques centrales devaient alors la défendre. Leurs réserves étant limitées, cette défense était limitée aussi, de sorte que la monnaie attaquée devait dévaluer, ce qui la faisait sortir des limites prescrites par le SME. Wikipedia rappelle aussi que la stabilité des changes était une condition importante de la collaboration européenne, en particulier pour la politique agricole.

  16. J’avais lu jusqu’ici dans ce blog que nos malheurs provenaient de la dérive spéculative de la finance déconnectée de l’économie réelle .La « solution  » : l’interdiction de …..

    Quand on parle d’exportations et d’importations , je pense qu’on est bien dans l’économie réelle .
    La solution : le bancor .

    Nous avions donc deux maladies et non pas une seule ?
    Le bancor est il soluble dans l’interdiction de pari sur les flucyuations de prix ?

    Me faudra -t-il d’ici peu un troisième comprimé pour parer à une trosième maladie ?
    De l’aspirine peut être .

    En tous cas toutes les ordonnances auraient intérêt à être mondialo-compatibles d’ici 2012 , année de choix électoraux importants aux USA , en Chine , et un peu chez nous .

  17. @ Paul Jorion

    Vous êtes vraiment ‘gonflé’, Paul, si vous imaginez que les auditeurs de BFM Radio sont familiers de Garrison Keilor et de Lake Wobegon, d’autant plus que les fameuses émissions de Keilor étaient diffusées par National Public Radio, qui est le parfait contraire de BFM (pas de pub, pas de ‘trash’, pas d’info sur le bourse; c’est un peu le France Culture des Etats-Unis en moins compassé, du moins dans les grandes métropoles)!

    En règle générale, vous avez été tellement marqué (légitimement; c’est vrai dans mon cas aussi) par votre séjour aux USA que vous faites exagérément confiance à la capacité des Français (et Belges?) de se projeter dans l’univers économique, politique ou culturel américain. C’est un peu ce que je reproche à votre projet de réponse à la Commodity Futures Trading Commission (CFTC). Ce n’est pas parce que les Etats-Unis sont à l’origine de la crise que les Européens, à de rares exceptions près, sont mûrs au point de ne pas voir midi exclusivement à leur porte. A chacun sa propre étroitesse d’esprit, hélas!

    1. « A chacun sa propre étroitesse d’esprit, hélas! » : certes, mais l’étroitesse n’empêche pas de voir très loin. Parfois, comme dans le cas des télescopes, c’est même une condition nécessaire. 🙂

    2. « De son côté, le Very Large Telescope (VLT) de l’European Southern Observatory (ESO), est composé de quatre télescopes, possédant chacun un miroir de 8,20 m. »

    3. J’ai l’impression que ce que vous dites révèle que vous n’avez jamais été enseignant : quand on l’est ou quand on l’a été, on sait que le nivellement par le bas n’est pas une option envisageable.

    4. Paul, l’enseignement a bien changé, maintenant il est conseillé de s’adapter à son public. Les seuls profs dont je garde un bon souvenir faisaient tout comme vous et j’ai toujours pensé que c’était ainsi que l’on enseignait et intéressait son public (j’essaye de faire de même avec mes gamins). Mais pour avoir dit la même chose que vous, j’ai eu une mauvaise note à l’agrégation (belge). Cela m’a dégoûté direct de l’enseignement et je suis parti.

    5. @ PJ

      Si votre réponse m’est destinée, j’indique que j’ai été enseignant aux USA (ainsi qu’en France et en Afrique) pendant pas mal d’années. Je ne propose pas un nivellement par le bas, mais une focalisation différente de votre effort, qui devrait à mon sens consister en premier à sortir les gens de leur provincialisme. Les Français dénoncent volontiers la spéculation, mais sans en connaître les rouages financiers. Comment ceux-ci les affectent-ils? Sauf sans l’immobilier, ils seraient dans leur très grande majorité incapables de le dire. J’ai été interrogé à ce sujet par deux personnes différentes au marché de mon bled ce dimanche. Je les ai renvoyées à votre blog, non sans avoir expliqué le mécanisme des CDS en général, et plus particulièrement appliqués à la question de la Grèce. Votre tropisme américain — que je comprends et approuve — ne doit pas conduire les gens à penser qu’ils sont dénués de moyens d’action dans leur coin sous le prétexte que le sujet est brûlant aux Etats-Unis et pas ailleurs. A Rome, il faut savoir parler d’abord aux Romains! (Les ‘Romains’ français ne parlent guère que du sujet des retraites en ce moment: cette question devrait être traitée ici même, à votre manière.)

  18. hmm, je ne pense pas que le débat du bancor se rapproche de la thématique des pays exportateurs contre les pays consommateurs.

    Habituellement, nous n’écoutons pas assez les chinois. Les dirigeants politiques et économiques de la Chine font souvent des remarques pertinentes mais ignorées de l’Occident.

    Sauf que l’intervention de Zhou Xiaochuan en 2009 a fait beaucoup de bruit. En mars, les marchés actions sont au plus bas et la Chine s’inquiète de ses investissements en dollars, c’est à ce moment que Zhou Xiaochuan, gouverneur de la banque centrale chinoise, publie un article remarqué sur les DTS (droits de tirage spéciaux). Le débat tourne autour de la domination du dollar en tant que principale devise de réserve. La question est d’ordre monétaire et non économique comme dans ce billet écrit par Paul.

    La Russie avait lancé le débat me semble-t-il, repris ensuite par la Chine. Il s’agissait donc de réfléchir à un nouveau système monétaire internationale. A la base, les DTS ont été crées pour suppléer l’or dans les échanges. La Chine a suggéré l’année dernière d’en faire une monnaie de réserve internationale mais également un outil pour les échanges commerciaux. Ce dernier point est important. La Chine n’a aucun intérêt à mettre en place un outil qui la pénaliserait en tant que première puissance exportatrice mondiale. Elle souhaitait juste éviter un effondrement du dollar, qui affecterait ses investissements, et par la même occasion réduire la sphère d’influence américaine. Dans la tête des chinois, aucune pénalité n’est prévue. L’idée centrale est la création d’une monnaie construite sur la base des DTS du FMI, c’est à dire un panier monétaire, qui apporterait une stabilité au système monétaire et aux échanges internationaux.

    Si la question du bancor, ou plutôt des DTS, refait surface, elle sera de nouveau évoquée sous cet angle. Je serais surpris que l’Europe, totalement avachie et inaudible, ne songe à aborder la question sous l’angle économique. Car la monnaie commune au sein de la zone existe déjà mais la mise en place de pénalités pour « sur-exportateurs » et « sur-importateurs » provoquera une levée de boucliers de tous les membres. Les pays faibles critiqueront cette nouvelle charge et les pays dits vertueux verront d’un mauvais oeil un bridage de leur « efficacité ».

  19. Paul,
    Le titre m’avait attiré le regard. Après ce que vous en aviez dit, on peut dire que cela tranchait.
    C’est un peu dire le bien est l’ennemi du mal et le mal, l’ennemi du bien.
    L’équilibre en tout. Voilà une solution pour beaucoup de choses.
    Seuls les excès font le désordre et la chute.
    Dans un monde imbriqué comme le nôtre, rêver à dépasser l’autre ad vitam est un leurre.
    Ce que vous préconiser est donc pénaliser ceux qui dépassent leur quota.
    Quel est ce quota?
    Simple produire ce qu’on a besoin et exporter pour gagner une espérance de pouvoir acheter ce qu’on n’a pas et donc importera.
    Voilà, une règle qu’on a oublié au niveau des Etats et au niveau des entreprises.
    Faire chuter l’autre est un moyen de se faire chuter soi-même à plus ou moins long terme.
    La Terre est ainsi faite qu’elle n’est pas plate en donnait les mêmes chances de produire partout.
    Je recommence ma recommandation.
    Au lieu de chanter comme Stellla « Tous tous tous à Torremolinos », chantons « Tous tous tous à Athènes molinos ».
    😉

  20. Réflexion faite, ce n’est pas la Grèce qui sauvera le monde, ni le bancor. Ce ne sont que des pièces du puzzle. Quand on intègre toutes les données, – et elles sont nombreuses -, on arrive à la conclusion que le monde continuera de courir à sa perte s’il ne se bouleverse pas radicalement, de fond en comble. Toutes transformations douces, progressives, ne feront que prolonger l’existant parce que l’essentiel, ce qui tient le tout ensemble et rend vain toute réforme profonde, c’est le pouvoir politique. Il est corrompu, dictatorial, incompétent, loin des vrais centres de pouvoir que sont les multinationales, et loin du peuple dont il est censé défendre les intérêts. Le peu qu’il redistribue, en nature ou en monnaie, se réduit comme peau de chagrin. Il ne survit qu’avec force lois répressives et liberticides, et les citoyens boudent les urnes.

    On ne peut pas parler de fin du capitalisme, de crise de civilisation, d’un monde meilleur, etc. sans voir que ces termes impliquent une véritable révolution. Je pense que ce mot ne doit plus être utilisé dans un sens utopique ou nostalgique, mais pour dire la nécessité.

    C’est le documentaire d’Arte sur le riz en Afrique qui m’a inspiré ce commentaire. Que les états africains puissent vendre, ou louer pour 100 ans, des millions d’hectares de terres fertiles ne devrait pas être permis. Comment feront-ils pour retrouver le droit d’exploiter eux-mêmes leurs terres ? S’il ne naît pas, en Europe, un nouveau type de régime, le modèle actuel sera pérennisé, et les Africains, spoliés par leurs états calqués sur les nôtres, auront mille fois le temps de crever avant de recouvrer leurs droits.

    Alors, ce chacun pour soi qui semble si effrayant pourrait aussi être une chance. Il suffit de le transformer en : à chacun de trouver sa solution, et que la meilleure serve d’exemple.

  21. 1.Je me permet de reproduire l’un des paragraphes de mon Appel du 25 mars 2010 aux dirigeants du G20 et de l’UE.

    « Nous dénonçons la faiblesse des dirigeants politiques européens,face aux Etats-Unis et à la Chine.

    Il ne suffit pas de déplorer l’hégémonie du dollar,le laxisme monétaire américain,la sous-évaluation arbitraire du yuan,les dangers de l’accumulation excessive des réserves monétaires chinoises,la volatilité des taux de change,les spéculations et les manipulations monétaires des hedge-funds,

    Il faut,en urgence,après la fin des accords de Bretton-Woods,décidée unilatéralement par les américains en 1971,instaurer un nouveau Système de Régulation Monétaire Internationale,permettant notamment un contrôle multilatéral de la création monétaire mondiale,un rééquilibrage concerté des déséquilibres structurels des balances de paiements courants,l’ajustement des taux de change et la fin des spéculations monétaires disproportionnées par rapport aux besoins de l’économie réelle ».

    2.Je me permets également de reproduire un paragraphe d’une note antérieure sur le libre échange et la libre concurrence.

    « DEREGULATION MONETAIRE INTERNATIONALE.

    Depuis 1972, la dérégulation monétaire internationale constitue un autre facteur important de distorsion de concurrence.

    L’instabilité monétaire qui en résulte est préjudiciable aux échanges internationaux, elle constitue un handicap pour les pays sous-développés producteurs de matières premières, elle contribue à l’instabilité des emplois et elle est la cause principale du développement effréné de la spéculation à court terme au détriment de l’investissement à long terme dans l’économie réelle.

    Il conviendrait donc de définir de nouvelles règles de gestion du système monétaire international (taux de change, réserves,mécanisme de rééquilibrage des balances de paiements courants,contrôle de la création monétaire). Il s’agirait notamment de mettre un terme d’une part à l’hégémonie du dollar et au laxisme monétaire américain et d’autre part à la sous-évaluation du yuan et à l’arbitraire monétaire chinois.

    En effet, la prédominance du dollar permet aux Etats-Unis une création monétaire sans aucun contrôle, qui se traduit par un excès mondial de liquidités et d’endettements, sources de la crise actuelle.

    Quant à la sous-évaluation du yuan
    -elle permet à la Chine d’accumuler des réserves monétaires massives, qui contribuent à l’excès mondial de liquidités et qui représentent un danger pour l’indépendance économique des autres pays (développés ou sous développés)
    -elle limite le pouvoir d’achat des ménages chinois
    -elle fausse la concurrence avec les pays développés, contribuant à y entretenir le sous-emploi et la faible progression du pouvoir d’achat.

    Du point de vue des dirigeants chinois, cette accumulation de réserves monétaires peut se comprendre dans une perspective à long terme,où l’économie chinoise
    – devra s’assurer l’accès -et donc le contrôle -de ressources énergétiques, minières et agricoles considérables, indispensables à son développement général et dont elle ne dispose pas
    – souhaitera prendre le contrôle d’entreprises qui lui apporteront les réseaux commerciaux et les technologies susceptibles de lui assurer, dans le monde entier, les débouchés nécessaires à son énorme capacité d’exportation (voir le récent rachat de Volvo).

    Mais il n’est pas compréhensible que les dirigeants des pays développés n’aient pas réagi devant les dangers d’une telle accumulation de réserves :
    -naïveté ou faiblesse des dirigeants politiques,notamment européens ?
    -puissance du « lobbying » des entreprises financières et des firmes transnationales ? »

    3. Face à la menace de dévaluation du dollar, qui pèse sur les réserves monétaires de la Chine, le gouverneur de la Banque Centrale de Chine avait proposé, avant le G 20 du printemps 2009, une nouvelle régulation du système monétaire international. Cette proposition consistait notamment à créer une unité internationale de réserve et de commerce, remplaçant le dollar, par rapport à laquelle seraient fixées les parités, fixes mais ajustables, des principales monnaies, en particulier du dollar, de l’euro, du yen et du yuan. Il est regrettable qu’après avoir jugé que la proposition chinoise « méritait considération », le Secrétaire américain au Trésor se soit ravisé en déclarant que « le dollar restera encore longtemps la devise de référence mondiale ». Il est non moins regrettable que les autres membres du G 20 n’aient pas soutenu la proposition chinoise. C’était l’occasion rêvée de débattre sérieusement, avec les chinois, de la sous-évaluation du yuan et de ses règles d’ajustement, si souvent et si violemment reprochées aux chinois. C’était également l’occasion d’associer aux discussions la Grande-Bretagne, les pétromonarchies du Golfe, la Russie, l’Inde et les 2 grands pays sud-américains. Cette proposition chinoise et la première réaction américaine montrent que l’instauration d’une nouvelle régulation monétaire internationale n’est pas une utopie.

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