Archives par mot-clé : Mervyn King

L’actualité de demain : QUAND LA BUÉE SE DISSIPE DANS LE RÉTROVISEUR, par François Leclerc

Billet invité.

Que ne voit-on pas dans le rétro, ces temps derniers ! À quelques jours de son départ de la Banque d’Angleterre, son gouverneur Mervyn King s’épanche devant les députés britanniques. En référence aux dirigeants des banques, il leur a expliqué que la « première réponse » de ceux-ci est souvent de décrocher leur téléphone pour appeler le ministre des finances ou le premier ministre, lorsqu’ils rencontrent un problème dont ils ne veulent pas que le régulateur le soulève. L’Autorité de régulation prudentielle (PRA), qui officie désormais sous la responsabilité de la Banque d’Angleterre, vient d’annoncer que les cinq principales banques britanniques devaient augmenter leurs fonds propres de 27,1 milliards de livres, 13,4 milliards manquant encore à l’appel après leurs récents renforcements. De quand datent donc les dernières pressions des banques sur le 10, Downing Street ?

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L’actualité de demain : PETITE MISE EN PERSPECTIVE, par François Leclerc

Billet invité.

L’usage de la parole est lentement revenu aux dirigeants européens… qu’ils ont utilisée pour exhorter l’Italie à remplir ses engagements. En Italie, le Parti démocrate flirte avec certaines revendications du Mouvement 5 étoiles tandis que Beppe Grillo, qui exclut toute alliance, envisage de soutenir au cas par cas des réformes si elles sont conformes à son programme. Pour Pier Luigi Bersani, la voie est très étroite, et l’on parle aussi d’une révision de la loi électorale – pour laquelle il faudra trouver une majorité – comme préalable à de nouvelles élections.

Côté financier, il y a un gros malaise à nouveau. Les valeurs bancaires chutent sur les bourses européennes qui connaissent une nouvelle journée noire. L’instabilité politique italienne mettant en cause la crédibilité financière du pays, les banques européennes sont vulnérables car grosses détentrices de sa dette. Du côté du marché obligataire, qui s’est sérieusement tendu, un test est attendu mercredi avec l’émission de titres à 5 et 10 ans.

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MARK CARNEY À LA TÊTE DE LA BANQUE D’ANGLETERRE À PARTIR DU 1er JUILLET 2013

Un étranger, un Canadien, sera gouverneur de la Banque d’Angleterre à partir de juillet 2013.

Mark Carney a fait ses preuves comme gouverneur de la Banque du Canada, la banque centrale canadienne, titre qui est toujours le sien. Il est également depuis novembre 2011, Président du Conseil de Stabilité Financière, créé à l’initiative du G20 lors de sa réunion d’avril 2009. Le fait qu’il ait travaillé treize ans pour Goldman Sachs n’a apparemment pas fait obstacle à sa nomination ;-).

Jusqu’à l’été dernier, le favori au titre avait été le Vice-Gouverneur actuel de la Banque d’Angleterre : Paul Tucker. J’écrivais à propos de celui-ci à l’occasion de son audition le 9 juillet devant une commission parlementaire britannique enquêtant sur le « scandale du LIBOR » : « M. Paul Tucker n’est certainement pas un grand comédien : il se verse machinalement de l’eau et se met à boire aussitôt qu’il est mis en difficulté. Il lui arrive aussi de prendre un air complétement affolé alors que l’un de ses interlocuteurs formule une question, manifestement très inquiet d’où elle pourrait mener. […] Mon sentiment après avoir regardé cette audition de bout en bout est que M. Paul Tucker, candidat pressenti au remplacement de M. Mervyn King à la tête de la Banque d’Angleterre, a perdu aujourd’hui toutes ses chances. » C’était donc bien le cas.

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L’actualité de la crise : LEUR POLITIQUE DU PIRE, par François Leclerc

Billet invité.

Régulièrement, un responsable de haut niveau abandonne pour un bref instant ses postures les plus convenues et se permet de lâcher publiquement une vérité. Au début du mois, Mervyn King, gouverneur de la Banque d’Angleterre, avait déjà défrayé la chronique de ce petit monde en s’étonnant que « le niveau de colère ne soit effectivement pas plus élevé qu’il ne l’est ».

Jean-Claude Junker, chef de file de l’Eurogroup, n’y a pas davantage été de main morte le 18 mars, en déclarant à l’occasion d’une conférence où il défendait l’instauration d’une taxe européenne sur les transactions financières  : « Il faut que les responsables du marasme de ces dernières années passent à la caisse ». Expliquant sans fard qu’« il n’est pas possible que l’économie financière, elle, continue à distribuer des bonus comme s’il ne s’était rien passé. Les gens ne l’accepteront pas, tout cela ne peut que finir avec une remise en cause du système économique et politique ».

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LE MONDE ECONOMIE, LUNDI 10 – MARDI 11 JANVIER 2011

La face cachée, révélée

WikiLeaks dévoile aussi comment fut gérée la crise bancaire

Un câble diplomatique américain, mettant en scène Mervyn King, le président de la Banque d’Angleterre, Robert Kimmitt, alors Sous-Secrétaire au Trésor américain et Robert Tuttle, l’Ambassadeur des États-Unis en Grande-Bretagne, a récemment été divulgué par Wilkileaks. Il montre ces acteurs s’accordant le 17 mars 2008 sur un diagnostic de la crise selon lequel elle a cessé dès l’été 2007 d’être une crise de liquidité pour devenir une crise d’insolvabilité généralisée du secteur bancaire. Bien que ce diagnostic ait été largement partagé par les commentateurs de la presse financière à l’époque, ce sera cependant le diagnostic inverse que ces acteurs choisiront de présenter à l’opinion, position dont ils ne se départiront jamais. Ce câble offre une réponse tardive à une question que l’on se posait alors, tant les décisions prises contrevenaient à celles qu’il aurait fallu prendre : les instances dirigeantes faisaient-elles preuve d’incompétence ou de rouerie ? La réponse est claire désormais : il ne s’agissait pas d’incompétence.

La dissimulation des faits avait pour seul objectif de justifier pourquoi, entre deux décisions possibles, c’était systématiquement la pire qui était prise. Il ne s’agissait donc pas, comme on le constate parfois, d’une ruse paternaliste permettant de faire valoir l’intérêt général contre des intérêts particuliers mal avisés, non, il s’agissait exactement de l’inverse : il fallait faire prévaloir l’intérêt particulier de la coterie à laquelle appartiennent ces preneurs de décision, contre l’intérêt général. Il y a donc deux versants à l’information financière, dont le contenu est cependant le même : la face visible que l’on trouve dans les écrits de commentateurs sans responsabilité que sont journalistes, chercheurs et autres blogueurs, s’exprimant au nom de l’intérêt général, et la face cachée des décideurs, partageant la vision des premiers, mais affirmant le contraire pour pouvoir mettre en application des mesures qui ne bénéficieront qu’au petit groupe de privilégiés dont ils font partie.

Il y eut une époque où constituaient un rempart, des fonctionnaires intègres, empreints du sens de l’État, dont le crédo était précisément que leur intérêt particulier propre s’efface devant l’intérêt général dont ils étaient les porte-paroles et se considéraient les défenseurs. La pratique du lobbying a eu raison d’eux. C’est l’intérêt particulier qui trouve désormais accès aux instances supérieures pendant que l’intérêt général négligé languit dans les antichambres. Les défenseurs des intérêts particuliers l’ont emporté, sous le prétexte – né à Vienne et grandi au département d’économie de l’Université de Chicago – que l’intérêt général, même s’il existait, est impossible à définir, alors que les intérêts particuliers de ceux qui disposent des moyens de se faire entendre sont eux parfaitement clairs.

La leçon du câble divulgué par Wikileaks est sans ambiguïté : il n’y a pas deux cultures financières, l’une faite d’incompétents chargés de présider à notre destin, l’autre faite de sages informant le public par les voies de la presse, de la radio et de la télévision, il n’y en a en réalité qu’une seule, faite entièrement d’hommes et de femmes compétents mais partagés : d’un côté ceux qui veillent à la défense de leurs propres intérêts et qui ont accès aux manettes du pouvoir, de l’autre, ceux qui dénoncent ce scandale et sont soigneusement maintenus à distance des centres de décision.

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BFM RADIO, LUNDI 3 JANVIER 2011 A 11h38 – « Depuis l’été dernier, la crise des marchés financiers a changé de nature »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Un câble diplomatique datant du 17 mars 2008, récemment divulgué par WikiLeaks, rapporte une conversation entre Mervyn King, le président de la Banque d’Angleterre, Robert Kimmitt,  alors Sous-Secrétaire au Trésor américain et Robert Tuttle, l’Ambassadeur des États-Unis en Grande-Bretagne, et répond indirectement à une question que l’on se pose à propos du déclenchement de la crise : parmi les instances dirigeantes de l’époque, incompétence ou dissimulation ?

La réponse dans ce cas-ci est claire : dissimulation. Parce que le diagnostic posé par Mervyn King ne diffère en rien de ceux qui furent proposés par les commentateurs de l’actualité financière à l’époque – je veux dire ceux d’entre nous qui n’avaient ni responsabilité politique, ni responsabilité au sein d’une banque, que celle-ci soit centrale ou commerciale.

Du côté des responsables, le message est resté identique, du plongeon du prix des titres adossés à des crédits hypothécaires subprime en février 2007 à aujourd’hui, et en contradiction flagrante avec les faits : la crise bancaire est une crise de liquidité et non pas de solvabilité. Autrement dit, elle résulte d’un problème purement technique de circulation de l’argent au sein du système financier et non de la faillite de fait du secteur bancaire dans son ensemble.

Or, le Président de la Banque d’Angleterre le dit sans ambages lors de ce déjeuner d’affaires à Londres en mars 2008 : la crise bancaire est maintenant une crise de solvabilité et non pas de liquidité, et il ne date pas ce verdict du moment où se tient la conversation, mais de six mois auparavant : en août 2007, c’est-à-dire du moment où un responsable de BNP Paribas prononça à propos des titres subprime les mots fatidiques : « Pas de prix ! » (après moi, en fait).

Quel aurait été l’impact a posteriori d’un diagnostic vrai ? Admettre l’insolvabilité de fait du secteur bancaire aurait débouché sur sa nationalisation, impliquant sa mise sous tutelle de l’État et un règlement par les investisseurs des pertes subies dans ce secteur. Refuser de reconnaître l’insolvabilité a conduit au résultat que l’on connaît : le règlement de l’addition par le contribuable à la place de l’investisseur, et un boulet attaché à son cou pour une durée indéfinie.

Il était question dans le discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Toulon le 25 septembre 2008, de punir les responsables de la crise : « L’impunité serait immorale », y est-il dit. Or, il existait dès mars de la même année une solution à la crise, pas celle prônée par Mervyn King de la dissimulation mais celle de dire la vérité à ce moment-là : « On ne rétablira pas la confiance en mentant, on rétablira la confiance en disant la vérité », affirmait le même discours.

Un choix existait : sauver les peuples ou les investisseurs. Ce furent les investisseurs qui furent choisis. Un mauvais choix, tout aussi mauvais que celui qui fut à l’origine de la crise : « On a financé le spéculateur plutôt que l’entrepreneur », affirme le discours de Toulon. La conclusion de ce discours demeure elle aussi d’une étonnante actualité : « … ne rien faire, ne rien changer, se contenter de mettre toutes les pertes à la charge du contribuable et faire comme s’il ne s’était rien passé serait également une erreur historique ».

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 31 DECEMBRE 2010

« … on ne rétablira pas la confiance en mentant, on rétablira la confiance en disant la vérité »

Le risque systémique

Mervyn King en mars 2008 : « Une question de solvabilité, pas de liquidité »

La transparence

Les révolutions

Socrate et la philosophie

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Le capitalisme (II) – Les seuils qui sont franchis

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Une rupture a lieu lorsqu’un seuil est franchi. Repérer de telles limites et observer si elles ont été atteintes constitue la tâche première pour qui veut lire l’avenir déjà inscrit dans le présent.

Avant même que la crise que nous subissons ne se déclenche, une limite avait déjà été atteinte : celle du comportement colonisateur de notre espèce dans le cadre de la planète que le sort lui a offerte. Parmi les choses que notre espèce a inventées figure en bonne place la politique de la terre brûlée. Nous prenons la Terre comme elle se présente à nous : nous en extrayons ce qui nous intéresse, nous l’intégrons dans des objets manufacturés et quand ceux-ci ont cessé de fonctionner, nous les entassons à la décharge.

La chose importait peu tant que la Terre était si vaste qu’elle nous semblait illimitée et ses ressources, inépuisables. Le moment est venu hélas où elle commence à nous gêner aux entournures. Avons-nous endommagé de manière irréversible son climat-même ? La preuve n’en a pas été apportée de manière formelle mais qu’importe puisque nous en sommes capables et si nous ne l’avons fait déjà, nous le ferons sans aucun doute demain. Quelles mesures avons-nous prises pour conjurer ce danger ? La réponse prêterait à rire si elle ne prêtait à pleurer : celui qui pollue trop achètera le droit de le faire à celui qui pollue moins. Et pour faire bonne mesure, ce seront les banquiers qui veilleront à ce que les choses se passent comme il faut – pour un prix raisonnable.

Mais d’autres limites ont également été atteintes. Quand la part principale du Produit Intérieur Brut (PIB) des nations s’obtient par des paris portant sur les fluctuations de prix, la part devient au contraire congrue pour tout ce qui présenterait une fonction « socialement utile », pour reprendre les termes utilisés par Lord Adair Turner, président de la FSA (Financial Services Authority), le régulateur des marchés britanniques. Mr. Mervyn King, président de la Banque d’Angleterre, paraphrasant Churchill, déclare de son côté que « Jamais tant d’argent ne fut dû à tant par un si petit nombre ». Quand des financiers s’indignent du comportement de la finance, il devient clair qu’un seuil dans l’indécence a été franchi.

L’intermédiation était le rôle traditionnel de la finance : mettre en présence celui qui a besoin d’avances et celui qui, disposant d’argent en quantité plus grande que ce dont il a un usage immédiat, est disposé à le prêter contre rémunération. Mais elle ne s’en tint pas là : elle découvrit le pouvoir de l’effet de levier : qu’il en coûte beaucoup moins, et qu’il en rapporte bien davantage, de faire des paris sur les fluctuations de prix à l’aide d’argent emprunté.

Parier avec de l’argent emprunté démultiplie le profit potentiel et démultiplie bien entendu la perte potentielle exactement dans la même proportion. Mais qui s’en soucie ? D’abord, les joueurs déjà en place bénéficient d’un avantage considérable sur les nouveaux entrants, et ce sont eux qui perdent des plumes en quantité disproportionnée. Ensuite, eh bien : « Vae victis ! », malheur aux vaincus !

À cette réserve près que les vaincus doivent en général de l’argent à d’autres… qui doivent eux-mêmes de l’argent à d’autres encore. Si bien que le système tout entier se fragilise inexorablement. Et qu’à la place du risque couru par des entités isolées, on voit apparaître le risque du système tout entier, réalité qui devint familière à partir de 2007 sous l’appellation de « risque systémique », une expression jusqu’alors inédite mais que l’opinion publique à l’échelle du globe apprit rapidement à connaître, à ses dépens.

La finance a toujours été la puce qui sur le dos de l’économie s’abreuve de son sang. Mais comme nul ne l’ignore, quand un animal est devenu un « sac à puces », c’est sa santé-même qui est en danger. Et le parasite peut désormais tuer la bête.

(à suivre…)

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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