Archives par mot-clé : Napoléon

Le prêt à intérêt (I) : Petite histoire française du prêt à intérêt, par Zébu

Billet invité.

Religieuse, philosophique, politique, juridique, économique, s’il y a un domaine qui a su mobiliser différentes sphères sociales pendant plusieurs millénaires, c’est bien le prêt à intérêt.

Sans même remonter jusqu’à l’Empire romain, il suffit par exemple de savoir qu’une, sinon la première intervention juridique, en dehors du droit canon qui avait déjà statué bien auparavant au sujet du prêt à intérêt, date de 789, avec l’interdiction par Charlemagne du prêt à intérêt pour les clercs (capitulaire Admonitio generalis). Cette interdiction sera ensuite étendue par Lothaire et par les Mérovingiens aux laïcs.

Depuis cette interdiction, du premier empire carolingien, jusqu’à la Révolution et à l’Empire napoléonien, puis jusqu’à la IIIème République Française pour aboutir à aujourd’hui, l’histoire du prêt à intérêts en France a été, par-delà ses aspects philosophiques, éthiques et religieux, aussi une histoire juridique qui a essentiellement tourné autour de la licéité ou non des intérêts que pouvaient réclamer les prêteurs à leurs débiteurs. Une histoire où l’on peut identifier le principe de réalité et la réalité des principes, énoncés et transcrits dans le droit, mais une histoire de rapports de force entre les classes sociales qui possédaient ou pouvaient accéder au capital et celles qui devaient par la force de la nécessité y accéder, du paysan jusqu’au Roi lui-même, en en payant le prix : les intérêts.

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DE L’INTÉRÊT D’INTERROGER LE SYMBOLE, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité.

Un symbole, au sens premier du mot, est un objet fractionné que se partagent deux hommes pour sceller un contrat et dont ils rassemblent les deux parties pour le liquider. Le symbole, comme une pièce de puzzle, casse le sens mais sa ligne de fracture aide à le reformer. Le préfixe sum– (« avec ») se retrouve dans le mot synoecisme, qui désigne, dans la Grèce antique, la coalescence de deux ensembles urbains. La ville de Zeugma (« joug » en grec), sur l’Euphrate, née de la réunion d’Apamée et de Séleucie, en est un exemple parfait. La symbolique se sert du réel comme d’un lexique iridescent, d’une lettre au-delà de la lettre, pour décrire les combinaisons sociales humaines. Cette instrumentalisation du réel n’est pas sa négation mais son détournement par distraction. Il n’y a donc rien qui doive nous retenir, dans la perspective d’une refondation des rapports sociaux sur des bases non concurrentielles, d’interroger les symboles autant que les pratiques. Le symbole est le chiffre de la pratique. Il nous rappelle que toute pratique, légale ou illégale, naît d’une entente entre deux ou plusieurs individus. En ces temps où la démocratie se résume à des rituels vides, autoréférentiels, en ces temps où des citoyens déboussolés se réclament de religions dont ils n’ont pas lu les livres (ainsi d’un manifestant contre le mariage pour tous qui situait l’épisode de la destruction de Sodome dans les Evangiles) et dont ils méconnaissent, quand ils ne l’ignorent pas tout à fait, le foisonnement symbolique, il me paraît capital de réfléchir à cette question.

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PARIS : L’HISTOIRE À CHAQUE COIN DE RUE

Hier matin, je me suis rendu aux studios de radio Nova pour enregistrer une émission que vous aurez l’occasion d’entendre d’ici une dizaine de jours. Ça s’est bien passé : on avait du temps : une heure. Cela m’a permis de connecter beaucoup de choses dont je suis obligé d’habitude de parler séparément : la pêche en Afrique, la programmation, pourquoi ça marche si mal dans les entreprises – quelles qu’elles soient, le rôle de la conscience, le ratage à tous les niveaux : dans la finance, dans notre vie, dans le vivant en général… Plein de choses, mais pas dans le désordre : il y a un fil rouge qui relie tout ça. Vous aimerez, j’en suis sûr.

Je me suis rendu au studio en métro. Je suis descendu à la station Bastille. Tout un symbole ! J’ai pris la rue du Faubourg Saint-Antoine. Le quartier des artisans. Qui ont fait toutes les révolutions et qui n’y ont jamais gagné quoi que ce soit : massacrés en 1795, en 1832, en 1848. Les PME de l’époque, qui faisaient le gros des robespierristes. Vous le saviez que Bonaparte avait été emprisonné pour être robespierriste ? Puis j’ai obliqué à gauche, dans la rue de Charonne. La station de métro Charonne, le 8 février 1962 ; le Préfet Papon et les neuf morts.

Paris : l’histoire à chaque coin de rue !

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Pourquoi le « Financial overhaul » américain était une Bérézina annoncée

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le numéro du New Yorker Magazine en date du 26 juillet contient un article sous la plume de John Cassidy intitulé : The Volcker Rule. Il s’agit d’une chronique de la dilution au fil des semaines du « Financial overhaul », le projet de réforme de la finance aux États-Unis, vue par les yeux de Paul Volcker qui fut président de la Federal Reserve, la banque centrale américaine, de 1979 à 1987.

En janvier, Obama avec Volcker à ses côtés, avait annoncé en grande fanfare la « Volcker Rule », la Règle Volcker, une version faiblarde du Glass-Steagall Act, voté en 1933 et qui obligea jusqu’en 1999 les banques américaines à choisir entre le statut d’animal utile et d’animal nuisible. Pour éviter tout suspense superflu je vous annonce tout de suite que Volcker fut roulé dans la farine, sa règle étant appendue à un amendement proposé par un sénateur républicain qui le retira au moment propice. Malgré ce résultat prévisible, Volcker avait entretemps découragé le sénateur Blanche Lincoln de présenter un projet un peu plus musclé de réinstauration du Glass-Stegall Act, en insistant sur le fait qu’il ferait double emploi.

Je vous épargne les autres épisodes affligeants de cette Bérézina annoncée parce que ce qui m’intéresse dans l’article du New Yorker, c’est une remarque faite au journaliste par Anthony Dowd, le bras droit de Volcker au comité qu’il préside, le President’s Economic Recovery Advisory Board – « whatever that means », comme on dit en américain. Cette remarque, la voici : « On a tous les deux le sentiment qu’on a été mis sur la touche au dernier moment. Mais avec un peu de recul, il y avait en face de nous cinquante-quatre lobbys et trois cents millions de dollars dépensés pour nous contrer. Alors, tout compte fait, on ne s’en est pas mal tirés ». Comme si Napoléon au retour de la retraite de Russie avait dit à un journaliste : « Mais vous savez : il faisait très froid ! » (1).

Je conclurai en expliquant pourquoi l’appellation « Bérézina annoncée » convient parfaitement au « Financial overhaul ». Dès le début du débat relatif aux mesures qu’il faudrait prendre pour essayer de réparer la finance, le cadre qui a été défini n’a pas été celui d’un problème technique qu’il faudrait résoudre au mieux, mais celui – classique en politique – d’un compromis à formuler entre deux partis aux conceptions opposées, chacun lâchant un peu de lest pour qu’on puisse se mettre d’accord à mi-distance. Manque de pot, on n’élimine pas le risque systémique d’un appareil financier hors d’usage en faisant émerger une position moyenne entre celle que le gouvernement préconise et celle que prônent les banquiers : au premier compromis passé, le ver du risque systémique est déjà dans le fruit. Ah ! et encore moins cela va sans dire, une position moyenne entre d’un côté, le gouvernement et de l’autre, les banquiers, plus cinquante-quatre lobbys, plus trois cent millions de dollars.

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(1) À l’intention de ceux qui ne l’auraient jamais vu, j’affiche ici le fameux graphique par Minard (cliquez dessus pour l’agrandir – vivement recommandé).

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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BFM Radio, lundi 25 janvier à 10h46

Une fois n’est pas coutume : je vais évoquer aujourd’hui l’actualité « chaude » de la Bourse. Je prépare généralement mon billet le samedi ou le dimanche et j’évoque alors le plus souvent un sujet qui m’est suggéré par l’actualité de la semaine écoulée, ou bien un sujet beaucoup plus général, qui provient d’une rumination personnelle, mais il y a des moments où même un « chroniqueur qui prend de l’altitude » a envie de parler de l’actualité qui se déroule sous ses yeux, en direct. Et les rebondissements de la semaine passée aux États-Unis : « À ma gauche, la finance américaine, à ma droite le Président des États-Unis » font qu’il se passe nécessairement des choses sur les marchés boursiers le lundi matin et qu’il faut que je sois là, moi aussi, sur la brèche, au charbon, monté au front, comme mes petits camarades qui ne peuvent pas se permettre eux de « prendre de l’altitude » !

Alors, la Bourse ? Eh bien, on avait l’habitude de voir dans la Bourse le baromètre de l’économie, mais là, l’année 2009 nous a obligés à voir les choses autrement : en 2009, la Bourse n’a pas été le baromètre de l’économie. Vous vous souvenez de Corneille et de Racine – là, je reprends un tout petit peu d’altitude – « Corneille représente les choses comme elles sont, Racine, comme on les voudrait être ». Eh bien en 2009, la Bourse a représenté l’économie comme on voudrait qu’elle soit.

Ceci étant dit, la Bourse est quand même un baromètre, mais de quoi exactement ? Proudhon, le penseur anarchiste ou socialiste, c’est comme on veut, a écrit en 1857, dans son Manuel du spéculateur à la Bourse, à propos de la Bourse justement : « C’est là que les réformateurs modernes devraient aller s’instruire, et apprendre leur métier de révolutionnaires ». Parce qu’elle constitue, selon lui, le baromètre de l’histoire. À propos de Waterloo, Proudhon écrivait : « Certes, ce n’est pas la Bourse de Paris qui a fait perdre la bataille de Waterloo ; mais on peut dire qu’elle a donné cœur à l’ennemi. C’est elle qui lui a révélé que si le soldat, l’ouvrier, le fonctionnaire étaient pour l’empereur – le capital, l’industrie, le commerce, la propriété, la spéculation, la bourgeoisie étaient contre lui ». Et Proudhon a raison : la Bourse est la caisse de résonance de l’histoire en marche. Voyez vendredi : Mr. Obama vient de perdre sa majorité qualifiée au Sénat et il dit au monde de la finance : « Je suis fâché pour de bon ! » Eh bien la Bourse baisse : il est devenu comme Napoléon : « le capital, l’industrie, le commerce » ont cessé de l’aimer.

Et par rapport à la Bourse ce matin ? Tokyo a clôturé en baisse de 0,7%, et le CAC 40 ne connaît en ce moment qu’une petite baisse de 0,3 %. Ce n’est pas bon mais c’est minime : la Bourse ne donne à Mr. Obama qu’une petite chance de l’emporter sur Wall Street : on s’achemine vers une victoire aux points.

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