Archives par mot-clé : néo-libéralisme

Auto-contradiction néo-libérale, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Le texte suivant fait suite au billet La faillite financière posthume de Platon. Il analyse le néo-libéralisme comme un néo-platonisme qu’une réhabilitation de la quadri-causalité d’Aristote permet de déconstruire. La déconstruction n’est pas une destruction. Elle décompose une construction métaphysique en briques élémentaires comme une construction physique. Elle effectue un tri dans les matériaux de base, c’est à dire dans les causes. La déconstruction peut déboucher sur une reconstruction qui intègre tout ce que l’ancien édifice contenait de positif et véritable.

Manipulation mentale

Le néo-libéralisme platonicien s’est approprié la réalité par deux leviers métaphysiques : l’idéalisme et le matérialisme. Il s’appuie sur le scientisme qui ne voit d’objet de connaissance que dans la matérialité physique en dénigrant l’interrogation des finalités de l’observateur. L’idéalisme de son coté sert l’absorption de la fin dans la forme. Ainsi escamote-t-il tout motif de discussion de la valeur par les fins. L’idéalisme nie la vertu à poursuivre des fins réelles. Il réduit toute réflexion morale à une éthique individuelle invérifiable, sans conséquence visible. La société néo-libérale est une juxtaposition d’individus qui ne peuvent pas et ne doivent pas se comprendre. Chacun est propriétaire du sens de sa discussion. La loi démocratique est décorative dans un marché soumis à la loi matérielle du plus fort. Le mot « loi » sert la confusion entre la nécessité objective des sciences physiques et la nécessité subjective des sciences politiques. La loi est réduite à des rapports de quantité qui n’expriment aucune qualité dans la réalité.

La fin idéologique néo-libérale est radicale. Elle neutralise la rationalité discursive du marché. Elle disperse la causalité objective dans l’attention du sujet. Elle détache la discussion publique de la réalité par l’abstraction juridique et mathématique. La qualité sans matérialité est irrémédiablement et artificiellement opposée à la matérialité sans qualité. Le résultat est la dissimulation des fins réelles de toute négociation. Le droit de l’offre est disjoint du droit de la demande. La loi et la monnaie canalisent par le filtrage d’intérêts oligarchiques le dialogue de l’offre avec la demande. La forme dissimule la quantité. La quantité masque la forme. Les intérêts sont opaques. La quantité matérielle ne sert pas la fin. La fin ne détermine pas la forme. La forme calcule une quantité sans effet dans la qualité. Le sujet de la valeur s’aliéne dans des transactions qui ne disent pas les intérêts qu’il sert. L’offre ne connaît pas toute la demande ; la demande ne sait ni par qui ni comment elle est servie.
Continuer la lecture de Auto-contradiction néo-libérale, par Pierre Sarton du Jonchay

Partager :

La mégabanque et le monde émergent, par zébu

Billet invité.

Le monde avait-il déjà basculé sur son axe ou bien les mégabanques ont-elles joué un rôle décisif dans ce basculement ? Histoire de l’oeuf et de la poule, me direz-vous.

Pour autant, il me semble que les mégabanques se font des illusions, qui préparent de grandes désillusions (pour elles) concernant les fameux ‘pays émergents’ (de quoi, de où ?).

Car ce qu’elles ont pu façonner dans le monde dit ‘occidental’ depuis près de 40 ans, depuis la ‘révolution conservatrice’ dans le monde anglo-saxon, elles auront bien plus de difficultés à le faire dans les pays dits ‘émergents’, pour 3 raisons à mon sens.

En premier lieu, le premier basculement du monde qui a eu lieu au sein du ‘monde occidental’ en faveur des mégabanques s’est institué dans un contexte de démocratie politique, contexte qui a mis quelque siècles à s’ancrer durablement dans ce dit ‘monde’. Or, il y a lieu de constater qu’en ce qui concerne cette dimension, les pays ‘émergents’ sont loin pour une part (encore) importante d’entre eux d’avoir accédé au statut de pays démocratique. Certes, le Brésil, l’Inde et d’autres (Afrique du Sud par exemple) le sont et depuis leur indépendance parfois. Mais d’autres, plus puissants, comme la Russie et la Chine gravitent dans d’autres ‘sphères’ politiques.

Continuer la lecture de La mégabanque et le monde émergent, par zébu

Partager :