Archives par mot-clé : Paul Tucker

La pire des bonnes idées, OFFRIR L’ALÉA MORAL AU SHADOW BANKING, par François Leclerc

Billet invité.

La régulation du shadow banking ne va pas être une partie de plaisir susurre-t-on côté régulateur, tandis que les tentatives de redorer son blason se développent : mission est globalement confiée à ce secteur hétérogène de la finance de développer le crédit en complément des banques, lui faisant ainsi acquérir sa légitimité et justifiant que les banques centrales l’entourent de leurs meilleures intentions. Mais le problème reste toujours posé dans les mêmes termes par nos bonnes âmes : comment consolider un système qui donne à nouveau des signaux inquiétants et dont on espère qu’il va vous sauver, mais qu’il ne faut pas brider pour qu’il accomplisse sa tâche et que l’on va réguler avec d’infinies précautions sous le feu du lobbying d’enfer de ses acteurs ? Le secteur bancaire a été renforcé, se disent-elles, mais il reste très vulnérable car il se finance à court terme dans le shadow banking et celui-ci pourrait lui faire défaut. Le deuxième acte de la régulation est sonné mais sa fin n’est pas pour demain.

Que se passe-t-il ? Le marché des actions atteint des valorisations sans commune mesure avec les espérances de résultats des entreprises. Les banques centrales, les fonds de pension et souverains y contribuent, a-t-on appris, à la recherche de rendements que le marché obligataire ne leur procure plus. Simultanément, les investisseurs délaissent les grands fonds d’investissement, qui s’en alarment et demandent à la Fed d’instaurer une taxation des capitaux qui en sortent. Une autre alarme retentit sur le marché à haut risque des Collateralized Loan Obligations (CLO) qui retrouve son niveau du plus fort de la bulle de l’endettement de 2006 sous l’impulsion des opérations de carry trade des hedge funds. Mais il y a ce que l’on voit, et puis ce que l’on discerne moins. La gestion du collatéral de qualité apporté en garantie des transactions devient de plus en plus sophistiquée, afin de remédier à sa pénurie, source de futurs dérapages aux conséquences en chaîne imprévisibles.

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MARK CARNEY À LA TÊTE DE LA BANQUE D’ANGLETERRE À PARTIR DU 1er JUILLET 2013

Un étranger, un Canadien, sera gouverneur de la Banque d’Angleterre à partir de juillet 2013.

Mark Carney a fait ses preuves comme gouverneur de la Banque du Canada, la banque centrale canadienne, titre qui est toujours le sien. Il est également depuis novembre 2011, Président du Conseil de Stabilité Financière, créé à l’initiative du G20 lors de sa réunion d’avril 2009. Le fait qu’il ait travaillé treize ans pour Goldman Sachs n’a apparemment pas fait obstacle à sa nomination ;-).

Jusqu’à l’été dernier, le favori au titre avait été le Vice-Gouverneur actuel de la Banque d’Angleterre : Paul Tucker. J’écrivais à propos de celui-ci à l’occasion de son audition le 9 juillet devant une commission parlementaire britannique enquêtant sur le « scandale du LIBOR » : « M. Paul Tucker n’est certainement pas un grand comédien : il se verse machinalement de l’eau et se met à boire aussitôt qu’il est mis en difficulté. Il lui arrive aussi de prendre un air complétement affolé alors que l’un de ses interlocuteurs formule une question, manifestement très inquiet d’où elle pourrait mener. […] Mon sentiment après avoir regardé cette audition de bout en bout est que M. Paul Tucker, candidat pressenti au remplacement de M. Mervyn King à la tête de la Banque d’Angleterre, a perdu aujourd’hui toutes ses chances. » C’était donc bien le cas.

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AFFAIRE LIBOR : AUDITIONS DEVANT UNE COMMISSION PARLEMENTAIRE BRITANNIQUE

Je rendrai compte tout à l’heure de l’audition hier devant une commission parlementaire britannique de Jerry del Missier, ancien Chief Operating Officer (N° 3) de la banque britannique Barclays. Je vous signale que j’ai ajouté les vidéos à mes deux billets précédents relatifs à ces auditions.

AUDITION DE BOB DIAMOND, P-DG. DÉMISSIONNAIRE DE BARCLAYS, DEVANT UNE COMMISSION PARLEMENTAIRE BRITANNIQUE

AUDITION DE PAUL TUCKER, VICE-GOUVERNEUR DE LA BANQUE D’ANGLETERRE, DEVANT UNE COMMISSION PARLEMENTAIRE BRITANNIQUE

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AUDITION DE PAUL TUCKER, VICE-GOUVERNEUR DE LA BANQUE D’ANGLETERRE, DEVANT UNE COMMISSION PARLEMENTAIRE BRITANNIQUE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Paul Tucker, Vice-Gouverneur de la Banque d’Angleterre, a fait cet après-midi une déposition devant une commission parlementaire britannique. La raison de sa présence aujourd’hui était que dans la déposition faite le 4 juillet devant la même commission par Bob Diamond, qui était jusqu’il y a quelques jours P-DG de la banque Barclays, ce dernier avait laissé entendre que Tucker avait fait pression sur lui pour que la banque qu’il dirigeait alors mentionne pour les taux réclamés d’elle par d’autres banques pour ses emprunts, des chiffres moins élevés que ceux qu’elle soumettait. Les chiffres en question étant alors utilisés par la British Bankers’ Association pour calculer les taux d’intérêt appelés LIBOR (London interbank offered rate) : « taux interbancaire [en dollar] valant à Londres ». Lors d’une conversation entre Tucker et Diamond, le premier aurait dit au second qu’« il n’y aurait pas de mal » si la Barclays soumettait des chiffres moins élevés qu’elle ne le faisait. Tucker aurait affirmé qu’il subissait lui-même des pressions en ce sens, en provenance de membres du gouvernement de haut rang.

Si l’interprétation par Diamond de ses conversations avec Tucker était correcte, l’une des personnes à la tête de la Banque d’Angleterre enjoignait à l’un des dirigeants de la deuxième banque commerciale du pays de manipuler le LIBOR, un taux de référence faisant foi pour l’ensemble du système financier international.

Mon sentiment après avoir regardé cette audition de bout en bout est que M. Paul Tucker, candidat pressenti au remplacement de M. Mervyn King à la tête de la Banque d’Angleterre, a perdu aujourd’hui toutes ses chances. Mais bon, je suis par ailleurs quelqu’un qui imaginait que le procès de Jérôme Kerviel (le premier épisode : pas le récent procès en appel) déboucherait nécessairement sur un non-lieu.

L’explication que Tucker a offerte des événements est qu’il y avait malentendu quant au sens des conversations qu’il a eues avec Diamond. La Barclays avait à cette époque refusé une aide du gouvernement sous la forme d’une injection massive de capital parce qu’elle craignait qu’une acceptation de ces sommes aurait signifié sa nationalisation. La Barclays serait tirée d’affaire un peu plus tard grâce à un apport en capital en provenance du fonds souverain du Qatar. Le sens des propos de Tucker à l’époque étaient – selon lui hier – de s’enquérir de la bonne santé de la Barclays : les taux plus élevés que ceux de ses consoeurs qu’elle soumettait signifiaient-ils que la banque était en difficulté ?

M. Paul Tucker n’est certainement pas un grand comédien : il se verse machinalement de l’eau et se met à boire aussitôt qu’il est mis en difficulté. Il lui arrive aussi de prendre un air complétement affolé alors que l’un de ses interlocuteurs formule une question, manifestement très inquiet d’où elle pourrait mener. Il manque également d’assurance sur la question de savoir ce qui a conduit à ce qu’il soit là : alors que le président de séance souligne que la commission s’est réunie à sa demande, il commente mi-figue mi raisin que « Vous m’avez demandé de venir de mon plein gré… », ce qui conduira le président à déclarer ironiquement au moment de conclure : « Vous êtes venu à votre propre demande, dans une très large mesure ».

Qu’en tirer ? Qu’au niveau formel, nous vivons encore aujourd’hui en Occident, en démocratie. Lors de l’audition des dirigeants de Goldman Sachs, en avril 2010, j’écrivais ici-même :

À l’heure qu’il est, j’assiste à cette audition depuis deux heures. Ce qui m’épate, c’est la robustesse de ce régime démocratique, en dépit de toutes les forces qui s’opposent à son fonctionnement, en dépit des sommes colossales qui sont déversées pour le dévoyer dans son exercice quotidien. Il me semble quasi-miraculeux que des personnes, tel le sénateur Carl Levin, conservent – en dépit de la machine à broyer de l’argent – l’intégrité qui leur permet de s’opposer comme il le fait sous mes yeux, à ce rouleau compresseur.

Mon sentiment ce soir est identique : nous vivons encore en démocratie, du moins pour ce qui touche à la qualité de l’information à laquelle j’ai accès. Cette information me permet en effet de lire avec une très grande clarté entre les lignes de ce qui est déclaré, et ceci à ma très grande satisfaction.

Pour le reste, il faudrait que je puisse m’expliquer avec une satisfaction aussi grande pourquoi tout cela demeure sans conséquences, pourquoi aucune décision n’est jamais prise ensuite dans la ligne de ce que j’ai pu entendre.

Dans le cas du premier procès Kerviel, le verdict a semblé ignorer entièrement ce qui avait été dit durant les audiences. Ou plutôt, a ignoré tout ce que j’avais pu lire entre les lignes de ce qui avait été dit. Et c’est là sans doute que se situe le point essentiel : la classe dirigeante est-elle incapable elle de lire entre les lignes ? Ou bien sait-elle le faire mais compte essentiellement sur le fait qu’elle sera à peu près seule à pouvoir le faire et que le reste du monde – et tout particulièrement l’électeur lambda – n’y arrivera jamais lui de son côté, et ne lui réclamera du coup jamais de comptes ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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LIBOR : LE RETARD À L’ALLUMAGE DE L’INDIGNATION

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La version chinoise de ce billet se trouve ici.
The English version of this post can be found here.

Le paradoxe du « scandale du LIBOR » de 2008 – en plus de son goût de réchauffé en 2012 – c’est que, comme j’y faisais allusion à l’époque, et comme je l’ai rappelé il y a quelques jours, la fraude découlait pour une fois d’un bon sentiment : la « philia » aristotélicienne, la bonne volonté mise par chacun pour que l’activité commune puisse se poursuivre, en l’occurrence, l’existence-même du système financier.

La « surprise » de la journée d’hier a été que ce serait M. Paul Tucker, Vice-Gouverneur de la Banque d’Angleterre, qui aurait conseillé à Bob Diamond, P-DG démissionnaire hier de la Barclays, de mettre la pédale douce quand la banque transmettait le montant des taux que ses consœurs exigeaient d’elle pour lui prêter à diverses échéances.

Dans un mémorandum adressé par Diamond le 29 octobre 2008 à John Varley, P-DG de la Barclays à l’époque, il expliquait que Tucker l’avait appelé la veille pour lui demander pourquoi la banque mentionnait souvent des taux plus élevés que les autres banques dont l’avis contribue à déterminer le montant du LIBOR. Tucker expliquait que son appel était motivé par le fait qu’il recevait de nombreux coups de fil de membres du gouvernement. « M. Tucker a déclaré que le niveau dont proviennent les appels du gouvernement est « haut placé », rapportait Diamond, et que, bien qu’il soit certain que nous n’avons nul besoin d’être conseillés, il n’est pas toujours nécessaire que les taux mentionnés par nous soient aussi élevés que ceux transmis récemment ».

J’ai expliqué vendredi dans La manipulation du LIBOR pourquoi il était de l’intérêt des banques telles la Barclays, de l’intérêt de la Banque d’Angleterre, de l’intérêt des personnalités haut placées du gouvernement, de l’intérêt de la Grande-Bretagne et de l’intérêt des marchés financiers tout entiers, de mentir à la baisse à cette époque-là puisque chacun à sa manière courait à sa perte s’il en avait été autrement.

C’est le propre du retard à l’allumage de l’action pénale (l’amende de 359 millions d’euros infligée à la Barclays le 27 juin) et de l’indignation populaire, que le scandale, pourtant connu dès avril 2008 (voir mon billet : L’affaire du LIBOR), éclate sur le plan médiatique seulement quatre ans plus tard, emportant dans la bourrasque (certains diront « enfin ! »), dirigeants de banques commerciales, de Banque Centrale, et politiques de haut niveau, tous rassemblés par une inhabituelle « bouffée de philia », dont ils sont – quelle ironie ! – bien punis.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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