Archives par mot-clé : Paul Volcker

Bruno Iksil, surnommé « La baleine de Londres », nous dit ce qui s’est vraiment passé (texte complet)

Billet invité. Voici, d’un seul tenant, le texte que Bruno Iksil m’a communiqué, et que j’ai publié ici en treize épisodes. Ma chronique à paraître la semaine prochaine dans Le Monde et dans L’Écho, et dont une traduction en anglais est en préparation, reviendra elle aussi sur l’affaire dite de « la baleine de Londres ». L’ensemble fera l’objet d’un numéro spécial de notre revue (P)ièces (J)ointes, qui paraîtra mercredi (voir colonne de gauche).

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Bruno Iksil : ce qui s’est vraiment passé (VI) Le Chief Investment Office ne gérait pas son mark-to-market

Billet invité. Ouvert aux commentaires. P.J. : j’ouvrirai bien entendu volontiers les colonnes du blog à d’autres acteurs de cette affaire s’ils le souhaitent.

Le CIO ne gérait pas son mark to market. La norme était là depuis 1993 très officiellement.

Ainsi nul besoin pour le CIO [Chief Investment Office] de fournir des prix afin de valoriser cet énorme portefeuille de tranches qui était là pour protéger la firme tout entière. Le travail de ce côté était déjà fait. Mais suivant la logique de diversification des risques et de protection effective il fallait quand même s’assurer de manière autonome au sein de JP Morgan de la fiabilité de ces prix là que la banque d’Investissement fournissait de façon si cruciale. Comment faire ?

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DÉBATS OUTRE-ATLANTIQUE, par François Leclerc

Billet invité.

Ben Bernanke et Larry Summers, l’ancien président de la Fed et l’ex-conseiller de Barack Obama, s’affrontent par blogs interposés aux États-Unis dans un débat stratosphérique afin de donner la clé de l’état actuel de l’économie mondiale. Le premier met l’accent sur la « surabondance d’épargne », et le second trace la perspective d’une « stagnation séculaire », faute de demande justifiant l’investissement. Dans un cas, la course aux dévaluations compétitives et aux manipulations de la monnaie qu’il faudrait cesser est en cause, dans l’autre cette tendance de longue durée implique des investissements publics dans les infrastructures. Faut-il cependant s’étonner, vu leurs personnalités, que le débat sur les conséquences de l’accroissement des inégalités de patrimoine et de revenu soit passé à l’as ? L’impact de la sortie du livre de Thomas Piketty aux États-Unis aurait pu faire penser que ce thème serait désormais incontournable, mais ce serait sans compter avec le caractère profondément académique de cette joute, que Steve Keen (*) n’a pas hésité à qualifier de « consanguine » dans un article pour le magazine Forbes. Il a rappelé que ses acteurs sont de cette même famille qui continue de tenir le haut du pavé, et qu’il y a peu de chances que ceux qui n’avaient pas vu venir la crise trouvent son explication.

Plus prosaïquement, les commentateurs en sont à évaluer le degré de patience dont la Fed va faire preuve avant d’engager l’augmentation de son taux toujours proche de zéro. Elle se fait toujours attendre bien que les communiqués de son Comité de politique monétaire ont cessé de faire référence à cette louable qualité. Mais la croissance américaine a enregistré un net accès de faiblesse au premier trimestre, et la Fed continue de se tâter. Il y a toujours quelque chose qui cloche, qui retarde le retour à une certaine normalité : un hiver particulièrement rude, un dollar qui est à la hausse, et surtout une grande inconnue que le secrétaire au Trésor Jack Lew a formulé en termes moins académiques, constatant que la chute du prix de l’essence n’a pas entraîné comme escompté une hausse significative de la consommation : « ce que font les consommateurs de cet argent est un peu une énigme pour l’instant ». Les temps seraient-ils incertains ?

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À MONDE COMPLEXE, RÉPONSES RADICALES (C’EST-À-DIRE À LA RACINE), par François Leclerc

Billet invité

Effet de lassitude, la crise financière rampante a fini par rentrer dans les mœurs. Elle est aussi soigneusement escamotée, afin de pouvoir traiter plus sereinement les petites affaires du monde financier. Celui-ci est à l’offensive, notamment en ferraillant contre un projet de onze pays européens de taxe sur les transactions financières, pourtant des plus timorés. Le Medef français et des organisations professionnelles allemandes ont appelé jeudi dernier à « poursuivre le dialogue afin de partager leurs analyses et positions sur l’impact de la réglementation des marchés financiers » de cette future taxe.

Pour faire diversion dans l’opinion publique, les thèmes ne manquent pas : quand ce n’est pas l’Europe qui souffre d’un défaut de construction, c’est la France (ou tout autre pays au choix) qui vit au dessus de ses moyens, ce qui réclame des décisions courageuses afin d’opérer son redressement. De celui du monde financier, on n’en parle même plus. Certes, les banques ne sont plus exemptes de reproches, une gêne s’est bien installée, mais cela ne va pas plus loin. Elle se dissipera lentement, banalisée comme l’est la corruption du monde politique. L’impuissance à changer ce que l’on réprouve génère le rejet et la révolte… ou la résignation.

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L’actualité de la crise : un mort qui ne le sait toujours pas, par François Leclerc

Billet invité.

UN MORT QUI NE LE SAIT TOUJOURS PAS

Les dirigeants européens affichent leur détermination, mais va-t-elle tenir jusqu’au bout ? Ils affirment la nécessité de renouer sans tarder avec des déficits publics conformes aux normes datant de la création de l’euro, et à en faire de même pour le montant de la dette. Le tout au prix d’importantes restrictions budgétaires et d’augmentations de la fiscalité. Mais sont-ils réellement d’accord sur les rythmes et les modalités ? Quel est l’avenir de cette politique, au-delà des divergences supposées ?

Une première interrogation porte sur le danger de création de la spirale descendante qui en résulterait. Ces mesures pesant sur la croissance, accentuant les tendances récessives globales dans un contexte régional et mondial déjà peu favorable, les pays les plus éprouvés étant plus immédiatement menacés. Si cela devait se produire, les recettes des Etats s’amoindrissant et les taux auxquels ils empruntent sur les marchés montant, un effet ciseau interviendrait. Il ferait obstacle à la poursuite de cette aventure. Une première restructuration de dette aurait un effet domino, le caractère opérationnel du fonds de stabilité restant à démontrer, comme on va le voir plus loin.

La seconde interrogation s’appuie sur l’ampleur à venir du mouvement de protestation aux mesures gouvernementales, dans un climat social qui ne laisse pas nécessairement paraître au grand jour de profondes inquiétudes, et dont la traduction est incertaine. Résignation et rejet sont les deux faces de cette même médaille, et l’on ne sait pas à l’avance de quel côté elle tombera. L’expérience en la matière tend à prouver que plus les mouvements d’opinion sont souterrains, plus ils peuvent être massifs lorsqu’ils font finalement surface. C’est un gros pari que de vouloir jouer au plus fin avec cela.

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Pourquoi le « Financial overhaul » américain était une Bérézina annoncée

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le numéro du New Yorker Magazine en date du 26 juillet contient un article sous la plume de John Cassidy intitulé : The Volcker Rule. Il s’agit d’une chronique de la dilution au fil des semaines du « Financial overhaul », le projet de réforme de la finance aux États-Unis, vue par les yeux de Paul Volcker qui fut président de la Federal Reserve, la banque centrale américaine, de 1979 à 1987.

En janvier, Obama avec Volcker à ses côtés, avait annoncé en grande fanfare la « Volcker Rule », la Règle Volcker, une version faiblarde du Glass-Steagall Act, voté en 1933 et qui obligea jusqu’en 1999 les banques américaines à choisir entre le statut d’animal utile et d’animal nuisible. Pour éviter tout suspense superflu je vous annonce tout de suite que Volcker fut roulé dans la farine, sa règle étant appendue à un amendement proposé par un sénateur républicain qui le retira au moment propice. Malgré ce résultat prévisible, Volcker avait entretemps découragé le sénateur Blanche Lincoln de présenter un projet un peu plus musclé de réinstauration du Glass-Stegall Act, en insistant sur le fait qu’il ferait double emploi.

Je vous épargne les autres épisodes affligeants de cette Bérézina annoncée parce que ce qui m’intéresse dans l’article du New Yorker, c’est une remarque faite au journaliste par Anthony Dowd, le bras droit de Volcker au comité qu’il préside, le President’s Economic Recovery Advisory Board – « whatever that means », comme on dit en américain. Cette remarque, la voici : « On a tous les deux le sentiment qu’on a été mis sur la touche au dernier moment. Mais avec un peu de recul, il y avait en face de nous cinquante-quatre lobbys et trois cents millions de dollars dépensés pour nous contrer. Alors, tout compte fait, on ne s’en est pas mal tirés ». Comme si Napoléon au retour de la retraite de Russie avait dit à un journaliste : « Mais vous savez : il faisait très froid ! » (1).

Je conclurai en expliquant pourquoi l’appellation « Bérézina annoncée » convient parfaitement au « Financial overhaul ». Dès le début du débat relatif aux mesures qu’il faudrait prendre pour essayer de réparer la finance, le cadre qui a été défini n’a pas été celui d’un problème technique qu’il faudrait résoudre au mieux, mais celui – classique en politique – d’un compromis à formuler entre deux partis aux conceptions opposées, chacun lâchant un peu de lest pour qu’on puisse se mettre d’accord à mi-distance. Manque de pot, on n’élimine pas le risque systémique d’un appareil financier hors d’usage en faisant émerger une position moyenne entre celle que le gouvernement préconise et celle que prônent les banquiers : au premier compromis passé, le ver du risque systémique est déjà dans le fruit. Ah ! et encore moins cela va sans dire, une position moyenne entre d’un côté, le gouvernement et de l’autre, les banquiers, plus cinquante-quatre lobbys, plus trois cent millions de dollars.

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(1) À l’intention de ceux qui ne l’auraient jamais vu, j’affiche ici le fameux graphique par Minard (cliquez dessus pour l’agrandir – vivement recommandé).

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Le vent de populisme qui agite l’Amérique

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le mot qui revient le plus souvent dans les articles consacrés aux États-Unis aux événements de ces derniers jours est celui de « populisme » : un vent de fronde populiste agite désormais le camp démocrate et le Président lui-même semble pris depuis jeudi d’une danse de Saint-Guy populiste.

Jusqu’à la semaine dernière, le populisme était l’apanage de l’opposition au Président et avait pris la forme originale du mouvement « Tea Party », un courant venu de nulle part mais focalisé dans son opposition à « Washington », à la machine d’État et à son ingérence réelle ou simplement imaginaire dans les affaires des familles. On disait alors que ce vent de populisme, apparu essentiellement parmi les « indépendants », s’il était certainement une épine dans le pied des démocrates, n’était pas pour autant l’allié du parti républicain qu’il pouvait tout aussi bien déchirer par le milieu.

Pour être électeur aux États-Unis, il faut prendre l’initiative de s’inscrire sur les registres électoraux et, lorsqu’on entreprend cette démarche, il faut se déclarer « démocrate », « républicain » ou « indépendant ». L’affiliation a priori dans un camp où dans l’autre vous donne le droit de participer aux élections primaires du parti dont vous vous réclamez lors des campagnes présidentielles. Ces primaires opèrent au sein d’un parti le tri parmi ceux qui envisagent une candidature à la présidence. Dans la plupart des États de l’Union, seuls les électeurs du parti en question ont le droit de prendre part aux primaires, dans certains autres, tous sont admis, encourageant les « ennemis » à voter de manière à handicaper le candidat qui leur semble le plus dangereux pour leur propre camp.

Les indépendants constituent à chaque élection une importante masse flottante et ce sont eux avant tout qu’il s’agit de séduire puisqu’on peut se désintéresser de l’électorat convaincu d’avance. Comme ils glissent selon les cas du camp démocrate au camp républicain ou inversement, on considère a priori que les indépendants sont « centristes ». Ce sont bien sûr les électeurs indépendants qui furent les premiers à lâcher un Obama incapable de concrétiser ses promesses électorales mais, phénomène plus intéressant, ils se rallièrent en masse à l’opposition populiste que représente le « Tea Party », ce mouvement informel qui s’est manifesté jusqu’ici essentiellement dans son opposition au projet d’Obama de créer aux États-Unis un régime de sécurité sociale dans le domaine de l’assurance-maladie, comme il en existe en Europe ou au Canada. Le nom « Tea Party », comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, évoque l’un des premiers épisodes de la guerre d’indépendance américaine.

Depuis deux jours, et dans le sillage de leur ex-candidat devenu Président, ce sont les démocrates qui ont cette fois repris le flambeau du « populisme » – pour reprendre le terme que leur applique la presse américaine – et en ont fait eux aussi leur cause.

Cette variété-ci du populisme, c’est l’opposition militante à une direction du pays par Wall Street et ceci oblige à se demander s’il s’agit bien du même populisme que dans le cas du « Tea Party » qui se caractérise lui avant tout par son « libertarianisme ». Le populisme, aux yeux de la presse, c’est la mise en avant par ceux qui l’incarnent des « gens ordinaires » par opposition aux élites, lesquelles tiennent les leviers du pouvoir et imposent les décisions servant leurs intérêts, tout en ignorant la volonté du « peuple ». Dans cette perspective, est automatiquement populiste celui qui dans sa rhétorique oppose le « pays réel » au monde constitué de la classe politique, dont il considère que quel que soit le segment de la société qui l’a menée au pouvoir, elle aligne ses intérêts avec ceux de l’élite dont elle fait désormais partie. La notion de « pays réel » trouve donc un de ses principes dans le fait que le pouvoir corrompt.

On assiste donc depuis deux jours aux États-Unis au phénomène paradoxal d’un populisme se manifestant à grand bruit et ignorant les clivages que tracent traditionnellement les partis : présent non seulement parmi les électeurs indépendants où il a d’abord émergé mais également au sein des partis républicain et démocrate. Ce qui réunit ceux qui incarnent ce populisme, c’est le sentiment qu’ils partagent de l’existence d’une élite coupée des « gens ordinaires » et dirigeant le pays selon ses propres intérêts, assurée de pouvoir impunément ignorer les choix faits par les électeurs lors des consultations démocratiques. Le dégoût ressenti aujourd’hui par les électeurs américains d’un bout à l’autre de leur éventail politique n’est pas sans rappeler celui qu’a connu l’Europe quand l’impératif de mise en place d’un ordre ultralibéral supranational conduisit la classe politique à ignorer purement et simplement le vote populaire qui pourtant le rejetait, infligeant aux peuples le genre de blessures qui ne se referment bien sûr jamais. Différence importante cependant entre l’Europe et les États-Unis : c’est le chef de l’État américain qui en matière de populisme donne désormais le la.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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