Archives par mot-clé : plein emploi

LA LIVRE STERLING ET L’ÉTALON-OR (IV) LE STATUT SPÉCIAL DU NIVEAU DES SALAIRES

Le retour à l’étalon-or impliquait pour la Grande-Bretagne du début des années 1920 de restaurer le taux de change de la livre avec le dollar à son niveau d’avant-guerre. Ceci n’était possible qu’à condition que le coût de la vie baisse dans la proportion nécessaire pour rétablir l’équation. Le coût de la vie à son tour ne pourrait baisser sans que ne baissent les salaires en tant que coûts de production des marchandises et des services.

Or note Keynes, le niveau des salaires, tout comme d’ailleurs celui des profits ou des loyers par exemple, ne répond pas sans réagir aux pressions économiques dont il est l’objet : il résiste à la baisse – et il s’agit là bien entendu de l’effet collectif de la résistance des travailleurs eux-mêmes. Le niveau des salaires est « visqueux », pour reprendre le terme qu’emploie Keynes : « sticky ».

En fait, rappelle Keynes, les salaires ne baissent jamais parce que les salariés y consentent, ils baissent parce que la déflation cause du chômage et que le chômage modifie le rapport de force entre employeurs et employés, ces derniers consentant alors à une baisse des salaires, mais contraints et forcés.

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ETATS GENERAUX DE L’EMPLOI ET DE L’ECOLOGIE DES VERTS, samedi 23 octobre 2010

Mon intervention samedi dernier aux États Généraux de l’Emploi et de l’Écologie des Verts.


EGEE PART 6
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Mon intervention de 5m20 à 16m43 ; ma réponse à Pascal Canfin à 31m50.


EGEE PART 7
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Ma réponse à Benoît Roger-Vasselin, représentant le MEDEF : 24m50


EGEE PART 8
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Mon intervention, de 2m11 à 5m43.

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Le Monde – Économie, lundi 11 – mardi 12 janvier

Sur le site du Monde : Keynes aujourd’hui, par Paul Jorion.

Transposer Keynes aujourd’hui

On a parlé de révolution keynésienne au sein de la science économique mais encore davantage à propos de la politique des États et des banques centrales et certains continuent d’en parler en termes techniques, évoquant par exemple l’accent mis sur la demande macroéconomique plutôt que sur l’offre. La question en réalité n’est pas là.

Le capitalisme des années trente était en train d’échouer et la quasi-totalité des membres de l’entourage immédiat de Keynes s’étaient convertis au marxisme et citaient désormais l’Union Soviétique en exemple. Il n’avait cependant lui que du dégoût pour le communisme et il entreprit de sauver le capitalisme pour ce qu’il avait de bon à ses yeux : un attachement jusque-là indéfectible aux libertés individuelles.

Alors que fut la révolution keynésienne ? La pensée de Keynes était loin d’être aussi originale au sein de la science économique de son époque qu’on ne le dit aujourd’hui. Ce qui était neuf, ce n’était pas le remplacement de quelques courbes économiques par d’autres, c’était de placer au centre de son édifice théorique un impératif : ce fut de faire du plein emploi un principe intangible autour duquel redéfinir l’économie.

Pourquoi le plein emploi ? Keynes n’était pas d’avis que les travailleurs font les révolutions : pour lui – il l’écrivit à propos de l’Union Soviétique – les intellectuels entraînent les travailleurs à leur suite et si ses amis se ralliaient à la cause du communisme, c’était par écœurement devant la misère, un fléau qui rendait vain tout accent mis sur les libertés individuelles. Les intellectuels brandiraient bientôt l’étendard de la révolution et la Grande-Bretagne déjà secouée par les mouvements sociaux serait déchirée par la guerre civile. Son souci était de sauver le capitalisme mais en éliminant la cause principale du dégoût qu’il suscitait chez lui et chez ses amis.

Keynes mit le plein emploi au centre de la réflexion économique, il convainquit et, comme il en avait fait le vœu, il sauva le capitalisme.

Les choses sont bien différentes aujourd’hui : le communisme est mort et le capitalisme est en très petite forme. Seules constantes entre l’époque de Keynes et la nôtre : les libertés individuelles doivent être respectées et sur certains points, restaurées. et la misère qui prive celles-ci de tout objet doit être éradiquée.

Le plein emploi signifiait minimiser l’impact de la pauvreté mais constituait aussi une façon de maximiser la demande : une manière d’exorciser le spectre de la surproduction. On pouvait encore légitimement espérer alors que le travail générerait des revenus suffisants sous forme de salaires pour que la totalité de la production puisse être absorbée par la demande. Or l’informatisation et l’automatisation ont dopé à ce point la productivité, dans les services aussi bien que dans l’industrie, qu’il est devenu chimérique d’envisager que les salaires suffiront à l’avenir à absorber l’offre entière de marchandises.

Par ailleurs, la fuite en avant consistant à produire autant qu’il est matériellement possible pour générer ensuite à l’aide du marketing une demande équivalente, a trouvé ses limites dans l’épuisement des ressources et la dégradation de l’environnement. Consommer mieux et à meilleur escient s’est transformé en une nécessité si l’espèce humaine entend sauvegarder son habitat.

Le projet de Keynes doit donc être revu et réactualisé de manière à intégrer la nouvelle donne. Un impératif demeure sous sa forme la plus générale : maintenir – et le cas échéant, restaurer – ce qui du système mérite d’être sauvé, et au premier plan, les libertés individuelles, mais aussi faire en sorte que soit éliminée la source du dégoût qui se répand dans la population, comme dans les années 1930, envers un système qui, chaque jour davantage, punit les bons pour récompenser les méchants.

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