13 réflexions sur « Piqûre de rappel : Et si vous réveilliez dans un monde sans argent ? »

  1. @Paul Jorion

    Je vous adresse ici une objection qui je crois a déjà été formulée par B. Friot (ou était-ce F. Lordon, lors de leur rencontre à la librairie Tropiques? A vérifier) à propos de l’abolition de l’argent, qui est que l’argent est un outil d’euphémisation des rapports de forces (je crois me souvenir qu’ils parlent plutôt des « violences inhérentes à toute société », mais le principe semble à peu près le même) et que, supprimant l’argent, vous ne supprimeriez pas ces rapports de force mais les ramèneriez à leurs modes d’expression les plus sommaires (c’est à dire grosso modo le type costaud qui contraint le malingre à faire ce qu’il souhaite par la violence physique, comme Gregory Macklès l’a illustré vers le début de la bd « la survie de l’espèce »).

    Le problème fondamental de ce type de proposition est en fin de compte qu’elle s’arrête à l’impasse du consensus déjà identifiée par Keynes et par Robespierre: Il n’y a aucune raison pour que les riches cèdent ne serait-ce qu’une part de leur richesse dès lors que le rapport de forces leur est favorable, ce qu’il est objectivement puisque l’ensemble du système, notamment par la loi et le monopole de la violence légitime associé, est construit pour préserver ces avantages. Ainsi tout votre raisonnement ne tient que sur un « si ce rapport de forces était autre ou n’existait pas » tout à fait hypothétique (pour ne pas dire illusoire), d’autant que vous évacuez, eau du bain et bébé compris, la seule pensée un tant soit peu consistante ayant abordé cette problématique du basculement des rapports de forces, à savoir celle de Marx et notamment de la lutte des classes.

    Par ailleurs, l’idée de la taxe-robot est certes séduisante sur le papier, mais elle se heurte comme beaucoup d’autres à ses conditions de mise en œuvre. De deux choses l’une: Soit elle est directement instaurée au niveau mondial, ce qui n’a à peu près aucune chance de se produire à échéance raisonnable, soit elle est instaurée localement et n’a plus de sens que couplée à une politique de contrôle des frontières afin de gérer les délocalisations et autres pratiques de dumping, faute de quoi la parade capitaliste à cette taxe est cousue de fil blanc, toutes les entreprises qui le pourront délocaliseront (ce dont elles ne se privent déjà pas), et toutes celles qui ne le pourront pas seront mises en difficulté. Autant dire que dans le contexte actuel de l’UE, ce sera un fameux suicide économique. Et puis il reste toujours cette tâche aveugle dans ces réflexions sur la productivité, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit, qui consiste à ne jamais envisager une « réartisanalisation » du travail (du moins de certains travaux), ce que suggèrent pourtant avec vigueur certaines réflexions écologistes, notamment quant à la nécessité des circuits courts.

    Remarque enfin sur l’éducation qui génère en fait de la reproduction sociale bien au delà de la seule question de la gratuité, jusque dans ses modes opératoires. Lepage dans sa conférence gesticulée « Incultures 1 » le décrit admirablement comme quelque chose de l’ordre d’un capitalisme culturel dans lequel chaque génération hérite des acquis culturels de ses parents (modulo les histoires personnelles de chacun bien entendu). Ainsi, si on peut convenir que la gratuité ait un rôle à jouer à ce sujet, il n’est pas évident du tout que celui-ci soit central.

    1. Ah oui, vous avez peut-être raison. Faisons alors la chose suivante – pour simplifier – instaurons la gratuité, et une fois que c’est fait (en admettant que la gratuité ne vous dérange pas) regardons ce qu’il reste de vos objections.

      C’est la bonne méthode, non ?

      1. @Paul Jorion

        La bonne méthode serait peut-être de répondre à mes interrogations autrement que par un renvoi de questions, non?

      2. @Paul Jorion

        Je vais tout de même répondre en vous montrant pourquoi votre « gratuité » (qui n’est pas la mienne, nous en avons déjà parlé) ne constitue pas une réponse au problème posé. Tout simplement parce qu’elle repose sur l’impôt. C’est à dire sur un consentement à l’impôt. Or nous savons que ce consentement est plus que ténu puisqu’on estime qu’il y a entre 80 et 120 milliards d’euros qui échappent dors-et-déjà (sans taxe supplémentaire) à l’impôt par évasion fiscale.

        Votre réponse consiste ainsi à dire: « Des personnes (physiques ou morales) ne veulent déjà pas payer ce qu’on leur demande actuellement? Qu’à cela ne tienne, on va leur en demander un peu plus et vous allez voir, ça va bien se passer ». Nous voici donc revenus très exactement au point de départ de mon objection initiale car il n’y a aucune raison de penser que ça puisse bien se passer spontanément. Au contraire, comme je l’ai précédemment décrit, tous ceux qui auront les moyens d’y échapper y échapperont et ne resteront que les autres qui se sentiront une fois de plus lésés par ce nouvel effort qu’on leur demande, faisant encore baisser un consentement à l’impôt déjà si faible qu’il en sera alors pratiquement éthéré, augmentant encore les tensions sociales dans le pays et aggravant nettement le risque de guerre civile.

        A ce stade, il vous reste donc deux options pour mettre en œuvre votre proposition: Soit admettre le rapport de forces pour ce qu’il est et envisager des mesures contraignantes pour soumettre les évadés à votre impôt (et à tous les autres tant qu’à faire) qui feraient basculer le régime dans ce que vous appelleriez sans doute un « socialisme autoritaire » (sic). Soit faire ce qu’on fait tous les sociaux-démocrates depuis qu’ils existent, à savoir trahir leurs engagements sociaux.

    2. @Dissonnance( 20/12 à 18h48 ET 23h03 + 21/12 à 15h44…)

      Je crains que vous n’ayez raison… hélâââss…. !
      Donc l’unique (pour l’instant) question est :  »  »  » Comment forcer nos « dirigeants élus » à SUPPRIMER la notion même de « paradis fiscal »  »  » « 

      1. @Otromeros

        Non, pas l’unique. L’évasion fiscale est effectivement un problème. Le dumping en est un autre, sans rapport direct. Les deux ne sont peut-être pas du ressort des mêmes élus (conjecture).

  2. Hors de ce sujet.
    https://www.pauljorion.com/blog/2019/12/20/les-attitudes-possibles-devant-la-menace-dextinction-v-le-survivalisme/#comment-749409
    @ djezzar azzedine
    Le Jeûne? Admettons.
    Avant de l’entreprendre, je crois qu’y va y avoir de solides discussions concernant sa durée. J’imagine mal une durée standard ou imposée.
    Si, comme je l’espère, cette durée est laissée à l’appréciation de chacun, pour moi cette durée sera de quelques heures, non renouvelable, ou du moins pas trop souvent.

    Imaginons un grand jeûne, tous ensemble et solidaires. Un jour, une fois, faudra bien l’arrêter, ce jeûne, non? On fait quoi quand on en est rendu là? On rattrape le temps -ou plutôt les calories- perdu(es)? J’veux bien la sauter salement si au moins au bout y’a un espoir de réconfort. On a des faiblesses, je le reconnais sans peine.

    A moins d’une organisation collective et coercitive, je vois mal une telle idée (entre nous, saugrenue) faire recette. Cette organisation existe déjà: la religieuse. Très peu pour moi.

    Pour terminer, un conte:
    Une fois, le propriétaire assez radin d’un âne a voulu entraîner sa bête à ne plus manger.
    Tout allait assez bien, du point de vue de la mangeoire vide. Puis brutalement l’âne est mort. Réflexion logique: « Sale bête, elle est morte juste au moment où ça allait réussir. »

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