Archives par mot-clé : répartition

LA LANCINANTE QUESTION DE LA RÉPARTITION DU TRAVAIL (appliquée aux retraites), par Michel Leis

Billet invité

Avec un système de retraite construit sur la répartition, chaque nouvelle réforme donne lieu à un discours stéréotypé qui aborde le problème sous l’angle comptable et met en avant le déséquilibre né du ratio entre le nombre d’actifs et le nombre de retraités. À part quelques questionnements sur le taux d’activité des seniors et l’idée d’une intégration massive des immigrés dans le circuit officiel du travail, les hypothèses retenues dans les différents scénarios du Centre d’Orientation des Retraites présupposent une continuation des tendances antérieures en matière de répartition du travail. Beaucoup de commentateurs ont pointé les hypothèses de taux de chômage (entre 4,5 et 7 % suivant les scénarios), il y a là une simplification excessive puisqu’une grande partie de la population issue du baby-boom sera alors en retraite et la diminution du taux de chômage dans ces scénarios résulte avant tout de la diminution du nombre d’actifs. Par contre, ce chiffre comporte bon nombre d’hypothèses sous-jacentes qui sont sujettes à caution et qu’il convient d’expliciter.

L’hypothèse basée sur une croissance régulière des gains de productivité me paraît être l’un des exemples les plus frappants. Dans les documents du Centre d’Orientation des Retraites (C.O.R.), la répartition du travail dans des conditions actuelles semble aller de soi sans que cette hypothèse ne soit jamais remise en cause. Considérer l’état actuel de la répartition comme stable me semble pourtant extrêmement aléatoire : il y a une dynamique à l’œuvre dont les effets sont tels qu’ils posent la question du sens et de la nature du système de retraite ainsi que de sa soutenabilité dans le temps. Pour poser les termes du débat, il faut aborder les différentes dimensions de cette répartition, entre machines et êtres humains, entre pays, par secteurs, qualifications et statuts du travail offerts aux individus, par tranches d’âges ainsi qu’entre hommes et femmes.

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UNE ECONOMIE ENTIERE PAR REPARTITION, par Vincent Wallon

Billet invité.

Je viens ici vous faire part d´une réflexion qui mûrit en moi. Ma réflexion n´est pas encore très avancée et je souhaiterais faire appel au cerveau collectif du blog pour nourrir cette réflexion.

Par ailleurs, je ne donne que le noyau central de cette réflexion mais autour de ce noyau irradient bien entendu des milliers de sujets comme les questions de mode de gestion des prises de décisions (ce qu´on appelle aujourd´hui le gouvernement, le parlement et toutes les institutions de gestion des prises de décision).

Alors voilà, c´est simplifié à l´extrême :

La retraite par répartition montre que l´on peut sans avoir besoin d´accumuler du capital et de l´épargne et en répartissant les fruits du travail gérer des milliards et financer les salaires continués de millions de personnes.

Ce mode de fonctionnement représente en fait une menace terrible pour le capitalisme.
Le fondement du capitalisme est que la richesse ne se trouve pas à l´endroit où elle devrait se trouver pour permettre la production.

Pour pallier cette difficulté, le capitalisme propose donc un système qui permet aux acteurs économiques de se mettre en relation pour apporter les investissements nécessaires aux entrepreneurs pour développer leurs affaires et faire travailler les producteurs.

Les capitalistes ne le font pas par altruisme bien sûr. En échange de leur financement ils reçoivent des intérêts ou des dividendes.

Si nous envisagions de dire que pour financer les investissements, nous adoptons le même principe que le système de retraite par répartition, en créant une caisse d´investissement (ou plusieurs, c’est à voir) financée par les cotisations issues du travail, gérée démocratiquement et de façon transparente. Par démocratiquement, lire réellement démocratiquement, c´est à dire démocratie directe par un vaste échange d´informations et de débats au sein de la société dans son ensemble.

En ce cas, nous n´avons plus besoin de faire appel aux capitalistes et aux rentiers. Le financement des projets peut être réalisé par la société, pas par les rentiers.

Nous nous libérons ainsi du chantage de ceux-ci disant : si je n´obtiens pas de retour sur investissement suffisant dans votre pays, je pars m´installer ailleurs et je vous laisse sans emplois et sans ressources.

Il me semble qu´un tel principe, libéré de la contrainte de devoir rémunérer la rente et les intérêts se retrouve libéré de la contrainte de la croissance infinie (dont on sait désormais
qu´elle est impossible).

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Économie morale des retraites, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Valeur du droit présent projeté dans le futur

Le droit général et garanti par la société à recevoir une pension de retraite, c’est à dire des revenus liés à l’âge sans avoir à poursuivre des activités professionnelles rémunérées, est reconnu et appliqué dans les pays développés. L’application de ce droit résulte d’une discussion morale, politique et économique continue. Elle implique des redistributions de richesses dans l’espace et dans le temps entre des personnes qui les produisent au présent, des personnes qui les ont produites dans le passé et des personnes qui ne les produiront pas dans le futur. Les dépenses d’un retraité portent sur une production actuelle. Elles sont donc financées par des agents économiques actifs qui ne dépensent par pour eux-mêmes toute la contrevaleur de ce qu’ils produisent. Les revenus dépensés d’un retraité, quelle que soit leur origine, pension, produit d’épargne ou produit de capital investi, ont pour contrepartie de la valeur réelle qu’un salarié, un entrepreneur, un investisseur ou un service social public épargne. Une pension de retraite signifie que le cotisant qui produit effectivement la richesse épargne au bénéfice immédiat du retraité et à son bénéfice à terme.

Trois réalités cohabitent dans un système de retraite : la réalité économique actuelle du transfert de ressource ; la réalité financière qui lie la valeur du passé à la valeur du présent et la valeur du présent à la valeur du futur ; et la réalité politique qui attribue des droits aux membres de la société. La réalité politique est l’effet d’une décision collective. Elle détermine la réalité économique présente d’un certain niveau de transfert de richesses matérielles par les transferts qui s’opèreront dans le futur en vertu d’une certaine conception de la solidarité qui fonde la vie dans une même société politique. Dans l’ordre de la finalité, la réalité politique définit premièrement un équilibre de droits entre des cotisants, la puissance publique et des retraités présents ou futurs. Ensuite la réalité financière transforme des droits formels en cotisations et versements de pension effectifs. Enfin la réalité économique opère les transferts de valeur au bénéfice des catégories âgées qui ne produisent pas au présent.

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