Archives par mot-clé : révolution

Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (V) Tour de passe-passe involontaire ou délibéré ?

Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (I) Une trouvaille
Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (II) Keynes pressé par son agenda politique ?
Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (III) « Le taux d’intérêt tend à être égal au rendement marginal du capital »
Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (IV) Le rendement du capital provient du travail appliqué aux ressources naturelles

La révolution, Keynes l’écarte, et la raison qu’il donne, c’est le lourd prix humain à payer, dont on sait qu’il sera très élevé alors que le résultat est par nature incertain. L’un de ses étudiants écrit dans les notes qu’il prend lors d’un de ses cours en 1933 : « La tentation existe pour nous de guérir les maux qui découlent de notre incompréhension en recourant à une destruction encore plus massive sous la forme d’une révolution » (Skidelsky 1992 : 502).

Keynes restera attaché toute sa vie à la position qu’il exprime déjà dans l’essai qu’il consacre à Edmund Burke (1729-1797), alors qu’il n’est encore qu’un étudiant de 21 ans, passage que j’ai déjà eu l’occasion de citer :

Notre capacité à prédire est si faible qu’il est rarement avisé de sacrifier un mal actuel pour un hypothétique avantage futur […] il ne suffit pas que l’état de fait que nous cherchons à promouvoir soit meilleur que celui qui le précède, il faut encore qu’il soit à ce point préférable qu’il compense aussi les tragédies qui accompagnent la transition (Skidelsky 1983 : 155-156).

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – PEUPLE, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité.

PEUPLE

PEUPLE : du latin populus, qui désigne avant tout le peuple en armes, l’émeute civique qui voit dans toute couronne une Bastille à prendre et à démanteler jusqu’aux fondements. Populus est masculin en latin. Il ne faut pas le confondre avec populus, féminin, qui signifie « peuplier ». Pourtant, sans être là, le peuple y est, puisqu’il est de ce bois dont l’aristocratie montante a pris l’habitude de se servir pour enfoncer la porte de l’aristocratie descendante. Parfois, le populus dégénère en plebs, en populace, quand les émeutiers commencent à ne plus faire la différence entre les porteurs de couronne et les aspirants à la royauté, tellement plus nombreux, qui se font un tapis rouge du sang répandu par d’autres. Si l’émeute civique en vient à déranger le train des affaires, il n’est plus question de peuple, mais de banditisme, et les honnêtes patriciens y mettent le holà en plantant des larrons en croix le long des routes principales. Ce télégraphe de la terreur est censé rappeler aux pèlerins de l’égalité qui les empruntent dans quelles limites ils doivent renfermer leur exaltation. 

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QUI EST KEYNES ? (I) EST-IL UN LIBÉRAL (D’EXTRÊME-GAUCHE) ?

En 1925, Keynes a 42 ans. La campagne qu’il a menée pour empêcher le retour de la Grande-Bretagne à l’étalon-or vient d’échouer et il a salué sa défaite personnelle par une série de chroniques publiées au mois de juillet dans l’Evening Standard, textes rassemblés ensuite en une brochure : The Economic Consequences of Mr Churchill.

De même qu’il a cherché à montrer que la stabilité des prix est nécessairement excellente puisque la hausse des prix : l’inflation, et la baisse des prix : la déflation, sont toutes deux exécrables, il détermine que s’il est libéral, c’est parce qu’il ne peut être ni Travailliste, ni Conservateur. Ses pensées à ce sujet ont été rassemblées à l’occasion d’une allocution qu’il prononce en août à l’université d’été du parti libéral britannique intitulée : « Am I a Liberal ? », suis-je un libéral ?

Keynes ne s’est certainement pas facilité la tâche en se définissant comme appartenant au courant d’extrême-gauche de ce parti, tendance dont il est d’ailleurs le seul représentant dont on ait gardé le souvenir. Il affirme péremptoirement dans une allocution intitulée « Liberalism and Labour », le libéralisme et le travaillisme, prononcée en février 1926 : « La République de mon imaginaire se situe à l’extrême-gauche de l’espace céleste » (Keynes [1926] 1931 : 309).

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VILLA GILLET, Quand le peuple agit, Lyon, le jeudi 12 janvier à 20h30

QUAND LE PEUPLE AGIT : RÉVOLTES, RÉVOLUTIONS, RÉFORMES

JEUDI 12 JANVIER À 20H30 | Théâtre de la Croix-Rousse

Avec : Sophie Wahnich | Paul Jorion | Nicolas BaverezRencontre animée par Nabil Wakim

Les révolutions arabes ont remis sur le devant de la scène l’image du peuple en action, uni dans un mouvement de libération. Même nos vieilles démocraties aux habitudes réformatrices doivent faire face régulièrement à des mouvements de révolte : indignés, émeutes urbaines, mouvements sociaux.
Ces événements collectifs sont-ils un passage obligé dans l’histoire des peuples ? Que reste-t-il après l’action ? Si ces mouvements interrogent notre projet collectif, ils posent surtout de nouveau la question de l’idéal démocratique auquel chaque citoyen aspire.

 

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LES REVOLTES DU MONDE ARABE, par Guillaume Lapeyre

Billet invité

L’objectif est de proposer une analyse qui évite de spéculer sur ce que souhaiteront et réaliseront les peuples arabes.

L’essentiel de cet article traite des lectures dominantes que nous avons de ces événements et cherche à faire remarquer que les commentaires qui sont les nôtres en disent finalement plus long sur nous-mêmes que sur les pays concernés.

Il est inutile de spéculer sur l’avenir mais il est possible de prendre en compte le fait que le sens de l’Histoire, son inertie pousse dans certaines directions qu’il est intéressant de relever.

C’est ce que cette analyse essaie de montrer dans un deuxième temps. Cette crise risque de rencontrer dans son déroulement à venir certains des déterminismes qui sont ceux d’une réalité globale et historique à laquelle le monde arabe ne pourra pas échapper. En effet, de profondes influences auront tendance à pousser sur le devant de la scène des logiques qui peuvent être autant de limites aux luttes entamées.

Le premier point intéressant à considérer est le regard que porte l’Occident sur la situation. Nous lisons les événements à travers deux grilles de lecture majeures ; deux lectures qui sont liées à notre propre situation, qui est celle d’une civilisation traversant une situation de crise. Cette crise est pour certains passagère et inévitable dans la globalisation, pour d’autres elle nécessite de profondes réorientations.

Ainsi quand les seconds verront dans ces événements au Maghreb et au Proche-Orient la naissance d’une contestation dont l’Occident devrait s’inspirer, les premiers y verront la preuve que les valeurs absolues qui régissent nos sociétés restent plus que jamais d’actualité. Dans les deux cas, ces approches s’inscrivent dans une tentative pour l’Occident de se rassurer sur sa destinée. Se rassurer en espérant y trouver une source d’inspiration pour réformer notre civilisation ou au contraire en y voyant l’affirmation et la preuve de la pérennité de notre modernité et de l’adhésion qu’elle entraine.

Ces deux lectures ne s’opposent pas que du point de vue des conclusions, elles s’opposent plus globalement par les idéologies qui les sous-tendent.

Dans un cas, il s’agit de la pensée révolutionnaire internationaliste néo-marxiste qui part du principe que la révolution contre le capitalisme ne se fera pas en Occident – où il n’existe plus de prolétaires révolutionnaires, seulement des « exclus » de la prospérité – et que le prolétariat potentiellement révolutionnaire se trouve ailleurs. Il se situe dans les ateliers sud-asiatiques, en Afrique, dans les « pays en développement » subissant le capitalisme impérialiste dans toute sa barbarie. D’où l’espoir que ces pays s’unissent dans une contestation globale qui mettrait un terme au capitalisme, et qu’ils exportent leur contestation vers les pays dits développés.

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UN SYSTEME QUI VACILLE, par Zébu

Billet invité

Alors que plus d’un million d’égyptiens sont venus manifester leur ras-le-bol du régime en place, que la population tunisienne a finalement réussi à sortir les sortants et faire s’enfuir notre ami Ben Ali, nous serions en droit d’affirmer que quoi que puisse être la suite des évènements dans ces deux pays ou dans d’autres à venir dans le monde arabe, cet hiver restera gravé dans la mémoire des populations arabes et plus largement, de l’histoire mondiale.

On pourrait évidemment analyser les causes politiques de cette rupture de la réalité, tant les régimes maintenant passés ou en passe de l’être (et quand bien même resteraient-ils en place qu’ils apparaîtraient dans toute leur nudité) ont produit ces évènements.

S’être libérés de leurs propres peurs est le plus grand honneur que peuvent revendiquer, avec fierté, d’abord les tunisiens, puis les égyptiens, à fortiori quand leurs « amis » occidentaux n’attendaient rien tant – paradoxalement – qu’ils restent prisonniers des représentations qu’on leur tendaient complaisamment quant aux démons qui les habitaient.

Et que l’on soignait pour eux, comme on le ferait pour un ami atteint d’une fièvre dépourvue de symptômes mais sans cesse imminente, sourde.

Et aveugle aussi étions-nous, à ne pas percevoir les marques répétées d’autres causes, occultées, comme indignes des grands débats sur les droits de l’Homme, presque anachroniques et incongrues dans leurs volontés d’exister, malgré tout.

Car des signes avant-coureurs furent donnés.

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