LES REVOLTES DU MONDE ARABE, par Guillaume Lapeyre

Billet invité

L’objectif est de proposer une analyse qui évite de spéculer sur ce que souhaiteront et réaliseront les peuples arabes.

L’essentiel de cet article traite des lectures dominantes que nous avons de ces événements et cherche à faire remarquer que les commentaires qui sont les nôtres en disent finalement plus long sur nous-mêmes que sur les pays concernés.

Il est inutile de spéculer sur l’avenir mais il est possible de prendre en compte le fait que le sens de l’Histoire, son inertie pousse dans certaines directions qu’il est intéressant de relever.

C’est ce que cette analyse essaie de montrer dans un deuxième temps. Cette crise risque de rencontrer dans son déroulement à venir certains des déterminismes qui sont ceux d’une réalité globale et historique à laquelle le monde arabe ne pourra pas échapper. En effet, de profondes influences auront tendance à pousser sur le devant de la scène des logiques qui peuvent être autant de limites aux luttes entamées.

Le premier point intéressant à considérer est le regard que porte l’Occident sur la situation. Nous lisons les événements à travers deux grilles de lecture majeures ; deux lectures qui sont liées à notre propre situation, qui est celle d’une civilisation traversant une situation de crise. Cette crise est pour certains passagère et inévitable dans la globalisation, pour d’autres elle nécessite de profondes réorientations.

Ainsi quand les seconds verront dans ces événements au Maghreb et au Proche-Orient la naissance d’une contestation dont l’Occident devrait s’inspirer, les premiers y verront la preuve que les valeurs absolues qui régissent nos sociétés restent plus que jamais d’actualité. Dans les deux cas, ces approches s’inscrivent dans une tentative pour l’Occident de se rassurer sur sa destinée. Se rassurer en espérant y trouver une source d’inspiration pour réformer notre civilisation ou au contraire en y voyant l’affirmation et la preuve de la pérennité de notre modernité et de l’adhésion qu’elle entraine.

Ces deux lectures ne s’opposent pas que du point de vue des conclusions, elles s’opposent plus globalement par les idéologies qui les sous-tendent.

Dans un cas, il s’agit de la pensée révolutionnaire internationaliste néo-marxiste qui part du principe que la révolution contre le capitalisme ne se fera pas en Occident – où il n’existe plus de prolétaires révolutionnaires, seulement des « exclus » de la prospérité – et que le prolétariat potentiellement révolutionnaire se trouve ailleurs. Il se situe dans les ateliers sud-asiatiques, en Afrique, dans les « pays en développement » subissant le capitalisme impérialiste dans toute sa barbarie. D’où l’espoir que ces pays s’unissent dans une contestation globale qui mettrait un terme au capitalisme, et qu’ils exportent leur contestation vers les pays dits développés.

Dans l’autre, nous retrouvons la théorie de Francis Fukuyama, celle de nombreux conservateurs, celle de la fin de l’histoire. Il s’agit de l’idée que la progression de l’histoire humaine, envisagée comme un combat entre des idéologies, touche à sa fin avec un consensus sur la démocratie libérale de marché. Ce système constitue alors l’horizon indépassable des civilisations humaines, malgré ses imperfections. Ces grands mouvements de révoltes correspondraient ainsi à l’entrée dans la modernité de ces peuples en soif d’une « standardisation » souhaitée dans le cadre de la mondialisation.

Une fois ce constat posé, il est important de remarquer l’adhésion générale à l’idée que le phénomène est historique. Ce que cette révolte a d’unique, c’est l’unité qui est la sienne. De nombreux clivages, en particuliers religieux (entre laïques, musulmans, chrétiens, etc), ont du être mis entre parenthèse pour permettre son succès. Cette unité est réelle, mais il ne faut pas oublier qu’une révolution se fait en plusieurs temps.

D’abord, il s’agit de renverser les pouvoirs constitués, ce qui n’est possible que par l’unité, ou plus exactement par l’intérêt objectif partagé d’ébranler le pouvoir historique. Rappelons-nous qu’en 1789, la révolution commence par une opposition massive à la monarchie absolue. La contestation réunit ainsi des nobles déclassés par la remise en question de leurs rentes féodales ou d’autres, tel Mirabeau, obéissant à des logiques qui ne sont déjà plus celles de l’Ancien Régime, mais aussi des bourgeois qui souhaitent remettre en question les privilèges aristocratiques, tels que la non imposition, l’accès réservé pour toute une série de charges, royale, ecclésiastique et militaire, et enfin une partie du peuple, principalement urbain, première victime des difficultés sociales de l’époque. Pour lutter contre l’absolutisme d’un pouvoir contesté, les unions les plus insolites sont possibles.

Par la suite, il s’agit de construire une alternative, et c’est à ce moment là que les clivages se révèlent. C’est durant cette phase que les petites et grandes bourgeoisies n’ont plus les mêmes projets ; les classes populaires urbaines et rurales s’opposent sur les revendications concernant la propriété privée ; les petits nobles provinciaux et les grands aristocrates rentiers ont des avenirs qui n’ont plus rien en commun…

Or dans les pays concernés par les événements actuels, il existe une telle diversité. Ces sociétés ne sont pas plus monolithiques que ne l’ont été les nôtres.

L’unité actuelle repose sur la contestation de dirigeants autocrates voir despotiques, répressifs et largement corrompus. Ils sont au pouvoir depuis bien trop longtemps et semblent incapables de prendre en main les problématiques contemporaines, à commencer par les crises alimentaires récurrentes entrainées par des mouvements spéculatifs sur les marchés financiers mondiaux. Il n’en fallait pas plus pour créer l’unité indispensable pour imposer un changement, mais cela risque d’être insuffisant pour assurer la cohésion nécessaire à la construction qui doit suivre. Et pour cause : les origines des revendications et les attentes de changement sont multiples et souvent antagonistes.

Les clivages principaux à venir ont de fortes chances d’être à l’image de ceux que nous pouvons constater chez nous et qui résultent des tensions inhérentes à la mondialisation : une opposition entre ceux qui veulent croire à la réussite de la globalisation à l’occidentale, à savoir basée sur un capitalisme financier et des valeurs structurantes néo-libérales, et ceux qui contestent fondamentalement ce modèle.

Il existe dans tous ces pays une frange de la population qui ne souhaite rien d’autre que de tendre vers une modernité occidentalisée. Parmi eux, quelques-uns font partie des oligarques déjà au pouvoir, souvent enrichis par la rente pétrolière, d’autre plus nombreux sont issus de la bourgeoisie, souvent enrichie par la mondialisation (tourisme, commerce international). Des petits patrons, artisans ou étudiants dont le mode de vie est marqué comme en Occident par internet et par la société de consommation. La révolution qu’ils défendront a bien peu de chance d’amener une alternative sérieuse à notre propre société. Les plus illusionnés des révolutionnaires se plongeront dans Rousseau pour ce rassurer sur la propension des « bons sauvages » à ne pas commettre les erreurs qui ont été – et sont toujours – les nôtres ; les plus conservateurs seront satisfaits, le terrain de jeu du capitalisme s’agrandit. Cette tendance est, malgré sa surexposition médiatique, encore minoritaire, à l’exception peut-être de la population de certaines grandes villes.

C’est là toute la limite de l’universalité de la fin de l’histoire « à l’occidentale ». L’universalité ne réside pas dans le développement de processus de souveraineté populaire efficients comme nous pourrions l’espérer (ne serait-ce que pour nous-mêmes), mais dans la recherche néo-libérale de jouissance et d’émancipation individuelle.

Cette idéologie que nous exportons si bien tend à montrer toutes ces limites dans nos sociétés où le modèle arrive à maturité. La recherche du bonheur individuel ne favorise pas le développement de l’intérêt général, mais au contraire ébranle de plus en plus visiblement les substrats politiques et économiques nécessaires au bonheur dans le cadre d’une vie en société.

Quant à la lecture « pro-révolutionnaire », elle connaît également des limites : il est important de prendre en compte que rien n’indique que les projets alternatifs au capitalisme global qui naitront hors Occident seront en phase avec les valeurs et les projets alternatifs qui peuvent être les nôtres. Rien n’indique donc qu’ils catalyseront ou inspireront notre propre contestation.

Il est primordial de constater que la base idéologique de contestation du capitalisme impérialiste dans le monde n’est pas forcément celle qui est la nôtre, que les idéologues de la contestation ne sont pas partout des marxistes, des socio-démocrates ou des altermondialistes et que l’Occident n’a pas le monopole des projets alternatifs à la globalisation dont il est l’initiateur.

Qu’ont en commun les grands perdants de la globalisation capitaliste ? Parmi ces perdants se trouvent les pays les plus pauvres, exclus des réussites de la globalisation comme la Somalie, l’Ethiopie, le Bangladesh, le Yémen… On peut penser également aux pays qui jouent le rôle d’usines du monde, les prolos de la mondialisation, ceux chez qui même l’industrie chinoise fait de la sous-traitance comme la Malaisie ou les Philippines entre autres pays du sud-est asiatique ou d’Afrique. On peut enfin penser à tous les pays dont les ressources naturelles attirent toutes les convoitises et qui sont les victimes d’un quasi-siècle de prédations et de dominations, majoritairement occidentales, de l’Algérie au Pakistan.

Ils ont tous en commun d’être à forte composante musulmane, pour plus de 90 % de la population de la plupart des pays cités et d’environ 60 % pour les cas asiatiques.

La place de l’islam dans ces conditions est prépondérante et ne peut en aucun cas être limitée à une vulgate marxiste du type « religion, opium des peuples ». Les révolutions ne se font pas forcément contre les religions comme ce fut le cas en France, elles peuvent s’appuyer sur de nombreuses croyances collectives qui permettent de penser la société. Or l’islam n’est pas qu’une religion, c’est également un droit (au sens juridique), c’est un projet de société autant qu’une philosophie de vie qui a d’ailleurs eu un temps de grandeur que certains ne peuvent que souhaiter restaurer. La Révolution française s’est faite contre le catholicisme car celui-ci était structurel au pouvoir de l’Ancien Régime, alors rejeté. A l’inverse, dans la plupart des pays musulmans, le pouvoir aujourd’hui ébranlé s’affichait comme un rempart au développement d’un islam politique. Il serait donc assez naturel que des partis islamistes émergent des conditions actuelles pour proposer de participer à une reconstruction. Inutile de préciser que la possibilité d’une démocratie sur la base d’une république islamiste – par exemple – ne peut être jugée sur la seule base des réalisations historiques ou contemporaines. Il est important pour l’Occident de réaliser et d’admettre que la modernité des peuples arabes (pour ne citer qu’eux) puisse être établie sur une base religieuse et que cela ne sera pas forcement antagoniste avec le progrès social et technologique, la démocratie et l’état de droit.

Alors, s’il est vrai que nous traversons une phase circonstancielle de relative unité généralisée, autant dans la revendication de changement des peuples arabes que dans l’analyse occidentale très majoritairement favorable à ces événements, il y a fort à parier que cela ne durera pas. Il est difficile de savoir quelles formes prendront ces révoltes par la suite mais il existe de grandes chances qu’elles reposent sur une double tendance. Celle d’une orientation conforme à la globalisation capitaliste néo-libérale, et celle d’une orientation plus conforme aux traditions séculières de ces peuples. Le problème étant de savoir s’il existe une voie de compromis entre les deux.

Ce qui est probable, c’est que certains intérêts influents cherchent à canaliser la situation dans un sens qui leur serait favorable.

En premier lieu dans le monde musulman : comme nous l’avons vu, ce qui rassemble ces peuples tient principalement à la contestation des rapports de domination qui leurs sont défavorables depuis trop longtemps. Le monde arabe a conscience que sa division dans le monde de la globalisation est une source d’impuissance.

En première lecture, l’islam semble être porteur de rassemblement, seulement la réalité est que l’islam n’est pas homogène mais multiple dans le monde arabe, et surtout qu’il n’est absolument pas structuré. Trois grands pays cherchent à réaliser une union des pays du Proche-Orient, voir du Maghreb ou de l’Asie Mineure. La Turquie, sur la base d’une république laïque, non sans nostalgie de l’Empire ottoman, pays officiellement lié à l’OTAN, d’origine non sémite (Asie Mineure) et turcophone. L’Iran, pays anti-occidental revendiqué, chiite et également non sémite (indo-européens) qui cherche à développer un modèle de république islamiste. Enfin, l’Arabie Saoudite, alliée principale des intérêts anglo-saxons dans la région et pourtant principale mécène d’un islam néo-wahhabite qui correspond en tout point à l’image de « l’islamo-fascisme ». C’est en effet un islam extrêmement prosélyte qui derrière un discours traditionaliste favorable à un régime théocratique n’est rien d’autre qu’une doctrine politique totalitaire aussi corrompue moralement que financièrement. Cet islam n’a pu se développer que grâce à un demi siècle de soutien occidental (principalement pour lutter contre le nationalisme et le communisme) auxquels s’ajouteront des pétrodollars en quantités considérables.

De ces trois pays, le plus influent dans le monde arabe est sans conteste le dernier, par ses réseaux, ses capacités de financement et sa posture de lutte contre l’impérialisme. Pour autant, inutile de sombrer dans la crainte fantasmée du « califat mondial », les divisions présentes restent très importantes et cet islam fondamentaliste est loin de faire l’unanimité chez les musulmans. Par contre cette tendance peut pousser à une certaine radicalisation vis-à-vis du libéralisme et de l’Occident chez les nombreux « pro-traditionalistes » modérés et donc accroitre la difficulté d’un compromis avec les partisans d’une modernité occidentalisée.

Les acteurs majeurs du monde musulman ne seront pas les seuls à tenter d’influencer par intérêt ou par idéologie les événements à venir. L’Occident ne devrait pas rester en dehors de l’affaire au regard des intérêts en jeu. Si les évolutions se font dans le sens d’une « adaptation à la mondialisation », les conservateurs de tous poils en chanteront les louanges en cœur avec tous les humanistes contemplatifs. On serait dans la posture du « tout changer dans les pays arabes, pour ne rien changer dans le monde ».

Si en revanche les évolutions se font sur une base plus cohérente avec l’histoire séculière des peuples musulmans, les conservateurs occidentaux entameront l’acte II de leur raisonnement : après la fin de l’histoire, le choc des civilisations. Leur analyse serait donc que le sens naturel de l’histoire est l’universalisme occidental (le début des révoltes l’a montré) mais que l’islam fondamentalement obscurantiste va tenter de s’y opposer ; ce qui justifierait au minimum des condamnations « internationales », au maximum des interventions. Cette théorie assimilant toute forme d’islam un tant soit peu revendicatif au plus fondamentaliste des extrémismes wahhabites ne sera jamais rien d’autre que la volonté de faire passer des luttes socio-économiques et géopolitiques pour de simples antagonismes religieux.

Quoi qu’il en soit, cette opposition frontale des blocs d’influence ne va pas faciliter l’unité qui est pourtant indispensable pour que ces pays évitent de sombrer dans le chaos. Un chaos qui serait certainement contagieux, bien que les conséquences pour le reste du monde puissent être plus économiques que politiques : l’économie mondiale ne supporterait pas actuellement un nouveau « choc pétrolier ».

Enfin, pour conclure, ces analyses ne doivent en aucun cas nous faire oublier une question qui nous concerne beaucoup plus directement, à savoir la compréhension des raisons de l’impossibilité des pouvoirs en place de réagir à ces phénomènes insurrectionnels. Une révolution ne se fait pas seulement par un peuple revendicatif, elle nécessite l’affaissement préalable des structures du pouvoir.

Le cas égyptien semble exemplaire. Les révoltes sont récurrentes depuis 2005 sur des bases communes à celles actuelles, mais jusqu’à présent, elles ont pu être réprimées. Ce qui vient de se passer n’est pas sans rappeler ce qu’a symbolisé la chute du mur de Berlin : l’empire qui sous-tendait l’édifice n’avait plus les moyens de son ambition. Actuellement, l’empire se retrouve contraint à l’abandon de Moubarak, un de ses plus fidèles alliés dans la région. C’est lourd de conséquence. D’une part, on en reparlera surement, pour l’état d’Israël, qui semble avoir bien intégré le message ; d’autre part, car il est probable que nous assistions à l’un des premiers signes géopolitiques de l’effondrement américain et ainsi à la fin d’une époque, celle de l’insouciante hégémonie occidentale sur le monde. Les signes avant coureurs sur le plan économique n’apportent pas d’autres perspectives. L’occident traverse une grave crise et doit se remettre en question. Les réponses ne se trouveront pas dans des événements historiques tels que ceux se déroulant de l’autre coté de la méditerranée et qui appartiennent à des processus de recherche d’alternatives profondément différents des nôtres.

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135 réflexions sur « LES REVOLTES DU MONDE ARABE, par Guillaume Lapeyre »

  1. Pourquoi seulement deux alternatives : globalisation neolibérale, et son horreur globalisante, et totalitaire …ou « choc des Civilisations » : ces deux barbaries sont portées par les mêmes archaiques neocon-neolib US : ceci n’était pas le regard européen, du moins avant que les US et lobbies y afférents s’en mêlent ( élites européennes aux ordres, et en dessous de tout ) …
    Les humains n’ont rien à voir là-dedans : seuls les phynanciers en plein délire s’y retrouveront :
    une ploutocratie mondialisée, avec contrainte de corps, et paupérisation de 90% de la population mondiale : ici, là-bas et ailleurs, avec , de plus, une terre inhabitable un peu plus chaque jour, famines, baisse des niveaux d’éducation et de santé pour la grande majorité …ou deux ou plus, ploutocraties en guerre : comme toujours, ce sont les Peuples qui trinqueront …
    Et si autre chose était possible …
    une meilleure connaissance de l’autre, et plusieurs alternatives, suivant les lieux …
    et, une non ingérence, dont nous sommes sûr(e)s maintenant qu’elle tourne toujours à la catastrophe …
    Et, avant de se préoccuper d’une forme d’immortalité pour quelques dangereux genious , une petite frange du monde, il me semblerait plus décent que chaque région du Monde soit en auto-suffisance alimentaire – sans intervention de multinationales tripatouillant des semences
    stériles, à acheter le prix fort tous les ans …
    Les Peuples ont besoin- et certains, quoiqu’il advienne ensuite – c’est sur le long terme, et rien n’est jamais acquis- nous l’ont montré avec grand courage, d’élan, d’altruisme, de générosité !
    La réalpolitik des cyniques de tout poil [ aucune allusion à la barbe de PJ ] nous mène dans le mur …
    Il faut arrêter de tenter de nous mettre en équation : l’Humain est bien trop précieux et inventif pour cela …
    Notre inventivité s’est émoussée ici .
    Si elle nous vient d’ailleurs, tant mieux …
    Heureusement, les alliances de la jeune génération, ouvrent, et brassent les idées …il faut du temps…ensuite, tout advient naturellement.
    Si les zélites occidentales, dans leur état actuel, prennent un coup dans les gencives, cela ne me gênera pas !
    Attention à ce vers quoi elles veulent nous entraîner : c’est cela qui fait monter les intégrismes de toute sorte. Les « born-again » bushiens n’étant pas les derniers dans l’horreur intégriste religieuse : mais là : silence radio !
    Laicité 1905, c’est le contraire de ce que prône le sous-vers-rien …c’est religieux strictement séparé du politique, et citoyens allant ensemble vers le bien public .
    Or, les catholiques, étant bien à leur place, et sans problème, en France, ce n’est en aucun cas pour faire des révérences papales que « qui nous savons » tente ce changement que personne ne lui a demandé . C’est pour diviser et régner …C’est pour « claniser » la société : le contraire en somme de ce qu’ont voulu les Peuples révoltés. Ils en feront ensuite ce qu’ils voudront en faire.

    1. « Pourquoi seulement deux alternatives : globalisation neolibérale, et son horreur globalisante, et totalitaire …ou « choc des Civilisations » »

      Je ne dis pas qu’il n’existe que ces deux alternatives, je dis que le sens de l’Histoire ou son inertie si vous préférez nous pousse dans ces directions; tout notre travail, notre mission c’est de trouver une alternative.

    2. Qui dit qu’il y ait une alternative ? L’ histoire montre que non .Nous n’avons aucune action sur la direction de la toupie qd on est DANS la toupie .
      Seul des évènements exogènes pourraient perturber cette dynamique , la dynamique ira jusqu’à son terme et le terme sera probablement une rupture occasionnée par l’atteinte de »limites » sur lesquelles vont butter des exponentielles , comme la limite d’acces a l’énergie.
      Il n’ y a pas de solution globale : nous quittons un etat stable pour en rejoindre un autre , un « attracteur » pour un autre attracteur . Ce dernier peut etre vaguement « visualisé » par la Q.d’energie dispo pour chacun . Les pyramides societales et leurs pentes déclinant plusieurs modèles .
      Aucun choix là dedans …. juste comme toujours la pente de la pyramide.
      Pentes , qui , a mon avis , seront d’autant plus équitables , que le retour au morcelage sera important..

  2. Quelques points sont effectivement troublant, dans le cas Tunisien il est évident que ce n’est pas tant le peuple (qui n’a pas besoin d’organisations pour se plaindre) que l’armée qui à chassé Ben Ali!

    EN ce qui concerne la révolution tunisienne il ne faut pas oublier quel a été l’élément catalyseur de la révolte. C’est l’immolation par le feu du jeune Bouazizi. L’armée en a juste été l’arbitre, un arbitre qui a pris son parti. Certes, c’est l’armée qui a indiqué formellement la sortie et le mode d’emploi de cette dernière au président Ben Ali, mais c’est bien le peuple qui a mu la main de l’armée en provoquant le mouvement qui l’a déstabilisée.

    J’en discutais encore ce matin avec un tunisien et lui demandais quel pouvait être la signification de cet acte d’immolation dans le contexte religieux musulman. Sa réponse fut catégorique : le suicide est condamné par la religion musulmane et il n’y a pas eu, à sa connaissance, de précédent en l’espèce, du moins dont il garde le souvenir. C’est dire si l’acte du jeune Bouazizi a choqué. Si l’acte de Bouazizi marqua tant les esprits au point de déclencher les premières manifestations c’est qu’en lui coïncidait transgression d’un interdit et dénonciation d’une situation sociale devenue intolérable à cause de son injustice au point de faire de la transgression un acte éminemment positif par le retournement en son contraire de sa signification dogmatique habituelle. La croyance religieuse n’a pas disparue une seconde, les musulmans n’ont pas cessé d’être musulmans. Simplement le dogme s’est nié lui-même pour ne plus laisser s’exprimer que les seuls aspects éthiques et existentiels de la religion. C’est ainsi que les religions évoluent et participent aux évolutions sociales et politiques.

    Ce seul fait remet en cause une lecture des évènement du type de celle qui consiste à dire ou bien il s’agira pour la société d’évoluer dans les limites de la voie tracée par la tradition religieuse, ou bien il s’agira d’intégrer le monde néo-libéral.
    Ce n’est pas non plus une question de voie moyenne, mais d’invention sociale dans laquelle le religieux est partie prenante. Les effets sociaux du catholicisme d’aujourd’hui sont très éloignés de celui qu’il étaient si on les compare par exemple à ceux qu’ils étaient dans la société française de l’Ancien régime et pourtant le substrat originel du catholicisme est demeuré quasi identique, à savoir ses écrits fondateurs et son institution l’Eglise, entre temps l’institution s’est même raidie en inventant le nouveau dogme de l’infaillibilité papale. Pourquoi en irait-il différemment dans le cadre du monde arabo-musulman ?

    1. Pierre-Yves D.

      Je me sens bien dans ce que vous dites en général …
      Il y a une forme d’espoir, et de regard ouvert sur le monde.
      Bref, on respire !

      Sinon, trrrés colère !…

      Gronchonne.

    2. « Ce seul fait remet en cause une lecture des évènement du type de celle qui consiste à dire ou bien il s’agira pour la société d’évoluer dans les limites de la voie tracée par la tradition religieuse, ou bien il s’agira d’intégrer le monde néo-libéral. »

      encore une fois, ce n’est pas mon propos…

      donc forcement je suis entièrement d’accord avec votre remarque:
      « Ce n’est pas non plus une question de voie moyenne, mais d’invention sociale dans laquelle le religieux est partie prenante. »
      Je ne me risquerais pas à un pronostique, mais disons que c’est cela qui me semblerait le plus « logique ». Toutefois comme je l’écrivais, je crains que cette posture ne fasse l’objet d’amalgames (en partie souhaités) en occident et que l’on ai droit aux violons néo-conservateurs du « choc des civilisations », pourquoi? c’est leurs affaires me direz-vous… « Mais parce qu’il ne faudrait pas que les arabes soient autonomes, unis et souverains chez eux parbleu! c’est eux qui ont le pétrole! »

    3. +1
      Concernant le suicide, un très bon article sur le sujet, avec des références théologiques up to date :
      http://www.laviedesidees.fr/Suicides-islam-et-politique.html#nb13

      Toute la question se pose quant à la définition du geste. Si c’est un suicide, il n’y a que deux interprétations : l’une, sunnite, haram (interdit), que seul le pardon divin pourra ‘récupérer’, l’autre, chiite, tolérée, en relation avec le jihad et les martyrs. La césure se fait d’ailleurs au sein même des cheikhs ou des imams et il a fallu l’intervention d’Al Azhar elle-même pour ‘clôturer’ le débat.

    4. M.

      Il y a un coté morbide indéniable. Mais si l’analyse conduit à la conclusion qu’effectivement cet acte fut l’élément déclencheur de la révolte, doit-on l’écarter ?
      IL ne s’agit pas de justifier la mort d’un homme parce qu’elle a servi la révolution mais de montrer pourquoi le geste de cet homme eut un tel retentissement en prenant en considération le facteur religieux. Votre remarque me permet néanmoins de préciser un point. Lorsque je dis que la religion perd en la circonstance son coté dogmatique pour ne conserver que son aspect éthique et existentiel, je n’avais pas en tête une éthique de la mort qui donc justifierait le suicide ou le sacrifice pour gagner son salut dans l’au-de-delà. Non, je pensais au contraire à tout ce qui dans la religion valorise justice et amour du prochain ce qui précisément était nié par la dictature et que, paradoxalement, un acte contraire à l’éthique religieuse selon son propre dogme, permet en cette circonstance exceptionnelle de favoriser, de rendre possible collectivement là où il n’y avait que la peur. La signification de la mort du jeune tunisien qui s’immole par le feu ne concerne pas le versant sacrificiel de la religion puisqu’en l’occurrence le sens du geste est approprié collectivement pour une vie meilleure, ici-bas et dans un but politique. IL me semble que dans toute religion il y a un noyau éthique qui est commun à celui des incroyants et ce noyau c’est l’idée qu’il existe des valeurs, des sentiments qui transcendent les nécessités immédiates de la survie individuelle. Pour une idée que l’on se fait de la vie, de sa propre vie en regard de celle des autres, on est prêt à donner sa vie, et cela pas même du point de vue d’une intention délibérée, mais simplement parce qu’en certaine circonstance le sentiment s’impose de lui-même à soi après avoir été nourri par un terreau religieux ou philosophique, ou simplement éducatif. La transcendance n’est pas le propre du religieux. Le propre du religieux c’est seulement le fait que la transcendance puisse se rapporter à un arrière-monde.

    5. Pour une idée que l’on se fait de la vie, de sa propre vie en regard de celle des autres, on est prêt à donner sa vie, et cela pas même du point de vue d’une intention délibérée,

      La transcendance n’est pas le propre du religieux.

      Pierre-Yves D,
      Décidément, je m’exprime mal : car je suis d’accord avec vos propos ci-dessus …et votre questionnement du point de départ de la ré-volte-volution Tunisienne ne me semble pas à éviter.
      La transcendance laïque pourrait être ce qu’il reste d’une religion quand on a tout oublié …la mélodie est là, pas les paroles …? nous sommes issu(e)s d’une Culture …nous avons été structuré(e)s par elle .

      Mais, si nos ancêtres ont été capables de transcendance, qu’en reste-il actuellement ?
      Je pense que le consumérisme à l’excès, érigé en nouvelle déité, et nous transformant en tube digestif, est un grand responsable de cet état de fait …est un tueur de transcendance…

      J’étais en désaccord avec Guillaume, qui a répondu …

      Merci à Zébu et à Jeanne pour les lectures proposées .

  3. « Les réponses ne se trouveront pas dans des événements historiques tels que ceux se déroulant de l’autre coté de la méditerranée et qui appartiennent à des processus de recherche d’alternatives profondément différents des nôtres. »
    Elles ne sont différentes, ces alternatives, que par leur modernité. Car qu’elles sont-elles « nos alternatives » ?
    Ces révoltes ont une forme inédite caractérisée par une attaque frontale, sans concessions, contre les régimes en place. Elles font vaciller non seulement les pays non encore atteints par la contagion, comme l’Algérie et l’Arabie Saoudite, mais bien d’autres pouvoirs dans le monde qui voient des manifestants rêver de la place Tahir du Wisconsin à la Grèce en passant par la Chine.
    Il y a dans cet article un certain parti pris fait de résignation et de repli.
    Seul l’avenir révelera ce qu’il en est vraiment. Des intérêts divergents vont naturellement s’affronter. Et dans ce cas de figure cela s’appelle simplement la lutte des classes.

    1. On me parle de résignation, de pessimisme. Je comprends; mais vous savez l’optimisme et l’exaltation ne sont guère de meilleurs conseillés.

      Quelqu’un a dit un jour: « le pessimisme c’est la mort de l’action et l’optimisme c’est la mort de la réflexion ».

      Je sais que sur ce blog nombreux sont ceux qui souhaitent passer à l’action, ce n’est pas l’avis de la majorité de nos concitoyens, mais eux considèrent qu’il faut y aller….
      Vous savez quoi? Ce sont les plus lucides! ils veulent agir parce qu’ils regardent, droit dans les yeux et sans chanceler, un monde qui s’écroule.

      Je serai d’entre eux à n’en pas douter dés que la réflexion nécessaire à l’action me semblera suffisante. On s’en rapproche tous les jours un peu plus.

  4. Merci beaucoup Guillaume Lapeyre de cette analyse. Pour ceux qui cherchent à comprendre le monde dans lequel ils vivent, vous apportez un éclairage.

    Je me lance et tant pis si je dis des âneries.

    Ce qui me frappe en priorité c’est que nous avons, il me semble, une vision « romantique » de la révolte. Une espèce d’idéalisation de la révolte qui sans doute en pollue la compréhension. Notre grille de lecture pose des problèmes et analyser la situation avec cet outil (le grille) pose donc aussi des problèmes. Notre déception, suite à ce qui s’est passé en Europe de l’Est après 89, ne vient elle pas de ce décalage entre la réalité d’alors et cette idéalisation de la Libération qui nous a pollués ? Pour être brutal, je dirais, au fond, que comprenons nous ? qu’avons nous envie de comprendre ?

    Je me permets une petite remarque concernant votre comparaison avec la Révolution française. 1789 n’était pas contre la monarchie, les États Généraux puis l’Assemblée voulaient faire la Révolution AVEC le roi. 1789 s’est fait contre la société d’ordres. C’est le 21 juin 1791 et le fuite du roi qui a fait basculer les choses.

    1. Didier,

      « 789 n’était pas contre la monarchie »
      C’est vrai, effectivement, mais contre la monarchie absolue c’est l’absolutisme qui à fait perdre la tête à Louis XVI et avant lui à Charles I en Angleterre.

      Les premiers libéraux (vis à vis de l’absolutisme) ne sont pas les bourgeois ou le peuple opprimé, ce sont les petits nobles ruraux (la gentry en Angleterre, dont O. Cromwell est issu d’ailleurs…). ceux qui verront dans les développements de l’absolutisme la fin de leurs privilèges féodaux. Ce sont eux les premiers à demander un parlement pour affaiblir la toute puissance du monarque.
      En ce sens ils étaient les premiers révolutionnaires, des révolutionnaires réactionnaires puisqu’ils défendaient un retours aux traditions féodales. 😉

      « il me semble, une vision « romantique » de la révolte. Une espèce d’idéalisation de la révolte qui sans doute en pollue la compréhension. (…) Pour être brutal, je dirais, au fond, que comprenons nous ? qu’avons nous envie de comprendre ? »

      Si vous saviez comme je partage ce point de vue…. 🙂
      Un des points majeur qui m’a poussé à écrire ce billet.

      Remarquez bien tout de même que ceux qui ont le plus cette vision « romantiques » sont souvent les écorchés vifs, ceux qui ont le regard le plus lucide sur l’état du monde. Le « romantisme opium des lucides et réalistes? »

    2. @Didier : « nous avons, il me semble, une vision “romantique” de la révolte » : mais toute révolte EST romantique ! C’est l’impossible qui surgit comme dans un roman ! Sans être un « écorché vif », j’imagine fort bien l’exaltation que ces révoltés ont pu ressentir : c’était la condition sine qua non pour qu’ils retournent dans la rue, au risque, pour chacun, d’être celui ou celle qui ne verra pas le soleil se coucher.

    3. A crapaud rouge,

      « Sans être un « écorché vif » »

      Je définis les « écorché vif » comme: ceux qui ont le regard le plus lucide sur l’état du monde.

      J’en ai lu un paquet de vos commentaires, et désolé mais vous correspondez -à mes yeux- à la définition que j’en donne…

  5. 2 éléments de ‘réponse’ :

    « Bonjour les affamés d’Irak. Pour le premier anniversaire des élections, vous et nous serons au rendez-vous du ‘vendredi du regret’, pour avoir élu des députés qui ne servent pas l’Irak et ne répondent pas au désir des Irakiens », affirme un message publié sur le site Djiaa (« les affamés »).
    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/02/27/troisieme-demission-d-un-gouverneur-en-irak_1485776_3218.html#xtor=RSS-3208

    « Allez les Libanais, révoltez-vous contre le confessionnalisme », « Nous voulons un Etat civil », « Confessionalisme, sang, guerres civiles, assez! », « Révolution contre le féodalisme, contre la ségrégation! », criaient les protestataires.
    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/02/27/liban-plusieurs-centaines-de-manifestants-contre-le-confessionnalisme_1485817_3218.html#xtor=RSS-3208

    1. Luttes contre la corruption, contre la confiscation du pouvoir par les élites en place (y compris récemment élues), contre l’assignation à confession, pour des services ‘publics’ (au sens accessibles à tous et non pas appartenant à tous ou à l’Etat), contre le conservatisme des sociétés actuelles, …

      C’est la remise en cause de tout ce qui fondaient les sociétés arabes jusqu’alors.
      Cela va bien au-delà d’une révolte politique, pour ‘changer le régime’ en place (leitmotiv des manifestations de rues dans tous les pays).
      C’est une révolte sociale à mon sens, soit la remise en cause des normes collectives du vivre ensemble. Les ‘élites’, celles au pouvoir ou celles qui ont soutenu celles-ci (bourgeoisie ayant profité peu ou prou de la mondialisation libérale) sont donc elles aussi remises en cause.

      Au Maroc par exemple, une bonne partie de la génération de Hassan II reste encore au pouvoir, bloquant l’accès à une nouvelle génération à ce pouvoir (administratif, politique, économique, financier, …) car la génération précédente ne fait pas confiance dans cette nouvelle génération pour préserver les mêmes normes sociales ou tout du moins, éviter que tout ne vole en éclat (seule une infime minorité, ‘mondialisée’, a été cooptée car jugée ‘apte’ à gérer).
      Plus cette génération tardera à passer ‘le relais’, et plus la cocotte-minute montera en pression.
      Car la jeune génération ne se contente plus que ‘d’hériter’ du pouvoir : il lui faut aussi le définir.
      Ce que refuse leurs pères.
      Conflit de génération, lutte pour l’accès au pouvoir ?
      Pas seulement. Lutte pour la répartition des richesses produites, lutte pour tout simplement vivre mieux. Pour soit même et collectivement.

      De sorte que si on analyse bien ces mouvements, si ceux-ci voient leur libre court s’intensifier, il y a tout lieu de penser qu’à une échéance que l’on peut estimer que ‘brève’, c’est AUSSI (mais pas uniquement) le modèle de production et de répartition de richesse qui sera à terme réinterrogé.
      Pour produire un nouveau ‘contrat social’. Mais propre à ces sociétés spécifiques.
      Ainsi, la lutte contre ce qui est ressenti par certains jeunes comme un féodalisme et une ségrégation, le confessionnalisme, est propre au Liban (même si avec les coptes, la question peut aussi se retrouver de manière sous-jacente mais non ‘constitutive’ de la révolte en cours).
      Ainsi, de services ‘publics’ en Irak, pourtant riche de pétrole.
      Ainsi, d’un revendication d’une révolte trans-tribale en Libye (mais non pas ‘a-tribale’).
      Etc.

      A vue de nez, je dirais un ‘néo-nationalisme’, qui ne soit pas comme son prédécesseur, corseté dans un laïcisme exclusif et dogmatique, rejetant d’office la spiritualité islamique ou même diverse, riveté dans un corpus jugé dépassé d’un socialisme économique, dépendant des héritages cultuels et culturels pour le partage des pouvoirs au sein des sociétés.
      Il est ainsi ‘troublant’ de constater combien, dans ces différents pays concernés, les révoltes s’inscrivent dans le cadre de la nation existante et n’en appellent pas à une redéfinition de ce cadre mais bien de ce qu’il y a dedans. A l’inverse du ‘panarabisme’ de Nasser (dont Moubarak se prétendait être l’héritier) et de … Kadhafi (union Libye-Tunisie, ‘Etats Unis d’Afrique’).

      Ces révoltes semblent donc ‘nationales’. Mais elles concernent en même temps des thématiques que l’on pourrait facilement aborder en France (le service ‘public au public’, le confessionnalisme ou le communautarisme, …). Elles préservent les cadres de leur action tout en souhaitant en renouveler profondément ses mécanismes. Elles sont proprement locales et peuvent sans difficultés s’internationaliser, par les thématiques abordées (régimes, corruption, …) mais aussi par le fait qu’elles finiront bien par arriver toutes à un même questionnement de la mondialisation libérale actuelle, qu’elles subissent de plein.

      Comme une multitude de ruisseaux distinctes, chacun ayant leur propre dynamique, leur propre cours, mais dont une partie vient se mêler aux cours des autres, formant ainsi un torrent tumultueux, puis une rivière, qui rien ne semble arrêter, que personne ne semble maîtriser réellement. Que tout au plus, on tente d’endiguer.
      C’est quand la rivière vient se jeter dans les mers qu’elle est la plus prolifique, venant fertiliser les terres de ses limons.
      Alors, ce sera un fleuve.

      Un fleuve d’espérances.
      Mais pas avant.

      Addendum :
      Illustration de ce cours suivi, chaotique et imprévisible :
      Démission du premier ministre tunisien, suite aux manifestations à Tunis ces derniers jours.

    2. « C’est une révolte sociale à mon sens » : c’est pourquoi je penche vers de véritables révolutions … nationales.
      Elles ne nous ‘serviront’ pas à grand chose pour ce que nous avons à faire ‘chez nous’, autrement que par le fait, indubitable et incontesté, qu’une fois que les peuples décident de se saisir de leurs destinées, il n’existe pas grand chose pour les en empêcher.

    1. Bien sûr, musicalement, je peux apprécier, mais je n’ai pas la chance de comprendre le texte, ni d’ami à portée (pas musicale…) pour m’en préciser le sens. Ça serait-il dans vos cordes…?
      Merci.
      mqr

  6. Un édito de journal breton :
    http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Liberte-et-Democratie-_3632-1708665_actu.Htm
    « La démocratie n’est pas un héritage mais une conquête. Le courageux exemple donné par la jeunesse pacifique du monde arabe devrait réveiller les citoyens des pays démocratiques. Il devrait les inciter à exercer leurs responsabilités en prenant part à la vie démocratique de manière constructive et ainsi d’en affermir les fondements. »

    1. « Le courageux exemple donné par la jeunesse pacifique du monde arabe devrait réveiller les citoyens des pays démocratiques. Il devrait les inciter à exercer leurs responsabilités en prenant part à la vie démocratique de manière constructive et ainsi d’en affermir les fondements. »
      « Prendre part à la vie démocratique », cela peut aller jusqu’à s’engager dans un parti politique.
      Mais dans lequel ? Vous avez écouté peut-être les belles paroles de Martine Aubry sur A2 ce midi. La société qu’elle propose est en rupture totale avec ce que nous connaissons. Remettre l’humain au centre des préoccupations politiques. Qui ne le voudrait pas ? Et de se dire la fière héritière de son papa Jacques Delors …
      Se rend-elle compte que ce qu’a fait Jacques Delors, au nom de « l’humanisme chrétien » ? Ce président de la Commission de Bruxelles nous a conduits à l’absence d’Europe sociale et au dumping social ultralibéral que nous connaissons aujourd’hui.
      Et de se dire aussi prête à s’effacer devant DSK, s’il a plus de chance de gagner? Gagner quoi ? Et surtout pour quoi faire ? Ce parti veut avant tout gagner les élections. Le programme reste à négocier, on se demande selon quels principes ?
      DSK président ? Fera-t-il autre chose qu’au FMI ? Il aurait une conscience au FMI et une autre conscience en tant que président français rassemblant l’opposition à NS ?
      Devant une telle alternative, comment condamner ce responsable syndical CGT, de quelque part en Moselle, qui estime qu’un parti d’extrême droite répond mieux aux attentes des petites gens ? Je pense que le Front de Gauche a de meilleures solutions.
      Mais cela fait réfléchir.
      Quelqu’un sur le blog avait émis l’idée que l’opposition n’est plus droite-gauche, mais ceux d’en-haut vs ceux d’en-bas. Et à l’évidence DSK représente ceux d’en-haut. Et le fort parti d’extrême-droite, pour beaucoup de gens, semble représenter ceux d’en-bas, même si historiquement c’est un leurre.
      Ceux d’en-haut n’auront jamais ma voix, je ne referai plus l’erreur de la donner à l’UMP comme aux fameuses présidentielles UMP-FN.
      On ne peut s’empêcher de penser que les sondages publiés actuellement participent d’une intoxication. Ou alors beaucoup de gens de droite auraient reconnu que DSK est le meilleur candidat de la droite d’en-haut ?

  7. Et pendant que les révoltes suivent leurs cours, nos remaniements suivent les leurs.
    Juppé, Alain de son prénom, remplacera Alliot-Marie, Michèle, de son ex-poste de Ministre aux affaires étrangères.
    Sans doute, afin de gagner un peu plus de rectitude dans les bottes, qui commencent à être remplies.

    Juppé, celui dont Chirac disait qu’il était le meilleur d’entre nous …
    On y gagnera sûrement en cohérence (quoique). Peut-être en compétence.

    Certainement pas en rénovation de la politique étrangère.

  8. bonsoir,

    votre analyse est éclairante, même si j’ai relevé quelques points discutables à mes yeux.

    La recherche du bonheur individuel ne favorise pas le développement de l’intérêt général, mais au contraire ébranle de plus en plus visiblement les substrats politiques et économiques nécessaires au bonheur dans le cadre d’une vie en société.

    ce n’est pas faux mais assez général, la recherche d’un bonheur individuel n’est pas en soi dangereuse tant qu’elle n’atteint pas certaines proportions indécentes.

    et la richesse gagnerait à moins s’étaler. bling. bling. il faut limiter l’enrichissement et l’accaparement, non pas priver les classes populaires assez réalistes quand à leur ‘domaine du possible en terme de bonheur’. posséder un camping car avec frigo et partir à palavas ce n’est pas ce qui ébranle le pacte de solidarité républicaine de mon point de vue. c’est bien plutôt l’ultra-richesse et les bataillons d’immigrés analphabètes soumis au patronnat et inconscients de leurs droits syndicaux et sociaux. les dumping en tout genre.

    Alors, s’il est vrai que nous traversons une phase circonstancielle de relative unité généralisée, autant dans la revendication de changement des peuples arabes que dans l’analyse occidentale très majoritairement favorable à ces événements, il y a fort à parier que cela ne durera pas.

    depuis un temps certain le monde parle de l’effondrement de l’empire américain, les chantres claironnent à tue-tête mais il semble bien contrôler les armées des pays cités. la turquie est dans l’otan. l’arabie saoudite un allié. sans armée point de salut. les tendances au sein de l’armée devraient s’avérer déterminantes, comme à chaque fois lors d’une révolution. l’empire américain semble avoir la main mais son label ‘u.s.a’ devient lourd à porter. d’ailleurs est-ce bien l’empire américain ou un empire occidental en formation divisé, en deux comme le fut l’empire romain? les usa ont-ils cessés d’être un jour des européens immigrés? pas si sûr.

    enfin vous concluez sur l’égypte, un pays de plus de 80 millions d’habitants, c’est environ trois fois l’arabie saoudite, dans ce cas il est possible d’en faire le centre hypothétique d’un nouveau califat plutôt libéral et déjà intégré au niveau linguistique, appelé à s’étendre… dans cette région les centres du pouvoir ont quasiment toujours été multiples, l’identité arabo-musulmane fera-t-elle le poid? arrivera-t-elle à s’imposer sans y laisser des plumes? à mon avis non, ces pays issus du démembrement récent d’un empire puissant sont jeunes en terme d’âge moyen, il y a de la place pour notre modèle, à condition peut-être de le soutenir à bout de bras assez longtemps, comme en europe il fut un temps.

    1. « ce n’est pas faux mais assez général, la recherche d’un bonheur individuel n’est pas en soi dangereuse tant qu’elle n’atteint pas certaines proportions indécentes. »

      C’est exact. La limite réside peut être dans « la recherche individuel d’un bonheur individuel »

  9. A ceux qui croient que les monarques européens n’ont pas de rôle politique, un extrait du blog du Guardian sur la crise libyenne aujourd’hui et la saisie des comptes bancaires de la « famille »:
    Britain froze the assets of Muammar Gaddafi and his five children on Sunday evening at an emergency meeting of the Privy Council at Windsor Castle presided over by the Queen.
    As £900m of Libyan currency was impounded in Britain in a separate cloak and dagger operation, the chancellor George Osborne acted to freeze Gaddafi’s assets amid reports that the Libyan leader moved £3bn to Britain last week.
    Ministers, who announced earlier in the day that they had stripped Gaddafi and his family of their diplomatic immunity in Britain, froze the Libyan leader’s assets at a special meeting of the Privy Council at 5.15pm on Sunday.
    The meeting approved an Order in Council which froze the assets of Col Gaddafi; his son Saif al-Islam, who is a well known figure in Lord Mandelson’s social circles; the Libyan leader’s three other sons, Hannibal Muammar, Khamis Muammar, Mutassim; and his daughter Aisha Muammar. Britain moved after The Times reported on Saturday that Gaddafi had deposited £3m with a Mayfair-based private wealth manager last week.

  10. j’espère que ces révoltes vont permettre de re-panser les priorités.
    Repenser une économie qui commencerait par s’occuper des plus pauvres condamnés à l’esclavage dans les villes comme dans les champs, ceux qui nourrissent,, nettoient, soulèvent, et portent les malheurs de notre choix de société de profit parce que jetable, qui pollue les usines, les villes, les champs, les fleuves, vide les océans de ses poissons et le ciel de ses oiseaux.
    Sommes nous prêts sérieusement à les aider?

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