Archives par mot-clé : socialisme

Parti de Gauche : Colloque sur le coût du capital, le 23 novembre 2013

En novembre dernier, j’intervenais sur le coût du capital à l’invitation du Parti de Gauche. La vidéo se trouve ici.

Le Parti de Gauche a eu la bonne idée de vouloir faire un livre de toutes nos interventions. J’ai reçu du coup la transcription de la mienne, qui servira à rédiger un texte, plus proche de la forme écrite.

Une vidéo, c’est bien pour ceux qui ont la patience de passer 37m51s devant leur poste. Si vous préférez quelque chose à lire, le voici.

 

Le 23 novembre 2013

Merci, merci. Bien, je vais embrayer directement sur les questions qui ont été posées. Par exemple, sur le capital et la rémunération du capital : est-ce qu’elle doit être minimale ?

Il faut d’abord faire un retour en arrière : cette question-là est une question qui est centrale aux débats qui ont déchiré la Première Internationale (1864 – 1872 ; qui réunissait socialistes, anarchistes, et communistes marxistes), de savoir quels sont véritablement les facteurs qui sont impliqués dans la production et la distribution, et comment les rémunérer.

Et là, vous le savez sans doute, il y a deux options : il y a deux courants qui sont deux courants distincts et qui aboutissent à des conclusions différentes.

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Le 1er mai au Familistère de Guise, par Michel Leis

Billet invité.

Quel autre endroit que le Familistère de Guise pour aller passer un 1er mai ? À moins de 50km de Fourmies, symbole tragique de la condition ouvrière à la fin du 19e siècle, se dresse le Familistère, une utopie sociale qui à partir de 1858 offre aux ouvriers et employés des fonderies Godin des avantages sociaux et des conditions de vie exceptionnels pour l’époque, sous la forme « d’équivalents de la richesse ». De quoi s’agit-il ? De l’accès à des services et des installations réservés aux seuls bourgeois de l’époque : logements clairs et aérés, plutôt vastes*, éducation obligatoire et gratuite jusqu’à 14 ans, équipements sportifs et culturels (piscine, bibliothèque, théâtre). Les conditions de travail ne sont pas en reste : retraite à 60 ans, journées de 10 heures puis de 8 heures avec des années d’avance sur les lois sociales, service de santé gratuit, la liste est longue.

La fonderie Godin est une unité de production performante pour l’époque, dont le succès repose en partie sur une innovation technique, le remplacement dans les poêles de la tôle par de la fonte émaillée. Cependant, la production ne se limite pas aux poêles et l’usine de Guise restera très compétitive (c’est l’une des toutes premières fonderies du monde) tant que la demande restera importante. Bien que l’on parle d’utopie sociale, le travail est rémunéré et il existe une grille des salaires fondée à la fois sur la compétence, l’ancienneté et la position dans l’entreprise.

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Petite chronique des siècles de plomb : France, élections municipales, 2014, par Jacques Seignan

Billet invité.

De la Patagonie à la Sibérie, de la Californie à la Somalie, dans le monde entier, tout était suspendu à la décision que prendrait le deuxième Président socialiste, élu par la patrie des Droits de l’Homme et le pays de la Révolution de 1789 – et, en 2014, c’était une nation très riche, 5ème puissance mondiale par son PIB.

La situation était grave. Les forces obscures montaient. Le désarroi frappait tous les Français : il devenait terriblement difficile pour les jeunes de trouver du travail ou pour les vieux d’en retrouver ; pour tous, l’avenir s’assombrissait. Nul, à part quelques-uns dans leurs univers protégés – qui donnaient heureusement du travail aux artisanats de luxe ou à des agences de voyages spéciales (1) –, n’était à l’abri. Les inégalités augmentaient inexorablement. En un mot, l’activité économique était atone et risquait de s’enfoncer davantage par l’euthanasie programmée du consommateur, conséquence d’une politique d’austérité inflexible – toutefois après en avoir acceptée les règles dogmatiques et ineptes, il était question de marchander des délais. De plus la société souffrait devant un niveau de corruption jamais atteint avec l’impunité arrogante des coupables. Un voleur de scooter était rapidement emprisonné ; un fraudeur du fisc, un politicien véreux, un banquier escroc ou un concussionnaire voyaient leur jugement final indéfiniment reporté et les peines encourues étaient faibles. En conséquence de tous ces dysfonctionnements intolérables, le fameux « peuple de gauche » avait fait une grève massive aux élections municipales ; il s’était comme volatilisé. Les résultats furent catastrophiques y compris pour des mairies de gauche sortantes qui avaient pourtant fait un travail honnête.

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GACCIO ET JORION (V) LE SOCIALISME ET LA GAUCHE : TOUTE UNE HISTOIRE

La cinquième vidéo dans une série de 5 :

1) Les modèles de sortie de crise – 2) Les banques – 3) Le travail et le revenu – 4) Les scénarios catastrophes – 5) Le socialisme et la gauche : toute une histoire

Pour en savoir plus sur les deux personnages, Bruno Gaccio et Paul Jorion, et sur La Parizienne à l’origine du projet, c’est ici.

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QUI EST KEYNES ? (II) EST-IL UN SOCIALISTE (ÉLECTRON LIBRE) ?

QUI EST KEYNES ? (I) EST-IL UN LIBÉRAL (D’EXTRÊME-GAUCHE) ?

Dans « Am I a Liberal ? », allocution prononcée à l’université d’été du parti Libéral en 1925 et publiée la même année, John Maynard Keynes explique son appartenance au parti Libéral britannique.

L’étonnante forme interrogative qu’il donne au titre de son exposé s’explique par le fait que s’il s’affirme libéral, il est, selon ses propres termes, un libéral d’« extrême-gauche », le représentant d’une tendance assez inattendue au sein d’un parti dont l’ambition est de se situer au centre de l’échiquier politique.

La perplexité grandit encore lorsqu’on lit le compte-rendu qu’il publie l’année suivante d’un ouvrage de Trotski consacré à la Grande-Bretagne, où l’on constate que s’il réfute le bien-fondé d’un projet révolutionnaire, il présente la thèse du Russe en manifestant à son égard une telle considération qu’il paraît bien difficile d’imaginer qu’il n’ait pas pour celle-ci une certaine sympathie (Keynes [1926] 1933).

Aussi, après avoir expliqué de manière quelque peu paradoxale pourquoi il est un libéral, Keynes entreprend de répondre dans cette même allocution à la question que tout contemporain se pose légitimement : « Étant aussi socialiste que vous affirmez l’être, pourquoi n’êtes-vous pas plutôt membre du parti Travailliste ? »

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LE TEMPS EST VENU D’ENFONCER LES PORTES OUVERTES

La tragédie qui se déroule sous nos yeux résulte essentiellement de la disparition de la pensée socialiste du monde en général, et de la réflexion au sein des « partis socialistes » en particulier.

Cela a déjà été dit, et c’est vrai : les « partis socialistes » avaient besoin du communisme comme d’un épouvantail pour leur permettre d’apparaître comme un moindre mal aux forces de l’argent, liguées résolument contre eux.

Aujourd’hui, la population est désarmée devant l’effondrement de l’Ancien Régime contemporain fondé sur l’argent (après l’avoir été autrefois sur la terre) car la pensée socialiste n’est plus défendue par personne. La droite s’identifie à cet Ancien Régime condamné dont l’extrême-droite fournira les dernières troupes (cela s’est déjà vu et se verra encore), la « gauche » s’est ralliée à cet Ancien Régime (même si la maladresse dans son soutien trahit un reste de réticence). Le vide devant nous est tel que le communisme, héritier du dogmatisme de Marx, tente un retour (malgré le souvenir cuisant qu’il a laissé dans les corps d’abord, dans les mémoires ensuite).

Le moment est venu d’enfoncer les portes ouvertes sous peine de voir la civilisation disparaître (et il ne faut entendre par « civilisation » rien d’autre que la capacité à vivre longtemps et en bonne santé, à être éduqué et pouvoir comprendre ainsi le monde dans lequel nous sommes, et être libéré par la gratuité de l’asservissement corrupteur à l’argent).

La pensée socialiste existe : elle est née au XIXe siècle avec les Sismondi, Saint-Simon, Proudhon ; elle a fleuri au XXe siècle avec les Jaurès, Keynes et Debord ; on la trouve au XXIe siècle dans les livres de Robert Skidelsky, ceux d’Adair Turner, ainsi que dans les miens ; elle s’exprime aussi ici-même sur ce blog, dans ses billets invités.

Le temps presse : les « partis socialistes » européens doivent se rallier dans l’urgence au socialisme. Sinon (et il ne s’agit pas là de vaine rhétorique) c’est bien simple : il ne restera plus rien de ce à quoi nous tenons, de ce qui fait que nous pensons (de plus en plus rarement hélas) qu’il fait parfois (oui vraiment) bon vivre !

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L’« EUTHANASIE DU RENTIER » DONT PARLE KEYNES EST UNE AFFAIRE SÉRIEUSE !

Dans son billet le plus récent, François Leclerc écrit : « l’inflation, c’est-à-dire « l’euthanasie des rentiers » selon la formule de Keynes ».

François Leclerc partage là l’opinion la plus courante aujourd’hui selon laquelle Keynes pensait à l’inflation quand il parlait de l’« euthanasie du rentier ». Mais il y a là une erreur, peu étonnante il est vrai car découlant d’une édulcoration généralisée du message de Keynes pour en faire une variante inconséquente de la pensée économique dominante.

Le seul passage de La théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936) où Keynes parle de l’« euthanasie du rentier » (Notes finales sur la philosophie sociale à laquelle la théorie générale peut conduire) est un authentique manifeste politique où il n’est pas question de l’inflation. L’« euthanasie du rentier » se réalise en faisant disparaître la rareté du capital par une nouvelle forme de partage de la richesse créée qui élimine « une répartition de la fortune et du revenu [qui] est arbitraire et manque d’équité ». Le taux d’intérêt se réduira, dit Keynes, à la somme du coût de dépréciation et de la prime de risque. C’est « l’euthanasie du pouvoir oppressif cumulatif du capitaliste d’exploiter la valeur-rareté du capital », autrement dit, l’euthanasie de ce que j’ai pris l’habitude personnellement d’appeler la « machine à concentrer la richesse ».

On aura compris que l’« euthanasie du rentier » de Keynes n’est donc nullement un outil de politique monétaire sacrifiant les classes moyennes, comme le suppose son interprétation en termes d’inflation, mais bien la stratégie d’une transition vers le socialisme. Il s’agit donc de beaucoup plus qu’une simple nuance et le contresens fait aujourd’hui est très loin d’être innocent !

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Toujours la même chose, mais autrement. Ou le retour du socialisme platonique, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité

« Semper eadem, sed aliter. » La formule est célèbre. Elle se rencontre sous la plume d’Arthur Schopenhauer, dans Le monde comme volonté et comme représentation (1819). C’est le même Schopenhauer qui a bien obligeamment livré aux communicants modernes les clés sophistiques de l’évitement du débat (L’art d’avoir toujours raison, 1864). Pourquoi citer en exergue de ce billet un homme dont la philosophie politique se borna à offrir à la troupe une vue surplombante depuis ses fenêtres sur les insurgés de 1848 ? Parce que c’est le même homme qui fit de son caniche son unique héritier. Par ce gag énorme, hommage déguisé aux cyniques, ces dégonfleurs de gloire, Schopenhauer pensa rompre le cycle tragique de sa propre histoire. Malheureusement, son geste n’était pas sans précédent – l’empereur Caligula n’avait-il pas formé le dessein d’élever au consulat son cheval Incitatus ? – et n’empêcha pas certains admirateurs souffreteux et mélancolâtres de s’instituer ses héritiers. On ne peut pas interdire aux morts de vous imiter et aux idiots d’aller baver sur vos restes. La même chose, mais autrement, toujours.

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