Archives par mot-clé : sociologie

Pourquoi les femmes consacrent-elles plus de temps aux tâches ménagères que les hommes ? On a trouvé la réponse

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Un excellent article dans le Financial Times, Chore wars: why do women still do more housework ?, « La guerre des corvées », par Gavin Jackson, résout la question à mille francs : pourquoi – quelles que soient les cultures – et même en présence d’efforts louables de part et d’autre, les femmes consacrent-elles plus de temps aux tâches ménagères que les hommes ? Gavin et sa copine Gabi ont rempli des fiches quotidiennes de budget-temps qu’ils ont fait analyser ensuite par une équipe de sociologues.

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Crise et sciences humaines

Cet entretien avec Mathieu Simonson, qui a eu lieu en septembre dernier, m’était sorti de la tête. Il a refait surface hier. J’y aborde des questions déjà couvertes mais d’autres aussi dont j’ai rarement l’occasion de parler. C’est une transcription, donc un peu « brut de décoffrage ».

Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à la finance, vous qui venez à la base de l’anthropologie et des sciences cognitives? Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser à ce secteur-là ?

D’abord mon intérêt s’est développé pour le formation des prix. J’ai fait mon premier travail de terrain – j’étais très jeune, j’avais vingt-cinq ans – dans l’île de Houat, en Bretagne, en France. Et là, c’est un peu accidentel, c’est en regardant mes données, que je me suis aperçu que l’explication classique de la formation des prix – en particulier pour les poissons, les crustacés que ces pêcheurs vendaient – bref, que la loi de l’offre et de la demande ne fonctionnait pas, qu’elle n’expliquait pas du tout la formation des prix. Alors je me suis demandé d’où venait cette loi de l’offre et de la demande, et pourquoi elle était admise aussi universellement, puisque dans le premier cas qui se présentait à moi ça ne fonctionnait pas. Alors ça m’a intéressé. A l’époque l’anthropologie économique était essentiellement d’inspiration marxiste. L’analyse de Marx ne fonctionnait pas pour expliquer la société de Houat, et je suis allé chercher un peu partout pour voir si il y avait des explications de la formation des prix telle que je la voyais. Et l’explication que j’ai trouvée qui était la plus proche, c’était celle, très ancienne, d’Aristote. Alors je me suis intéressé à la formation des prix de manière générale. J’ai travaillé ensuite en Afrique, comme socio-économiste pour la FAO (Food and Agriculture Organization), donc pour les Nations Unies, et là, j’ai récolté beaucoup de données sur les marchés de poissons en Afrique Occidentale. Et je me suis aperçu que la théorie d’Aristote expliquait beaucoup mieux la formation des prix que toutes les théories alternatives. J’avais donc un grand intérêt pour la question du prix, avant même de m’intéresser à la finance. Le passage à la finance, lui, il s’est fait de manière assez accidentelle. Bon c’est anecdotique, je veux dire, ce n’est pas un calcul de ma part. Ce qui s’est passé c’est la chose suivante: c’est que j’ai reçu un jour un coup de téléphone de Laure Adler qui travaillait pour France Culture et qui m’a demandé justement de faire une série d’émissions sur les sociétés de pêcheurs. Mais, à l’époque, c’est-à-dire en 1988, je faisais tout à fait autre chose, je travaillais sur l’intelligence artificielle. Et elle m’a dit “Est-ce que vous pouvez faire une série d’émissions sur les pêcheurs ?”. Je lui ai dit “Non, je ne m’intéresse plus du tout à ça en ce moment”. Elle m’a dit, “Qu’est-ce que vous faites ?”. Je lui ai dit : “Eh bien je travaille sur l’intelligence artificielle”. Elle m’a dit “Bon, faites une série d’émissions là-dessus plutôt ». Donc, en 1988, j’ai fait une série d’émissions pour France Culture sur l’intelligence artificielle. Et là, un banquier français a écouté les émissions, l’été suivant, quand il y a eu une rediffusion. Il a demandé à me rencontrer parce qu’il était très enthousiaste sur ce que j’avais présenté dans ce programme, et au bout de quelques conversations, il m’a proposé de venir travailler avec lui dans la banque où il était, c’est-à-dire la Banque de l’Union Européenne. Et, bon, j’avais l’occasion à ce moment-là de tester ma théorie de la formation des prix dans un tout autre univers. J’étais passionné. Et donc j’ai commencé à faire ça… ce que j’ai fait pendant dix-huit ans.

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« La Crise » est-elle une question philosophique et même métaphysique ?

Patrice Bollon (Philosophie Magazine – Magazine Litteraire) me demande :

« La Crise » est-elle, au fond du fond, une question philosophique et même métaphysique ? (au sens qu’il faudrait remettre en question certains de nos présupposés de pensée les plus tenaces pour arriver à la comprendre et, surtout, lui ouvrir une vraie “voie de sortie”)

Ma réponse :

L’utopiste, selon Werner Sombart, suppose l’homme aimé de Dieu et capable de faire revivre sa bonté naturelle grâce à l’instruction. La preuve est faite du contraire : l’homme est, comme Hobbes le reconnut lui, sans bonté naturelle et non nécessairement réformable par la connaissance. L’homme hobbesien accepta pour se protéger contre une insécurité trop grande de sacrifier une partie de sa liberté dans le contrat social.

La méchanceté de l’homme atteint aujourd’hui les limites qu’ont définies pour lui le comportement « colonisateur » de son espèce : ayant envahi complètement l’espace dont il dispose et ayant ruiné par sa propre industrie la capacité de son environnement à le supporter, son sort biologique naturel est l’extinction.

Sa capacité à l’autoréflexion lui ont cependant permis de générer deux méthodes : la raison qui lui permet d’évaluer les difficultés qu’il rencontre et d’éventuellement les résoudre, et l’éthique qui lui permet de contenir les conséquences de sa méchanceté naturelle.

La méchanceté naturelle de l’homme doit-elle nous conduire à souhaiter pour le bonheur futur de sa planète, sa disparition ? Ou bien faut-il considérer que l’émergence en lui de la raison et de l’éthique suffisent à faire espérer sa survie ?

La preuve sera dans le pudding : l’espèce disparaîtra si sa méchanceté l’emporte – et elle méritera donc son sort, elle survivra au contraire si ce sont la raison et l’éthique qui prennent le dessus – et sa survie en soi aura alors apporté la justification de son salut.

Un Dieu juste n’aurait pas pu imaginer un dispositif expérimental plus idéal. Il lui aura fallu bien sûr être patient, mais il peut-être rassuré : le test se joue aujourd’hui sous nos yeux.

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Les économistes inquiètent la reine d’Angleterre

La Reine d’Angleterre s’étant inquiétée que les économistes n’aient pas su prévoir la crise, dix économistes britanniques ou appartenant au Commonwealth, lui répondent que la science économique est devenue « une branche étroite des mathématiques appliquées, pratiquement sans relation avec le monde réel ». Ils réclament un élargissement de l’enseignement à d’autres disciplines dont la psychologie, l’histoire économique et la philosophie. J’ajouterai bien entendu personnellement à la liste, l’anthropologie, la sociologie et la science politique.

Parmi les signataires, Sheila Dow, que j’ai récemment citée dans Monnaie et crédit : le point de vue structuraliste, où j’expliquais que les conclusions auxquelles nous étions parvenues sur ce blog quant à la monnaie et au crédit, étaient très proches des positions du courant structuraliste, essentiellement représenté en Grande-Bretagne, et auquel Sheila Dow appartient. Ces conclusions sont rassemblées et développées dans « L’argent mode d’emploi », à paraître chez Fayard début novembre.

La lettre

In November 2008 the Queen asked why so few Economists had foreseen the credit crunch.

Ten leading British Economists write to Her Majesty, claiming that the training of economists is too narrow:
“Mathematical technique should not dominate real-world substance.”

During a visit to the London School of Economics in November 2008, the Queen asked why few economists had foreseen the credit crunch. Dated 22 July 2009, she received an answer from Professors Tim Besley and Peter Hennessy. This was widely quoted in the British press.

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