Archives par mot-clé : suffrage universel

Réflexions sur la démocratie, suite, par ClaudeL

Billet invité.

Les mots, parfois, censés préciser les choses, apportent du flou, et brouillent le discours. Involontairement, ou volontairement. Or Albert Camus l’a fort bien dit « Mal nommer les choses… »

Nous sommes en république. La Ve, depuis 1958. Le chef d’État est élu, et depuis 1962, au suffrage universel direct, ce qui fut considéré comme un progrès. Nous avons une Constitution qui fixe l’organisation et le fonctionnement de l’État.

Quel problème se pose au moment de la rédaction d’une constitution ? Garantir la totale souveraineté du peuple au risque de paralyser l’action de ses représentants, ou faciliter l’action de ses représentants au risque d’une confiscation abusive du pouvoir. L’enjeu démocratique se trouve au cœur de cet équilibre impossible. C’est pourquoi, si on peut clairement parler de république, parler de démocratie reste beaucoup plus ambigu.

Continuer la lecture de Réflexions sur la démocratie, suite, par ClaudeL

Partager :

CE QUE VEULENT LES MARCHÉS ET CE QUE VEULENT LES AUTRES

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La différence entre ce que veulent les marchés et ce que veulent les autres fut particulièrement visible dans les rues d’Athènes hier, après que le parlement grec vota les mesures d’austérité réclamées par les premiers.

On entendit dire hier en Grèce ce qu’on avait entendu dire en Belgique il y a quelques mois : que ce que les marchés désirent est plus essentiel que ce qu’expriment les citoyens par leur vote. Ce n’est pas neuf : on a pu lire dans le Salammbô de Flaubert que le désir du dieu Moloch de dévorer les enfants de Carthage était plus important que le souci de leurs parents de les maintenir en vie.

Les « marchés », ce sont les investisseurs : ceux qui disposent du capital. Autrement dit, un sous-ensemble des citoyens. Faire passer leurs désirs avant ceux des autres revient à remplacer la démocratie du suffrage universel par celle du système censitaire. Cela doit être dit.

Pour ceux qui n’auraient pas lu le roman de Flaubert : c’est une histoire brutale qui finit très mal.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

Pourquoi le vote se fait à bulletin secret ?, par « Moi »

Billet invité

Le vote à bulletin secret est instauré en France en 1913, après d’âpres débats au parlement. Cette réforme rassemblait contre elle les députés dont la position sociale était la plus élevée. Les raisons en sont évidentes. Jusque-là, le vote à périodes déterminées était conçu comme une technique de ratification du pouvoir ; avec le secret grandit le risque de voir apparaître des opinions plus libres, plus individuelles, c’est-à-dire moins déterminées par l’ordre social établi. Que cette expression plus libre de la volonté populaire se soit produite ou pas, peu importe à cette étape de notre raisonnement. Ce qui compte pour nous est de savoir que le vote à bulletin secret est une tentative de donner le jour à une véritable liberté d’expression au moment d’élire les députés et surtout que cette liberté d’expression n’existait certainement pas en dehors de l‘isoloir.

Cette liberté n’existait pas pour une raison simple : les pressions sociales présidaient à la genèse de l’expression populaire. Ce qui peut sembler constituer une tautologie met néanmoins en évidence le fait que l’individu est toujours un élément dans un réseau de rapports de forces. On pourrait supposer que la possibilité de se soustraire à cette pression existe d’autant plus que l‘on est du côté des forces les plus puissantes. Autrement dit, si la société est hiérarchisée (et la France d’avant 1913 l’était certainement), plus on est haut dans la hiérarchie, plus on a de liberté d’expression, et de liberté tout court. Cette déduction nous paraît néanmoins fallacieuse car, outre que l’observation des comportements individuels des puissants (un roi de droit divin tel que Louis XIV par exemple) semble nous indiquer qu’eux aussi obéissent à des règles de conduite strictes, elle repose sur l’idée naïve que la spontanéité absolue existe pour les hommes. Cela reviendrait en effet à supposer que le sommet de la hiérarchie est en dehors du réseau social du rapport de forces, ce qui est une contradiction logique : le sommet est le sommet, pas un en-dehors sans quoi il n’est plus un sommet. La particularité et l’avantage d’être au sommet reposent donc sur autre chose que la liberté d‘expression.

Continuer la lecture de Pourquoi le vote se fait à bulletin secret ?, par « Moi »

Partager :