Archives par mot-clé : Tchernobyl

« À l’étranger on trouve plus ou moins normal que les administrations aient des comportements mafieux, chez nous, c’est très différent … »

Dans les mémoires de Jacques de Larosière, intitulées 50 ans de crise financière (Odile Jacob 2016), on trouve le souvenir suivant, relatif à l’Ukraine, datant de l’époque où l’ancien gouverneur de la Banque de France, ancien directeur du Fonds monétaire international, était à la tête de la BERD, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (1993 – 1998) : Continuer la lecture de « À l’étranger on trouve plus ou moins normal que les administrations aient des comportements mafieux, chez nous, c’est très différent … »

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

DU PEU D’IMPORTANCE DES FAITS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Hier dans la soirée pour nous, les autorités japonaises ont haussé la gravité de la catastrophe de Fukushima au niveau 7, le niveau le plus élevé sur l’échelle du malheur nucléaire civil.

Où sont tous ceux qui, du 14 mars, quand la catastrophe nous fut d’abord connue, à hier, avant l’annonce, ont clamé haut et fort qu’elle n’atteindrait jamais – vous m’entendez bien : « jamais » – le degré de gravité de Tchernobyl en 1986 ? Au premier jour, c’était simple : ils ne disposaient d’aucun élément pour le dire, tandis que depuis plusieurs semaines, tous les éléments d’information disponibles les contredisaient. Ils sont passés insensiblement au fil des jours, de l’intoxication éhontée à la désinformation systématique. Pas véritablement un progrès. Aujourd’hui, ils mangent leur chapeau.

Et après ? Et après, car souvenez-vous d’une époque pas si ancienne, où un ministre ayant commis une faute grave, pris sur le fait parfois d’un unique mensonge, un chef d’entreprise ayant pris une décision calamiteuse, démissionnaient. Pourquoi ? Parce qu’aux yeux de tous, ces dirigeants avaient une responsabilité dont le champ dépassait celui de leur petite personne : leurs décisions, pensait-on, ne concernaient pas qu’eux : ils étaient en charge d’une tâche que l’on qualifiait de « collective » – pour employer un mot devenu aujourd’hui un gros mot.

Les choses ont changé : le dirigeant pris la main dans le sac, nie. Et pas même de manière convaincante. Tous les arguments sont bons, comme dans l’histoire du seau troué racontée par Freud : « D’abord, je te l’ai rendu en bon état… et d’ailleurs, le trou s’y trouvait déjà… et de plus : ce n’est pas même ton seau ! ». Parce qu’il ne s’agit pas de convaincre : si j’ai été nommé à la tête de l’État, il est désormais ma chose. Le chef d’entreprise peut raisonner de la même manière, comme l’a montré l’affaire récente des bonus extravagants que les dirigeants d’entreprises soutenues à bout de bras par la communauté, s’attribuent généreusement les uns aux autres : « La caisse est là, donc j’y puise. Qu‘importe la manière dont l’argent y est venu ! »

Les décideurs du nucléaire civil appartiennent-ils à l’ancienne famille des serviteurs du bien public ou à la nouvelle, des potentats marchands de soupe ? La question mérite au moins d’être posée, même si on craint la réponse.

J’ai repris à notre commentateur Lisztfr, son mot d’ordre : « Big Brother mangera son chapeau ! ». Mais qu’on y prenne garde : du train où vont les choses, une fois son chapeau mangé, il nous fera au visage un rot sonore, puis retournera vaquer à ses affaires, de la manière dont cela se fait aujourd’hui : sans se soucier de nous davantage.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

STALKER FOR GAMERS, par Grégory Maklès

Billet invité.

De Tarkovski je n’ai vu qu’Andrei Roublev et L’Enfance d’Ivan. Si le premier était saboté par une édition aux sous-titres illisibles, le second reste un moment chéri de cinéphilie. Les deux m’ont solidement convaincu que Tarkovski est le maître absolu des images – je ne lui vois pas d’égal tant en terme de force que d’esthétique. Et Stalker, j’espère bien le voir un jour, mais pas la version pixelisée dégueux qu’on trouve sur google video.

Par contre, impossible pour moi devant ce film de ne pas évoquer le souvenir d’un autre chef d’œuvre que j’ai pratiqué en long, en large et en travers : le jeu vidéo ukrainien – ou plutôt la série de jeu vidéo STALKER. Il s’agit, tout comme le film de Tarkovski d’une adaptation du roman d’Arcadi et Boris Strougatski. Ce qui nous rapproche de Fukushima, comme un montage le montre dans une commentaire ci-dessus, c’est que les Ukrainiens à l’origine de jeu l’ont ancré dans ce qui, pour eux, est devenu une sorte de trésor national : la zone autour de Tchernobyl. On retrouve les anomalies, la pierre qui accorde les souhaits, des mutants et bien sûr les stalkers, qui ici se promènent, jeux vidéo oblige, avec des AK-47 et avec certains desquels le jeu nous amène plus souvent qu’à notre tour à échanger quelques amabilités (on se tire dessus, quoi).

Continuer la lecture de STALKER FOR GAMERS, par Grégory Maklès

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail