Archives par mot-clé : Trente glorieuses

Une explication « écono-territoriale » des Trente Glorieuses, par Timiota

Billet invité.

Il est courant de considérer les Trente Glorieuses avant tout dans un contexte historico-politique au sein de la montée inexorable des techniques (le « progrès »): la mise au pas d’une industrie et dune finance capitalistes qui certes assuraient de fortes croissances potentielles, mais venaient aussi d’accompagner deux Guerres Mondiales et la Grande Dépression.

De cette mise au pas, et d’un rapport de force rétabli entre travailleurs et capitalistes à la faveur de la peur du communisme, une grande redistribution des richesses, vers une large classe moyenne prospère, produisit des décennies de stabilité économique et de croissance, gommant rien moins que les secousses des indépendances des ex-colonies, ou que les doutes anti-consuméristes de 1968.

Je propose ici une vision complémentaire, basée sur des échelles spatiales et leur temporalité associées, ainsi qu’un « structuralisme de l’inégalité ».  Pour dire l’essentiel, des échelles momentanément ajustées entre politique et économie me semblent en effet une bonne clé d’explication aux Trente GlorSieuses .

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 13 MARS 2015 – (retranscription)

Retranscription de Le temps qu’il fait le 13 mars 2015. Merci à Olivier Brouwer !

Bonjour, nous sommes le vendredi 13 mars 2015. Et quand j’ai vu qu’on était vendredi 13, je suis d’abord allé regarder la une des journaux… Non, non, je plaisante !

Je vais vous parler d’autre chose. Je vais vous parler de ce que j’ai fait hier soir. Hier soir, j’étais à Namur, en Belgique. Nous étions dans le Palais provincial (je crois que ça s’appelle, oui, le Palais provincial) qui est un Hôtel de Maître du 18ème siècle, et c’est décoré de manière tout à fait charmante ! Si vous allez aux toilettes en passant par la porte qui se trouve derrière l’estrade où interviennent les personnes qui parlent, les orateurs, vous allez passer par un corridor et puis vous allez vous trouver dans une espèce de pièce qui à mon sens est un peu négligée [P.J. sert à entreposer divers objets], dans laquelle se trouve un tableau splendide de Mazeppa. Alors, vous ne connaissez peut-être pas l’histoire de Mazeppa, mais il y a des tableaux, il y en a une série, des tableaux sur Mazeppa au 19ème siècle, c’est l’histoire de cet homme qui était attaché nu sur un cheval. Voilà. Vous pourrez lire ça sur Wikipedia. Il y a de très beaux tableaux sur Mazeppa, mais là, c’est le plus beau, le plus beau que j’aie vu. Et ça se trouve dans ce corridor mal éclairé du Palais provincial. Si on pouvait mettre ce tableau davantage en évidence, c’est absolument splendide ! Quand j’ai essayé de le décrire, hier, j’ai parlé de Delacroix, j’ai parlé aussi de certains de ces splendides tableaux de Daumier, surtout connu par ses gravures, mais qui a fait aussi des tableaux à l’huile extraordinaires. Un très beau tableau qu’il faudrait quand même mettre davantage en évidence.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – RAPPORT DE FORCES, par Michel Leis

Billet invité.

Rapport de forces

Un rapport de forces décrit un état possible de la relation entre deux parties, il résulte de la volonté de l’un ou l’autre protagoniste d’imposer son point de vue. Une hiérarchie implicite se construit, elle repose sur une évaluation a priori du statut, de la force ou de la capacité de nuisance de l’autre partie. Il arrive parfois qu’aucune hiérarchie claire ne se dégage, le rapport de forces s’équilibre et conduit au pire à une situation de statu quo, et dans le meilleur des cas, à des formes plus ou moins étendues de coopération. Une situation de déséquilibre permet au vainqueur de cette confrontation tacite de se passer de l’accord d’autrui ou d’obtenir des avantages dans le cadre d’un accord nécessitant le consentement de l’autre partie. L’éthologie nous montre comment l’émergence du mâle (ou de la femelle) dominant(e) dans une meute repose sur une hiérarchie intégrée par l’ensemble des individus, mais où le statut de dominant reste régulièrement remis en cause. Pourtant, au moment exact où le recours à la force se substitue à la potentialité de son usage, le rapport de forces disparaît en tant que tel, la violence remplace un état de la relation devenu inutile et qui n’existe que dans le cadre étroit de sa virtualité.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » : Compétitivité, par Michel Leis

Billet invité.

–       Compétitivité: issue du verbe latin « petere » (chercher à atteindre), le mot compétitivité partage cette étymologie avec compétition, compétence et pétition : tout est dit ou presque. De quoi s’agit-il ? D’une compétition, où l’essentiel n’est pas seulement de participer, mais bien d’être parmi les gagnants, une course dont l’enjeu reste en dernier ressort le profit. Elle mobilise des compétences au sens le plus large, celles qui sont nécessaires à l’atteinte de cet objectif. Si celui-ci n’est pas atteint, on demande le changement des règles en recourant à l’une des armes favorites de tout groupe de pression qui se respecte : la pétition.

–       La compétitivité pourrait se définir comme la capacité à participer à une compétition avec de bonnes chances de succès. Appliquée aux entreprises, elle exprime à la fois l’aptitude de l’entreprise à répondre aux attentes de profit dans un univers de marchandisation généralisée et la combinaison des moyens engagés pour arriver à ce résultat. L’élévation de la norme de profit ces dernières décennies rend la compétition plus âpre et redonne une deuxième jeunesse à cette sentence sans appel : malheur aux vaincus !

–       De fait un grand nombre d’entreprises en sont déjà exclues, travaillant dans le domaine de la sous-traitance, elles subissent de plein fouet les rapports de force imposés par les entreprises dominantes. Elles sont facilement interchangeables et leur cadre de travail est avant tout celui de la survie. Cette dualité dans la réalité des entreprises ne se retrouve pourtant pas dans leurs discours.

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L’actualité de la crise: le mirage aux alouettes de l’ajustement du yuan, par François Leclerc

Billet invité.

LE MIRAGE AUX ALOUETTES DE L’AJUSTEMENT DU YUAN

Que peut-on voir dans l’annonce par la banque centrale chinoise de son ajustement prochain du taux de change du yuan ? Un geste politique symbolique, à la vieille du G20 de Toronto de la semaine prochaine, devant la montée de la pression exercée en faveur d’une telle décision ? Le début d’un réel ajustement favorisant, comme il est espéré par ceux qui le réclament le plus fort, la croissance américaine  ?

Cette décision est présentée comme pouvant réparer la panne dans laquelle se trouve l’économie occidentale, en réduisant le déséquilibre global caractérisé de manière superficielle comme commercial. Voulant tenter, dans les faits, de corriger les effets de la mondialisation telle que le capitalisme financier l’a brutalement dessinée. Qui a abouti à une désindustrialisation rapide des pays développés, et au processus inverse dans les pays émergents. Non sans provoquer d’important dégâts. Sociaux des deux côtés, lourdement environnementaux dans les seconds.

De ce point de vue, une convergence a pu être décelée, des deux côtés, dans l’aggravation des inégalités sociales, cachées dans les pays émergents par l’amélioration des conditions de vie de classes intermédiaires qui s’y développent, bénéficiant des retombées de la croissance du produit intérieur brut (PIB). Au contraire encore dissimulée dans les pays développés, en raison de l’importance de celles-ci, en dépit de la détérioration du statut de leurs couches inférieures.

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Titanic amer, par Serge B. (« Moustache »)

Billet invité

Aujourd’hui toutes les sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production sont comme abasourdies par une fantastique accumulation d’absurdités criantes. Nous sommes entrés dans une période de régression sociale et historique ubuesque, et il faudrait être inconscient ou malhonnête pour s’en réjouir.

La liberté despotique des mouvements de capitaux détruit des secteurs entiers de la production et l’économie mondiale s’est transformée en casino planétaire. La règle d’or du capitalisme a toujours été, dès la première moitié du XIXe siècle, la minimisation des coûts pour un maximum de profits, ce qui impliquait logiquement les salaires les plus bas pour une productivité la plus haute possible. Ce sont des luttes politiques et sociales qui ont contrecarré cette tendance, en imposant des augmentations de salaires et des réductions de la durée du travail, ce qui a créé des marchés intérieurs énormes et évité ainsi au système d’être noyé dans sa propre production. Le capitalisme ne conduit pas spontanément vers un équilibre, mais plutôt vers une alternance de phases d’expansion — la fameuse expansion économique — et de contraction — les non moins fameuses crises économiques.

Les nouvelles politiques d’interventions de l’Etat dans l’économie, dès 1933 aux Etats-Unis, pour une meilleure répartition du produit social, ont été rageusement combattues par l’establishment capitaliste, bancaire et académique. Pendant longtemps les patrons ont proclamé qu’on ne pouvait pas augmenter les salaires et réduire le temps de travail sans entraîner la faillite de leur entreprise et celle de la société tout entière ; et ils ont toujours trouvé des économistes pour leur donner raison. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale qu’augmentations des salaires et régulation étatique ont été acceptées par le patronat, ce qui a entraîné la phase la plus longue d’expansion capitaliste : les « Trente Glorieuses ».

Dès les années 1980, cet équilibre entre le capital et le travail a été détruit par une offensive néo-libérale (Thatcher, Reagan) qui s’est étendue à toute la planète. Cette contre-révolution réactionnaire a permis un retour insensé au « libéralisme » sauvage, qui a profité aux grandes firmes de l’industrie et de la finance. Par ailleurs, la monstruosité devenue évidente des régimes soi-disant socialistes et réellement totalitaires (ce n’était pas la dictature du prolétariat, mais la dictature sur le prolétariat…) a discrédité pour longtemps l’idée même d’émancipation sociale. L’imaginaire capitaliste a triomphé.

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