Archives par mot-clé : Tzvetan Todorov

Sur la guerre. À propos de la conquête de l’Amérique centrale et du Sud par l’Espagne 

« La conquête de l’Amérique centrale et du Sud par l’Espagne » est une leçon de mon cours « Éléments d’anthropologie culturelle », donnée l’année dernière dans le cadre du Diplôme Universitaire de Criminologie interculturelle de l’Université catholique de Lille.

Avec la conquête de l’Amérique centrale et du Sud par l’Espagne, deux continents entrent en contact, causant des ravages considérables du fait du contact de ces deux cultures ignorant jusque-là tout l’une de l’autre. La différence avec les cas précédents, c’est que les ennemis représentants d’une autre culture sont alors des gens connus depuis toujours : « Nos ancêtres les connaissaient déjà. » Pensons à la Grèce antique et aux Perses. Guerre classique, entre les Perses et les Grecs mais il s’agit de part et d’autre de gens dont on sait qui ils sont : les différences entre eux sont. connues. On peut comprendre leur langue parce qu’elle est familière depuis très longtemps. De plus, de nombreuses personnes appartiennent aux deux cultures. Les Grecs peuvent décrire les Perses. Les Perses peuvent décrire les Grecs. On sait de part et d’autre à qui on a affaire.

Continuer la lecture de Sur la guerre. À propos de la conquête de l’Amérique centrale et du Sud par l’Espagne 

Partager :

La saviez-vous ? – Quels étaient les objectifs de Christophe Colomb ?

Avec la fortune qu’il parviendrait à amasser grâce à ses expéditions, Christophe Colomb comptait financer et mettre sur pied une croisade.

Un objectif intermédiaire - ayant renouvelé l’exploit de Marco Polo en voguant cette fois vers l’Ouest - était de convertir l’empereur de Chine.

Las Casas : « Quand on lui apportait de l’or ou des objets précieux, il entrait dans son oratoire,  s’agenouillait […] et disait : « Remercions Notre Seigneur qui nous a rendu digne de découvrir tant de biens. » […] il avait supplié la Sérénissime Reine Doña Isabela de faire vœu de consacrer toutes les richesse que les Rois pouvaient tirer de sa découverte au rachat de la terre et de la Maison Sainte de Jérusalem » (Historia de las Indias).
Continuer la lecture de La saviez-vous ? – Quels étaient les objectifs de Christophe Colomb ?

Partager :

Fake news, post-vérité : les travaux d’un précurseur

Fake news, vous savez ce que c’est. Post-vérité, le concept vous est maintenant familier, le principe vous en est connu : le vrai aurait pu se produire ou non (c’est souvent une question de hasard, n’est-ce pas ?), tandis que le vraisemblable est lui le trésor accumulé de la sagesse des peuples, une sorte de savoir empirique longuement sédimenté portant sur ce qui peut se passer et ce qui ne se passera pas. Si bien que, oui ! s’il fallait choisir entre le vrai et le vraisemblable, pas d’hésitation : le vraisemblable qui a fait ses preuves, contre le vrai qui aurait pu aussi bien ne jamais avoir lieu.

Exemple : L’affirmation que M. Biden l’a emporté à l’élection présidentielle américaine n’a pour seul mérite que d’être vraie, alors que l’affirmation que c’est M. Trump qui l’a emporté a pour elle l’immense mérite d’être bien plus vraisemblable.

Si l’on m’avait demandé de deviner qui a mis au point la doctrine de la post-vérité, j’aurais soupçonné quelque comité militaire associé à un projet de guerre psychologique faisant de la désinformation son arme de prédilection.

Quelle ne fut donc pas ma surprise hier à la lecture de La conquête de l’Amérique. La question de l’autre (Éditions du Seuil 1982), de Tzvetan Todorov (1939-2017) en son temps directeur de recherche au CNRS, de lire ceci :

« … les questions soulevées ici renvoient moins à une connaissance du vrai qu’à celle du vraisemblable. Je m’explique : un fait a pu ne pas avoir lieu, contrairement aux allégations de tel chroniqueur. Mais que celui-ci ait pu l’affirmer, qu’il ait pu compter sur son acceptation par le public contemporain est au moins aussi révélateur que la simple occurrence d’un événement, laquelle relève après tout du hasard. La réception des énoncés est plus révélatrice pour l’histoire des idéologies que ne l’est leur production ; et lorsqu’un auteur se trompe ou ment, son texte n’est pas moins significatif que quand il dit vrai ; l’important est que le texte soit recevable par les contemporains, ou qu’il ait été cru tel par son producteur. De ce point de vue, la notion de « faux » est non pertinente » (page 72).

Je n’ajouterai rien, sinon que, Todorov ayant été de son vivant un sémiologue et critique littéraire reconnu et apprécié, je n’en ai tout simplement pas cru mes yeux.

Partager :