Fake news, post-vérité : les travaux d’un précurseur

Fake news, vous savez ce que c’est. Post-vérité, le concept vous est maintenant familier, le principe vous en est connu : le vrai aurait pu se produire ou non (c’est souvent une question de hasard, n’est-ce pas ?), tandis que le vraisemblable est lui le trésor accumulé de la sagesse des peuples, une sorte de savoir empirique longuement sédimenté portant sur ce qui peut se passer et ce qui ne se passera pas. Si bien que, oui ! s’il fallait choisir entre le vrai et le vraisemblable, pas d’hésitation : le vraisemblable qui a fait ses preuves, contre le vrai qui aurait pu aussi bien ne jamais avoir lieu.

Exemple : L’affirmation que M. Biden l’a emporté à l’élection présidentielle américaine n’a pour seul mérite que d’être vraie, alors que l’affirmation que c’est M. Trump qui l’a emporté a pour elle l’immense mérite d’être bien plus vraisemblable.

Si l’on m’avait demandé de deviner qui a mis au point la doctrine de la post-vérité, j’aurais soupçonné quelque comité militaire associé à un projet de guerre psychologique faisant de la désinformation son arme de prédilection.

Quelle ne fut donc pas ma surprise hier à la lecture de La conquête de l’Amérique. La question de l’autre (Éditions du Seuil 1982), de Tzvetan Todorov (1939-2017) en son temps directeur de recherche au CNRS, de lire ceci :

“… les questions soulevées ici renvoient moins à une connaissance du vrai qu’à celle du vraisemblable. Je m’explique : un fait a pu ne pas avoir lieu, contrairement aux allégations de tel chroniqueur. Mais que celui-ci ait pu l’affirmer, qu’il ait pu compter sur son acceptation par le public contemporain est au moins aussi révélateur que la simple occurrence d’un événement, laquelle relève après tout du hasard. La réception des énoncés est plus révélatrice pour l’histoire des idéologies que ne l’est leur production ; et lorsqu’un auteur se trompe ou ment, son texte n’est pas moins significatif que quand il dit vrai ; l’important est que le texte soit recevable par les contemporains, ou qu’il ait été cru tel par son producteur. De ce point de vue, la notion de « faux » est non pertinente” (page 72).

Je n’ajouterai rien, sinon que, Todorov ayant été de son vivant un sémiologue et critique littéraire reconnu et apprécié, je n’en ai tout simplement pas cru mes yeux.

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28 réflexions sur « Fake news, post-vérité : les travaux d’un précurseur »

  1. vue par ma petite lucarne de néophyte de votre extrait j’en arrive à cette autre constatation : les médias n’utiliseraient ils pas ce concept à outrance ? on énonce une idée , par exemple les Français se ruent sur les restaurants(vraisemblable) , espérant que celle-ci devienne une vérité générale obligeant ceux qui ne vont au restaurant fautifs de ne ne pas y aller .

  2. Qu’en pensent les professionnels de la justice ?
    M’est avis qu’ils vivent dans l’idéal d’une vérité absolu qu’ils lestent avec le vraisemblable de la jurisprudence.
    Paul, êtes-vous conscient d’avoir torpillé le projet de tous ces gens en quête de vérité, vous qui affirmez que nous l’avons inventé. 🙂

  3. Autre néophyte total,

    Ça me fait un peu penser à un symptôme chez un malade, qui arrive comme un signal, et si il est ignoré va voir l’apparition de signaux de plus en plus fort.

    Si on se raconte des fables pour oublier des faits, comme des boucles rétroactive positive dans le climat par exemple, la réalité va hurler de plus en plus fort.

    Jusqu’où sommes nous capables de nous boucher les yeux et les oreilles ?

    1. Post Scriptum

      Paul vous avez écrit l’autre jour que c’est la chirurgien esthétique non médicale qui a ouvert la voie au transhumanisme ( je résume bcp).

      Pour les fakes news, est ce que le procédé électif de nos démocratie, cette répétition de promesses faites à tous, qu’une élection valide tout en les effaçant, n’a pas concourru à donner plus de valeurs aux mots (et même aux mensonges) qu’aux faits ??

      Après tout, l’élu est celui qui a le mieux menti, et c’est nous avons créé cette sorte de vainqueur.

    2. Entendu ce soir lors de l’émission C Politique sur la 5 au sujet du Rwanda :
      « Le déni est que l’on sait mais on ne veut pas savoir ».

      Des personnes voulaient savoir malgré le blocage d’accès aux archives mais elles étaient peu entendues.

      Documentaire à voir et dont a pu suivre des extraits sidérants :
      « Retour à Kigali – Une affaire française »

      1. Oui le déni.
        Concernant le Rwanda : Il y a eu les avertissements de Jean Carbonare à la télévision (https://m.ina.fr/video/CAB93005500/plateau-jean-carbonare-video.html) et dans une série de conférences à travers la France. Il s’est même fait taper par un colonel à l’issue de l’une d’entre elle.
        J’en ai discuté à l’occasion avec sa femme et sa fille (artiste peintre de son état : https://fr-fr.facebook.com/carbonarenaima/ )
        Et à Dieulefit village de juste, le travail s’est pousuivi avec intore’za Dieulefit (http://www.intore-za-dieulefit.fr/Qui%20sommes-nous.htm) , à la tête de laquelle se trouve Marguerite Carbonare et le Dr Ezéchias RWABUHIHI qui s’était notamment occupé du secteur psychiatrique à l’issu du génocide.

        Concernant la vérité (un mot si vaste qui peut prétendre la détenir, disons juste en délimiter quelques paramètres) , affûtez vos flèches, que les messages trouvent leurs destinataires, ceux qui dorment finiront pas se réveiller. Si les flèches vous font peur imaginer un pigeon voyageur…

  4. J’ai de plus en plus l’impression qu’il y a dans l’enseignement français, une incapacité à s’émanciper des projections issues des représentations de la souche familiale , comme si la famille, malgré l’intermède des “Dolto” avait pris le pouvoir avec ses poncifs et la complicité démagogique des politiques.
    Dolto, trop souvent caricaturée comme laxiste alors que la permissivité qu’elle exposait dans ses “cas”, n’avait que pour but de faire toucher “l’absurde” à l’enfant , afin qu’il puisse construire paradoxalement une explication, à lui, de la nécessité des interdits et surtout de leur sens _ si la stratégie n’était pas gagnante, il fallait bien sûr en changer et redonner l’interdit avec bien sûr l’explication. Mais dans une absurdité politique et non pas éducative de l’époque, ceux qui ne voulait pas s’expliquer à eux-mêmes le pourquoi de leurs exigences, et ceux qui voulait y voir le Graal de la permissivité qu’ils voulaient s’accorder à eux-mêmes , ce sont lancés dans une guerre de Cowboys et d’Indiens qui a laissé peu de place à la science, et qui a surtout écarté du débat tous ceux dont l’intérêt était à la connaissance et pas à la confrontation, ou encore moins au parti pris d’intérêts domestiques.
    De cet emballement des idiots nous reste encore les luttes revanchardes qui marquent la bascule des époques en période de crise, où le politique en déshérence, mal d’inspiration et pris les doigts dans la confiture d’une époque qui dévoilent tout de son inconséquence, se relance un entre-soi à huis clos autour du sécuritarisme (d’où les problématiques du monde sont absentes) . Bien aidés en cela par des médias complaisants, où le sécuritarisme permet de regrouper les transis dans une peur survivaliste de grande écoute, devant les libertaires en pagaille courant derrière tous les chiffons rouges qui s’agitent. Le tout sur fond de mauvaise foi libérale qui ne veut toujours pas budgétiser les moyens à hauteur des besoins, ce qui empêche toute résolution en clouant l’action dans un débat de jacassement pour bavasser interminablement.
    Ce que j’entends quand j’écoute un politique n’est autre que le discours du petit garçon ou de la petite fille faisant sa profession de foi dans l’obédience démago de ses parents approuvant de façon rassurée le fait qu’après eux rien ne change…La transmission a été parfaite!
    Ni les parents, ni les enfants, qu’ils soient libertaires ou conservateurs ne se sont expliqués à quoi sert l’éducation et les enjeux qu’elle doit relever. L’éducation doit être “reproduction” pour ne fâcher personne et ne permettre aucun recul sur soi évitant ainsi de poser des questions qui fâchent.
    Et rien n’est plus atterrant en France que de voir des adultes et des moins jeunes , sortir de leur cursus , surfer sur tous les postes et donner l’impression qu’ils ont encore du lait qui coule de leurs narines. Aucun recul sur eux-mêmes, aucune prise de conscience de l’instinct de classe qui dicte leur conception du sociétal. Nos politiques repartent dans l’absurdité conflictuelle de la guerre des ignares qui s’opposent sur des poncifs hérités de leurs parents et évacuent négligemment les problématiques (économiques, industrielles, de sciences, de savoir scientique et technique, d’écologie, et même institutionnelles).
    Qu’est-ce qui fait que la psychanalyse, dont on peut certes remettre en question certains fondements scientifiques, n’ait pas réussi à distiller une once de recul sur soi dans l’éducatif. N’est-ce pas là qu’il faut chercher nos errances sociétales en termes de fake news…Car le propre de celles-ci est d’être au service, soit les Cowboys, soit les Indiens ; elles appartiennent donc à la fabulation que certains parents dépassés et sans recul, mettent en place pour accréditer auprès de leurs enfants le fondement justifié de leurs exigences…

    1. “Qu’est-ce qui fait que la psychanalyse, dont on peut certes remettre en question certains fondements scientifiques, n’ait pas réussi à distiller une once de recul sur soi dans l’éducatif.”

      Question pertinente.
      Le psychanalyste s’adresse à un homme qui le demande et ne soigne que lui. Il y a sans doute, et je l’espère, un effet tache d’huile mais son étendue est limitée.

      Pour les questions de société le psychanalyste est seulement descriptif. Les remèdes, si remède il y a , sont en creux et de nature généraliste sans aspect opérationnel immédiat. L’ action de la psychanalyse sur la société, si elle existe, est à long terme.

      Demander à la psychanalyse ce qu’elle ne peut pas fournir ne mène donc pas loin.

      Nous, citoyens, sommes condamnés à résoudre nos propres questions avec des outils imparfaits. La politique, c’est exactement ça, du moins en partie. De toute façon, il n’existe rien dans le monde réel qui pourrait nous permettre le repos après un effort conséquent. La conclusion et le succès, tous deux partiels, ne sont qu’une étape. Comme d’hab, le but est le chemin. Sans fin. La psychanalyse n’est pas concernée.

      L’écriture au masculin est neutre: comprend la femme, l’homme et tous les autres genres.

      1. Bonjour Daniel
        le “savoir” psychanalytique, ou plutôt l’expérience psychanalytique n’est à mon sens pas à enfermer ou à restreindre au cadre thérapeutique de l’intime (psychanalyse qui n’est sans doute pas un savoir, mais peut-être plus une approche, une méthode, une clinique, je ne sais comment dire…) . En effet, il y a le phénomène des projections , et celui de l’absence de distanciation dans l’action comme dans la réflexion dont les effets s’inscrivent dans les relations sociales, l’organisation sociale, la décision politique ou collective. Ainsi lorsque l’on analyse les savoirs mis en jeu par les protagonistes, on peut constater que la “science” est là, mais qu’elle n’aboutit pas. Comme si chacun depuis ses savoirs, s’était interdit d’en faire usage,à tel point qu’au moment d’en livrer quelque chose, une obstruction se fait et c’est la ritournelle des discours d’appartenance à un milieu qui en ressort comme vomis malgré soi.
        Il semble que pour beaucoup d’anciens d’étudiants, le savoir disciplinaire auquel on se plie (un temps) n’est vécu que comme un passage obligé, prétexte à obtenir le sésame du diplôme pour pouvoir enfin être soi et tout renier de ce que l’on est censé avoir appris. Mais ce n’est que pour en revenir à ce qui ne m’apparaît être, au final, qu’un retour aux codes familiaux . Si j’avais dû vivre mes études à l’époque avec autant d’hypocrisie, je me serais suicidé, et doublement suicidé, si ce que j’avais appris, m’apparaissait comme une perte de temps. L’éducation doit se re-réfléchir…
        Il doit y avoir, outre l’excès des orgueils ministériels qui se perdent en forfanteries, un mix inadéquat entre initiation, apprentissage, formatage et épanouissement. Mais il y a aussi dans la pédagogie, une incapacité à transmettre le recul sur soi qui est très grave (c’est presque l’unique finalité de l’éducation). Or le recul sur soi, c’est bien une des réussites de la psychanalyse quoique l’on pense de sa scientificité…

        1. Je crois comprendre votre point de vue, pas sûr en fait.

          Je préfère l’exercice du libre-arbitre, aussi imparfait soit-il. Un truc normalisateur et impératif ne me semble pas convenir. Quand un sachant impose ses vues et qu’il prétend que c’est pour mon bien, je deviens rétif. Par principe. J’ai rarement été déçu en agissant ainsi. Je pense que cette opinion est généralisable à beaucoup de faits de société ou collectivités. La santé publique demande une attention soutenue sur des questions orientées matérielles ou concrètes.

          Laissons les thérapies agir en tête-à-tête entre des personnes volontaires.

          Vous devez avoir perçu que j’ai atteint mes limites dans ce domaine.

          1. Daniel, je suis d’accord en fait (je suppose) ; les thérapies c’est pour le tête-à-tête avec le consentement et même la demande de la personne concernée. J’ai horreur de la façon qu’a la société actuelle de “psychologiser” les choses et les gens (sans leur consentement) pour produire en bonne conscience , de l’écrémage, des effets de seuil pour éliminer des candidats faute de places, de l’excuse pour éviter d’avoir à agir ou produire de l’efficience, et du discours d’incompétent à l’apparence cohérente.
            Mais la psychanalyse sort pour moi en partie du champ “psychologique” par certains concepts (pas tous) qu’il n’est pas forcément incongru d’adapter aux systèmes (pas aux gens) pour voir s’il n’en ressort pas des alternatives intéressantes…

            1. Pour votre dernière phrase, je dis non et non. Un non absolu.

              La société n’est pas un terrain d’expérience. Tout le 20 .ième siècle est parsemé de tragédies collectives déclenchées par de l’ingénierie sociale. Des types, bourrés de bonnes intentions se sont comportés en démiurges irresponsables et criminels.

              Laissons vivre la société à son allure. Agissons avec une infinie prudence.

              Certainement, des actions à retombées sociales doivent être mise en œuvre, et encore avec prudence. Elles sont de natures concrète et matérielle, tels formations professionnelles, équipement collectif dans la santé et la protection maternelle et infantile, et beaucoup d’autres. Le plus important est de donner aux femmes et hommes les moyens économiques d’être indépendants et autonomes. Plus simplement, du travail; un travail valorisant, pas l’esclavage actuel.

              Il va de soi que le capitalisme actuel ne laisse que la possibilité d’agir à la marge. C’est une constatation banale: le capitalisme est l’obstacle principal.

              J’aimerais bien que vos idées saugrenues d’expérimentations vous quittent.

              1. Je ne peux que souscrire, Daniel, à la hiérarchie de vos préoccupations:
                “Le plus important est de donner aux femmes et hommes les moyens économiques d’être indépendants et autonomes. Plus simplement, du travail; un travail valorisant, pas l’esclavage actuel.
                Il va de soi que le capitalisme actuel ne laisse que la possibilité d’agir à la marge. C’est une constatation banale: le capitalisme est l’obstacle principal.”
                C’est parfait!
                Je pense aussi que les droits économiques permettent aux gens de mieux se situer et évacuent s’ils sont à bonne hauteur, un grand nombre de fausses problématiques qui sinon se posent comme des maladies opportunistes sur une atteinte infectieuse ; ce qui a tendance à désorienter la prophylaxie vers le traitement de la multiplication des symptômes et non pas vers la remédiation à la cause.
                Toutefois, je persiste à penser qu’il y a nécessité à re-réfléchir à ce que vous appelez de l’ingénierie sociale. Mais vous avez parfaitement raison d’en souligner le danger éthique. Ce qui m’oblige à préciser que dans mon esprit, il n’y a pas, comme dans certains ministères, l’idée de jouer aux rats de laboratoire avec les gens dans le labyrinthe qu’on leur impose…Il s’agit justement de leur donner la possibilité d’un recul par rapport à ce qu’ils subissent en bien ou en mal. Et si “expérimentation” il y a , ce ne peut être qu’avec leur consentement, conseils et avis, objections et refus, en étant acteurs de ce qui s’initie. Mais cela peut aussi se penser autrement qu’en verticalité descendante et partir du terrain .
                L’éducation populaire du secteur de l’animation (les conférences gesticulées – les établissements socioculturels- Franck Lepage) , le Puy du Fou, le service volontaire européen, les écoles Montessori c’est de l’ingénierie sociale…
                Et des choses peuvent s’y expérimenter dans l’épanouissement sans trop risquer le pathologique, l’aliénant, l’enfermement, le castrateur…
                Si l’on en revient à la problématique des enseignements, je constate qu’à aucun moment, au début de l’enseignement d’une discipline en France, on ne prend le temps de vous expliquer d’où elle vient et quelle est sa finalité, ni même quels sont ses processus sous-jacents philosophiques ou méthodologiques. Encore moins ne va-t-on, vous avouer si l’on va se servir insidieusement de cette discipline pour procéder à un tri social prématuré (avant même qu’aucune éducation n’ait porté ses fruits) entre ceux qui maîtriseraient le conceptuel et ceux qui apprivoiseraient mieux le pratique. Avec en arrière-boutique, toujours cette obsession bourgeoise du col blanc contre le col bleu qui veut avant toute idée d’enseignement qu’une frontière soit tracée, de reproduction des hiérarchies sociales passéistes. (Instaurant une suprématie en instrumentalisant le conceptuel contre le “pratique”)
                Trop de choses sont tabous dans les stratégies d’enseignement et ne se parlent pas à l’école , tout au plus dans quelques officines ministérielles et à huis clos. Élèves et enseignants doivent subir ou être l’instrument de cette aliénation.
                C’est d’autant plus une imbécillité, que l’époque va nécessiter de réconcilier le conceptuel et le pratique pour relever les enjeux écologiques de notre temps. L’époque sera à l’ingénierie dans une alliance entre les faiseurs et les concepteurs que la modération énergétique induira. (jusqu’à présent on pouvait imaginer des choses folles dans un “impensé” de réalisation que l’abondance énergétique permettait d’oublier)
                Et l’on vous bombarde directement dans une technicité des enseignements qui veut évaluer vos performances, (matière coupée en tranche en d’ennuyeuses étapes dites “pédagogiques”), avec en cursus élémentaire tout ce qui est rébarbatif, disciplinaire, contraignant, et peu amène, enseigné comme du “règlement administratif”, et tout ce qui commence à être intéressant à la fac. (c’est là qu’on vous explique à quoi cela sert, quelle est sa portée et ce que cela pointe). Le mot d’ordre sous-jacent c’est l’élève doit savoir obéir or s’il est souhaitable que l’enfant obéisse, il n’en doit pas moins, savoir. L’obéissance ne doit pas être aveugle, elle doit être renseignée.
                Tout ce que produit l’enseignement français c’est l’écoeurement d’une masse trop importante d’enfants qui, s’ils se plient au parcours du combattant de l’école publique, en retirent au final, une absolue défiance dans leurs enseignements. Comment ne pas y voir une corrélation avec l’influence des fake news et l’usage inadapté des réseaux sociaux.
                Une approche psychanalytique des stratégies d’enseignements comme deuxième rideau de réflexion sur ce qu’on engage comme réforme ou comme gestion de l’existant me semble souhaitable pour en décanter les effets indésirables. Ensuite il faut que l’école se parle à elle-même…
                Il s’agit donc non pas de dire “l’élève est comme-ci, comme-ça psychanalytiquement parlant (similairement à la fabrique de l’homo économicus) donc on va adapter en fonction”,… mais il s’agit de repérer dans ce qui est prévu, les angles morts de l’intentionnalité sous-jacente pour s’expliquer réellement ce à quoi on veut en venir , pour que la lumière fasse tomber le pathologique ministériel.
                Exemple, ce n’est qu’à la faculté qu’on vous dit, ce qu’on aurait dû vous dire en 6ème, voir plus tôt : à savoir que dans un premier temps on vous impose de petits calculs à faire sans queue ni tête, qu’ensuite on vous impose des exercices qui appliquent des concepts (souvent appris par coeur), qu’ensuite on va vous faire travailler à des problèmes dont l’énoncé est déjà posé genre devinette à tiroirs ; mais que la finalité n’est pas d’être un résolveur d’énigme genre chien de cirque, le but est de vous apprendre à problématiser à partir de l’observation d’un phénomène pour être capable d’en organiser les données sous forme d’un énoncé apte à être solutionnable. Il s’agit donc d’un apprentissage à aborder l’évanescent, ce qui a priori vous échapperait…Cas exemplaire où la pédagogie fait disparaître la nécessaire représentation d’un savoir.
                Il y a une difficulté de l’école publique à faire que les enfants puissent se spatialiser dans leur savoir et en acquérir des représentations fiables, car susceptibles d’être reconstruites, réactualisées, remodelées de façon correcte par eux-mêmes et non pas adoptées d’ailleurs. (ce qui ouvre la voie à l’influence des fake news)
                Pour cela il faut tout verbaliser et tout renseigner à l’égard de l’élève. La stratégie institutionnelle, comme la matière, comme la pédagogie, comme la transcription en discipline, comme l’historique et les historicités des enseignements.
                Ensuite il y a la question de la transversalité: pourquoi à l’occasion du cours sur la logique mathématique et les raisonnements dédiés (par l’absurde, par récurrence, par conjecture…etc.) , le prof de français ne s’inviterait pas de la partie pour s’appuyer opportunément dessus pour exposer le raisonnement littéraire?
                Enfin , pour sortir de nos vieux démons, il va falloir hybrider entre eux , l’enseignement technique manuel et conceptuel, d’autant que l’avenir qui nous attend est celui d’une alliance entre low-tech et high-tech qui nécessitera des mises en oeuvre délicates réglées au petit poil.
                Mixité, transversalité, verbalisation, tabous, expression de soi, représentations…etc. Et la crédulité face aux fake news n’est-elle pas l’expression de ce que l’on a envie de croire, donc du désir plutôt que du savoir?
                Tout cela n’est-il pas éminemment psychanalytique (une psychanalyse sans clinique , je vous l’accorde)? Ça vous déplaît toujours?

  5. En son temps, celle-ci m’avait frappé:

    “The truth is useless. You have to understand this right now. You can’t deposit the truth in a bank. You can’t buy groceries with the truth. You can’t pay rent with the truth. The truth is a useless commodity that will hang around your neck like an albatross all the way to the homeless shelter. And if you think that the million or so people in this country that are really interested in the truth about their government can support people who would tell them the truth, you got another thing coming. Because the million or so people in this country that are truly interested in the truth don’t have any money.”

  6. De Tzvetan Todorov, un “petit” livre rafraîchissant et salvateur :

    “L’Esprit des Lumières”

  7. Le désir ou le besoin de croyance semble si fort, ancré dans l’humain – Castoriadis “corrigeait” ou nuançait ainsi Aristote, en disant que ce que les humains désirent par-dessus tout, ce n’est pas le savoir, c’est la croyance…
    ça me rappelle toujours cette citation de Emile Cammaerts (souvent attribuée, par erreur, à G.K. Chesterton) :
    “When men choose not to believe in God, they do not thereafter believe in nothing. They then become capable of believing in anything.”

  8. Retour sur ce qui deviendra un grand classique – Les pathologies de la démocratie de Cynthia Fleury – un chapitre consacré à “La démocratie aux prises avec l’histrionisme”. “L’histrion est un hyperactif émotionnel qui n’échange avec les autres que de manière superficielle.” Le chapitre suivant est titré “Les perversions médiocres” ( toujours dans le cadre de la démocratie!). Les défaites en cours apparaîtront de moins en moins étranges et de plus en plus inéluctables.

  9. Dans l’actualité :
    https://www.theguardian.com/commentisfree/2021/may/31/nothing-sticks-to-this-government-dominic-cummings

    “If nothing sticks to this government, it’s because nobody is making it stick” by Nesrine Malik
    Sous-titre éditorial :
    “The familiar revelations in Dominic Cummings’ testimony are a reminder that facts don’t ‘cut through’ on their own”

    Il y a aussi une dialectique passé-présent là-dedans.
    Le fait est passé, l’affect est présent;

    la continuation et le besoin de sécurité sont présents et éteignent le vrai sous la navigation plus rassurante du foc poussé par le vraisemblable que par le spi poussé par les faits là-bas quand on était devant les récifs.

  10. Je pense que la pédagogie a échoué à faire en sorte que l’élève s’émancipe de son milieu pour penser (s’émanciper ne voulant dire rien d’autre que conquérir une liberté de choix et non pas se couper de son milieu). Elle n’a entériné que la victoire sociétale d’un camp sur l’autre, en devenant plus, un enjeu politique qu’une démarche de connaissance. C’est là que s’enkyste la perméabilité de la société aux fake news à mon sens ; mais il a aussi une intentionnalité des milieux sociaux à faire en sorte que cela perdure et cela n’est pas forcément nouveau…
    les fake news ça commence avec le loup, censé faire peur aux petits enfants, et ça continue avec les fariboles d’un monde économique qui veut la primauté suprématiste du capital financier sur le capital humain, écologique, ou technologique (des savoir-faire), ça se poursuit avec les obédiences partisanes qui invoquent le diable pour se faire passer pour le Bon Dieu, les pompiers pyromanes, les bobardiers des médias, les scientifiques fantoches qui servent le veau d’or plus que la connaissance, la crème des politiciens qui visent la place en quête de notabilité et de fauteuils confortables, les addicts dont le dernier shoot (c’est promis) est toujours l’avant-dernier,les storytelling de marché, l’âne qui veut avoir du son …etc.
    Ce qui est intéressant et nouveau dans notre période, c’est pourquoi cette question intéresse tant le pouvoir et ses satellites , les médias.
    Je crois que c’est un moyen aisé d’éviter d’avoir à aborder les vraies problématiques. En effet, le temps qu’on s’invente des fake news pour y répondre sur l’air d’un savoir raisonnable qui permet de s’habiller à pas cher d’une notoriété de “sachant”, on ne le passe pas à se faire interpeller sur les problématiques qu’on veut à tout prix éviter d’aborder.
    Les fake news c’est une manipulation de ceux qui les créent en complicité avec ceux qui y répondent plutôt que de se consacrer au “réel”. Ils peuvent ainsi vivre dans une bulle d’interpellations / réfutations qui plaît aux journalistes parce que “ça ne mange pas de pain”.

  11. Il y avait déjà déni , mensonge , affabulation , voilà post-vérité ….

    Pour essayer de ne pas m’y perdre , j’ai d’abord posé qu’il y avait au moins quatre notions distinctes : le réel , le vrai , le vraisemblable , le faux . J’ai simplifié un peu en estimant que , pour ce billet , on accepterait de confondre le réel et le vrai , et qu’en louant le vrai , c’est au réel que l’on ambitionnait d’accéder .

    Remarque préalable : c’est peut être à tort que vous attribuez à Todorov la paternité de cette théorisation de la manipulation psychologique . J’ai repensé de mon côté à une source plus ancienne ( et ça n’est peut être pas la plus ancienne ) chez …. Boileau , théoricien de la règle des trois unités , dans son art poétique( chapitre III) :

    ” Mais nous , que la raison à ses règles engage,
    Nous voulons qu’avec art l’action se ménage,
    Qu’en un lieu ,qu’en un jour, un seul fait accompli,
    Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli,
    Jamais au spectateur n’offrez rien d’incroyable
    Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable.
    Une merveille absurde est pour moi sans appâts.
    L’esprit n’est point ému de ce qu’il ne voit pas .”

    Bref , une pièce à conviction de plus pour ma défiance du cinoche !

    Je ne sais pas si l’esprit s’émeut ou pas , mais il me semble qu’il n’accorde pas de “valeur” à ce à quoi il ne peut rien ( ou croit ne rien pouvoir , ou se trouve bien , par confort facile , de ne pas croire ) . Car le réel (on dira donc par assimilation , le vrai ) est cruel et douloureux à voir et à ” entendre” . C’est sans doute pour ça que notre histoire humaine s’est garnie de “parades” via les religions, les rites , les mythes , les totems, les symboles , la transe , l’art , la tragédie , la comédie , les carnavals , les anti-anxiolytiques , les drogues , la cigarette, l’alcool …..

    Un véritable espoir est apparu avec ce qu’on appelle ” les lumières ” , et avec l’axiome efficace posé que la raison et la logique déjà énoncée par Aristote , permettaient d’avoir prise sur le réel . Ce qui était et reste …….exact , et en tous cas notre seule force opérante . Le malheur a voulu que cette arme soit prise pour la pierre philosophale qui allait nous dispenser de nous coltiner le réel , “les yeux dans les yeux “.Et les lumières mal comprises et déifiées ne pouvaient , bien sur , porter toute la tragédie de l’immersion de notre espèce dans le réel .

    C’est selon moi , ce face à face tragique qui “refait surface ” aujourd’hui et pour lequel , si la raison et les sciences restent et demeurent nos seules armes pour agir sur le réel , il nous faut trouver les nouvelles formes de pouvoir et de propriété qui , en prenant en compte notre psyché individuelle et collective , nous épargneront après les anciens délires hystériques religieux , et la schizophrénie actuelle des dirigeants et des peuples , qui est entrain de virer à la paranoïa des régimes totalitaires et de leur führers .

    “Dis , dessine moi un dessein !” .

    2
  12. René Thom, Esquisse d’une sémiophysique, p.16 :

    “Mais le problème important -en matière de philosophie du langage- n’est pas celui de la vérité (affaire d’accident, Sumbebèkos, dirait Aristote), mais bien celui de l’acceptabilité sémantique, qui définit le monde des “possibles”, lequel contient le sous-ensemble (éminemment variable) du réel.”

  13. Une pierre blanche. Et c’est pas de l’intox.

    Le Guardian, puis Le Figaro avec un jour de retard, annoncent zéro mort en UK pour cause du maudit virus. Le CSSE de la JHU ‘confirme’ ( même source origine , naturellement).

    Une pierre blanche ne fait pas le printemps mais on se prend à rêver très fort. Ils vaincront.

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