Archives par mot-clé : Université de Cambridge

Cambridge University VI. End Game

J’aurai le statut d’enseignant à proprement parler à l’Université de Cambridge de 1979 à 1984. Le système est celui de la « tenure » (titularisation) : au bout de cinq ans, votre cas est revu et vous êtes alors soit recalé (ce qui n’est qu’exceptionnellement le cas) soit nommé à titre définitif. Nous sommes trois à être nommés simultanément en 1979, nous serons cependant recalés tous les trois en 1984.

Margaret Thatcher est devenue premier ministre en 1979. Les conservateurs anglais accumulent les accusations envers les sciences humaines, censées saper l’édifice social, et ont leur éradication à leur programme. Une conversation que j’eus dans ces années-là situe bien le climat de l’époque. Il faut savoir qu’une université comme Cambridge ou Oxford est une confédération de collèges créés à différentes époques, qui par un roi, une ville, une église, un philanthrope, etc. L’admission des étudiants se fait par l’intermédiaire d’un collège qui, moyennant finances, veille à leur assurer le gîte et le couvert et, last but not least, leur réussite aux examens dans le cadre de l’université proprement dite, organisation indépendante des collèges, dirigée elle par son Sénat et l’assemblée des enseignants. Ces derniers peuvent être recrutés par l’université où ils dispensent un cours ex cathedra, par un collège où ils prodiguent des leçons particulières (« tutorial ») à ses étudiants, ou, le plus souvent, par les deux à la fois. Continuer la lecture de Cambridge University VI. End Game

Partager :

W.H.R. Rivers (1979)

W.H.R. Rivers (1864-1922) A paru dans les notes de mon cours Encyclopédie de l’ethnologie et histoire des doctrines ethnologiques publiées…

Vous devez être connecté pour lire le contenu complet de l'article. Vous pouvez vous abonner ici

Partager :

Cambridge University I. Le projet d’une histoire de l’anthropologie

Complétant en 1977 ma maigre pitance de « professeur » à Bruxelles, rémunéré en fait en vacataire, par une nouvelle bourse de la fondation Wiener-Anspach, j’étais cette fois doctorant de l’Université de Cambridge proprement dit, et non comme ç’avait été le cas de 1975 à 1976, doctorant de l’Université de Bruxelles en résidence à Cambridge. Ma thèse serait une histoire de l’anthropologie dans une perspective épistémologique inspirée de la philosophie des sciences qui connaissait alors un nouveau souffle sous l’influence de philosophes et d’historiens des sciences comme Thomas Kuhn (1922-1996), Paul Feyerabend (1924-1994), Joseph Sneed (1938-2020) et Wolfgang Stegmüller (1923-1991). Mon directeur de thèse était Sir Edmund Leach (1910-1989).

Continuer la lecture de Cambridge University I. Le projet d’une histoire de l’anthropologie
Partager :

Meyer Fortes (1906 – 1983)

J’ai déjà rédigé il y a près de cinq ans un billet de ce nom. Je n’y disais en fait pas grand-chose de Meyer Fortes, sinon ceci :

Meyer Fortes, le sage « talmudique » (je ne sais pas ce que le mot signifie exactement, mais je crois que c’est bien cela que je veux dire !), qui se décrétait grand-père de certains étudiants thésards à Cambridge et devenait pour eux à partir de ce moment, leur ange tutélaire, chacun des mots qu’il leur adressait prenant alors la forme d’une bénédiction. Il est toujours là, perché à jamais sur mon épaule.

Je dirai davantage aujourd’hui de ce phare de l’anthropologie britannique.

Continuer la lecture de Meyer Fortes (1906 – 1983)

Partager :

UN OBJECTEUR DE CONSCIENCE INTENDANT DES TROUPES (I) PREMIÈRE PÉRIODE : LE DÉNI

Le groupe de « Bloomsbury », du nom du quartier londonien où il logeait, fut dans les années 1910 et 1920 une bohême aisée, « bobo » comme on dit aujourd’hui, colonie de l’Université de Cambridge située à cent kilomètres de la capitale, droit vers le Nord.

Quand la Première guerre mondiale éclate au début du mois d’août 1914, Bloomsbury reste indifférent à ce qui lui apparaît comme un jeu mis en scène par des officiels aux cols empesés, banquiers et généraux, se prenant tous bien trop au sérieux. Un jeu d’un autre âge aux yeux de ces jeunes gens outrageusement « modernes ».

Selon le vœu du roi Henry VI, qui fut à l’origine des deux, les adolescents les mieux doués du collège d’Eton (fondé par lui en 1440) poursuivraient ensuite leurs études au King’s College de Cambridge (fondé par lui l’année suivante).

Non contents que leur identité d’élite royalement instituée puisse se poursuivre sans discontinuer de l’âge de quatorze à celui de vingt-quatre ans, les anciens d’Eton se créèrent à Cambridge en 1820 une association d’anciens sous la forme d’une « société secrète » appelée « The Apostles ».

Ces « Apôtres » constituaient en réalité, et très innocemment, un club où l’on débattait soit de questions morales, soit des implications morales de questions d’ordre politique. Les meilleurs orateurs d’entre eux y joutaient, comme ils avaient déjà eu l’occasion de le faire durant les nombreuses années qu’ils avaient passées à Eton.

Continuer la lecture de UN OBJECTEUR DE CONSCIENCE INTENDANT DES TROUPES (I) PREMIÈRE PÉRIODE : LE DÉNI

Partager :

LE TEMPS QU’IL FAIT… CES JOURS-CI

J’enregistrerai la vidéo dès que possible, mais ce ne sera pas vendredi. Je parlerai alors de ce colloque La démocratie enrayée, auquel je participe à Bruxelles et où j’interviens vendredi matin.

À l’époque où j’étais jeune enseignant à l’Université de Cambridge, j’avais beaucoup d’admiration pour un historien qui me semblait le meilleur d’entre nous. Pour l’une ou l’autre raison, nous n’avons jamais eu l’occasion d’avoir durant ces années-là, une véritable conversation. Aussi quand tout à l’heure, Hervé Hasquin, secrétaire perpétuel de l’Académie royale, nous a fait asseoir John Dunn et moi, côte à côte, nous nous sommes tournés spontanément l’un vers l’autre et nous nous sommes dits en chœur : « La dernière fois, c’était il y a quarante ans, n’est-ce pas… »

Aussi, une fois la séance levée (durant laquelle Jacques Attali a pris quelques-uns des autres participants à la table-ronde, disons, à rebrousse-poil – mais je vous raconterai cela !), nous sommes allés dîner ensemble et nous nous sommes alors raconté, non seulement tout ce que nous ne nous étions pas dit en 1975, mais aussi tout ce qui nous était arrivé en quarante années de vie de plus !

Partager :