Archives par mot-clé : Zermatt Summit

SOMMET DE ZERMATT, AUJOURD’HUI 17 JUIN 2011

Trois interventions passionnantes aujourd’hui : celle de Francisco van der Hoff, fondateur de Max Havelaar, apôtre du commerce équitable, celle de Jim Wales, fondateur de Wikipedia et celle de Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix, dissidente et persona non grata dans son pays, l’Iran.

Van der Hoff s’est présenté comme essentiellement un fermier, insistant à très juste titre sur le fait qu’on comprend beaucoup mieux les choses quand on a les mains couvertes de terre (et j’ajouterai en me référant à ma propre expérience à la pêche : « ou dégoulinant d’eau salée »).

Wales a présenté ses différents projets comme des contributions à l’avènement d’une transparence globale. Une question lui a été posée à propos de Wikileaks. Il a reproché à Assange une certaine insouciance vis-à-vis du risque d’exposer à des représailles des individus mentionnés dans les informations qu’il divulgue. Curieusement, Wales avait fait débuter son intervention par une attaque en règle contre van der Hoff dont l’intervention précédait immédiatement la sienne. Interrogé ensuite, il expliqua sa hargne par son irritation contre une expression utilisée par van der Hoff : « assurer au moins une pauvreté décente ». Pour Wales, aucune pauvreté n’est « décente ». Débat intéressant entre deux « indignés », qui ne diffèrent sans doute que par leur degré d’indignation, et par la quantité de terre nécessaire sur les mains pour saisir l’essence des choses.

Avec Shirin Ebadi, on s’écarte des considérations générales, aussi fondamentales soient-elles : sa sœur et son mari ont été emprisonnés pour faire pression sur elle, et elle parcourt le monde 365 jours par an comme ambassadrice d’un avènement de la démocratie en Iran. Elle ne s’en laisse pas conter : elle est extrêmement critique envers les différentes composantes de l’opposition iranienne et elle n’a pas de mots trop durs envers, d’une part le Vénézuéla pour la bonne entente présente entre Chavez et le régime iranien actuel, et d’autre part envers les États-Unis pour leur refus de ratifier les traités internationaux sur la plupart des questions essentielles.

Partager :
Email This Post Email This Post

SUSAN GEORGE ET PAUL JORION : QUE FAIRE ?

Ils ne s’étaient jamais rencontrés, c’est maintenant chose faite. Avant d’échanger leurs livres (1), se les dédicaçant réciproquement, ils ont parlé à bâtons rompus, à partir de l’actualité qui était ce jour-là le début du Forum de Davos, tentant ensuite de répondre aux questions : que faire, que proposer ? FL.

Susan George : Réglons leur sort à Davos et au G20 que personne n’a élu, ni l’un ni l’autre. Le G20 est né de la crise qui a fait trembler le monde. J’étais à Londres lors du premier, nous étions 35.000 à manifester ; la presse du lendemain, de même que Gordon Brown, s’empressaient de souligner leur accord avec nous. Tout a depuis bien changé. C’est très rapidement devenu un simple rituel où les points de vue sont trop divergents pour que des décisions soient prises. Quant à Davos, l’on y affirme que la crise est terminée. Le fondateur, Klaus Schwab, publie un texte dans Foreign Policy intitulé « Gérer le monde après la crise ». Pour qui se prend-il ? Davos n’a rien vu et ne verra rien venir, ceux qui s’y rendent ne vont y chercher, en plus des « deals », qu’une sorte de sagesse conventionnelle ; c’est un rituel aussi. Et d’après les nouvelles de ce matin, « Davos » pense que le risque, aujourd’hui, c’est de trop réguler les banques.

On subit le G20 comme on subit Davos, à cette différence près que c’est ce dernier qui imprime le plus sa marque car la finance gouverne. Que faire alors ? Je pense qu’il faut placer son espoir dans un travail hélas long et patient, comme nous le faisons l’un et l’autre, en construisant des alliances entre gens qui ont des idées et savent à peu près ce qu’il faut faire. Notamment, selon moi, une taxation sur les transactions financières qui permettrait de financer le tournant de civilisation nécessaire : conversion verte, réduction de la pauvreté dans le Sud, transfert de technologie hors OMC, etc. – autant de projets dont la finance pourrait être la vache à lait.

Paul Jorion : On exprime en effet dans certains milieux l’opinion que la crise est terminée, en particulier au G20 et à Davos. Comment peuvent-ils ignorer l’existence de différentes bombes à retardement dont, aux Etats-Unis, le déficit public faramineux, l’immobilier résidentiel qui connaîtra encore une aggravation cette année, l’immobilier commercial sans solution, ainsi que le marché obligataire des États et des autorités locales et, en Europe, les phases encore à venir de la crise de la zone euro. Or, les faits sont têtus, nous en sommes d’accord. Ce qui amène d’ailleurs à s’interroger sur l’influence réelle que ces instances ont sur les événements, dont elles semblent incapable de modifier le cours.

Continuer la lecture de SUSAN GEORGE ET PAUL JORION : QUE FAIRE ?

Partager :
Email This Post Email This Post

Zermatt Summit, 3 – 5 juin 2010

On a demandé aux intervenants du Zermatt Summit, dont l’objectif était « humaniser la globalisation », quelles étaient leurs conclusions. Voici les miennes.

Réponse à juan nessy :

Au moment même où j’ai parlé du « centre » dans ce très court entretien, j’ai eu le sentiment d’une ambiguïté possible, en pensant à ceux qui en France se réclament précisément du centre. Pour ceux qui m’avaient entendu le jour précédent, il s’agissait d’une allusion au long passage de mon allocution où j’évoquais le dilemme de Keynes dans les années trente, tentant de définir une « troisième voie » entre la montée de deux extrémismes homicides et liberticides. Mais l’expression « troisième voie » a elle aussi été galvaudée depuis par des vendeurs de soupe refroidie. Il faudrait toujours introduire un nouveau vocabulaire pour échapper aux écueils de l’usure des mots et des expressions. Il faudrait parler d’une nouvelle approche « méta- » pour suggérer qu’elle a synthétisé pour les dépasser, les erreurs du passé.

On trouve l’ensemble des entretiens ici (François Lemarchand, Nouriel Roubini, Pierre Tapie, Philippe de Woot, Mary K. Bush, etc.).

Partager :
Email This Post Email This Post

BFM Radio, lundi 7 juin à 10h46 – « Humaniser la globalisation »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’ai donc participé la semaine dernière à la première réunion du « Sommet de Zermatt » qui devrait se réunir dorénavant chaque année et qui, sous l’égide d’une « humanisation de la globalisation », vise à une moralisation de l’économie et en particulier, de la finance. J’ignore si les organisateurs étaient pleinement conscients de ce qu’ils faisaient en réunissant deux Cassandre notoires, Nouriel Roubini et moi-même, dans la table-ronde consacrée au thème : « La finance au service de l’économie ». Roubini a commenté les mesures en préparation aux États-Unis et en Europe, en disant : « Beaucoup trop peu, beaucoup trop tard ». J’ai parlé de mon côté d’« occasion historique manquée ». Un très faible espoir donc, chez l’un et chez l’autre, de remettre un jour la finance au service de l’économie.

Si l’on va un peu fouiner en coulisses, on découvre qu’un grand nombre d’organisateurs et d’invités ont un lien avec l’église catholique. Voilà qui n’est guère étonnant si l’on pense que les religions ont été de grandes productrices de systèmes éthiques et, s’il s’agit de tempérer la finance, certaines initiatives viendront certainement de là. Mais, ces religions, que comptent-elles à leur actif ? La plupart d’entre elles sont millénaires et ont eu amplement le temps de faire leurs preuves.

Moïse, on le sait a eu maille à partir avec les adorateurs du Veau d’Or. L’Islam a interdit le prêt à intérêt mais ferme les yeux pudiquement sur tous les détournements qui permettent de respecter la lettre de la prohibition tout en en bafouant l’esprit. Jésus-Christ a chassé les marchands du Temple mais ils furent bien prompts à y revenir – y compris dans les temples de la religion dont il fut lui-même à l’origine. L’encyclique « Rerum novarum » traite bien des thèmes du Sommet de Zermatt mais, publiée en 1891, elle ne date pas d’hier. Quant au protestantisme, Calvin lit dans la réussite personnelle – dont la réussite financière fait partie – le signe d’une approbation par Dieu de la manière dont chacun mène sa vie. On opère donc avec Calvin, un demi-tour complet par rapport à Aristote, qui voyait dans l’amour de l’argent, une sorte de maladie professionnelle propre aux marchands, une conséquence fâcheuse du fait qu’ils vivent, eux et leur famille, du profit qu’ils font dans la vente des marchandises. Ils sont donc excusables. Mais ne sont pas excusables les pères de famille qui chercheraient à accumuler la richesse. Leur bonheur est ailleurs, et d’une tout autre qualité.

Une des allocutions au sommet de Zermatt a été prononcée par un cardinal. Il a dit : bla, bla, bla, amour, bla, bla, bla, charité, bla, bla, bla, salut, etc. Une dame dans l’assemblée bouillait sur son siège en l’écoutant. Quand il a eu terminé, elle a bondi. Elle lui a dit : « Vous n’avez vraiment rien à mentionner de concret ! ». Il n’a pas su quoi répondre, et son silence était significatif : si les religions veulent renouer avec ce que j’ai appelé leur fonction historique de « productrices de systèmes éthiques », il est grand temps qu’elles passent la vitesse supérieure. L’histoire, elle, n’attend pas.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :
Email This Post Email This Post