BFM Radio, lundi 7 juin à 10h46 – « Humaniser la globalisation »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’ai donc participé la semaine dernière à la première réunion du « Sommet de Zermatt » qui devrait se réunir dorénavant chaque année et qui, sous l’égide d’une « humanisation de la globalisation », vise à une moralisation de l’économie et en particulier, de la finance. J’ignore si les organisateurs étaient pleinement conscients de ce qu’ils faisaient en réunissant deux Cassandre notoires, Nouriel Roubini et moi-même, dans la table-ronde consacrée au thème : « La finance au service de l’économie ». Roubini a commenté les mesures en préparation aux États-Unis et en Europe, en disant : « Beaucoup trop peu, beaucoup trop tard ». J’ai parlé de mon côté d’« occasion historique manquée ». Un très faible espoir donc, chez l’un et chez l’autre, de remettre un jour la finance au service de l’économie.

Si l’on va un peu fouiner en coulisses, on découvre qu’un grand nombre d’organisateurs et d’invités ont un lien avec l’église catholique. Voilà qui n’est guère étonnant si l’on pense que les religions ont été de grandes productrices de systèmes éthiques et, s’il s’agit de tempérer la finance, certaines initiatives viendront certainement de là. Mais, ces religions, que comptent-elles à leur actif ? La plupart d’entre elles sont millénaires et ont eu amplement le temps de faire leurs preuves.

Moïse, on le sait a eu maille à partir avec les adorateurs du Veau d’Or. L’Islam a interdit le prêt à intérêt mais ferme les yeux pudiquement sur tous les détournements qui permettent de respecter la lettre de la prohibition tout en en bafouant l’esprit. Jésus-Christ a chassé les marchands du Temple mais ils furent bien prompts à y revenir – y compris dans les temples de la religion dont il fut lui-même à l’origine. L’encyclique « Rerum novarum » traite bien des thèmes du Sommet de Zermatt mais, publiée en 1891, elle ne date pas d’hier. Quant au protestantisme, Calvin lit dans la réussite personnelle – dont la réussite financière fait partie – le signe d’une approbation par Dieu de la manière dont chacun mène sa vie. On opère donc avec Calvin, un demi-tour complet par rapport à Aristote, qui voyait dans l’amour de l’argent, une sorte de maladie professionnelle propre aux marchands, une conséquence fâcheuse du fait qu’ils vivent, eux et leur famille, du profit qu’ils font dans la vente des marchandises. Ils sont donc excusables. Mais ne sont pas excusables les pères de famille qui chercheraient à accumuler la richesse. Leur bonheur est ailleurs, et d’une tout autre qualité.

Une des allocutions au sommet de Zermatt a été prononcée par un cardinal. Il a dit : bla, bla, bla, amour, bla, bla, bla, charité, bla, bla, bla, salut, etc. Une dame dans l’assemblée bouillait sur son siège en l’écoutant. Quand il a eu terminé, elle a bondi. Elle lui a dit : « Vous n’avez vraiment rien à mentionner de concret ! ». Il n’a pas su quoi répondre, et son silence était significatif : si les religions veulent renouer avec ce que j’ai appelé leur fonction historique de « productrices de systèmes éthiques », il est grand temps qu’elles passent la vitesse supérieure. L’histoire, elle, n’attend pas.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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225 réflexions sur « BFM Radio, lundi 7 juin à 10h46 – « Humaniser la globalisation » »

  1. Merci du lien. Jeté un œil à Wiki sur Sutton. Je connaissais en partie tout ça. Ça reste un épiphénomène mineur au regard des « dix jours qui ébranlèrent le monde ». Que la stratégie du capital US soit de tisser des liens avec des parties en conflits pour se garantir du commerce à venir quelque soit le gagnant, Hergé le montre déjà dans « L’oreille cassée » ! Ce n’est certainement pas le privilège du capital US, mais dans les coulisses d’autres aussi, ex-camp socialiste inclus. Pour les étiquettes, « Si je pense avant de classer ? si je classe avant de penser ? » cf. Maître Perec.

  2. Je vais vous dire franchement que certaines petites choses dans ce blog me laisse pensive… Il y a un petit quelque chose qui fait que je me demande si on n’est pas en train de prendre les gens pour des imbéciles… auquel cas ce serait très dommage. Je lisais l’autre jour, mais je ne sais plus où, qu’il ne fallait jamais prendre les gens pour des idiots… mais bon, ce n’est qu’une impression, j’espère avoir la preuve du contraire. Quand ça? Comment ça? Je ne sais pas…

    En tout cas, je profite de ce blog pour écrire, car j’aime ça, tout comme la traduction d’ailleurs. Ayant certaines idées sur certaines choses, qu’il m’arrivait d’envoyer auparavant par courrier, ce blog peut être un intéressant medium pour les communiquer (est-ce vraiment vrai?)… Me lira qui voudra, c’est gratuit! Vive la communication moderne… si ce n’est pas une utopie.

    En 2003, j’ai écrit le texte suivant que j’ai retrouvé ce matin par hasard dans mes papiers:

    Il s’agit de remettre en cause l’économie de marché, du tout quantifiable selon des critères de profit, rendement, production, du toujours plus vite et du toujours plus. L’accent doit être mis sur une économie de solidarité, plus locale, où l’humain prévaut.
    L’économie doit se plier à un système de valeurs spirituelles et respecter la vie et l’humain en tout premier lieu. D’une économie de marché à visées matérialiste et expansionniste nous devons passer à une économie de solidarité et d’entraide basée sur l’humain ancré dans une famille et non sur le cumul de biens matériels quantifiables.
    Dans cette nouvelle réalité socio-politique et économique, il serait tout à fait intéressant de souligner le rôle que pourraient jouer des acteurs non-productifs (au sens moderne du terme) que sont les jeunes avant leur entrée dans le monde du travail, les personnes de plus de 60 ans, les mères de famille. Tous ces groupes seraient à même de participer à une économie de solidarité et d’entraide, sans pour autant voir leur travail ou leur activité quantifiés en monnaie sonnante et trébuchante (!). Une société solidaire doit permettre une revalorisation des acteurs précités, en reconsidérant et reconnaissant leur rôle et leur capacité d’action et d’entraide au sein de la communauté, cette société post-moderne se doit de souligner le caractère humain et altruiste, bénévole et gratuit aussi, de cette participation désintéressée (à encourager par l’éducation entre autres).
    La revalorisation et la reconaissance de ces forces non-productives mais créatrices de soins, d’attention, d’aide, de bien-être et d’amour sont nécessaires à la société d’aujourd’hui. L’entraide intergénérationnelle est essentielle pour un monde respectueux et soucieux de l’humain, de sa dignité et de son environnement. Reconnaître et respecter la famille et le rôle des ses différents membres est essentiel. L’unité fondatrice et fondamentale de la famille est de par son rayonnement un bien pour la communauté à ne jamais sous-estimer. Elle représente un pilier, les pierres angulaires dont je parlais, garantie contre les risques de désintégration à laquelle une société peut-être confrontée si elle ne respecte pas son caractère humain, son humanité. J’écrivais cela en 2003… en 2010, il est temps de passer à du concret… Merci M. Jorion.

    A suivre…

    1. Anne,

      Beau texte, tant sur la forme que sur le fond. Mais je ne peux résister : Petite joueuse !

      Je plaisante ! L’idée sous-jacente est la même. Quand vous parlez des jeunes qui pourraient être des acteurs non-productifs avant leur entrée dans le monde du travail (pouah !), il y a de fortes chances qu’ils y prennent goût… C’est le premier pas qui coûte : un petit pas pour le jeune, un grand pas pour l’humanité.

      La spiritualité n’empêche pas l’entraide. Oui il est temps de passer à du concret. Nous sommes enfermés sur un vaisseau spatial que nous continuons à explorer, et nous réussissons en plus à nous enfermer dans un esclavage volontaire, le pire donc : le salariat. Vu de l’espace ça ressemble à une piètre « évolution ».

    2. @ Anne,

      Il me semble que vous voilà sur le même sujet que Mianne également:
      http://www.pauljorion.com/blog/?p=12752#comment-85735

      Je voudrais vous demander des précisions, concernant votre paragraphe d’introduction. Vous dites que « certaines petites choses dans ce blog » vous laissent pensive, « un petit quelque chose », « une impression » qu’on est peut-être en train de nous prendre « pour des imbéciles ».
      Pourriez-vous en dire un peu plus sur cette impression?

      En tous les cas continuez à profiter de ce blog pour écrire, car nous profitons de votre point de vue. Vous m’offrez parfois un décalage dans la façon d’aborder les sujets, qui ouvre à d’autres pensées, et donc enrichit les débats.
      (J’ai déjà dit ici combien l’économie pure et dure, et les mécanismes financiers, malgré l’intérêt que j’y porte, me sont difficiles à assimiler. Je pense ne pas être le seul à apprécier ce blog « d’économie » parce que le soucis de l’homme y a la première place. Quand Paul Jorion, vous, ou d’autres encore, posez de temps en temps votre regard sur la condition humaine, je me sens plus apte à saisir, et je sais pourquoi je reviens régulièrement « chez Jorion ».)

      PS:
      Souvent les commentaires réclament « du concret ».
      Bien sûr il y a du concret, du tangible, qui peut être mis en place ( Interdiction des paris sur les fluctuations des prix, Constitution pour l’économie, ou même des formes d’organisations comme celle de Mianne, qu’elle nous a expliqué un jour). Mais je me demande si nous ne serions pas aussi en train de faire du concret ici, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose.
      Le blog de Paul Jorion est un organe d’information et de diffusion de recherche et de pensée, avec différents éditorialistes, qui ouvre son espace à l’expression de milliers de personnes, avec une bonne centaine de milliers de lecteurs. Cela s’appelle un média. Finalement, ça s’appelle du concret. Et nous y participons.

    3. Bonsoir Jean Luc,

      Je viens d’écrire un long commentaire ci-dessus. Je vous répondrai une prochaine fois. Merci.

    4. Bonsoir Anne,

      Je viens de lire le « long commentaire ci-dessus »:
      http://www.pauljorion.com/blog/?p=12604#comment-86547

      Une chose est sûre, vous ne serez jamais ridicule. La sincérité n’est jamais ridicule.

      Vous nous écrivez des Pays-Bas. Vous savez, je n’ai posé le pied pour la première et unique fois aux Pays Bas qu’il y a un an. Un ami m’avait embarqué dans sa voiture pour une virée de trois jours. Nous sommes peintres, et nous voulions tout simplement voir les toiles des maîtres de la peinture flamande « pour de vrai », après avoir fait le tour de celles que le Louvre possède.

      Quelque chose m’a frappé a Den Haag, à Haarlem, à Amsterdam. Quelqu’un m’en avait parlé il y a longtemps, mais je ne pensais pas être aussi surpris de le constater de mes yeux. Partout, dans toutes les rues, je pouvais voir à l’intérieur des appartements des gens. Très rares étaient les fenêtres voilées de rideaux, et beaucoup n’avaient même pas de volets. Lorsque certaines maisons ou appartements étaient bâtis avec des bow-windows en rez-de-chaussée, en les longeant sur les trottoirs c’était comme si je passais dans le salon. Les gens lisaient, mangeaient, vivaient sans faire la moindre attention à moi. Enorme surprise pour un français habitué à voir les rez-de-chaussée parisiens bardés de barreaux, de rideaux et de double rideaux, habitué à ce que l’intimité soit surprotégé. Et agréable surprise pour moi, français qui n’a jamais pu mettre de rideaux à ses fenêtres et qui ne ferme jamais ses volets.

      Si je vous parle de cela, c’est parce que je viens de comprendre pourquoi j’ai été un peu surpris que vous osiez, comme vous le dites avec un sourire, « ne pas trop (vous) dé-personnaliser » dans vos commentaires. J’ai été surpris car, comme beaucoup de français, j’ai intégré l’idée que ce n’est pas « correct » de trop montrer de soi. Inutile pudeur, qui ne sert qu’a nous protéger d’une ouverture aux autres. N’aurions-nous pas en France l’intime mal placé?

      Je vous trouve très courageuse, car le débat que vous voulez entamer ci-dessus est passionnant, dans tous les sens du terme. Vous en êtes consciente lorsque vous écrivez: « (…) si nous pouvions discuter de tout ça, en restant intelligible et en se respectant ». Il y a tant à échanger sur le sujet de la place respective de l’homme et de la femme dans nos sociétés, et de l’évolution qui a eu lieu si brusquement au cours des quarante dernières années. J’espère ne pas lire chez vos prochains contradicteurs trop de passions instinctives, conclues à grand coup de phrases définitives et de points d’exclamation rageurs. Le sujet mérite bien mieux. Avec Martine Mounier comme première interlocutrice, je suis rassuré, vous trouverez ensemble de bons angles d’attaque, et les arguments seront affûtés!
      (j’ai parlé de « ring » pour être un brin taquin!)

    5. @ Jean Luc

      Merci pour votre mot et votre impression sur les Pays-Bas. Ces fenêtres grandes ouvertes sur l’extérieur sont en effet une des caractéristiques de ce pays. Cette coutume remonte, dit-on, au temps où la riche bourgeoisie fière de sa richesse la laissait volontiers entrevoir par le monde extérieur. Ce n’est donc pas forcément une ouverture sur l’extérieur, mais une invitation faite à l’extérieur, le passant, à jeter un coup d’oeil sur les possessions du maître des lieux, et de pouvoir ainsi en apprécier sa réussite matérielle.

      Pour répondre à votre question (10 juin 2010 à 22:44):
      Ce que je voulais dire est que cette nouvelle dimension qu’offre la communication moderne (lire « L’Utopie de la communication » de Philippe Breton par ex. à ce sujet) m’attire autant qu’elle me rend quelque peu perplexe. Cette tentative de mise en connexion des pensées est-elle réellement désintéressée? J’aimerais aussi bien savoir comment fonctionne ce blog. Qui décide de quoi? Y a-t-il une équipe autour de M. Jorion? Bref, je me demande comment M. Jorion travaille. Est-ce que des intervenants se connaissent et pourraient ainsi former le « maillage » des commentaires? Quelle signification attribuée aux petites photos dans les cadres distinctifs à droite des commentaires?

      Travailler avec la pensée humaine à l’échelle internationale n’est pas rien et nécessite d’abord et avant tout respect, intelligence, impartialité et encore une fois sagesse et désintéressement.
      Un autre point que je ferais concerne le rôle du modérateur. Est-il en mesure de filtrer les interventions trop goguenardes? Il faudrait faire attention à ne pas laisser trop d’intervenants se « lacher »ou se cacher derrière raillerie ou cynisme. De plus trop d’interventions suite à un même billet me paraît pas toujours nécessaire. Nous devons lire tout ça, et cela prend du temps. Attention aussi, je l’ai déjà dit, à la succession trop rapide de billets. Réfléchir prend aussi du temps!

      Enfin, suite à ce billet du 7 juin, la question religieuse est bien trop sérieuse pour que l’on en parle d’une façon aussi désinvolte. Le ton employé par M. Jorion et en particulier ce « bla, bla, bla » m’a paru irrespectueux et m’a un peu déconcertée.

      Peut-être que M. Jorion pourra ajouter son commentaire et bien vouloir prendre le temps de répondre aux quelques questions que je me posais.

      Bien cordialement

    6. Derrière vos mots Anne, il me semble, que vous cherchez à exprimer une couleur pure. Ou si vous préférez une note juste, parfaitement juste. Pas n’importe laquelle, mais une juxtaposition idéale avec votre personne. Il n’est pas bien difficile de deviner que dans vos tiroirs se trouve des poèmes ou des peintures. Que sais-je ?

    7. @ Fab,
      Sur daily motion, j’ai trouvé l’autre jour un chouette petit film sur René Guenon, « Tradition, Civilization and the Modern World ». Inspirant et éclairant!

    8. @ Anne,

      (Concernant cette coutume des grandes fenêtres ouvertes aux regards, votre explication est intéressante. C’est étonnant comment une habitude ancienne et bourgeoise devient au fil des temps une tradition populaire, un mode de vie.)

      Pour les questions que vous vous posez, concernant le blog.
      Je suis comme vous un hôte de monsieur Jorion, et il n’est pas question que je réponde à sa place. Simplement, comme je me suis aussi posé certaines de vos questions par le passé, et que j’ai trouvé quelques réponses, j’ai envie de vous les faire partager.

      Après être venu en simple lecteur sur le blog pendant de longs mois, j’ai, comme vous, décidé un jour de glisser un mot, puis un autre. C’était la première fois que je « bloggais » (ou « postais »?) sur Internet; le blog de Paul Jorion m’aura servi de baptême, et c’est un des lieux que je fréquente le plus assidûment, sans intervenir trop souvent (sauf les jours désoeuvrés où les sujets me passionnent!). Internet a presque créé une nouvelle forme de civilité. Peut-être peut-on apprendre de quelqu’un les règles du « savoir blogger » (peut-être existe t-il des manuels?), mais, comme toujours, un des meilleurs apprentissages est celui qui s’effectue en pratiquant.
      Chose étonnante qu’un blog.
      Un lieu ouvert par quelqu’un pour échanger ses vues avec d’autres personnes qui apprendront de lui, et pourront l’enrichir.
      J’ai fini par me faire une image mentale de la chose: une pièce avec une porte d’entrée et quelqu’un qui accueille. La porte est ouverte en permanence; on entre et on sort à notre convenance. Au début la salle est vide, seul le créateur du blog est là, et les premières personnes invitées à entrer peuvent prendre le temps de saluer l’hôte, de s’entretenir en particulier avec lui, de se familiariser avec les coutumes qui se mettent peu à peu en place, de visiter toutes les « pièces » constituées par les différents onglets, etc.
      Je suis allé un jour lire les premiers billets du blog de Paul Jorion, une remontée dans le temps qu’il est facile de faire. On est surpris de voir certains billets accompagnés de deux ou trois commentaires seulement, ou parfois aucun, alors que ceux actuels sont suivi parfois de plusieurs centaines de contributions. Aujourd’hui la salle est pleine de monde, et il est parfois difficile de s’y promener sans se perdre, ou sans perdre un interlocuteur dans la foule.
      En arrivant « chez Jorion », je ne connaissais pas les usages des blogs, et de celui-là en particulier. J’ai donc appris, et compris, en pratiquant. Mes commentaires étaient parfois malvenus lorsque je chipotais quelqu’un pour une phrase que j’avais tout simplement mal comprise, parfois mes mots étaient trop forts (ou trop faibles!), parfois en voulant trop en dire je « noyais le poisson », d’autres fois je perdais du temps à répondre à une personne qui visiblement était seulement venue lâcher un hoquet et qu’on ne reverrait plus. J’ai appris tout seul (voyez ce que j’écrivais à jducac à ce propos ).

      Je n’ai jamais réfléchi précisément à ce que vous appelez « la nouvelle dimension qu’offre la communication moderne ». Comme tout le monde je sens que quelque chose se joue là, que McLuhan (mort en 1980) avait vu venir, lui qui affirmait que le vecteur de communication, le canal, affectait bien plus la communication que le contenu lui-même (« le message, c’est le médium »). A la fois acteurs et observateurs nous continuons à être nos propres cobayes…
      Vous vous demandez si « cette tentative de mise en connexion des pensées est (…) désintéressée ». Assurément non. Peut-être la révolution d’Internet est-elle à mettre en regard avec la révolution du caractère mobile d’imprimerie. Ni l’une ni l’autre de ces inventions n’a été désintéressée. Si l’invention de l’imprimerie a beaucoup servi à l’origine à la diffusion des textes bibliques, elle a vite été utilisée à d’autres projets. Il n’a pas pu y avoir à l’origine d’Internet de dessein très précis (à part la « mise en connexion ») car les créateurs ont été multiples des deux côtés de l’Atlantiques. On ne peut pas trouver de dessein au système, mais nous pouvons tous y trouver de l’intérêt, sinon un intérêt.

      Pour le fonctionnement du blog, la lecture de trois ans de commentaires répondent à presque toutes vos questions. Je résume (avec la permission et sous le contrôle de monsieur Jorion; qu’il me corrige si il y a lieu) les informations que j’ai pu glaner, pour vous éviter des heures de recherches fastidieuses.
      – « Qui décide de quoi? » Paul Jorion décide des sujets qu’il désire voir aborder jour après jour sous forme de « billets ». Il le décide en fonction du temps qu’il fait, de son humeur, ou de l’urgence qu’il y a à livrer telle information ou à alerter sur tel sujet. François Leclerc est le deuxième pourvoyeur régulier de « billets »; il est devenu peu à peu le deuxième homme du blog, et nous entretient avec une précision de métronome des phases et aléas successifs de la crise économique dans laquelle nous sommes entrés. Dans le théâtre antique son rôle aurait été celui du choeur, mais la pièce qui se joue aujourd’hui n’est pas écrite à l’avance (bref, François Leclerc est un funambule). Il arrive que Paul Jorion invite une tierce personne à écrire un billet, mais tout lecteur peut proposer lui-même à tout moment un texte, sur le thème de son choix (parmi les domaines inscrits en en-tête du blog de préférence), qui sera ou non retenu en fonction de sa pertinence ou de la place que laisse l’actualité. Parfois, ayant choisi le sujet d’un billet, Paul Jorion voit filer les commentaires sur un sujet annexe qui prend soudain une place de « billet dans le billet ». Il laisse faire, ou devient lui-même un commentateur du sujet. De façon très anecdotique, il est arrivé que des échanges se transforment en batailles de chiffonniers, et que les qualificatifs commencent à voler bas; ces quelques rares occasions ont vu Paul Jorion sortir son sifflet d’arbitre pour couper court aux enfantillages.
      Sur la « succession trop rapide de billets », j’ai le même sentiment que vous; le temps est court pour digérer un sujet, et un autre nous est déjà proposé. « Quod abundat non vitiat », aurait dit le vieux pirate d’Astérix (Abondance de bien ne nuit pas). Surtout, le blog de Paul Jorion prend de plus en plus sa place de média à part entière, de lieu d’information en flux, et en pensant à cela je me dis que, même si j’en rêve, je ne peux pas non plus lire la totalité d’un journal quotidien (je me suis fait la réflexion récemment que certains jours chez Jorion il doit se taper autant de signes typographiques que dans un de nos quotidiens « papier »!)
      – « Y a-t-il une équipe autour de M. Jorion? » Au fil du temps nous avons vu apparaître, grâce aux échanges en direct, les noms de personnes qui ont joué ou jouent un rôle dans la tenue du blog. Je pense à Jean-Baptiste, le graphiste qui a mis en forme sous la direction de M. Jorion l’aspect graphique du blog, je pense à Julien Alexandre qui, entre autres choses, est un très bon relais technique et ne rechigne jamais à expliquer une fonction du blog au visiteur égaré, etc. Des personnes qui, de loin en loin, aident à faire avancer le navire.
      Paul Jorion lis tous les commentaires, tous les commentaires en ligne, c’est certain. Pour les commentaires entrants, avant « modération », la multiplication de ses activités depuis un peu plus d’un an l’a amené à s’adjoindre l’aide d’autres personnes qui, sous son contrôle et selon leurs disponibilités, font une partie du travail de vérification des textes. Chaque mot est lu et vérifié, et la vie du modérateur bénévole n’est pas facile lorsqu’arrive le commentaire de quelqu’un qui a cru bon de « copier-coller » dix pages de considérations sur un sujet ardu en y glissant deux ou trois « perles » de son cru! Il n’y a pas une équipe de permanence 24h/24h, c’est ce qui explique qu’en journée il peut se passer un petit temps parfois avant que nos commentaires ne s’affichent. Cette modération est faite selon les règles de correction qui ont court sur tous les blogs sérieux, ni plus ni moins. Vous avez sûrement lu ce qu’en disait Julien Alexandre ici . Comme nous sommes entre gens responsables, certaines interventions que vous qualifiez de « goguenardes » sont mises en lignes car nous pouvons toujours argumenter et retourner « raillerie ou cynisme » contre l’envoyeur, sans entrer bien sûr dans un jeu stupide.
      – « Est-ce que des intervenants se connaissent et pourraient ainsi former le « maillage » des commentaires? » Il peut y avoir bien sûr des personnes qui se connaissent à l’extérieur du blog et qui viennent y échanger, mais il me semble que l’essentiel des affinités se sont crées directement ici, des affinités souvent internationales. Des relations qui peuvent être à géométrie variable; on peut très bien sur un sujet se ranger à l’opinion d’une personne, et sur un autre sujet faire partie de ses principaux contradicteurs. Derrière votre mot « maillage » il y a aussi l’idée d’un courant de pensée dominant. S’il faut en trouver un, c’est celui de M. Jorion bien sûr. Pourquoi ouvrirait-il sa maison a tous les vents? Mais Paul Jorion nous a aussi expliqué qu’il était un lecteur avide des informations que chacun peut apporter, et que sa pensée s’enrichissait jour après jour de toutes les interventions. Nous avons pu en outre constater que tout pouvait être écrit ici, qui était pensé avec précision et argumenté posément.

      Pour les signes distinctifs à droite de nos commentaires, ce sont des petites icônes, des « avatars » signalétiques, qui nous sont attribuées de façon aléatoire. Ils permettent de retrouver plus facilement le commentaire de quelqu’un en faisant défiler les textes. Il est loisible de les modifier à notre convenance, ce que certains font. J’ai quant à moi un faible pour le petit signe « aztèque » gris qui m’accompagne, et je ne veux plus en changer! ( voir quelques réflexions, et le lieu pour les modifier ici )

      (A propos du « bla bla bla » du cardinal à Zermatt, je ne trouve pas la réflexion plus irrespectueuse que si Paul Jorion, à l’écoute d’un homme politique enfilant les perles du moment, avait raconté la scène ainsi: « bla bla… le vivre-ensemble… bla bla… croissance… bla bla… progrès social… ». Nous sommes d’accord pour ne pas confondre le respect de la religion et de la politique, avec la critique de ceux qui les servent mal.)

      Quelle tartine, Anne! Pardon à vous …et au modérateur. A bientôt de vous lire.

    9. Anne,

      Merci pour le lien vers René Guénon : excellent.

      Gandhi, à qui un journaliste demandait ce qu’il pensait de la civilisation occidentale répondit que ce serait une bonne idée.

  3. @Martine Mounier et Anne :

    Voir un article de Michel Onfray dans le monde de ce dimanche/lundi page 16 intitulé  » Martine (Aubry) , Carol (Gilligan) , Simone (de Beauvoir) et les autres  » qui alimente en l’éclairant ( et en prenant parti) votre débat .

    Avantage Simone et  » le deuxième sexe » .

    1. Juan nessy,

      Vous êtes un sacré provocateur : Vous allez vous faire allumer et c’est bien fait pour vous.

    2. @Juan Nessy

      Le billet de Michel Onfray est intéressant, bien qu’il fasse complètement l’impasse sur le travail de Joan C. Tronto et son désaccord fondamental avec Carol Gilligan, ce qui est pour le moins étonnant de sa part. Devrais lui suggérer la lecture de l’auteure de Moral Boundaries à côté de Simone ?! Toujours est-il que voici de nouveau – j’avais déjà mentionné ce texte lors d’une longue et intéressante discussion avec jducac – un extrait de l’excellent billet de Liane Mozère intitulé : Le « souci de soi » chez Foucault et le souci dans une éthique politique du care.

      « La conception essentialiste de Gilligan affine peut-être l’analyse de formes méconnues de sensibilité des femmes, mais en les maintenant à l’écart de l’arène politique, perpétue leur assignation à des tâches de souci et de care, socialement dévalorisées et, ajoute Tronto, invisibilisées, parce que socialement cruciales pour le fonctionnement des rapports sociaux. Le souci, le care doivent donc être dissociés d’une dimension en termes de genre. Ils doivent, au contraire, concerner l’ensemble des autres humains, mais aussi tout notre monde matériel, animal, végétal. C’est donc à une forme d’écologie éthique et politique tout autant qu’à une éthique à l’égard d’autrui que le care est appelé à s’attacher, en tant qu’« activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer « notre » monde de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde comprend nos corps, nous-mêmes et notre environnement, tous éléments que nous cherchons à relier en un réseau complexe, en soutien à la vie ». S’attachant à identifier les besoins ou, mieux, les aspirations, le care selon Tronto, se rapproche du souci évoqué par Foucault : il en appelle de la même façon à une conversion de soi, à un style de vie, à la vie comme œuvre. Il s’agit de se soucier d’aspirations non satisfaites ; de se charger de répondre de manière responsable aux attentes ainsi détectées ; d’accorder des soins, du care à travers une activité pratique spécifique ; enfin, se soucier, de manière adéquate de l’autre suppose que ce souci convienne à cet autre (ou à cet objet). »
      http://leportique.revues.org/index623.html

      @Anne

      Grâce à vous le débat sur le care vient de faire son entrée sur le blog de Paul Jorion ! Soyez-en remerciée. Gageons qu’à présent que nous saurons, au-delà des sincérités respectives et des plaidoyers fort lyriques, aller vers l’analyse et l’argumentaire.

    3. @ Martine Mounier,

      Un petit mot en passant.
      Je terme Care m’ennuie énormément, par le sentiment sous-jacent que le concept qu’il englobe aurait les pays anglo-saxons pour origine, ce qui ne semble pas être le cas (je n’oublie pas cependant que le « care » anglais a pour origine le « carus » latin: cher, aimé, estimé).
      Mon professeur de philosophie de lycée m’avait appris que, dans les sciences de la pensée, lorsqu’un concept nouveau apparaissait, il était de convenance de reprendre le terme utilisé dans le pays qui l’avait vu naître (« Gestalttheorie », etc). Une autre règle était d’utiliser le terme étranger le mieux à même d’englober le concept (toutes les langues ne possèdent pas la même richesse sémantique dans tous les domaines).
      Je ne pense pas qu’on puisse trouver un pays d’origine au concept dont il est question à travers le mot Care, et je suis certain qu’un mot français existe pour en exprimer la richesse.

      Je ne sais pas si cette question est abordée par les utilisateurs actuels de ce concept. Je viens de regarder dans mon dictionnaire Anglais-Français: le mot « care » veut dire « soin ». En y mettant un « S » majuscule, je trouve que ce mot français peut très bien convenir: le Soin.

      Sinon le « carus » latin a ensuite donné naissance à « caritas » (amour, affection, tendresse), qui est devenu en français « charité ». La Charité pour traduire le Care? Voilà qui nous rapprocherait de Anne…

    4. @Jean-Luc

      Vous vous doutez bien que nous sommes avec le care de Tronto à l’antithèse de la charité de Madame Boutin (au hasard ! ;]).

      En ne tenant plus le soin, l’attention, la responsabilité (care, caring about, taking care of) pour essentiellement féminins, Joan Tronto nous permet véritablement de sortir de l’impasse des activités non-productives non-rémunératrices. Il n’y a plus d’un coté (privé) : soin, amour et sensibilité, et de l’autre (publique) : realpolitik et commerce amoral.

      Evidemment, comme avec Paul Jorion, la perspective d’une morale débarrassée des poncifs de genre – et du genre -, fait quelque peu serrer les fesses de certain(e)s.

    5. @ Martine Mounier,

      Grâce à vous, et à la référence à Joan Tronto, je suis allé un peu me renseigner sur le sujet que vous abordiez. Je dois vous avouer que je parlais sans savoir. J’ai seulement eu l’occasion à de nombreuses reprises, de lire ce terme de « care » dans les titres de la presse. Je dis les titres car je n’avais jamais poussé plus loin ma curiosité. Il faut dire que ce terme semblait surtout repris par Martine Aubry et son entourage (et peut-être Ségolène Royal avant elle), et que les tentatives désespérée du Parti Socialiste pour « changer son logiciel » -comme il le claironne depuis cinq ans, sans comprendre l’aveu qu’il y a derrière ce terme- en inventant des concept creux, a cessé depuis longtemps de m’amuser, sinon de m’intéresser.

      Suite à vos précisions et à celles de Paul Jorion, je sens que nous allons devoir nous habituer à utiliser ce terme de « care » (mais ça m’agace …voilà, c’est dit!). J’ai cependant noté (vous faites ailleurs une précision sur le sujet) qu’il est puisé dans le livre de Joan Tronto, paru en 1993, et qui avait pour titre original: « Moral Boundaries: a Political Argument for an Ethic of care », que je traduis avec mon anglais scolaire: « Frontières (limites) morales: un argument pour une éthique de la sollicitude (du soin) ». Je relève que le terme de « sollicitude » pourrait tout à fait être utilisé par ceux qui souhaitent promouvoir cette insertion dans le champ politique, excessivement masculin, d’un soucis qui était réputé, à tord, féminin.

      La traduction française du livre de Joan Tronto a donc paru, en 2009, sous le titre: « Un monde vulnérable; pour une politique du care ».
      Je ne dois pas être le seul à noter le saut conceptuel que cette traduction (trahison?) entraîne.

      Vous raillez Christine Boutin avec un sourire. D’après ce que j’ai lu ces derniers jours, concernant « l’affaire Boutin », je suis prêt à me joindre à vous. Je la crois femme d’honneur, et je ne comprends pas qu’elle ait pu accepter cette « mission » grassement rémunérée pour étudier « Les conséquence sociales de la mondialisation ». La simple lecture des quelques meilleurs sociologues actuels aurait renseigné amplement le gouvernement, et elle se serait grandie, après son éviction du gouvernement il y a quelques mois, en ne retournant pas « à la gamelle ».
      Cependant, je continue à m’intéresser à ce que l’action politique de Christine Boutin peut amener aux résolutions de nos problèmes de société. Cet épisode, concernant son salaire (cumulé de plus à une retraite somptuaire!), ne doit pas disqualifier la parole de milliers de citoyens qu’elle avait décidé de porter, avec un certain courage.
      Si le discours de Simone Veil à l’Assemblée Nationale, le 26 novembre 1974, pour défendre le projet de loi légalisant l’IVG, reste pour nous tous un moment important de l’histoire de notre République, le discours de Christine Boutin, en novembre 1998 dans le même hémicycle, argumentant pendant 5h25 d’affilée (!) contre le projet de loi instaurant le PACS, ne peut pas être balayé d’un revers de main. Cette femme porte une parole également importante.

      Je manque de temps en ce moment pour entrer correctement dans le vif de la discussion. Si le débat doit se poursuivre ici dans les prochains jours, ne m’en voulez pas d’être simplement un lecteur de vos échanges.

    6. @ Jean Luc :

      Il faut d’autant plus prendre soin de notre langue française que c’est notre langue …maternelle .

      Ce sera une sorte d’hommage à Eve tel que Anne semblait l’appeler de ses voeux .

      Mais je ne suis pas sur que toutes les Eve(s) apprécient l’amalgame Eve – mère .

      Pour l’anglo-saxon , ma seule façon de renoncer au suicide , c’est de noter que plus des deux tiers des mots anglais sont de racine latine , et que la plupart des anglais ne reconnaissent pas leur langue maternelle quand ils entendent un américain .

    7. @ juan nessy,

      (un « smiley » -une « binette » en français!- devrait commencer ce petit mot pour répondre à votre commentaire de ce soir) Toujours agréable de vous lire.
      Il est utile de rappeler que les langues dansent ensemble depuis toujours. Les « invasions barbares » finissent parfois en tango… Nous restons les observateurs impuissants des mouvements de nos langages, des cadeaux que nous faisons aux autres, des cadeaux que nous recevons, sans toujours savoir les accepter comme tels. Nous pouvons seulement essayer de préserver un peu de cette langue maternelle que nous ont transmis nos pères (!). Respect pour l’histoire de notre langue, une histoire pleine de cicatrices. Nous nous comprenons, juan; il ne faut pas laisser se perdre les mots de notre langue, et ce qu’ils représentent, sans essayer au moins de les retenir un peu, le temps de les transmettre à notre tour…

      (Je devrais d’ailleurs m’administrer ces leçons à moi-même: lorsque j’ai parlé ici à Anne des fenêtres que j’avais vu aux Pays-Bas, j’ai écris « bow-windows »; j’aurais pu écrire « oriel-windows » aussi, ou « bay-windows » …mon père les appelait des fenêtres « en saillie », « en rotonde », ou en « encorbellement » si elles étaient en hauteur …j’ai failli l’oublier.)

  4. A toutes fins utiles , même journal , même page , un article de Carlo Ginzburg :  » Ecouter la leçon de l’anthropologie « .

    On y parle de la subjectivité à la fois poison et ressource .

  5. @ juan nessy

    En effet, le thème du DON risque de nous amener loin… Je veux bien mener cette discussion car voilà bien le point névralgique d’où bien des esprits se sont égarés. Le DON. Je crois, hélas pour les messieurs, qu’il n’y a QUE les femmes pour bien en parler, les mères, en particulier. Pour aborder ce thème du don, il faut, je pense, avoir été mère avant tout car seule celle qui a donné la vie sait du plus profond de son ÊTRE ce qu’est DONNER. J’ouvrais ce matin un de mes livres intitulé « L’histoire des mères du moyen-âge à nos jours » d’Yvonne Knibiehler et Catherine Fouquet (éditions montalba, 1980), j’y reviendrai sans doute si la discussion était amenée à se poursuivre, et je lis le passage suivant extrait d’un livre de Colette Audry (1906-1990), « On joue perdant: l’enfant », titre qui nous met tout de suite dans l’ambiance… (chercher Colette Audry dans Wikipedia):

    Chaque petit enfant qui jouait sur le sable, je l’exécrais d’être sorti d’une femme, j’exécrais les femmes avec leur corps mou toujours prêt à bourgeonner. Mon corps était à moi toute seule. Je ne l’aimais que bruni, incrusté du sel de la mer, griffé par le ajoncs. Il devait rester dur et scellé. p.350

    Je ne continuerai pas sur ce que je lis sur Simone de Beauvoir. Je le réserve pour un prochain commentaire. Enfin, tout ça pour vous dire que l’on peut vraiment se demander ce qui a animé ces femmes, nées au début du siècle dernier, à renier ce pouvoir du don de la vie. J’imagine ma grand-mère, née un an auparavant dans le sud de la France, ayant choisi de s’enfermer dans cet égoïsme tout moderne…. On ne remerciera jamais les femmes de nous avoir donné la vie. Notre société l’a malheureusement oublié, voilà où nous en sommes aujourd’hui… Orphelin de père (« Dieu est mort ») mais aussi de mère… Pour utiliser un langage clair: bonjour les dégâts!

    A suivre…

    PS: pour lire l’article de Michel Onfray, je vais devoir prendre mon vélo et aller acheter le journal en ville. Vous pouvez aussi m’en résumer le contenu, à moins que M. Onfray en personne ne se connecte…

    1. Merci pour vos réactions. Une petite correction: « On ne remerciera jamais assez les femmes de nous avoir donné la vie » ou bien « On ne remerciera jamais assez la lignée de femmes qui nous ont donné la vie ».

      Bonne journée et au prochain commentaire…

    2. @Anne :

      Je ne veux pas dénaturer Onfray en vous résumant son article . Et l’exercice de la bicyclette est selon moi propice à une bonne réflexion philosophique ( mens sana in corpore sano ). Ceci m’évoque d’ailleurs la stupidité ricaneuse des journalistes ( déjà!) , quand Madame Royer , femme du garde des sceaux à une époque déjà ancienne , mère ‘au foyer » de cinq enfants , avait répondu qu’elle n’en souffrait pas et que l’on pouvait méditer et avoir une réflexion philosophique tout en faisant la vaisselle . J’ai une grande admiration et affinité pour cette dame , que je salue si elle est toujours de ce monde , et je partage sa conviction quand je passe l’aspirateur .

      En gros cependant Onfray reproche à Gilligan de céder au machisme en opposant des vertus strictement féminines à des vertus supposés strictement masculines . Une sorte d’image miroir d’une même conscience restreinte de l’humanité .

      Pour le don , je suis sur d’une chose , c’est qu’il ne réclame jamais merci , il n’y pense même pas .

      Je ne vous suivrai pas sur le terrain du sexe du don .

      Par contre la notion de don fait directement écho aux interrogations de notre hôte sur la propriété .

      Il suffit de dérouler les idées associées : donation ,legs , dévouement , sacrifice ,cadeau , générosité , »libéralité » ( houlala!),présent , subvention ,aumône (Houlala!) ,pot- de- vin ( ça c’est pour Vigneron ) ,pourboire ,offrande , bienfait , faveur , grâce, génie , talent ,charisme …

      Je vous épargne un Don Juan qui m’impliquerait trop et qui sort du propos par assimilation phonétique .

      PS pour Martine Mounier : je n’ai pas disserté sur le  » care  » par principe et rejet atavique des concepts anglo-saxon . Mais si je dis M…à la reine d’Angleterre , ce n’est pas par sexisme ou comme donneur de leçons : c’est inné ! C’est peut être à cause de ma mère ( ou de mes deux grands mères qui m’ont appris à rire et à résister ) …mais de mon père aussi qui m’a transmis un peu du courage du défenseur de meute et du don de soi du pélican d’une poésie bien connue .

    3. @juan nessy

      Les concepts voyagent. Bien que nés et nourris par les spécificités d’un lieu, d’une époque, d’un pôle universitaire fécond où se croisent des intellectuels libres, ils finissent même, quand ils sont bons, par appartenir à l’humanité entière. Votre rejet d’un concept d’emblée perçu comme anglo-saxon est assez amusant, j’espère toutefois que votre curiosité ne s’arrêtera pas à cette limite géographique.

    4. @ Martine Mounier,
      @ juan nessy,

      Nanti de mon solide « esprit de l’escalier », je reviens encore par ici.
      Je pense à ma première réflexion sur le côté « anglo-saxon » du terme care, et je pense à mon agacement de devoir me résoudre à utiliser ce terme.

      Je n’avais pas beaucoup de sentiment ou d’opinion sur l’intégration de plus en plus rapide par la langue française de mots issus de l’anglo-américain (*), ce que certains n’hésitent pas à nommer « l’américanisation » de la langue, jusqu’à un long voyage au Canada en l’an 2000; 2500 km à vélo, à petite vitesse, de Toronto jusqu’en Gaspésie, le long du fleuve Saint Laurent. Je m’amusais, comme tout français débarquant sur le sol québécois, de la « francisation » de certains termes anglais, termes que nous utilisons sans problèmes chez nous. La liste est longue, mais s’il me faut n’en citer qu’un, je pense à l’inscription « salle de montre » que je voyais de ci de là sur des devantures de magasins, à Montréal ou Québec. Le jour où j’ai compris qu’il s’agissait de ce que nous acceptions d’appeler « show-room » à Paris, j’ai beaucoup ri. Puis un soir, autour d’un feu de camp au camping (tiens! celui-là ils l’ont gardé!), un québécois m’a dit:
      – Si vous aviez, comme nous, l’anglais et le français comme langues officielles et un gigantesque pays de 300 millions d’habitants anglophones à l’esprit conquérant, à une journée de marche de l’autre côté du fleuve, vous feriez plus attention à notre langue.
      Il avait dit « notre » langue, je me souviens. Un canadien francophone qui explique à un français que notre langue doit être protégé, pour finalement que notre pensée soit aussi préservée; j’ai retenu la leçon vous voyez. Je dois bien sûr faire attention à ne pas en faire un réflexe de fermeture aux autres pensées, une autre leçon que j’ai déjà intégré depuis longtemps (« Of course » aussi, comme juan!).

      (Ceci dit, les québécois utilisent aussi un nombre d’anglicismes impressionnant (ploguer, puncher, toffer, rusher, l’élévateur, etc.), ce qui met un peu ma démonstration par terre! Voilà qui m’oblige à ne pas tomber dans le simplisme réducteur.)

      Je crois me souvenir qu’il y avait un dialogue à ce sujet de la protection de la culture francophone et de la langue française, face à l' »empire » américain, dans le beau film du canadien Denys Arcand, « Les invasions barbares » -suite à son « Le déclin de l’empire américain ». Ma mémoire me fait défaut au moment de vous écrire, mais je ne pense pas me tromper.
      Au moment de conclure, je me rends compte que le Blog de Paul jorion est lu par énormément de québécois, certains avec lesquels j’ai déjà eu l’occasion d’échanger. Ils sauront me corriger si j’ai dit des bêtises!

      —————
      * Parmi les derniers mots que nous venons d’intégrer de l’anglais, en France, il y a le verbe « initier » (et l’adjectif « initié ») dans le sens de « mettre en route, prendre l’initiative de quelque chose, amorcer ». Dans le dictionnaire Larousse qui me sert à la maison, le verbe transitif initier n’a qu’une acception globale: « apprendre les rudiments d’une science, mettre quelqu’un au courant de choses secrètes ou d’un culte, révéler » -le délit d’initié. L’emploi d’aujourd’hui est dit « critiqué ». Depuis l’édition de mon dictionnaire, l’anglais « initiate » (« mettre en oeuvre, amorcer, entamer, engager ») a fait son travail. Le latin « initiare », qui a donné le verbe anglais, avait bien sûr les deux acceptions, mais le français ne les avait pas jusqu’ici intégré toutes les deux. Voilà qui est fait avec l’anglicisation actuelle des discours.
      Alors qu’il y a encore cinq ou six ans, nous mettions encore en oeuvre des projets, nous amorcions des idées, nous ne sommes plus surpris de lire aujourd’hui que l’idée de s’attaquer aux CDS a été « initiée » par Paul Jorion. Bon, c’est vrai qu’il nous avait mis au courant…

  6. « To care for somebody », c’est se soucier de quelqu’un. La notion générale de « care », c’est le « souci de l’autre ».

    On va souvent chercher midi à quatorze heures, faute pour la première personne qui voit un terme étranger de savoir le traduire. Quand Karl Polanyi a parlé d’« embedding » pour expliquer comment l’économie est insérée dans le social et le culturel, quelqu’un qui ne connaissait manifestement pas l’anglais a traduit ça comme « encastrement », et le terme est resté, alors qu’« insertion » faisait parfaitement l’affaire.

    1. Oui mais il faut hiérarchiser :
      ce n’est pas que le souci qu’il n’ait pas soif, là à l’instant T.

      Ce sont les « protentions » inter-individuelles aussi (trans-individuelles).

      OR celles-cei se basent sur des « rétentions », qu’on peut hiérarchiser
      – immédiates, (j’allais vite, je dois freiner pour ne pas écraser le piéton)
      – sociétales (je dois gagner ma croute pour ma famille)
      – et les plus générales et les moins visibles, celles qui sont « encodées » et intrinsèques comme le projet de match de foot suppose le terrain les buts les lignes et la balle sans qu’on le dise. (Stiegler les appellent « tertiaires »).
      Toutes fondamentales qu’elles soient, elles sont liés aux « supports de mémoire ». Or quand cette mémoire est traitée comme du « cerveau disponible », ca sape, le contenu est « désublimé » .

      Donc construire du soin entre générations et entre gens sur ce sable la, ca être instable, très instable.
      tant qu’on en est à la métaphore sablière, voyons donc comment la marée va s’y prendre et mettons le bateau care à l’abri au mouillage….

  7. @ Martine Mounier dit : 14 juin 2010 à 19:46

    Se soucier d’autrui, en prendre soin, l’assister, le soutenir, qui peut prôner une attitude contraire ou indifférente? Personne!

    Toutefois, en favorisant la multiplication de réflexes d’attention à autrui, il convient de ne pas laisser se développer chez chacun, l’existence d’un droit à l’assistance, avant même d’avoir fourni le maximum d’efforts personnels pour surmonter seul les difficultés rencontrées.

    C’est bien là le risque présenté par une idéologie du care qui laisserait se développer l’idée de devoir conjuguer tellement le verbe soutenir qu’on oublierait la conjugaison du verbe tenir.
    Or, le meilleur soin à apporter à autrui, c’est celui qu’on lui donne très jeune en l’apprenant à trouver en lui les ressources nécessaires à surmonter les difficultés auxquelles il sera inévitablement confronté dans sa vie.

    Cela nécessite de l’entraînement chez l’enfant. On doit prêter attention à faire naître chez lui un goût de l’effort pour combattre les difficultés afin de faire émerger un battant en mesure de donner le meilleur de lui-même pour s’en sortir et être ensuite capable d’aider les autres à faire de même.
    Même dans l’effort collectif, cela nécessite d’amener chacun à cultiver un sentiment de devoir personnel suffisamment fort pour éloigner au plus loin possible l’appel au secours de la collectivité.
    Cela nécessite à titre personnel, l’appel au courage, à la vaillance, à l’esprit de résistance aussi nécessaire dans les grandes circonstances que dans les difficultés courantes de la vie.

    Or, il faut bien le dire, le confort d’existence offert depuis un demi siècle aux jeunes générations dans nos pays développés a, en général et même au sein des familles modestes, conduit à l’inverse.

    Oui le féminin est naturellement porté à cultiver l’esprit du care, c’est la chaleur de l’utérus qui s’exprime. Il ne faut cependant pas négliger la complémentarité masculine si indispensable et si bien représentée par la combativité du spermatozoïde.

    Il est vrai que les progrès de la science permettent aujourd’hui de suppléer aux défaillances de la nature, mais avec un handicap énorme, celui de nécessiter une quantité d’énergie colossale. Combien faut-il de tonnes d’équivalent pétrole pour pratiquer une insémination artificielle quand il manque quelques nanoergs à des spermatozoïdes pour agir par eux-mêmes,naturellement?

    Or ne l’oublions pas, l’avenir de l’humanité dépend essentiellement de l’énergie qui se raréfie et qui est encore loin d’être distribuée sous les hospices d’une organisation mondialisée du care. En attendant, la combativité a de l’avenir.

    1. @jducac

      Je vais peut-être vous surprendre mais c’est précisément parce que je suis contre l’assistanat et la prise en charge que je trouve intéressantes les perspectives « réintroduites »* par le care : le dépassement de l’opposition dépendance/autonomie, la reconnaissance d’une interdépendance, d’une vulnérabilité – pour reprendre la traduction française du titre du livre de Tronto -, plus subtile que structurelle/essentialiste.

      Quant à la naturalité prétendument féminine du care, diriez-vous que l’esprit de soin de Jésus, de Gandhi ou de Paul Jorion est de nature féminine… ?! Vous voyez bien que cela n’a aucun sens, pas davantage en tout cas que d’attribuer une qualification genrée à l’esprit de Liberté ou de Justice.

      *Tronto consacre ainsi un chapitre de son livre à l’opposition historique morale universaliste vs sentiments moraux au XVIIIe siècle.

    2. « Or, le meilleur soin à apporter à autrui, c’est celui qu’on lui donne très jeune en l’apprenant à trouver en lui les ressources nécessaires à surmonter les difficultés auxquelles il sera inévitablement confronté dans sa vie. »

      C’est clair comme de l’eau de roche.
      Une telle phrase a le pouvoir de nous introduire immédiatement au cœur du sujet : c’est une présence. L’écrivain Tobie Nathan m’apprend qu’il n’y a pas plus grande violence que de percevoir les gens comme « quiconque ». Je crois que vous proposez exactement l’inverse. Les très jeunes et les autres ne sont pas « quiconque ». La parole-l’expression-l’identité-le sens, pour nous sortir d’une vie en miettes.

    3. @ Martine Mounier dit : 15 juin 2010 à 11:30

      « Quant à la naturalité prétendument féminine du care, diriez-vous que l’esprit de soin de Jésus, de Gandhi ou de Paul Jorion est de nature féminine… ?! » dites-vous.

      Non bien sur, les personnes que vous citez sont masculines, mais comme elles sont, tout au moins pour les 2 dernières, issues d’un homme et d’une femme, elles portent en elles un peu de chacun des esprits de ceux qui lui ont permis de naître. On est en droit de s’interroger sur les effets, éventuellement pervers pour l’avenir de l’humanité, d’une tendance à gommer les genres née dans le sillage des courants féministes.

      Autant il convient, à mon avis, de considérer la femme à l’égale de l’homme (surtout pas inférieure) et vis versa, autant il n’est peut-être pas utile de la vouloir en tous points, chargée de la même mission pour ce qui est de l’évolution de l’humanité. Vous ne pouvez pas nier que l’homme et la femme sont de constitution différentes et donc voués à des fonctions différentes mais complémentaires, tout au moins encore aujourd’hui, pour ce qui est de la perpétuation de notre espèce.
      Il me semble difficile de nier, lorsqu’on regarde le comportement de l’humanité depuis ses origines, que l’homme est celui des deux qui s’est plutôt consacré, en cultivant ses instincts combatifs souvent associés sa force physique, aux missions dangereuses pour assurer la survie de son camp, porteur de son espèce. C’est lui qui jusqu’alors s’est fait naturellement violence pour porter la mort hors de son camp, lorsqu’il le croit nécessaire, au risque de sa propre vie. Certes la femme peut se livrer à des actes similaires, Jeanne d’Arc l’a montré depuis longtemps mais ce n’est pas la tendance générale.

      Il me semble également difficile de nier que la femme depuis toujours est celle qui donne la vie à des êtres fragiles que ses premiers instincts de mère tendent à protéger en tant que natures en prolongement direct d’elle-même.

      La vie étant bornée par la naissance et la mort, j’ai toujours été frappé de constater que dans le couple homme-femme, l’un avait eu pour mission première de donner la vie en risquant la sienne tandis que l’autre s’est assigné, si besoin, le devoir de donner la mort en mettant en jeu la sienne. Je reste persuadé que la nature nous a prédestiné à certains rôles, certaines fonctions, certaines missions et qu’en conséquence, il n’est pas illogique que la femme et l’homme aient chacun leurs domaines privilégiés dans lesquels ils sont naturellement plus efficaces.

      Partant de là, je ne serais pas surpris que la survie de l’humanité résulte davantage des actions humaines naturellement portées et supportées par des aspirations d’essence plutôt féminine, telles que le care, qui tendent à préserver la vie. D’ailleurs ce n’est faire injure ni à Jésus, ni à Gandhi ni à Paul Jorion que de souligner le rôle pris récemment par les femmes souvent citées à propos du care, auxquelles vous me permettrez de rajouter Martine Mounier.

    4. @ octobre dit : 15 juin 2010 à 14:36

      Merci de m’avoir aiguillé vers http://fr.wikipedia.org/wiki/Tobie_Nathan auquel j’ai consacré trop peu de temps. C’est ce qui manque le plus surtout quand on prend de l’âge.

      J’ai retenu de lui cette phrase : « Je l’affirme haut et fort, les enfants des Soninkés, des Bambaras, des Peuls, des Diolas, des Ewoundous, des Dwalas appartiennent à leurs ancêtres »

      Elle pose un immense problème dans notre pays, dans ma ville, dans mon quartier sur la planète entière.
      Il faudrait consacrer d’immenses moyens, mais surtout énormément de temps pour faire se réaliser la fusion spirituelle de tous ces êtres qui, tout en étant fondamentalement nos semblables, ont été programmés comme nous-mêmes nous l’avons étés de notre côté, par une infinité de couches de vérités tirées des lignées antérieures rendant nos perceptions, nos comportements et nos attentes souvent difficilement compatibles.

      Pourtant là aussi notre avenir en dépend. Qui sera vainqueur ? L’esprit féminin du care où l’esprit masculin du combat à mort ?

    5. @ Martine Mounier :

      Attention ! Jducac est en train de vous faire du plat , et espère peut être joindre aux vertus viriles guerrières le repos des délices de Capoue .

      Rappelez lui dans ce cas là les vertus de l’amour courtois du moyen âge .

      L’amour courtois : le « Care » masculin des siècles oubliés ?

    6. @Jducac,

      Regardez comme ce que vous accordez aux hommes, cette part féminine héritée selon vous du binôme parental, vous pose immédiatement problème dès qu’il s’agit d’accorder aux femmes la part masculine, pourtant logiquement héritée si je vous suis bien, du même couple parental… ! 😉

      C’est toujours un plaisir de discuter avec vous, mais comme je connais par cœur l’argument naturaliste – figurez-vous que l’argument prévaut, en toute incohérence, jusque chez les plus ardents défenseurs de la Culture vs Nature lorsqu’il s’agit de cette fameuse différence des sexes… ! –, je vais me contenter de dire combien la biologie me semble avoir bon dos.

      Car enfin, une question tout bête : comment une organisation sociale distinguant la douceur, le don et la gratuité, d’un côté, du combat, de l’obtention et du mérite, de l’autre, pourrait satisfaire équivalemment ceux qui profitent des prérogatives offertes par le second triptyque (meilleurs salaires, postes, reconnaissance…), de ceux – mais je devrais dire de celles -, qui ne peuvent revendiquer une rémunération des tâches accomplies en toute discrétion et au bénéfice de la communauté (domestiques, éducatives, de soin…), étant établi que ces dernières relèvent d’une donation naturelle ?

      Dites-moi voir, vous qui êtes si attaché à la notion de mérite, de dépassement, de volonté, donc de combat dans la vie, aimeriez-vous beaucoup être maintenu du côté du don, autrement dit de ce qui n’a pas vraiment de mérite ? Voyez-vous, je ne suis pas sûre.

    7. @ Martine Mounier dit : 18 juin 2010 à 19:59

      L’intérêt que je porte à nos échanges vient en grande partie du fait que vous trouvez toujours une faille, une fissure, voire un imperceptible point faible dans l’armure de l’autre pour y introduire un stimulus qui, pratiquement, l’amène à vous répondre.

      Comme vous avez pu le constater, je ne crois pas être misogyne, et cela ne me gène pas du tout d’admettre une supériorité féminine pour de nombreuses choses, notamment pour tenir un rôle majeur dans tout ce qui assurera la survie de l’humanité.
      Mais comme je vous sens combative, j’imagine que vous avez hérité ce caractère plutôt masculin de votre père, sans nier qu’il puisse venir de votre mère, si elle avait ce même trait de tempérament.

      Il n’empêche que quand un être nait femme, et qu’il est donc voué par nature à être mère, il ne me semble pas illogique que son genre lui confère des aptitudes particulières pour assurer, par penchant naturel, les fonctions qui son attachées à son genre. A quoi servirait de donner la vie, si aussitôt après on s’en désintéressait ?

      Je sais, en avançant cela, je vais contre ce qu’a défendu Simone de Beauvoir. Mais sauf à m’apporter des preuves contraires, en faisant des essais sur toutes les peuplades du monde, je crois qu’il est plus facile de déceler des aptitudes au maternage chez les femmes que chez les hommes. L’expérience a toute les chances de m’être favorable car, toutes espèces confondues le cas où ce sont les males qui couvent sont plutôt rares.

      Bien évidemment, par un travail de conditionnement et d’apprentissage sur plusieurs générations, il doit être possible de façonner les uns et les autres pour inverser les aptitudes naturelles sans toutefois changer les fonctions premières, tout au moins à peu de frais. Il faudrait d’ailleurs avoir un surcroît de ressources considérables pour se lancer dans cette folle entreprise à moins que ce soit la seule solution pour que les femmes acceptent de conserver cette noble fonction qui est de donner la vie. Qui sait ?
      Cela arrivera peut-être si les femmes en viennent à prendre le pouvoir sur terre comme les hommes l’ont fait jusqu’alors. Elles devraient alors en profiter pour rétablir l’équité dans les salaires, les reconnaissances.Etc…

      Si tel était le cas, il faudrait refaire le dessin de Ducan pour sa théorie de l’Olduvaï et faire figurer à la fin de l’humanité une femme munie d’armes et pourquoi pas, lui faire porter la barbe.

      Je crois que nous sommes arrivés au bout de nos échanges sur ce thème. En allant plus loin je finirais par vous donner raison. Tiens, donner, le don… J’y suis arrivé. Cela ne me surprend pas, car je considère souvent mes posts comme des dons. C’est le care sans le savoir. Auriez-vous gagné ?

    8. @jducac

      Puisque nous sommes « quasiment » entre nous sur ce fil déjà ancien, je peux vous faire une confidence.

      Je viens d’une longue lignée de femmes de poigne, de tempérament, avec du coté de ma mère, des origines espagnoles arabo-andalouses qui, vous pouvez me croire sur parole, ne rangent ni la féminité ni la maternité du côté de la douceur doucereuse. Chacune femme, arrières-grands-mères et grandes-tantes, était à sa manière une femme d’affaires, forte et indépendante, qui élevait les enfants avec beaucoup de joie, mais en ordre de bataille, couches-culottes d’un côté et travail rémunéré de l’autre.

      Les hommes de leur côté étaient disons, des travailleurs plus rêveurs, quelquefois visionnaires – l’appréciation admirative variant à dire vrai en fonction des problèmes financiers rencontrés ! -, lecteurs, poètes et artistes dans l’âme. A eux l’horizon, à elles l’action. En résumé.

      Voilà vous savez « presque » tout.
      Evidemment cela vous forge une vision des questions de genre pleine de subtilité ! ;]

  8. @ Martine Mounier (le14 à 10h53)

    Oui, l’apparition du concept du ‘care’ ici ( comme partout) est vraiment esentielle.

    Porteuse d’avenir.

  9. Il nous a fallu cette crise pour réaliser que nous n’avions plus grand chose sur quoi retomber hormis le don, le « care » anglais, et nous rappeler que nous devions, êtres humains que nous sommes, savoir respecter, savoir soigner, savoir être attentif, savoir porter attention à, savoir s’occuper de l’autre, de notre entourage, de notre environnement et surtout de la génération suivante, et tout cela dans la gratuité. Un vaste programme pour une société qui avait pris l’habitude d’ériger le Moi tout puissant (rétribué si possible) au centre de ses préoccupations.

    La réintroduction des notions de don, de soin, de gratuité et de charité (j’utilise ce mot même s’il semble en éblouir certains, il faudra bien commencer quelque part…), dans notre société, qui a été jusqu’à aujourd’hui obsédée par le tout quantifiable et rentable, par l’individu asexué dans le sens de reniement de son essence, par le sujet, et non plus l’humain, par un individu revendicatif de ses droits, semblant avoir oublié ses devoirs, individu reconnu uniquement pour son travail productif et rétribué, annonce une toute nouvelle perspective sociétale.

    « De même que le contrat a représenté un extraordinaire progrès dans la formalisation des rapports humains au XVIIIème siècle et a permis d’asseoir l ‘autonomie de l’individu, de même l’économie a fourni des instruments extrêmement précieux pour formaliser et conceptualiser l’augmentation de la production dont nos pays avaient besoin, et pour appuyer un certain type de mise en valeur du monde. Mais ce faisant elle a focalisé l’attention et les efforts sur une manière déterminée de valorisation, en occultant d’autres dimensions, d’autres manières de mettre en valeur et de développer les capacités humaines, d’autres façon d’être en société. » (ds article « La fin de la valeur « travail »par Dominique Meda, Revue Esprit – Août-septembre 1995, p.88).

    Ce changement de cap est essentiel et nécessaire, il en va de la survie de la société humaine, et je ne suis pas la seule à le dire ou à l’avoir dit. Mais, poser ce changement comme inévitable (re-)met en valeur un autre monde, non plus celui de l’émancipation et du tout économique, mais un monde de valeurs peut-être à l’opposé de celui mis en place depuis Les Lumières, le temps cyclique.

    Il revient donc à certains intellectuels et aux politiques, et leur responsabilité est lourde en la matière, d’avoir l’honnêteté de reconnaître les (véritables) détenteurs et représentants de ces valeurs pour les sortir de l’ombre dans laquelle on les avait que bien trop volontiers rangés.

    Dans ce changement qui s’annonce où nous allons (re-)passer d’une société matérialiste à une société (globale) humaine et authentique, les intellectuels et politiques vont devoir avoir le courage ET l’humilité d’énoncer en clair qui sont ceux à même de mieux incarner ces VALEURS, qui, de par leur essence et leur fonction, représentent ces valeurs, qui ont le DEVOIR de représenter ces valeurs par le simple fait de leur nature, qui est d’ÊTRE tout simplement.

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