Pour un PIB Equitable et Durable, par Michel Martin

Billet invité.

L’économie durable est souvent présentée comme la conjonction de trois aspects de l’activité, un aspect économique, un aspect écologique et un aspect social.

PIBED 1

Le PIB, outre qu’il agrège des activités qui ne nous enrichissent pas, comme les déraillements de trains et qu’il serait sans doute plus efficace de mesurer la richesse d’un pays et son évolution sur la base de données comparables au capital propre et au résultat d’exploitation employées pour les entreprises, le PIB ne prend pas en compte la dette environnementale que nous contractons et il ne nous dit rien de la répartition des richesses produites.

A partir de données statistiques existantes, bien qu’encore insuffisantes, je propose de contourner les inconvénients du PIB, dans une optique de recherche d’indicateur d’économie durable, en le pondérant par des critères écologiques et sociétaux. J’ai appelé l’indicateur résultant le PIBED (PIB Equitable et Durable) qui serait le PIB divisé par un coefficient d’empreinte écologique sans dimension Ce (Empreinte écologique par habitant divisée par la biocapacité pour 8.5 milliards d’habitants, soit environ 1.33ha/personne) et divisé par un coefficient d’inégalité Ci aussi sans dimension (GINI de revenus disponibles/GINI optimum soit environ 0.22). Il est probable que l’indice GINI d’équité sociale optimum soit réalisé par les pays nordiques, il se situe vers 0.22 (l’indice GINI est compris entre 0 et 1. La valeur 1 correspond au cas ou toutes les richesses d’un pays sont concentrées dans les mains d’une personne; 0 correspond au cas d’une égalité parfaite).

PIBED 2

PIBED 3

PIBED 4

On obtiendrait un PIBED=PIB dans le cas d’un indice d’empreinte écologique de 1, c’est à dire sans dépassement de la biocapacité de la terre, couplé à des revenus disponibles pas plus dispersés que ceux des pays nordiques. Un PIBED supérieur au PIB indique qu’il reste des marges de biocapacité (ou théoriquement que l’indice d’inégalité GINI des revenus disponibles est inférieur à 0.22, ce qui n’existe nulle part).

Un PIBED inférieur au PIB indique qu’on surexploite les ressources (et/ou dans une moindre mesure que l’indice d’inégalité est élevé), donc en général qu’on contracte une dette écologique (c’est le cas, et très largement, de tous les pays dits développés ou en développement). Dans le graphe ci-dessous , le PIB par habitant en dollars est celui de l’année 2003 (source OCDE); l’empreinte écologique en ha est celle de l’année 2003 (source Global Footprint Network) l’indice GINI des revenus disponibles est celui de l’année 2000 (source OCDE, je n’ai pas trouvé l’équivalent pour 2003, mais cet indice évolue assez lentement et l’utilisation des chiffres de l’année 2000 pour le GINI est acceptable). La mesure n’est pas tout, mais un indicateur de mesure comme le PIBED pourrait valoriser les efforts écologiques et sociétaux et redonner sens à la notion de progrès.

PIBED 5

Un des avantages du PIBED sur un indice, c’est qu’il est en continuité du PIB, comme lui en unité monétaire et qu’il est facilement et directement compréhensible par les acteurs économiques. D’autre part, il ne dicte pas comment faire, à chaque population d’imaginer la façon de s’y prendre pour être à la fois compatible avec les ressources disponibles et que les richesses créées soient réparties assez équitablement pour que les personnes adhèrent à ce projet social.

Globalement, le développement n’a pas, jusqu’ici, été contraint sur le plan énergétique et sur le plan matériaux, ce qui fait qu’on a actuellement une très forte corrélation PIB et empreinte écologique. Toute la question est de savoir si nous sommes capables d’une révolution culturelle et d’une révolution technologique qui nous permettraient de faire converger PIB et PIBED.

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Récupéré ! (du 13 au 19 septembre 2009)

19/09/2009

Le Journal du Dimanche, le 20 septembre

Publié par Paul Jorion dans Economie, Monde financier, tags: banques, crise, Etats-Unis, G20, régulation financière, reprise

Dans le cadre d’un dossier sur le G20, un « verbatim », propos recueillis par Camille Neveux.

Je signale tout de suite que l’échange suivant a eu lieu :

Paul Jorion. 20h11 : « Si vous voulez apporter des changements à mon texte révisé, soyez gentille de me le signaler préalablement. »

Camille Neveux. 20h36 : « Merci beaucoup pour votre contribution et votre disponibilité. J’ai malheureusement dû couper certains paragraphes, comme celui consacré à Barack Obama, faute de place… Le reste est normalement inchangé. »

PJ. 22h56 : « Vous ne m’avez pas bien lu : j’avais écrit : » Si vous voulez apporter des changements a mon texte révisé, soyez gentille de me le signaler préalablement. » Cela me semblait pourtant très clair ! »

CN. 23h14 : « Je suis désolée, j’ai envoyé votre texte tel quel, qui a été pris en main et raccourci par la rédaction en chef. Nous avons dû faire vite, ce sont les contraintes du bouclage. »

Voici l’original – y compris Mr. Obama :

Paul Jorion est sociologue et anthropologue. Il est l’auteur, entre autres, de « L’implosion » et de « La crise », publiés tous deux chez Fayard en 2008. Il publiera deux nouveaux ouvrages fin octobre 2009 : « Comment la vérité et la réalité furent inventées » chez Gallimard et « L’argent mode d’emploi » chez Fayard.

« Au lendemain du 15 septembre 2008, une fois passée la grande frayeur provoquée par la chute de Lehman Brothers, il y avait chez les dirigeants politiques une réelle volonté de modifier le système financier. Mais aujourd’hui, après quelques signes timides de reprise économique, tous semblent l’avoir oublié : les banques se sont remises à spéculer – le seul domaine où elles réalisent de vrais profits – et les hommes politiques semblent impuissants : Gordon Brown et Nicolas Sarkozy en sont réduits à publier une tribune dans le Wall Street Journal pour alerter l’opinion sur une possible rechute due à la spéculation… suggérant que des chefs d’état ou de gouvernement ne disposent pas des moyens de prendre les mesures nécessaires !

Que peut faire le G20, alors que des états opposés aux réformes en profondeur, comme les États–Unis ou la Grande-Bretagne – pieds et poings liés par les milieux financiers – y disposent de fait d’un droit de véto ? Les mesures dont les Etats-Unis ne voudront pas entendre parler n’ont aucune chance d’être adoptées. Ce qui ne signifie pas que les hommes politiques, européens en particulier, ne sont pas conscients de la nécessité de réformes en profondeur, une conclusion à laquelle ils sont petit à petit parvenus : l’inquiétude les gagne maintenant, vu la minceur des changements qu’obtiennent des instances comme le G20. N’oublions pas que les conclusions de réunions de ce type sont rédigées avant même que les chefs d’Etat ne se réunissent…

Ce type de réunions pourrait pourtant être efficace si elles modifiaient le système en profondeur, pour empêcher que de tels cataclysmes se reproduisent. Mais un club des nations les plus riches est nécessairement conservateur : ce sont les plus petits pays qui proposent en ce moment les mesures les plus originales et les plus innovantes. Mais ils n’ont pas réellement droit au chapitre !

Le président américain Barack Obama est l’otage de l’industrie financière, qui a mis en place des lobbies très puissants. Il a hérité en matière de finance et d’économie de l’équipe Clinton : celle qui a conduit la dérèglementation ultralibérale. Il suggère à toutes les nations de suivre l’exemple des États–Unis d’un retour au statu quo : d’une reconstitution de la finance à l’identique, alors que son pays a atteint un niveau d’endettement historique insoutenable et que les tendances de fond dans l’économie américains ne s’améliorent pas. Les chiffres de la production économique restent médiocres, notamment en France où l’évolution est encore négative… On ne peut malheureusement attendre aucun secours des économistes : ce sont eux qui ont cautionné l’idée que la finance pouvait rester « amorale », alors que pour résoudre les problèmes dans lesquels la finance nous a plongés il est essentiel de moraliser non seulement la finance mais aussi l’économie tout entière. Pour mener à bien cette tâche, il faudra le concours des « penseurs du global » plutôt que les spécialistes du détail technique que sont les économistes. Je pense aux représentants des sciences humaines, aux philosophes… »

Propos recueillis par Camille Neveux

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Récupéré ! (du 20 au 26 septembre 2009)

25/09/2009

Le temps qu’il fait, le 25 septembre 2009

Publié par Paul Jorion dans Constitution pour l’économie, Economie, Monde financier, Philosophie des sciences, monnaie, tags:capitalisme, Constitution pour l’économie, G20, Philosophie des sciences, science économique

Sémiotique de la crise, par Jean Maxence Granier.
C’est bien sûr 19 ans que Mr. Greenspan fut à la tête de la Federal Reserve.

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Le tournant où l’on nous attend déjà, par Jean-Luce Morlie

Billet invité.

LE TOURNANT OÙ L’ON NOUS ATTEND DÉJÀ

Les anciens qui savaient pratiquer le Tao
n’allaient pas éclairer le peuple ;
mais ils voulaient le laisser dans l’ignorance.
Si le peuple est difficile à gouverner
c’est parce que ses connaissances
se sont accrues.

Gouverner un pays au moyen de la connaissance,
voilà sa ruine.
Gouverner un pays sans l’aide la connaissance,
voilà son bonheur

Lao-Tseu, LXV
Ed. la Pléiade, p.68

En France, à cette nation à vocation universelle, le parti socialiste n’offre pas d’alternative. Il est trop tard pour la renaissance d’une gauche capable de mener la barque et passer la barre de la double crise de l’économie et de l’environnement. La gauche sera donc suiveuse. Si la traversée des crises vient à produire de l’émancipation et de la justice, les socialistes n’y seront pour pas grand-chose ! Pendant ce temps, la croissance verte et solidaire « enfonce » les décroissants et les altermondialistes sur leur propre terrain : IBM sponsorise la diffusion des « Talks de John Gerzema: The post-crisis consumer » afin de nous vanter la sobriété éthique du consumériste d’après crise. Il ne nous resterait donc que l’extrême gauche pour « prendre l’argent des riches » et régler les problèmes.

Ce renversement quasi instantané de l’idéologie mérite un peu d’attention, la droite mène le train, cette guerre-ci est déjà perdue, préparons la suivante. Ce spectaculaire (au sens de Guy Debord) retournement de veste fait oublier que nous sommes aujourd’hui devant l’alternative changer ou périr parce que la pensée écologique a été piétinée pendant plus d’un demi-siècle autant par le capital que par les sociaux-démocrates. Nous voici pourtant, presque cominatoirement mis dans l’obligation de changer du tout au tout, et il n’est plus question de réfléchir sur le processus historique ayant conduit à cette bifurcation. La nécessité de ce « scénario d’oubli » est aisée à comprendre, mais il faut d’abord réexaminer la bifurcation précédente. Il restera – mais c’est un autre sujet – à expliquer l’aisance avec laquelle le capitalisme phagocyte les 6 R de la décroissance !

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Récupéré ! (du 27 septembre au 3 octobre 2009)

03/10/2009

« Rencontres avec des hommes remarquables » (I), le 22 octobre 2009 à 19h

Publié par Paul Jorion dans Histoire, Politique, Questions essentielles, tags: changement, destin, Histoire, monde nouveau,responsabilité

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand j’ai été contacté à propos du cycle de conférences « Rencontres avec des hommes remarquables », ma première réaction a été la défiance. Bien sûr, il s’agit d’une expression : c’est le titre de l’autobiographie de Gurdjieff, ainsi que celui du film que Peter Brook tira du même livre, mais s’y mêle en tout cas au compliment – éventuellement même mérité – la flatterie. Aussi j’ai d’abord réagi comme Robert de Niro dans « Taxi Driver » de Scorsese : « Are you talking to me ? To me », puis je me suis laissé convaincre par d’excellents arguments, en particulier que le bénéfice de l’événement irait à de bonnes causes (dont la moitié déterminé par moi).

Lors de la conversation que j’eus avec les organisateurs, Pascale Desnos et Michel Tardieu, nous avons parlé de l’urgence aujourd’hui d’idées nouvelles, et j’ai proposé que le thème que je traiterais serait précisément celui de « l’homme remarquable » mentionné dans le titre (« l’homme » ou « la femme », bien entendu : « l’être humain remarquable »). L’idée commençait à m’intriguer. En particulier du fait qu’on peut y inscrire un programme et que ce programme émerge des diverses manières dont on peut aborder la notion.

Il faut d’abord réfléchir à ce qui distingue « remarquable » d’« excentrique », car « remarquable » en français ne renvoie pas simplement au comportement que l’on remarque ou qui se fait remarquer. On peut aussi se demander ce que serait pour Musil, un « Homme à qualités » par rapport à l’« Homme sans qualités » dont il nous a dressé le portrait (j’aurais quant à moi plutôt traduit « Der Mann ohne Eigenschaften » comme : « L’homme sans particularités »). Ou bien encore, pourquoi « l’homme remarquable », n’est pas nécessairement un général, alors que « le grand homme » chez Hegel semble être surtout Alexandre ou Napoléon.

À Hegel, je reprendrai sûrement l’idée que « l’homme remarquable » appartient pleinement à son temps. Le taoïste appartient lui aussi pleinement à son temps, mais ayant découvert la voie taoïste – le cours nécessaire des choses tel qu’on peut l’extraire d’une compréhension profonde de leur nature essentielle –, il peut aussi bien choisir l’invisibilité que la visibilité : son adéquation avec son temps se manifestera alors dans le fait que son époque aurait été identique avec ou sans lui : il n’aura rien apporté à son temps qui, en retour, ne saura rien de lui. Celui-là ne méritera certainement pas le nom d’« homme remarquable » : il sera tout au contraire, « l’homme sans remarquabilité ».

Pour être « l’homme remarquable », il ne suffit donc pas d’appartenir à son temps, il faut encore, comme dit Hegel à propos du « grand homme », savoir lire dans son temps, ce qui de l’avenir y est déjà écrit. Mais cette connaissance peut elle aussi déboucher sur l’inaction, il faut encore qu’il veuille assumer le destin qui fera de ce monde « avec lui » un monde différent d’un monde sans lui et que le premier soit meilleur que celui dans lequel il aurait choisi d’avoir un rôle effacé. « Meilleur », selon l’un ou l’autre critère qu’il faudra encore définir – et il existera là différents choix, marqué chacun culturellement.

Cette identification à un destin singulier mû par un projet, suffira à faire de lui « l’homme remarquable » car sa singularité le fera nécessairement émerger du troupeau : tout destin susceptible de générer un monde meilleur s’éloigne par essence des comportements mimétiques (sans quoi les choses présenteraient une tendance automatique à s’améliorer – et ça se saurait !). Mais ce destin singulier n’est pas sans risque. Non pas risque de souffrance, car même le choix de l’invisibilité ne va pas sans son lot de souffrances, mais risque d’imprévisibilité : l’impossibilité de prévoir jamais si le jeu en vaudra la chandelle.

(à suivre…)

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Récupéré ! (du 4 au 10 octobre 2009)

09/10/2009

Obama, Prix Nobel de la Paix

Publié par Paul Jorion dans Politique, Questions essentielles, tags: Barack Obama, dérèglementation, Etats-Unis, industrie pharmaceutique, Prix Nobel

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Pendant que j’enregistrais mon « Le temps qu’il fait » hebdomadaire, la nouvelle tombait du Prix Nobel de la Paix accordé à Barack Obama.

On se posait déjà des questions à propos de certains Prix Nobel d’économie décernés au fil des ans mais il ne s’agit pas ici comme dans le cas précédent d’un vulgaire « Prix à la mémoire d’Alfred Nobel accordé par la Banque de Suède » mais d’un authentique « prix Nobel », tel qu’Alfred lui-même les avait imaginés. Alors, de quoi s’agit-il, quand il est question du Président d’une nation gérant toujours son invasion de l’Irak pour des motifs – soyons charitables – louches, et empêtrée en Afghanistan, à partir de la prémisse – d’une immense suffisance – que qui y a un jour semé le vent, pour embarrasser l’ennemi russe, n’y récoltera pas la tempête quand il prendra les choses en main lui-même ?

Il doit donc s’agir d’une autre motivation et la seule qui vienne à l’esprit est celle d’un coup de pouce offert à un homme politique qui, quand il tente de mettre en place une assurance-maladie pour son peuple, voit aussitôt se mobiliser contre lui une foule vociférante d’un million d’individus scandant « Socialisme ! Socialisme ! ». Foule à la solde de l’industrie pharmaceutique et de l’assurance-maladie privée, pompant à elles deux de 500 à 1000 $ par mois des ménages américains – manne qu’elles n’entendent pas leur laisser échapper sans un vaillant combat.

La Suède à la rescousse de l’idéal de l’État-Providence en tant de crise, alors que les salariés récolteront au lieu de l’augmentation de salaire qui leur revient, des augmentations d’impôt destinées à éponger l’argent versé aux banques pour les tirer d’affaire ? Elle pourrait sans doute faire pire avec le prestige qui s’attache aux Prix Nobel mais, décidément, on vit une drôle d’époque, dans un drôle de monde.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Récupéré ! L’écume des jours, par PP (12/09/09)

Billet invité.

Petites précisions

Une société de services emploie des gens en CDI et les loue à des clients à la journée, ces derniers deviennent alors des prestataires. En informatique on les nomme SSII. La facturation concerne le tarif auquel le client loue un prestataire à la journée. La loi veut – en principe – qu’aucun prestataire ne reste en place plus de 3 ans sans recevoir une proposition d’embauche de la part de son client.

J’ai la trentaine, je suis ingénieur et je travaille dans l’informatique depuis 10 ans. Je ne me suis jamais trop intéressé aux organisations syndicales (et j’ose dire les organisations syndicales à moi), je ne suis pas un militant politique par contre je vote toujours (même si je perds souvent 😉 ). Je suis en mission dans une grande banque d’investissement depuis presque 5 ans et elle a reçu des aides de l’état.

Printemps

Courant Mai des rumeurs se répandent d’une délocalisation en Inde du service informatique composé à 98% par des prestataires (seul les chefs de départements sont des internes à XXX).

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Récupéré ! L’éther et la théorie de la relativité restreinte, par Henri-François Defontaines (18/10/09)

Henri-François Defontaines est déjà l’auteur de deux « billets invités » : Revoir la relativité restreinte et Paradoxe des jumeaux et accélération des référentiels.

Dans ces billets, comme dans le troisième, qui va suivre, Defontaines prend au sérieux l’hypothèse de l’éther, hypothèse abandonnée par les physiciens depuis le début du XXe siècle. On lit souvent que l’existence de l’éther a été infirmée par l’expérience de Michelson-Morley. Ce n’est pas le cas. Comme l’expliqua fort bien Ernst Cassirer dans La théorie de la relativité d’Einstein considérée d’un point de vue épistémologique (1923) :

« Il n’était pas possible de trancher entre les théories de Lorentz [supposant l’existence d’un éther] et celle d’Einstein [qui l’exclut] sur une base expérimentale. Il était devenu clair qu’on ne pouvait mettre au point pour les départager une experimentum crucis. »

Mais Cassirer ajoutait, et ceci est fondamental :

« Il apparaissait surtout que la supposition de Lorentz était insatisfaisante sur un plan épistémologique parce qu’elle attribuait à un objet physique, l’éther, des effets spécifiques, alors qu’il résulterait de ces mêmes effets que l’éther ne pourra jamais constituer un objet d’observation. [L’éther] contrevenait à un principe général que Leibniz avait invoqué lorsqu’il combattait les concepts newtoniens d’espace et de temps, principe qu’il appela le principe de l’observabilité. »

Tout ça ne sont bien sûr encore que des considérations précisément, « épistémologiques » : cela ne prouve pas que l’éther n’existe pas. Que faudrait-il pour que nous considérions qu’il existe du point de vue de la science ? Il faudrait encore, pour utiliser un terme qu’Henri Poincaré chérissait, qu’il soit « commode » en tant que concept scientifique. Je cite ce que celui-ci disait à propos des systèmes de Ptolémée et de Copernic dans La valeur de la science (1913) :

Voici le mouvement diurne apparent des étoiles, et la mouvement diurne des autres corps célestes, et d’autre part l’aplatissement de la Terre, la rotation du pendule de Foucault, la giration des cyclones, les vents alizés, que sais-je encore ? Pour le Ptoléméen, tous ces phénomènes n’ont entre eux aucun lien ; pour le Copernicien, ils sont engendrés par une même cause. »

… ce qui fait que le système copernicien est beaucoup plus « commode » que le système ptoléméen. De même, me semble-t-il, il ne vaudrait la peine de ressusciter l’éther que s’il s’avérait un jour que supposer son existence se révélait beaucoup plus « commode » – au sens de Poincaré – que supposer son inexistence.

L’éther et la théorie de la relativité restreinte, par Henri-François Defontaines

… On voit dans ce qui précède, qu’en ce début du 21ème siècle, la possibilité d’existence d’une forme d’éther,
support permettant la propagation des ondes lumineuses à vitesse constante est largement niée par les physiciens.

Ont-ils raison malgré le revirement tardif d’Einstein après mures réflexions, ou cela provient-il d’une
incompréhension des phénomènes mis en jeu ? …

Le texte complet est ici

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Récupéré ! La vache et la finance folles, par Jean Fosseprez (4/9/09)

Billet invité.

LA VACHE ET LA FINANCE FOLLES

Vétérinaire de mon état, néo-urbain depuis 2 ans, j’ai exercé pendant 15 ans en milieu rural. Durant cette période, j’ai été confronté de très près à la trop fameuse crise dite de la vache folle. Pour tout dire, j’ai été le bras armé d’une législation incohérente qui me conduisit à euthanasier – par injection létale – un troupeau de 70 vaches même pas folles. C’est, entre autre, cette pathétique corrida qui m’a amené à être exhaustif sur le sujet. Par contre, mes connaissances en économie sont beaucoup plus lacunaires. Je ne sais donc si c’est une ânerie ou une lapalissade, mais il me semble que la crise actuelle ressemble d’avantage à une crise sanitaire type vache folle qu’à une crise économique classique. Nous verrons que si cette intuition de profane est correcte, ça peut expliquer pourquoi on est loin d’être sorti du pétrin.

Ce qu’on peut dire d’emblée, c’est qu’avec la vache folle la (dé)raison économique l’a emporté sur la raison sanitaire. Le même processus morbide est à l’œuvre dans la crise actuelle, sauf qu’il s’exprime à un niveau supérieur : c’est la (dé)raison financière qui s’essuie les pieds sur la raison économique.

La Vache Folle, une histoire de la déraison économique.

Au risque de surprendre, je dirais que la crise de la VF trouve son origine dans les accords de Bretton Woods en 1944. En effet, les USA, non contents de se tailler la part du lion dans le système financier mondial, vont aussi s’octroyer un quasi monopole de la culture du soja. Je signale qu’en matière d’alimentation animale le soja est la source de protéines de référence. C’est ainsi que les européens n’auront de cesse de se défaire de cette dépendance phyto-protéique. Leur stratégie en la matière tiendra hélas le plus souvent du système D. Système au sein duquel les – très controversées – farines animales, du fait de leur évidente valeur protidique, trouveront toute leur place.

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Récupéré ! (du 11 au 17 octobre 2009)

16/10/2009

Le temps qu’il fait, le 16 octobre 2009

Publié par Paul Jorion dans Economie, Monde financier, blog, tags: blog, Etats-Unis, reprise, spéculation


Tout ce qui pouvait faire du bruit, tinter, vibrer, sonner, l’a fait ! J’espère que cela ne distrait pas trop.

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Université d’Été de l’IHEST, le 7 septembre à Arc-et-Senans

Mon intervention, le 7 septembre, à l’Université d’Été de l’Institut des Hautes Études pour la Science et la Technologie : Une constitution pour l’économie, se trouve maintenant en ligne : il y a le texte complet ainsi que la vidéo (une heure et trois minutes).

M. Jorion. On a parlé hier d’innovation. J’observe qu’elle s’exerce, elle aussi, dans des cadres préétablis. Ma propre carrière montre que l’interdisciplinarité est aussi définie de manière relativement contrainte. Aussi est-il difficile d’échapper aux catégories.
(Suite à l’écran…)

J’ajoute ici le texte de mes réponses aux questions.

M. Hainzelin, pour le groupe 1. Comment votre proposition de constitution a-t-elle été construite sur des savoirs économiques et en interaction avec les scientifiques de cette sphère ? Selon vous, quelles doivent être les modalités pour la réflexion des intellectuels que vous appelez de vos vœux ? Comment éviter la dictature d’un groupe ? Comment y associer les scientifiques ?

M. Jorion. J’ai travaillé dans l’industrie financière de 1990 à 2007, à Paris, Londres, Amsterdam puis aux Etats-Unis. Je n’ai parlé jusqu’à présent qu’en tant qu’ingénieur financier, formé sur le tas. J’avais bien quelques connaissances en économie : celles nécessaires pour devenir sociologue ou anthropologue. Pendant mon apprentissage, j’avais particulièrement été frappé par l’absence de dimension sociologique de la science économique récente. C’est la raison pour laquelle je me suis intéressé davantage à l’économie politique du XVIIIe et du XIXe siècles. Et je suis sûr que vous avez reconnu dans mes analyses des relents de Smith, Ricardo, Marx, mais aussi d’auteurs plus anciens comme Quesnay ou Cantillon. Ce sont principalement ces auteurs que j’utilise.

Comme anthropologue, j’ai aussi contribué à une remise à jour de l’interprétation de la formation des prix chez Aristote. J’ai eu le plaisir d’appeler l’attention de spécialistes sur des erreurs de traduction de l’Ethique à Nicomaque. Ma thèse d’anthropologie concernait l’économie. J’ai vécu pendant quinze mois dans l’île de Houat, au large de Quiberon. J’ai eu l’occasion d’y collecter l’information relative aux prises et aux ventes d’une douzaine de bateaux, que j’ai analysées. Je me suis aperçu que la loi de l’offre et de la demande ne rendait pas compte de la formation des prix. J’ai ensuite travaillé aux Nations Unies, à la FAO, comme socio-économiste en Afrique, où j’ai fait la même constatation avec les données que j’y ai récoltées. D’autres facteurs jouaient, là aussi, que l’offre et la demande dans la formation des prix. Tant et si bien que je me suis aperçu que la théorie aristotélicienne était la seule à rendre compte des faits.

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Récupéré ! (du 18 au 25 octobre 2009)

Je vais tenter, petit à petit, de reconstituer tout ce qui a été perdu depuis la fin août. Ce ne sera sans doute pas possible. Mais je m’y mets.

Le 25 octobre 2009

Public Sénat, Le 22 h, le lundi 26 octobre 2009

L’invité, ce sera moi. On parlera des deux livres à paraître : « L’argent, mode d’emploi » et « Comment la vérité et la réalité furent inventées ».

Le 25 octobre 2009

BFM Radio, le lundi 26 octobre à 10h46

La transition : de la récession à la dépression

On a très peu entendu parler de Mr. Joe Biden, depuis qu’il est devenu Vice-Président américain. Il a cependant eu sa petite heure de gloire la semaine dernière en affirmant que la situation de l’emploi aux États–Unis est telle que l’on ne se trouve plus dans un contexte de récession mais d’authentique dépression. Le fameux analyste financier Bill Bonner, de la Chronique Agora, est du même avis : il écrivait vendredi : « Nous sommes dans une dépression, pas dans une récession ».

Patrick Artus, économiste en chef chez Natixis, n’est pas en reste en matière de véhémence. Il écrivait mercredi : « Que les gouvernements aient le courage de dire la vérité aux Européens ! ».

La vérité ? à quel sujet ? Citons-le :

« Au lieu d’entretenir l’espoir d’une reprise rapide de la croissance et de l’emploi, les gouvernements feraient mieux de dire aux Européens qu’ils vont être confrontés :

[Premièrement,] à une perte irréversible d’emplois dans les secteurs qui se contractent après la crise (la construction, la finance, les biens durables…), d’où un chômage durablement très élevé ;

[Deuxièmement,] à l’absence d’idées pour créer des emplois nouveaux en quantité suffisante pour compenser les pertes d’emplois ;

[Troisièmement,] à la déformation du partage des revenus au détriment des salariés, avec le chômage élevé, les dé-localisations… »

Où est l’époque – pourtant pas si lointaine – où Mr. Artus et moi-même – disions toujours le contraire l’un de l’autre ?

J’ai évoqué le nom de Bill Bonner, tout à l’heure. John Mauldin, est lui aussi un analyste financier vedette, ami d’ailleurs de Bill Bonner. Je viens de lire son courrier en date de vendredi. Mauldin n’est pas sûr que le monde soit déjà plongé dans la dépression. Mais qu’offre à lire sa newsletter hebdomadaire ? une longue évocation nostalgique et pas toujours très cohérente de son enfance et de celle de son ami Bill Bonner.

Mauldin est né dans la misère et il s’interroge si tel ne sera pas aussi le sort de ses propres petits-enfants : « De la misère à la misère, en trois générations seulement ! », ironise-t-il. Et son courrier se conclut par une profession de foi à la fois grandiloquente et sans grande conviction dans le retour prochain de l’Amérique au premier plan des nations. Hum… hum ! Une chose est certaine : la dépression, à titre personnel, John Mauldin y est déjà !

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Appel d’octobre

Pour mai : 2.374 €
Pour juin : 3.099 €
Pour juillet : 2.022 €
Pour août : 2.480 €
Pour septembre : 1.892 €

Merci pour vos donations en septembre !

Somme (brute) reçue à ce jour (le 31) pour octobre : 2 125 €.

Malheureusement toujours aucune perspective d’emploi mais le moral est bon, en raison en particulier de l’enthousiasme régnant chez mes éditeurs autour de la publication prochaine de deux livres : « L’argent, mode d’emploi » (Fayard) sera en librairie le 28 octobre et « Comment la vérité et la réalité furent inventées » (Gallimard), le 5 novembre. En rapport avec ces publications, je serai l’invité de France Culture durant la matinée du 28 octobre, tandis que « Philosophie Magazine » dressera mon portrait dans son numéro de novembre, sous le plume de Patrice Bollon. Deux autres portraits à paraître en octobre : dans « Le Nouvel Économiste » et dans « Trends – Tendances ». Le message continue de passer. Je suis l’un des huit commentateurs au sein de l’exposition « La crise financière un an après » qui se tiendra ce mois-ci à la Cité des Sciences à la Villette. Quant à ma chronique hebdomadaire sur BFM radio, tous les lundi à 10h46, elle a débuté le 21 septembre. Le 5 septembre, j’ai participé à Bruxelles au colloque « Parier sur l’incertitude », le 7, à l’Université d’été de l’Institut des Hautes Études pour la Science et la Technologie à Arc et Senans, dont le thème était : « L’économie, une science qui nous gouverne ? », et le 26 à l’Université d’été d’Un Monde d’Avance à Vieux-Boucau. Ma postface à une édition de morceaux choisis du « Manuel du spéculateur à la Bourse » de Proudhon aux Éditions è®e, paraîtra le 14 octobre. Quant à « La crise du capitalisme américain », qui était épuisé dans son édition originale à La Découverte, il reparaît, cette fois aux Éditions du Croquant, le 8 octobre. Deux entretiens au mois de septembre : l’un dans La Voix du Nord , le 15 septembre, l’autre dans Ouest-France, édition du dimanche 20 septembre. On m’a enfin revu – dans un petit rôle – à Ce soir (ou jamais !), le 17 septembre sur France 3. Merci à tous : ce sont vos contributions ajoutées à mes droits d’auteur qui rendent ceci possible !

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« La Crise » est-elle une question philosophique et même métaphysique ?

Patrice Bollon (Philosophie Magazine – Magazine Litteraire) me demande :

« La Crise » est-elle, au fond du fond, une question philosophique et même métaphysique ? (au sens qu’il faudrait remettre en question certains de nos présupposés de pensée les plus tenaces pour arriver à la comprendre et, surtout, lui ouvrir une vraie “voie de sortie”)

Ma réponse :

L’utopiste, selon Werner Sombart, suppose l’homme aimé de Dieu et capable de faire revivre sa bonté naturelle grâce à l’instruction. La preuve est faite du contraire : l’homme est, comme Hobbes le reconnut lui, sans bonté naturelle et non nécessairement réformable par la connaissance. L’homme hobbesien accepta pour se protéger contre une insécurité trop grande de sacrifier une partie de sa liberté dans le contrat social.

La méchanceté de l’homme atteint aujourd’hui les limites qu’ont définies pour lui le comportement « colonisateur » de son espèce : ayant envahi complètement l’espace dont il dispose et ayant ruiné par sa propre industrie la capacité de son environnement à le supporter, son sort biologique naturel est l’extinction.

Sa capacité à l’autoréflexion lui ont cependant permis de générer deux méthodes : la raison qui lui permet d’évaluer les difficultés qu’il rencontre et d’éventuellement les résoudre, et l’éthique qui lui permet de contenir les conséquences de sa méchanceté naturelle.

La méchanceté naturelle de l’homme doit-elle nous conduire à souhaiter pour le bonheur futur de sa planète, sa disparition ? Ou bien faut-il considérer que l’émergence en lui de la raison et de l’éthique suffisent à faire espérer sa survie ?

La preuve sera dans le pudding : l’espèce disparaîtra si sa méchanceté l’emporte – et elle méritera donc son sort, elle survivra au contraire si ce sont la raison et l’éthique qui prennent le dessus – et sa survie en soi aura alors apporté la justification de son salut.

Un Dieu juste n’aurait pas pu imaginer un dispositif expérimental plus idéal. Il lui aura fallu bien sûr être patient, mais il peut-être rassuré : le test se joue aujourd’hui sous nos yeux.

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Voyage dans le temps !

Ce qui a pu être récupéré du blog. On avise, on cogite !

Voici le message que Zoupic avait eu la gentillesse de reproduire :

Chers amis,

Le blog à pauljorion.com est victime de son succès : durant mon passage à France-Culture hier matin, le nombre d’accès au site a instantanément doublé. Le serveur n’a pas pu suivre. Ce matin, le problème s’est encore aggravé. Le blog pourrait être remis en marche mais risquerait d’être une fois de plus victime de son succès.

Je ne me plains pas, il s’agit là du reflet de la popularité du message que j’essaie de transmettre : hier soir sur Amazon.fr, « L’argent mode d’emploi » (Fayard) était vingtième dans les ventes, « Comment la vérité et la réalité furent inventées » (Gallimard) : 174 et « La crise. Des subprimes au séisme financier planétaire » (Fayard) : 511. Ces ventes les plaçaient respectivement dans la catégorie ouvrages de « non-fiction », au deuxième, neuvième et seizième rang. La vente de « La crise », publié il y a un an, n’a jamais été aussi bonne sur Amazon.fr.

La façon dont le blog a été excellemment géré par Jean-Baptiste jusqu’ici a été artisanale, avec de faibles moyens. Le renom du blog dépasse malheureusement maintenant de beaucoup l’infrastructure dont il dispose.
Vos suggestions sur ce qu’il conviendrait de faire désormais sont les bienvenues.

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