Pour un PIB Equitable et Durable, par Michel Martin

Billet invité.

L’économie durable est souvent présentée comme la conjonction de trois aspects de l’activité, un aspect économique, un aspect écologique et un aspect social.

PIBED 1

Le PIB, outre qu’il agrège des activités qui ne nous enrichissent pas, comme les déraillements de trains et qu’il serait sans doute plus efficace de mesurer la richesse d’un pays et son évolution sur la base de données comparables au capital propre et au résultat d’exploitation employées pour les entreprises, le PIB ne prend pas en compte la dette environnementale que nous contractons et il ne nous dit rien de la répartition des richesses produites.

A partir de données statistiques existantes, bien qu’encore insuffisantes, je propose de contourner les inconvénients du PIB, dans une optique de recherche d’indicateur d’économie durable, en le pondérant par des critères écologiques et sociétaux. J’ai appelé l’indicateur résultant le PIBED (PIB Equitable et Durable) qui serait le PIB divisé par un coefficient d’empreinte écologique sans dimension Ce (Empreinte écologique par habitant divisée par la biocapacité pour 8.5 milliards d’habitants, soit environ 1.33ha/personne) et divisé par un coefficient d’inégalité Ci aussi sans dimension (GINI de revenus disponibles/GINI optimum soit environ 0.22). Il est probable que l’indice GINI d’équité sociale optimum soit réalisé par les pays nordiques, il se situe vers 0.22 (l’indice GINI est compris entre 0 et 1. La valeur 1 correspond au cas ou toutes les richesses d’un pays sont concentrées dans les mains d’une personne; 0 correspond au cas d’une égalité parfaite).

PIBED 2

PIBED 3

PIBED 4

On obtiendrait un PIBED=PIB dans le cas d’un indice d’empreinte écologique de 1, c’est à dire sans dépassement de la biocapacité de la terre, couplé à des revenus disponibles pas plus dispersés que ceux des pays nordiques. Un PIBED supérieur au PIB indique qu’il reste des marges de biocapacité (ou théoriquement que l’indice d’inégalité GINI des revenus disponibles est inférieur à 0.22, ce qui n’existe nulle part).

Un PIBED inférieur au PIB indique qu’on surexploite les ressources (et/ou dans une moindre mesure que l’indice d’inégalité est élevé), donc en général qu’on contracte une dette écologique (c’est le cas, et très largement, de tous les pays dits développés ou en développement). Dans le graphe ci-dessous , le PIB par habitant en dollars est celui de l’année 2003 (source OCDE); l’empreinte écologique en ha est celle de l’année 2003 (source Global Footprint Network) l’indice GINI des revenus disponibles est celui de l’année 2000 (source OCDE, je n’ai pas trouvé l’équivalent pour 2003, mais cet indice évolue assez lentement et l’utilisation des chiffres de l’année 2000 pour le GINI est acceptable). La mesure n’est pas tout, mais un indicateur de mesure comme le PIBED pourrait valoriser les efforts écologiques et sociétaux et redonner sens à la notion de progrès.

PIBED 5

Un des avantages du PIBED sur un indice, c’est qu’il est en continuité du PIB, comme lui en unité monétaire et qu’il est facilement et directement compréhensible par les acteurs économiques. D’autre part, il ne dicte pas comment faire, à chaque population d’imaginer la façon de s’y prendre pour être à la fois compatible avec les ressources disponibles et que les richesses créées soient réparties assez équitablement pour que les personnes adhèrent à ce projet social.

Globalement, le développement n’a pas, jusqu’ici, été contraint sur le plan énergétique et sur le plan matériaux, ce qui fait qu’on a actuellement une très forte corrélation PIB et empreinte écologique. Toute la question est de savoir si nous sommes capables d’une révolution culturelle et d’une révolution technologique qui nous permettraient de faire converger PIB et PIBED.

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28 réflexions sur « Pour un PIB Equitable et Durable, par Michel Martin »

  1. Ironie:

    Étude aux limites de Ci. Si GINI tend vers 0 (soit l’égalité parfaite dans la répartition des richesses), tout votre beau modèle se casse la figure car on soulève un cas d’indétermination (division par 0). Comme quoi, l’utopie ça vous fout un modèle mathématique en l’air en moins de deux…

    1. Autre solution : toutes les richesses et pouvoirs concentrés entre les mains d’une personne, l’indice gini =1.
      Le dictateur oblige son peuple à vivre sous terre et à se nourrir de champignons (éventuellement hallucinogènes) , et à recycler tous les déchets (méthane….), de façon à ce que l’empreinte écologique de son pays s’approche de 0. Conséquence : le PIBED explose… (un idéal, un rêve pour certains ?)

    2. on peut facilement contourner le problème en prenant par exemple:
      PIBED=PIB*(1-GINI)/Ci

      Je préfère l’indicateur comme cela:
      – l’inégalité absolue donne un PIBED de 0.
      – à PIB et empreinte écologique égale, on préfère les distributions plus équitables.
      – à coeff GINI égal, on tente de maximiser PIB/Ci, la richesse produite par ha de surface terrestre productive.

      Mais je pense que la vraie amélioration serait de tenir compte du PIB (compte de résultat) mais aussi du bilan (actif/passif), voir ci-dessous.

    3. Bon, j’ai écrit une bêtise là. Il faut remplacer, dans le post précédent,
      – à coeff GINI égal, on tente de maximiser PIB/Ci, la richesse produite par ha de surface terrestre productive.
      par
      – à coeff GINI égal, on tente de maximiser PIB/Ci, ou encore PIB/empreinte écologique, ou encore la richesse produite par unité de surface terrestre effectivement « squattée » pour le production de cette richesse économique.

  2. Euh… Désolé si ma question est cynique ou stupide mais « What’s in it for me » comme disent les Américains ? Je veux dire: m’en mettre plein les poches même au détriment des autres et le nature, je vois très bien ce que cela ME rapporte, mais qu’est ce que me rapporte de savoir que le PIBED de mon pays est inférieur ou supérieur (et à court terme bien sûr puisque c’est ce qui compte dans une démarche purement intéressée, pas dans 50 ans)?

    Ce que je veux dire, c’est que la mesure en elle-même n’aura pas d’impact si les acteurs économiques n’ont pas un intérêt personnel à ce qu’elle progresse. Le PIB est plus ou moins corrélé à la richesse des individus d’un pays donc nous avons tous un intérêt immédiat à la faire progresser. Qu’est-ce qui nous motivera à faire progresser le PIBED (au delà de la bonne volonté et de la certitude qu’à long terme le gaspillage est stupide bien sûr) ?

    1. @ Laurent K.

      Bonjour,

      Il semble bien au contraire, et contre l’évidence première de votre remarque, que le PIB puisse progresser sans avoir pour conséquence ni de réduire les inégalités, ni d’améliorer les conditions générales de vie de la communauté – le bien commun – comme le montre très bien cet article de Contreinfo.

      Il me semble bien plutôt que vous adhérez aux croyances communes suivantes : nos seules motivations sont égoïstes et il n’y a rien de plus dans le tout que dans la somme de ses parties, enfin qu’une moyenne de deux hamburgers pour un pays de deux habitants ne fait pas nécessairement un hamburger par personne…

      Quant à l’argument du pilotage de l’action individuel par le PIB : outre le fait qu’il paraisse peu probable que l’individu lambda s’en soucie au quotidien et l’utilise comme vous pour diriger son action (vous inversez même le processus à mon sens), on pourrait ajouter que ce n’est pas parce que vous avez un compteur de vitesse sur votre automobile que vous ne ferez pas d’excès de vitesse, pourtant, vous serez en mesure de le savoir.

      N’est-ce pas là l’intérêt des tentatives de modification des indicateurs du tableau de bord qui nous permettent d’évaluer notre action (au niveau du groupe) ce, même sans être contraignants ?

      Cdt

    2. « Le PIB est plus ou moins corrélé à la richesse des individus d’un pays « .

      PIB = la somme des valeurs ajoutées (c’est un solde intermédiaire de gestion) dégagées par toutes les entreprises d’un pays sur leur marché domestique. La clé de répartition de cette VA (entre capital et travail) déterminera le lien entre VA et richesse nationale (ici les salaires). Il n’y a donc pas de corellation automatique.

    3. Plusieurs point dans ce commentaire.

      Le PIB a plutôt bien fonctionné jusqu’aux années 70 où, par exemple, l’ISS (indice de santé sociale) était bien corrélé avec le PIB (cf ce document de Jean Gadrey par exemple: http://fr.pekea-fr.org/IndicLoc/J-Gadrey-NIndRichesse.pdf).

      Je suis persuadé que notre modèle a besoin d’un indicateur, d’une boussole « de progrès ». Il nous faut savoir si nos efforts concourent à améliorer notre situation et celle de nos enfants, sinon, à quoi bon pousser la roue du progrès. Il est possible que notre mythe fondateur du progrès s’écroule et dans ce cas, le PIBED n’aura plus aucun intérêt, mais nous n’en sommes pas encore là.

      Le PIBED recèle des marges de croissance nouvelles et importantes, alors que le PIB est à bout de souffle (cf cet autre article très documenté de Jean Gadrey: http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2009/10/26/la-baisse-tendancielle-du-taux-de-croissance-14-les-constats/). Pour que le PIBED progresse, il nous suffit (facile à dire) de faire quelques efforts sur la répartition des richesses (je souhaite que ce soit plus au travers de la redistribution d’activité qu’au travers d’un simple transfert d’argent), il nous suffit de porter nos efforts sur les énergies renouvelables (cf les énergies de la mer dont le potentiel est élevé), de repenser le design de nos objets, de repenser les circuits de fabrication distribution afin de réduire le nombre considérable de km que chaque objet artefact avant d’arriver à l’utilisateur… cette transformation est en marche et le PIBED prendrait beaucoup mieux en compte ces efforts que ne peut le faire le PIB.

      Je passe sur le mythe individualiste qui est évoqué et qui mériterait un développement un peu plus long, mais ce mythe que « la main invisible » soutient a sans doute trouvé ses limites, car cette main est aussi aveugle! L’empreinte écologique est un concept souple qui peut être appliqué aussi bien à un individu qu’à une entreprise, une région, un pays, si bien qu’il peut devenir une source de calcul fiscal qui concernerait directement l’intérêt individuel. L’indice d’équité ne peut pas s’appliquer à l’individu, mais il peut l’être à l’entreprise.

  3. « L’économie durable est souvent présentée comme la conjonction de trois aspects de l’activité, un aspect économique, un aspect écologique et un aspect social. » nous dit Michel Martin…
    Ce schéma des ensembles s’avère très intéressant, seulement il est incomplet.
    En effet comme l’ont précisé notamment R.Abélio & Quarteret, notre univers est le produit d’une « double dualité »
    spatio=temporelle qui implique une analyse en base quaternaire et non tertiaire.
    Le but, ici n’est pas de s’étendre sur la théorie civilisationelle (bien qu’elle occupera prochainement le coeur de la
    fusion sociétale qui s’est amorcée) mais de relever deux axes de force:
    L »Axe NATUREL = ECONO-LIBER(al)(terre)(tin) + ECOLOGICO-RESPONSABLE
    L’Axe CULTUREL = SOCIO-EGALITAIRE + CULTURO-IDENTITAIRE
    Bien qu’il apparaisse en filigrannes, peut-être inconsciemment dans les propos et questionnements finaux de l’auteur
    (de son dense et bref article, certes), « savoir si nous sommes capables d’une révolution culturelle »dit-il en conclusion, relève bien d’un quatrième ensemble « CULTUREL/IDENTITAIRE dont les intersections avec les autres serait : « souhaitable » ou tout simplement « acceptable » ??? :
    J’entends : par les légitimement (?)* riches que nous sommes…, d’abandonner leur régime de vie hyper-énergétique
    *(et toute la question est là: y a-t’il une légitimation possible par/ ou une neutralité de la science historique quant à la richesse acquise voire le volume de population atteint -pour certains auteurs déshinibés… ?
    La partie de Monopoly planétaire finira plus ou moins mal en fonction de ce quatrième cavalier…

    1. Ce 05/11 in : Opinion / Changement climatique et armure psychologique, par George Monbiot
      http://www.contre-info.info
      Pour cerner ce « quatrième ensemble » incontournable:

      « Dickinson soupçonne que des preuves croissantes des changements climatiques pourraient renforcer cette tendance, et augmenter l’’antagonisme envers les scientifiques et les écologistes. Leur message, après tout, constitue une menace frontale pour le projet central de la société occidentale quant à son immortalité : la croissance économique perpétuelle, soutenue par une idéologie du droit à agir ainsi et d’un destin exceptionnel. »

      L’intersection entre les ensembles ECOLOGIQUE & CULTURO-IDENTITAIRES, au vu de cet article de G.Monbiot semble malheureusement pencher vers  » l’inacceptable « …

  4. Excellent! Il faut que je garde cet article en favoris.
    Le graphe résultant est très instructif.
    On y voit à quel point le PIB excède le PIBED en général pour la pays industriels, ce qui n’est pas très engageant…
    On peut aussi y lire la différence de structure des économies : Bien que la Suède ait un PIB supérieur à celui de l’Allemagne, leur PIBED sont en fait identiques.
    Quand aux états-unis, très gros soucis en perspective, le fossé entre leur PIB et leur PIBED est vraiment très inquiétant…
    Au final, mention spéciale au Maroc et à l’Inde qui ont tous deux un PIBED légèrement supérieur au PIB.
    C’est peut-être ici qu’il faut aussi penser à ne pas lire plus dans des indicateurs que ce qu’ils doivent vraiment dire.
    En effet, pour le peu que je m’en souvienne, l’Inde reste un pays très inégalitaire et qui rencontre de sérieux problèmes écologiques, notamment au niveau de la gestion de ses nappes phréatiques. Quant au Maroc, je ne suis pas persuadé que tous les grands projets menés y sont un modèle de développement durable.
    Travail très intéressant néanmoins et qui montre une fois de plus qu’on dispose d’ores et déjà de toute une batterie d’outils pour dépasser notre modèle de développement actuel.

  5. Changer d’indice oui, mais à condition que le nouvel indice réflète un peu mieux l’état réel des choses. Il manque, par exemple, dans cet indice que vous proposez une notion du type « bien-être intérieur », tout aussi légitime que le facteur écologique. L’Europe du Nord étant la zone où les taux de suicide sont les plus élevés en Europe, cette adjonction risquerait de bouleverser votre classement… Et ramener la Russie (par exemple) au niveau de la Mauritanie, quelque soit ce que cet indice est supposé représenter, décrédibilise la démarche.

    1. Un indice généraliste ne peut pas tout intégrer. Il y a aussi des limites qui touchent à la souveraineté des peuples. Le fait d’introduire le facteur d’équité sociale va déjà assez loin et peut-être même un peu trop.

    2. @ Michel Martin

      L’indice est supposé donner une indication sur la capacité d’un système à produire de la richesse. Le plaisir de vivre en fait partie, sinon à quoi bon ? 🙂 Y inclure une minoration quand l’échelle des salaires devient exagérée est excellent. Mais rien n’interdit d’y inclure des données relatives au bien-être (taux de suicide, espérance de vie, consommation de psychotropes et de tranquillisants, criminalité, etc…).

  6. En fait, si en Europe de l’ouest c’est au nord que les suicides sont les plus fréquents (taux moyen de 27,5 décés mâles pour 100.000 hab. contre 19,3 au sud) pour l’ensemble du continent c’est à l’est, avec un record pour nos amis russes (53, et 41 en Ukraine, 63 en Biélorussie).

  7. Bonjour,

    Intéressant.

    Pouvez-vous compléter le graphique en donnant directement le rapport du PIB par le PIBED ?

    Merci.

  8. Au risque de paraître un peu iconoclaste : à quoi cela peu bien servir, le PIB, sous sa forme actuelle ou selon une version améliorée ? Avons-nous véritablement besoin d’un tel référent, d’un tel arbitre ? Ne sommes-nous pas à la recherche d’un repère illusoire que nous devrions trouver autrement ?

    1. Même sans progrès, on a besoin d’évaluer, ne fût-ce que pour s’assurer qu’on est pas en train de scier sur la branche sur laquelle on est assis (je veux dire: qu’on est pas en train de détruire l’écosystème par exemple). Comment décider, par exemple, si oui ou non on va consommer une ressource rare (disons, le gallium) pour produire des panneaux solaires plus efficaces qui permettront soit de réduire les émissions de CO2, soit d’augmenter l’énergie disponible pour l’humanité et donc le possibilités de production/transformation des choses (ce qui revient à peu près dans ce cas-ci au PIB). Pour être prise en connaissance de cause, il faut bien mesurer, y compris la valeur des richesses produites. L’alternative, c’est quoi? L’espoir que les rapports de force existants conduiront à de bonnes décisions? Ca ne paraît pas très prometteur…

  9. A mon avis, la vraie amélioration serait de tenir compte du PIB (compte de résultat) mais aussi du bilan (actif/passif).
    Comme tout gestionnaire peut s’en rendre compte, il est très facile de produire du bénéfice sur un an en bradant les actifs (dotation en matière première, capital social, capital écologique).

    Et je ne pense pas qu’il soit possible de tout rassembler en un indicateur unique: ce n’est pas pour rien qu’on a jamais réussi à faire cela pour le comptabilité des entreprises. Il est assez naturel que la comptabilité « globale » soit au moins plus compliquée que celle d’une entreprise isolée. Evidemment, on peut (doit) regarder toute une série de « ratios » qui donnent chacun une vision originale mais partielle de l’ensemble. La PIBED (ou une variante, voir post ci-dessus) de Michel Martin pourrait être un de ces ratios.

  10. Je partage l’avis de François Leclerc… plutôt que de coloniser la théorie économique standard et ses instruments de mesure, il vaudrait mieux trouver autre chose.

  11. « Y inclure une minoration quand l’échelle des salaires devient exagérée est excellent ».
    « Mais rien n’interdit d’y inclure des données relatives au bien-être (taux de suicide, espérance de vie, consommation de psychotropes et de tranquillisants, criminalité, etc…). »

    Taux de suicide (Durkheim)? Consommation de psychotropes (France championne du monde… et pourtant pas le pays le plus sinistré socialement parlant)? Vous rendez vous compte de ce qu’il y a de culturellement déterminé là-dedans?
    L’espérance de vie ne compte pas tant que ça non plus dans l’appréciation des conditions de vie elles-mêmes.
    Criminalité… De quel type? Met-on dans le même sac « cols blancs », « mafias », « voitures qui flambent »?
    De tels indices, quasiment par définition, sont dépourvus de sens. Seule compte l’explicitation du monde social qui en rend compte.

    Pour l’échelle des salaires il faudrait une norme (admettons les 3 tiers entre investisseurs/dirigeants/salariés) et mesurer l’écart par rapport à cette norme par un indice. On se place alors du point de vue du juste. Mais critiquer une échelle per se revient juste à institutionnaliser le vice en accordant une prime « négative » à la jalousie ou à l’envie.

    Rawls a proposé une variante (avec l’idée « d’indice de biens premiers », qui implique des biens matériels et immatériels comme « l’estime de soi » par exemple), abondamment discutée/critiquée dans la littérature consacrée.

  12. C’est très éclairant de pondérer le PIB par des indicateurs sociaux et environnementaux, on voit tout de suite que le pays leader et modèle, les États-Unis, perdent leur première place pour un rang anonyme. Cependant je crois que c’est un piège de rester sur un indicateur monétaire ou de monétariser le bien-être et la nature. Comme c’est un piège que de vouloir donner une valeur financière aux employés afin qu’ils ne figurent pas qu’au passif du compte de bilan d’une entreprise.

    Le PIB mesure un flux, il ne mesure pas un stock, la quantité de richesses ou de biens qui croissent, mais un niveau d’activité marchande. Ce n’est donc pas un indicateur de richesse, c’est-à-dire combien a-t-on de belles maisons, de voitures économiques, de grandes télés,… mais un indicateur de marchandisation de la société, combien produit-on de mauvaises voitures, de mauvaises télés. Plus on marchandise de choses, comme les plats que l’on achète cuisinés au lieu des graines de carottes que l’on jardine, plus la société est riche au sens du PIB. Pour mesurer la vraie richesse matérielle il faudrait mesurer un stock. En effet le PIB est plus élevé si j’achète tous les 7 ans une armoire made in China à 300 euros au lieu d’acheter une armoire en chêne de 2000 euros une fois dans ma vie et que mes enfants hériteront. Or on est bien plus riche dans le second cas que dans le premier. Malheureusement il est impossible d’évaluer un stock. Que vaut la Joconde, la Tour Eiffel,… qui sont dans le stock de la France, que valent les réserves de pétroles d’Arabie Saoudite, 70 dollars le baril ou 150 ? Le prix d’un stock est très arbitraire car soit il n’y a pas de marché pour l’évaluer, soit les prix sont très instables sans parler des méthodes d’évaluation : prix moyen pondéré, dernier achat,… De plus les échanges de produits pétroliers contenus dans le PIB sont une sorte de désépargne, car le pétrole est une réserve finie, donc quand les stocks seront épuisés nous saurons aussi pauvres qu’un rentier qui consomme plus que le produit de sa rente. D’un autre côté, ce n’est pas l’argent ou le pétrole brut qui nous rendent heureux mais leur usage, il serait donc idiot d’être avare ou ascète. Donc la vraie richesse matérielle est un stock mais on voit bien qu’il est vain de chercher à l’évaluer pour mesurer le résultat d’une politique économique.

    On ne peut donc pour se faire que mesurer un flux comme le fait le PIB. On doit d’autant plus mesurer un flux que l’activité économique est comme le courant d’un fleuve, continue, ininterrompue. Alors qu’un stock est mort, il se contente d’exister, il est, l’homme peut disparaître qu’il demeure encore.

    Mais il faut bien noter que l’on mesure une activité et pas une richesse. Seulement lorsque l’on mesure un flux marchand on suppose que l’activité se réduit à se qui se monnaie, ce qui est très réducteur et pervers. C’est réducteur car pouvoir jouer et rire avec son enfant est un grand bonheur mais cela ne génère pas d’argent. C’est pervers car même les activités nocives comme la déforestation, l’orpaillage,… sont encouragées du moment qu’elles accroissent le PIB.

    Il faut donc mesurer un flux mais aussi, lorsque l’on est convaincu de la nécessité de la décroissance, il ne faut pas un indicateur que l’on va chercher à faire croître sans arrêt car sinon on retombe dans le travers de la croissance où le plus est forcément le mieux. Il ne faut donc pas d’indicateur quantitatif mais qualitatif. Et donc cet indicateur ne peut être monétaire, car la monnaie mesure toujours une quantité.

    L’idée est alors simplement de trouver des indicateurs qui mesurent tout bonnement le résultat de notre activité économique, de la politique du gouvernement. Et ces indicateurs existent et sont bien connus, comme le taux d’alphabétisation, l’espérance de vie,… Et c’est au débat démocratique de décider quels indicateurs prendre, quels indicateurs doit améliorer la politique du gouvernement.

    Pour moi il est vain d’essayer de synthétiser une politique par un unique indicateur monétaire de fait, la démocratie est en fait un débat permanent de la meilleure politique et ne peut donc se résoudre à cette dictature d’un seul nombre, qui comme par hasard ne nuit pas aux plus riches.

    1. @Laurent S
      On n’arrête pas un train lancé en pleine vitesse instantanément. Comme le PIB, le PIBED aurait une durée de vie, le temps nécéssaire pour que l’activité économique commence à intégrer l’écologie et l’équité sociale.
      Nous ne passons que 10% en moyenne de notre temps de vie au travail, alors il nous reste quand même encore du temps pour rêver et ne pas subir l’économisme, ne pas être un homo oeconomicus à temps plein!

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