De l’anthropologie à la guerre civile numérique, entretien réalisé le 21 mars 2016 (texte complet)

Ouvert aux commentaires.

I- La « mentalité primitive »

Jacques Athanase GILBERT

Votre parcours est particulièrement atypique, marqué en particulier par cette étonnante transition du chercheur au blogueur. Au-delà, votre pensée s’enracine dans le champ de la transdisciplinarité, empruntant à la fois à la philosophie, à l’anthropologie, à la sociologie et à l’économie. Comment appréhendez-vous cet itinéraire ?

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De l’anthropologie à la guerre civile numérique (XII), L’argent, entretien réalisé le 21 mars 2016

Ouvert aux commentaires.

Franck CORMERAIS

Votre questionnement des origines tel que vous le formulez au sein de l’anthropologie des savoirs n’est-il pas une préfiguration de l’anthropologie de la monnaie, en particulier quant à son rapport à la violence ? Envisagez-vous, à travers votre critique de la finance, une anthropologie économique de la monnaie ?

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« UN TRAITÉ SUR LA MONNAIE » (II) La prétendue « création monétaire ex nihilo » par les banques commerciales

« UN TRAITÉ SUR LA MONNAIE » (I) LA FAUSSE QUERELLE DES CRÉDITS ET DES DÉPÔTS

Un corollaire de l’hypothèse que les crédits précèdent les dépôts est que les crédits accordés par les banques commerciales « créent de l’argent ex nihilo ».

Le mécanisme supposé est celui-ci : une banque qui accorde un crédit « crée » les sommes allouées « par un simple jeu d’écriture ». Quand les sommes empruntées sont retournées, la « création » initiale est effacée par un autre « simple jeu d’écriture », annulant le premier. Ce pouvoir exorbitant des banques commerciales, de faire sortir d’un chapeau des sommes tout à fait considérables, ne s’accompagnerait pas moins de leur capacité à exiger le versement d’intérêts sur les sommes fantômes qu’elles prêtent ainsi. D’où le prétendu « scandale des banques commerciales qui créent de l’argent ex nihilo ».

L’absurdité du mécanisme supposé apparaît aisément dans l’expérience mentale que voici.

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Keynes et le mystère du taux d’intérêt (VI) Une parenthèse sur l’argent

En guise d’introduction à l’explication par Keynes du taux d’intérêt par la « préférence pour la liquidité », un bref rappel sur l’argent.

Nous partageons encore aujourd’hui la manière dont Aristote concevait l’argent. Il lui reconnaissait trois fonctions : d’être un moyen d’échange, de pouvoir constituer une réserve et de servir d’unité de compte. Nos manuels d’économie définissent encore l’argent de cette manière.

Aristote distinguait dix « catégories » auxquelles appartiennent les mots de la langue pris individuellement, « non-combinés », qui sont autant de perspectives dans lesquelles nous appréhendons les objets du monde sensible, les catégories sont, dit-il, les « genres élémentaires de l’être ». Les catégories interviennent dans la phrase en position de sujet ou de prédicat, ainsi pour le bleu qui relève de la catégorie de la « qualité », utilisé en position de sujet : « Le bleu est une couleur », et en position de prédicat : « Le ciel est bleu » (voir Jorion 2009b : 143-146).

Les trois fonctions de l’argent recensées plus haut relèvent des catégories de la « qualité » et de la « quantité ». L’argent en tant qu’unité de compte relève de la catégorie de la « quantité ». « Moyen d’échange » et « en tant que réserve » envisagent l’argent selon la « qualité ». Pour Aristote, les qualités se manifestent selon deux modes, celui de l’actualité (« in actu) et de la potentialité (« in potentia »). Dans le cas de l’argent, il est en acte dans sa fonction de moyen d’échange, et en puissance dans sa fonction de réserve (… de moyen d’échange).

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 3 JANVIER 2014

Sur YouTube, c’est ici.

L’influence de l’argent sur le savoir produit

– France Culture : L’économie en questions, La montée en puissance de l’économie dans le débat public, le 28 décembre 2013

– Le Monde : Les climatosceptiques qui valaient des milliards, le 31 décembre 2013

– New York Times : Academics Who Defend Wall St. Reap Reward, le 27 décembre 2013
 

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – ARGENT, par Cédric Mas

Billet invité

« L’argent a divisé les hommes et séparé les frères »

Il est intéressant de distinguer la monnaie, notion économique désignant l’instrument d’échange, de valeur et de compte d’une communauté économique, de l’argent, qui désigne le même instrument, mais pris dans ses rapports avec les êtres humains, en tant qu’individus conscients et sociaux.

Plusieurs observations préalables : si la question de la définition et de l’étude de la monnaie occupe une place importante dans l’économie, la philosophie (depuis Aristote) et même la politique, la question de l’argent n’intéresse en général que les moralistes, les poètes (1), et certains romanciers (comme Zola).

Et pourtant, il est difficile de ne pas être frappé par cette absence d’études pour quelque chose qui existe matériellement, et qui suscite autant de réprobations que de désirs insatiables, mobile des pires crimes, et sujet des plus violentes diatribes (en général émanant de personnes n’en disposant pas en quantité suffisante – mais peut-on disposer de « suffisamment d’argent » ?).

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KEYNES ET L’ARGENT (II) UNE DROGUE SI PUISSANTE

Une université californienne m’a un jour attribué un prix et m’a invité à y passer un trimestre. J’y ai accidentellement débarqué au milieu des vacances scolaires. En l’absence d’étudiants et de collègues, une responsable administrative a dû veiller sur moi pendant une semaine entière. Elle m’a ainsi conduit, au volant de son immense 4×4, au bureau de la Social Security pour que j’y obtienne une carte. J’ai eu l’occasion aussi de voir son mari venir la chercher dans une imposante Mercédès.

Un jour Selma m’a dit, pensive : « Ah ! Paris !… je n’aurai malheureusement jamais l’occasion de m’y rendre ! » Ayant à la pensée la Ford Expedition et la grosse voiture allemande, je lui ai répondu : « Mais vous plaisantez ! », et alors là, dans son regard défait, j’ai compris que le leasing des deux mastodontes destinés à en jeter plein la vue devait absorber tout l’argent dont le ménage disposait au-delà de la simple subsistance. Tout l’argent véritablement disponible était mobilisé en vue d’une seule fin : susciter l’envie d’autrui.

Les vieilles fortunes, on le sait, vivent sans ostentation, et ce sont les nouveaux riches qui font dans le tape-à-l’œil. La raison en est simple : il faut avoir connu l’envie soi-même pour vouloir la susciter chez les autres. La jouissance qu’on en obtient est produite par un fantasme : se représenter l’autre enviant l’argent qui est le sien. Le plaisir est si fort qu’il agit comme une drogue : une drogue si puissante qu’elle parvient même à faire oublier la mort.

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KEYNES ET L’ARGENT (I) LA PERSONNE ET SES APPARTENANCES

Pour comprendre le rapport entre l’homme et l’argent, l’argent étant une chose, il faut d’abord comprendre le rapport entre l’homme et les choses.

Dans la conception commune, l’homme est entouré de choses et il exerce sur celles-ci un pouvoir sous la forme qu’aura déterminé sa volonté. Mais la réalité est plus complexe : il existe entre les hommes et les choses des contraintes réciproques et la représentation que l’homme se fait de son rapport avec les choses reflète nécessairement cette réciprocité.

Prenons l’exemple d’un fermier. La ferme fut créée un jour par un fermier, celui dont on parle ou un autre autrefois, et depuis, elle tourne. Elle dépend pour sa survie du fermier mais celui-ci dépend à son tour pour sa survie à lui, de la ferme. À tel point que l’on n’est nullement surpris quand on s’entend raconter l’histoire du fermier qui mourut de chagrin parce qu’il ne pouvait cesser de penser à sa moisson que quelqu’un avait incendiée. Il n’est pas mort de faim parce que sa moisson avait brûlé : il est mort parce que sa moisson faisait partie intégrante de la personne qu’il était, et qu’une part trop importante de lui était morte, emportée par les flammes.

Duby rapporte que la nostalgie était la principale cause de décès dans les armées du Moyen âge : l’identité du soldat se dissolvait à la pensée de l’absence à ses côtés du monde qui l’avait entouré jusque-là et qui le constituait en tant que personne. Quand on dit d’une femme ou d’un homme qu’ils sont des « déracinés », on renvoie à cette incomplétude de sujets dont leur environnement était une part essentielle d’eux-mêmes.

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POUR COMPRENDRE LE « REPO »

Le « repo » (pour repurchase agreement), en français : « pension livrée », une expression très peu usitée, consiste à obtenir de l’argent liquide, du « véritable argent », en ayant mis en gage un instrument de dette (qui sera remboursé ultérieurement mais donne lieu à versement d’intérêts en attendant). Ce qu’on met en gage, c’est ce qu’on appelle le collatéral.

Un instrument de dette qui n’est pas arrivé à échéance (on dit aussi « à maturité »), n’a pas encore été remboursé, mais cela ne l’empêche pas d’avoir une « valeur marchande », c’est-à-dire un prix, ce prix ayant un rapport bien précis (mathématiquement calculable selon l’une ou l’autre méthode) avec l’argent qui sera remboursé auquel s’ajoutent les intérêts qui seront encaissés d’ici-là.

Cela fait dire à certains que ces instruments de dette sont une monnaie, alors qu’il vaudrait mieux dire – pour ne pas introduire la confusion – qu’ils sont une marchandise.

Quand on emprunte, il n’y a pas nécessairement d’exigence qu’un collatéral d’un montant équivalent soit mis en gage. C’est seulement quand l’économie n’est pas en bonne santé qu’il y aura exigence du côté du prêteur qu’un bien soit mis en gage, pouvant être le cas échéant, un instrument de dette, comme un mode d’assurance que la somme prêtée ne soit pas entièrement perdue en cas d’accident.

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« Gagnant gagnant, toujours gagnant, jusqu’à cesser de gagner », par Blake McInerney

Billet invité.

L’argent n’est pas qu’une unité de valeur nous permettant soit de l’échanger contre des biens ou services, soit d’accumuler un potentiel du même ordre.

L’argent nous permet aussi de « communier » avec les autres membres de notre société, c’est-à-dire de leur prouver, et de se prouver, que nous faisons bien partie nous aussi de la communauté des vivants.

Tant qu’une société ne fournit pas à ses citoyens un autre moyen de communier, l’argent sera appelé à remplir ce deuxième rôle – sa dimension religieuse.

Tout gestionnaire de l’ordre social sait qu’il est bien plus facile de faire en sorte que des citoyens n’ayant jamais connu l’argent continuent à vivre ainsi que de faire en sorte que des citoyens qui ont connu l’argent vivent une situation où ils en ont de moins en moins, ou n’en ont plus du tout.

Dans le premier cas, l’identité de ces personnes n’est pas atteinte, voire écorchée, dans le second cas si.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 9 AOÛT 2013 : LE SENS DE LA VIE

Voilà, aujourd’hui, vous n’y coupez pas : le sens de la vie.

Sur YouTube, c’est ici.

Blog de PJ – Le processus « culturel » de reproduction / sélection « naturelle », par Jean-Baptiste Auxiètre et PJ, le 7 août 2013

Jacques Lacan : La mort

François Cavanna : Stop-crève (1976)

La nuit du 4 août 1789 : Noailles et Aiguillon, les interventions des autres, le commentaire d’Annie Le Brun.

Aujourd’hui sur les écrans (?) : Elysium

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Les voleurs de lendemains, par Bertrand Rouziès-Leonardi

 Billet invité.

Il y a un point d’ancrage de la défense du capitalisme comme système d’enrichissement personnel et collectif « par ruissellement » qu’il est risqué de lever sans passer pour un décroissantiste forcené : il existerait une richesse « bien acquise » digne de louange. Évidemment, il n’est pas question ici du pécule modique sur lequel la plupart d’entre nous essaie de vivre et de survivre, et que le recours au crédit, de moins en moins pour le superflu et de plus en plus pour l’essentiel [1], grossit artificiellement. Cette pauvre richesse-là, si vous n’avez pas été éduqué au désintéressement et à la frugalité heureuse, peut vous rendre envieux de tous jusqu’à la méchanceté et comptable de tout jusqu’à la lésine. C’est un potentiel garroté ; un commencement de famine qui se fait un bout de lard du premier liard qui traîne ; une ambition qui s’est persuadée que sa ligne d’horizon passe par les fonds de tiroir.

Non, je veux parler d’une richesse dont le volume est tel qu’il dispense son détenteur d’en vérifier à toute heure la jauge et lui permet de garder l’oeil rivé sur les projets, les plus futiles comme les plus utiles, à la réalisation desquels ce capital doit servir. Je ne serai pas assez hardi pour affirmer que l’opulence est une des voies qui mènent au plus complet détachement. Hormis chez les prodigues inconséquents et les fils et filles de bonne famille qui dérogent pour ne pas se trouver embrassés dans la condamnation sans appel du riche par le Christ, le maléfice de l’argent a généralement cet effet pervers sur les nantis que plus ils en ont, plus ils en sont envoûtés. Mais au moins ont-ils la liberté, dans les moments où le charme n’opère plus, de n’y plus penser. Tel n’est pas le cas pour les indigents et les tout juste à l’aise jamais très éloignés de le devenir qui sont constamment ramenés au besoin d’argent, dans leurs activités quotidiennes comme dans leurs rêves. À mesure que la richesse s’éloigne d’eux dans la réalité, ils se pénètrent en imagination de tous ses fastes supposés et dilapident le peu de bien qu’il leur demeure dans l’acquisition de succédanés bon marché qu’ils savent insuffisants mais qu’ils investissent quand même d’un grand pouvoir de consolation, comme les adorateurs d’icônes.

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PIQÛRE DE RAPPEL : Feuilles oubliées

Mon billet du 10 décembre 2009.

Comme on nous dit partout que Keynes est l’homme de l’heure, je me replonge dans sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936).

Serait-ce alors que ce qu’il faut lire de Keynes se trouve dans certains de ses textes moins connus ? Comme ces Perspectives économiques pour nos petits-enfants datant de 1930, dont j’ai extrait (et traduit) le passage suivant (*) :

Je ne vois donc rien qui nous empêche de revenir un jour à quelques-uns des principes les plus sûrs et les moins douteux de la religion et de la vertu traditionnelles – que l’avarice est un vice, la pratique de l’usure un délit, et l’amour de l’argent détestable, que ce sont ceux qui pensent le moins au lendemain qui progresseront le plus sûrement sur le sentier de la vertu et de la sagesse authentique. Nous chérirons à nouveau la fin plutôt que les moyens et préférerons le bien à ce qui est utile. Nous honorerons ceux qui nous apprendront à cueillir chaque heure et chaque jour comme il convient et dans la vertu, ainsi que ces êtres merveilleux qui savent apprécier les choses à leur juste valeur : « les lys des champs, qui ne peinent ni ne filent » (Mathieu 6 : 28).

Mais prenez garde ! Le temps n’en est pas encore venu. Il nous faudra encore pour un siècle ou davantage, nous prétendre à nous-mêmes ainsi qu’aux autres, que le juste est vil et que le vil est juste ; car le vil est utile alors que le juste ne l’est pas. L’avarice, l’usure et la méfiance demeureront nos dieux pour encore un temps. Car eux seuls sont capables de nous faire émerger du tunnel de la nécessité économique, vers la lumière du jour.

––––––

(*) John Maynard Keynes, Perspectives économiques pour nos petits-enfants (1930), in Essais de persuasion, Gallimard 1931. La traduction de l’anglais est d’Herbert Jacoby – je ne l’ai pas retenue ici.

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L’actualité de demain : NE RESPECTENT-ILS DONC RIEN ? par François Leclerc

Billet invité.

Après le Libor, l’Euribor et le Tibor, le tour de l’or et de l’argent serait-il venu ? Selon le Wall Street Journal, la CFTC (Commodity futures trading commission) – le régulateur américain des marchés à terme des matières premières – se penche sur la fixation des cours de l’or et de l’argent. Cinq banques internationales pour le premier et trois pour le second l’établissent quotidiennement à Londres par le biais d’une téléconférence, et la CFTC s’interroge sur « la transparence » de la procédure, mais aucune enquête n’a formellement été engagée.

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DIRECT 8, Les enfants d’Abraham, mercredi 2 novembre à 23h55

Les enfants d’Abraham sur Direct 8. La vidéo est en ligne.

Aux côtés de Jean-Marc Sylvestre, et face au grand rabbin Haïm Korsia, au père Alain de la Morandais et à Malek Chebel.

Fallait-il y aller ou ne pas y aller ? Je me pose chaque fois la question bien entendu. Parmi mes 142 interventions (je tiens une liste !) à la radio ou à la télé depuis que je suis rentré en Europe, je n’ai encore regretté qu’une seule fois d’y être allé (le « modérateur » n’avait qu’une intention : monopoliser le temps de parole, et l’un des intervenants se contentait de ricaner), mais il était imprévisible dans ce cas-là que ce serait une erreur (heureusement, les « organisateurs » perdirent (?) aussi la vidéo !).

Dans ce cas-ci, je suis très content d’y être allé (outre le fait que je me suis bien amusé – ce qui compte aussi !) : qui aurait rêvé de voir ces trois autorités « spirituelles » se faire les VRP du capitalisme et ajuster leur boniment chaque fois que je les défiais de se poser en « autorités morales » ? Personnellement, je ne m’y attendais pas, mais une fois que la chose est devenue claire, je ne me suis plus gêné.

Les gentilles dames du public « made my day » comme dit l’inspecteur Callahan, quand elles m’ont dit dans l’ascenseur qui nous emmenait après l’émission : « C’est bien Monsieur, il fallait le leur dire ! », « Il faut qu’on parle de nouveau de morale ! »

P. S. :

Comme personne n’a l’air de comprendre ma réponse à la question posée par le rabbin, ni les trois représentants des religions, ni vous ici, les lecteurs du blog, je l’explique.

Le présentateur me rappelle que le rabbin m’a demandé : « Que faudrait-il mettre à la place ? », et je réponds : « Le royaume de Dieu ! »

Dans le tumulte qui suit, je précise : « C’est pour leur rappeler qu’ils savent où il faut aller. Ils le savent. S’ils l’ont oublié, il faut qu’ils réfléchissent, et qu’ils retrouvent la réponse en eux-mêmes ! Je suis sûr qu’ils la possèdent ». Pour ceux qui ont lu les Évangiles (je sais, cela se perd), la référence est claire, Luc 17:20-21 : « Le Royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point : Il est ici, ou : Il est . Car voici, le Royaume de Dieu est en vous ».

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LE PRIX, par David Cayla

Billet invité

J’ai lu avec beaucoup d’attention l’ouvrage de Paul Jorion Le prix, et il m’est alors venu une première question : et si les « marchés », et tout particulièrement les marchés à terme où se négocient les prix des matières premières n’avaient été créés, contrairement à ce qui peut se dire, non pas pour protéger les producteurs des « fluctuations », mais bien plutôt pour supprimer les prix ? Supprimer le prix de l’or, de l’argent, du cuivre, du fer, du blé, du maïs, etc.

Et pourquoi supprimer les prix ? Pour briser les reins de l’URSS (à l’époque), sans doute, mais aussi et surtout pour permettre aux Américains en particulier et aux Occidentaux en général de continuer à mener grand train.

Se posent alors d’autres questions : comment forcer les producteurs à accepter ce marché de dupes ? Les producteurs étaient-ils crédules ? Et comment fonctionnent les « marchés », au delà de ce principe, « supprimer les prix » ? Comment y sont-ils parvenus ?

Prenons l’exemple de l’or et de l’argent, qui sont des métaux précieux et pour lesquels il y a (ou il y avait !) historiquement des stocks colossaux en regard desquels la production annuelle est peu de chose. On peut manipuler les prix à la baisse, mais sur ces marchés, le principe – jusqu’à tout récemment en tout cas – était que les acheteurs peuvent choisir indifféremment de se faire livrer leur or ou de déboucler leurs positions. Aujourd’hui, « on » sait ce qu’il en est : les banques centrales occidentales ont vendu ou « prêté » leur or en toute discrétion pour alimenter le marché… Ce qui fera la fortune de tous ceux qui se sont portés acquéreurs de cet or ou de cet argent une fois qu’il sera devenu impossible de continuer à alimenter le marché.

Le raisonnement peut être aisément transposé au cuivre ou au blé : pour maintenir les prix à un niveau artificiellement bas, il fallait être en mesure d’alimenter le marché en abondance. Et pour ce faire, rien de tel que de placer les producteurs dans une situation de surendettement chronique, que ce soient les agriculteurs pour le blé ou carrément des États tels que le Chili pour le cuivre. Car enfin, quel gouvernement sain d’esprit liquiderait ses ressources minières à un rythme aussi effréné quand il pourrait se contenter de produire moins, donc de sauvegarder ses ressources naturelles, mais en vendant à un prix plus élevé ?

De manière subsidiaire, on pourra ajouter que la tendance « naturelle » des marchés à sous-estimer les prix, telle qu’exposée dans l’ouvrage de Paul Jorion, n’a pas spécialement aidé les producteurs… Les contraignant à produire davantage pour s’assurer un minimum de recettes. Et donc à alimenter les marchés en abondance, permettant ainsi à la fois de satisfaire la demande et de maintenir les prix bas… La boucle ne serait-elle pas bouclée ?

Dernière remarque, un effet pervers particulièrement redoutable pour le monde occidental a été qu’en supprimant le prix des matières premières, le prix de la main d’œuvre est devenu LE facteur discriminant dans la « construction » du prix des produits finis. Dès lors, le mécanisme des délocalisations en masse était forcément inéluctable.

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PAUL KRUGMAN : « QU’EST-CE QUE L’ARGENT ? »

L’un d’entre vous m’envoie le mail suivant :

« Il y a quelqu’un qui manifestement n’a pas lu votre livre ! Voici le lien – pourquoi ne pas lui donner un coup de fil : What is money ? »

Effectivement, Krugman écrit dans sa conclusion :

Le fait est que de nos jours – avec les cartes de crédit, la monnaie électronique, les ‘repos’, et toutes les autres choses qui visent à être des moyens d’échange – il n’est pas évident qu’un nombre unique mérite d’être appelé « la » masse monétaire. D’un point de vue intellectuel, cela ne pose pas de problème ; de même que ce n’est pas nécessairement un problème de maintenir une politique monétaire même s’il n’existe pas de chose unique que nous soyons disposés à appeler l’argent ».

N’est-ce pas un peu embarrassant ? N’y a-t-il pas dans la liste un joyeux mélange d’argent, de moyens d’emprunter et de reconnaissances de dette ? Même si le prix qui lui a été attribué n’est qu’un prix d’économie « à la mémoire d’Alfred Nobel » ?

Quand on écrit des livres, on se pose un jour ou l’autre, pour chacun d’entre eux, la question de savoir pourquoi on l’a écrit. Dans le cas de L’argent, mode d’emploi (Fayard 2009), le confusionnisme de Krugman vient de m’apporter la réponse.

Et il y a bien sûr une autre question à laquelle son billet offre, même si c’est indirectement, une réponse très claire : « Peut-on vraiment compter sur les économistes pour enfin créer une véritable science économique ? »

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Le système financier dans la trappe de liquidité keynésienne, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

François Leclerc présente dans Le scenario d’épouvante ou d’horreur la trappe à liquidité dans laquelle s’est abimée l’économie japonaise et qui s’ouvre désormais béante devant toute l’économie mondiale. Essayons de pousser jusqu’au bout une vraie analyse keynésienne de la conjoncture présente et voyons comment elle nous ramène au bancor.

Le Japon avait plongé dans la crise financière à la fin des années 80 avec l’éclatement de la bulle immobilière. Cette bulle s’était nourrie des choix de la société japonaise traduits dans les politiques publiques monétaire et budgétaire. Elle avait pris sa source dans les excédents du commerce extérieur supérieurs aux ré-exportations nettes de capitaux. Fondamentalement, le choix japonais depuis l’origine était d’assurer l’avenir par l’épargne, c’est à dire l’accumulation de créances de valeur stable sur l’avenir. L’excédent commercial était le moyen d’acheter de l’épargne en monnaie et contrevaleur réelle étrangères. Au lieu de dépenser toute la contrepartie du pouvoir d’achat des exportations en importations ou en investissements à l’étranger, les Japonais demandaient à leurs banques de transformer leurs créances en devise en dépôts en yen. La masse monétaire déposée au passif des banques avait une contrepartie croissante à l’actif en créances sur l’étranger, principalement sur des banques et des États des autres pays développés, spécialement en dollar des États-Unis.

L’abondance de liquidités domestiques induisait un faible niveau des taux d’intérêt stimulant le crédit. Elle ne modifiait pas la préférence sociale interne pour l’achat de sûreté par des créances en monnaie sur le système financier. Il revenait aux institutions financières de trouver des contreparties réelles aux substantiels excédents de revenus épargnés en yen. L’État et les collectivités publiques en ont toujours absorbé une forte proportion à la fois pour offrir une contrepartie au besoin d’épargne et compenser par la dépense publique la faiblesse de la dépense privée. Ainsi la dette publique japonaise atteint-elle aujourd’hui le record de 200% du PIB, financée pour la plus grande part sur le marché domestique. Le financement du besoin d’épargne japonais est fondé sur la dette : celle des étrangers envers le Japon, celle du système financier japonais et de l’État envers les agents économiques japonais.

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Argent : on a perdu le mode d’emploi, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Nature juridique de l’argent

Paul Jorion rétablit dans L’argent, mode d’emploi la distinction entre argent et reconnaissance de dette, fondamentale pour comprendre la crise. Argent et dette sont conceptuellement différents mais matériellement liés. Schématiquement : Pierre prête un objet de valeur à Paul contre sa promesse non pas de lui rendre mais de lui rembourser la mesure, le prix. Pierre et Paul sont en confiance, se reconnaissent réciproquement comme dignes de confiance et sont d’accord sur la mesure d’équivalence entre ce que l’un prête et l’autre remboursera. A ce stade il y a dette mais pas d’argent. La relation entre Pierre et Paul n’a aucune utilité directe pour la société et le marché.

Ils conviennent maintenant de prendre un tiers à témoin et s’adressent à une banque pour enregistrer leur contrat. La banque s’interpose entre eux par des écritures. Elle enregistre Paul comme emprunteur et Pierre comme déposant pour la quantité convenue entre eux. Dès lors que les compères font clairement savoir à la banque qu’ils sont d’accord sur la chose, le prix et l’échéance, la banque n’a même pas besoin de connaître visuellement ou intellectuellement l’objet et la mesure de l’échange. Elle se contente de témoigner de l’accord indépendamment de son objet en inscrivant la même mesure à son actif et à son passif. L’objet de l’échange et la mesure de son prix qui étaient entre Pierre et Paul une seule et même réalité sont désormais dissociés par l’intermédiation bancaire qui ne connaît qu’un prix et les droits réciproques entre des personnes. L’intérêt de cette intermédiation est que la banque peut affirmer qu’elle dispose de la mesure d’une valeur réelle à terme, celle que Paul a promise et que Pierre a acceptée. Pierre peut en tirer un bénéfice dans l’utilisation immédiate de son dépôt comme moyen de règlement. La banque a actualisé une créance de valeur future en mesure présente de la valeur immédiatement utilisable.

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