Les grandes banques devraient-elles contribuer moins que les petites banques au fonds de résolution de 70 milliards ?, par Pierre Lalo

Billet invité.

Monsieur Barnier,

L’historique de la crise de 2008 a eu pour effet de poser la question essentielle par le plus grand nombre : Comment se fait-il que quand une banque commet des erreurs, ce soit le contribuable qui paye ?

Du fait de cette question maintes fois posée par les citoyens européens, la Commission Européenne aurait enfin pris conscience de l’inanité de ce processus de participation du contribuable et serait en train de régler en partie le problème en faisant enfin contribuer les banques à payer pour leurs propres erreurs.

C’est une avancée indéniable et attendue, mais un progrès qui apparait limité car la question posée est désormais la suivante : comment se fait-il qu’une petite banque de dépôt, essentielle au fonctionnement de l’économie soit plus mise à contribution à un fonds de secours de 70 milliards mis en place par la Commission Européenne que les grandes banques spéculatives ?

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Banques commerciales et masse monétaire, par Jean-Michel Naulot

Billet invité.

Quelques réflexions personnelles que m’inspire « UN TRAITÉ SUR LA MONNAIE » (III) Keynes et la « création monétaire ex nihilo » par les banques commerciales

Comme banquier qui n’a cessé de pratiquer le métier du crédit pendant 37 ans, aux côtés des multiples autres activités de la banque d’affaires, j’ai toujours eu tendance à considérer que le volume global de la masse monétaire, n’était pas le seul fait des banques centrales. Ce sentiment est devenu de plus en plus fort au fil des années. Il me semble que depuis vingt ans la contribution des banques commerciales au volume global de la masse monétaire est devenue beaucoup plus importante que par le passé. Elle n’a plus rien à voir avec la situation antérieure. Deux indices en témoignent.

D’abord, l’effet de levier des banques est sans rapport avec l’effet de levier des banques traditionnelles, des banques telles que nous les connaissions jusque dans les années soixante-dix / quatre-vingt. L’effet de levier des banques, c’est-à-dire le rapport entre leur bilan (leurs engagements) et leur fonds propres est souvent de l’ordre de 20, 30, 40. Il était même souvent supérieur avant la dernière crise.

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Emprunts toxiques : l’État, l’intérêt général, les banques et nous. Quatrième et dernière partie : Où il est question de la patience infinie que nous manifestons vis-à-vis du monde financier, par Zébu

Billet invité.

Emprunts toxiques : l’État, l’intérêt général, les banques et nous

Première partie : L’art difficile de minimiser les pertes

Deuxième partie : « Motif impérieux d’intérêt général », quésaco ?

Troisième partie : Quand les banques demandaient aux collectivités locales de les assurer tous risques, et bien davantage encore …

Billet invité.

Les divers éléments mis en évidence dans les trois exposés précédents montrent bien combien l’État s’est laissé prendre par les banques dans ces marais fangeux, en acceptant, sans condition, de se voir refiler la patate chaude des opérations spéculatives des banques, avec la complicité consentante des collectivités locales, et d’en supporter la charge, sans limites. Et surtout, sans charges autres que les quelques malheureux 50 millions d’euros annuels pendant quinze années dont les dites banques devront s’acquitter pour s’absoudre de leurs péchés capitaux. Incohérences, reniements des règles élémentaires du droit et des règles comptables, amalgames permettant les mensonges éhontés, incapacité à prévoir (et donc à gouverner ?), tout a été et sera effectivement fait pour permettre aux banques d’être amnistiées et donc de ne pas payer, et à l’État de continuer à payer, c’est-à-dire, en dernière instance, les contribuables, pour ces banques fautives et reconnues coupables.

Car, de fait, et c’est aussi ce rapport du Sénat qui le précise très clairement (p. 28) : « Afin de faire participer les banques à la résolution d’un problème qu’elles ont en partie engendré, puisque ce sont elles qui ont créé et commercialisé les « emprunts toxiques », ce fonds est financé pour plus de moitié, par le secteur bancaire. »

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ATLANTICO.fr, Paul Jorion : Ce que l’accord européen sur le renflouement des banques va changer, le 16 décembre 2013

Directive européenne sur le renflouement interne des banques : les contribuables ne paieront plus, vraiment ?

Ce que l’accord européen sur le renflouement des banques va changer

Le parlement, le Conseil et la Commission européenne se sont mis d’accord sur les nouvelles règles de renflouement des banques. A partir du 1er janvier 2016, date de mise en œuvre de cette directive, l’argent public et les contribuables ne seront plus mis à contribution en première ligne pour sauver les banques.

Atlantico : Cette directive privilégie le renflouement interne, ou « bail in », par rapport à l’appel aux fonds publics ou « bail out », très utilisé pour redresser les établissements en faillite pendant la crise. Est-ce un changement de doctrine important ?

Paul Jorion : C’est un retour partiel au système classique de fonctionnement du capitalisme financier. C’est comme cela que ça fonctionnait au 19ème siècle. Mais ce retour est seulement partiel car il se limite à hauteur de 8% du passif.

Il résulte d’un choc dans l’opinion révulsée par le fait que l’on soit passé à un système que certains commentateurs ont appelé « socialisme des riches ». Mais le fait que ceux qui sont rémunérés pour les risques qu’ils prennent doivent aussi essuyer les pertes éventuelles est la moindre des choses. La prise de risque ne doit pas être considérée comme le simple équivalent d’une aubaine, d’une marge de profit supplémentaire, comme l’ont été les primes de risque encaissées en 2008 juste avant la crise. Les créanciers et les actionnaires ont tellement été gâtés ces derniers temps qu’ils ont fini par considérer que ces aubaines leur étaient dues.

Se dirige-t-on vers la fin de l’impunité des banques ou en tout cas une plus grande responsabilisation de ces dernières ou doit-on craindre que cette décision aura des effets limités ?

La règle des 8% telle qu’elle est présentée dans le texte pourra être assortie, avec l’accord de l’UE, de 5% supplémentaires puisés dans un fonds d’aide, ce qui veut dire que si les pertes dépassent 13% du passif, la possibilité reste ouverte d’une nationalisation des banques, avec une prise en main de leur direction.

Ce seuil de 8% parait faible, c’est une « mesure mitigée » comme l’a qualifiée le député européen Philippe Lamberts. Il est effectivement paradoxal que l’on salue comme une victoire, un retour partiel à la normale.

Paradoxalement, des effets pervers, obligeant la gouvernance des banques à plus de prudence par exemple, sont-ils à craindre ? Autre risque : la prépondérance du CT sur le LT qui serait néfaste au secteur bancaire ?

Non je n’en vois pas. Les banques n’ont jamais été prudentes et continueront à ne pas l’être. Il est difficile de donner un chiffre précis mais il est possible que la plus grande part de l’argent qu’elles avancent intervient sur des opérations spéculatives. Par ailleurs le financement de l’économie réelle n’est plus une priorité des établissements bancaires depuis la deuxième moitié du 20ème siècle. En France, le financement des entreprises et des ménages ne représente ainsi plus que 40% des prêts qu’elles accordent.

Le fait que les actionnaires et les créditeurs seront les premiers à payer (au minimum 8% des pertes de la banque) en cas de défaillance, peut-il contraindre les établissements financiers à limiter leurs prises de risques ? Comment ?

Bien sûr. Les banques devront limiter leur prise de risque puisque leurs amis traditionnels seront immédiatement touchés par leurs mauvaises opérations. Cette mesure devrait donc avoir des effets plutôt positifs : les banques seront mises sous pression pour limiter le risque spéculatif essentiellement ; le risque de crédit (non remboursement des entreprises et particuliers) lui, existera toujours. Idéalement, il faudrait tout de même faire monter ce chiffre de 8% à 100% pour revenir à la normale.

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LA FINANCE ET MME TOUT-LE-MONDE,
un entretien au coin du feu

Un entretien que j’ai accordé récemment à une publication très sympathique… « obligée de repenser son modèle économique » avant la parution du prochain numéro. On me le rend très gentiment, et je vous en fais profiter ici, les Messieurs comme les Dames d’ailleurs…

 

Peut-on résumer la situation ? On nous dit : « la crise est énorme ». Et puis, « c’est fini, çà repart ». Et à nouveau « ça va s’écrouler » ? Puis « Ça ne fait que passer… ». On ne sait plus que penser… Ni que faire…

Les gens qui disent que ça va passer, c’est de la propagande. Ce n’est pas une opinion qu’expriment les banquiers, mais ce qu’ils sont obligés de dire. Mais je crois que le système ne va pas survivre : on ne va pas le sauver. J’ai écrit « Le capitalisme à l’agonie » paru chez Fayard en 2011, et  je ne pense pas qu’il y ait une virgule à changer ! Le système est de plus en plus fragile. Les rafistolages sont de plus en plus nombreux. Payer les intérêts sur la dette est un poste plus important en France que le budget de la Défense nationale. Juste après celui de l’Education Nationale ! Quand il le dépassera, j’espère que les gens se demanderont où va cet argent… Il va partiellement aux banques elles-mêmes, mais  surtout aux gens qui prêtent de l’argent aux banques. C’est cela qui mène à une concentration inexorable, inéluctable de la richesse.

Madame Lagarde elle-même, la directrice du FMI, dit que un demi % de la population possède plus du tiers de la richesse mondiale.  Il n’y a plus de pouvoir d’achat dans le reste de la population. Une moitié de la population américaine, la partie la plus pauvre, se partage 2% de la richesse nationale !

Et pourtant c’est sur ces gens-là que l’on compte pour consommer ! Comme ils n’ont pas les moyens de le faire, on leur prête de l’argent. Mais dès qu’il y un pépin, on l’a vu avec la crise des subprimes, ils ne peuvent pas rembourser. Le système est donc complètement bloqué.

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LE MONDE, EUROZONE: Fraktur an der Spitze; Montag,17.- Dienstag 18.Juni 2013

Une traduction allemande par Monika Roma de ma chronique paraissant aujourd’hui dans Le Monde.

Mitte März hielt ein seltsamer Vorgang die Aufmerksamkeit der Finanzpresse fest: die Troika, das Kontrollgremium für Mitgliedsländer der Eurozone, die mit ihrem Staatshaushalt in Schwierigkeiten geraten sind und welches befugt ist, diesen Ländern zu erläutern was von ihnen als Gegenleistung im Austausch eines finanziellen Rettungsplanes erwartet wird, spaltete sich. Dieses dreigliedrige Gremium, bestehend aus der Europäischen Kommission, der Europäischen Zentralbank (EZB) und des internationalen Währungsfonds (IWF) präsentierte sich nun aus zwei antagonistischen Seiten. Auf der einen Seite standen der IWF, die EZB und Deutschland, auf der anderen Seite  positionierte sich die EU-Kommission. In der Financial Times vom 17.März las man folgende erstaunlichen Worte: „an diesem Punkt angekommen verliert die (europäische) Kommission jede Glaubwürdigkeit.

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LE MONDE, La « troïka » à hue et à dia, lundi 17 – mardi 18 juin 2013

À la mi-mars, un étrange incident retenait l’attention de la presse financière : la Troïka, la force d’intervention chargée d’expliquer aux pays en difficulté de la zone euro ce qui est attendu d’eux en échange d’un plan de sauvetage financier, se clivait. Cette tripartite composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI) laissait en présence deux camps antagonistes composés, d’un côté du FMI, de la BCE et de l’Allemagne, et de l’autre, de la seule Commission européenne. On lisait dans le Financial Times en date du 17 mars, ces propos étonnants : « Arrivé à ce point […] la Commission [européenne] avait perdu toute crédibilité à Berlin ».

La publication, le 20 mai, par le FMI, d’un rapport d’évaluation de la politique adoptée durant deux ans à l’égard de la Grèce (*), constitue un second épisode de la guerre intestine qui déchire désormais la Troïka. Témoignage de la profondeur du fossé qui s’est creusé, la réaction violente d’Olli Rehn, économiste en chef de la Commission européenne, exprimant son « désaccord fondamental » avec les conclusions du rapport.

Bien que recourant aux euphémismes d’usage, les reproches qu’adresse le FMI à la Commission européenne sont en effet dévastateurs : incompétence, amateurisme et, plus sérieusement encore, complicité de deux poids lourds jouant contre leur propre camp, tirant parti du rapport de force en leur faveur pour faire payer les pots cassés, non seulement par la Grèce, mais aussi par les pays situés en-dehors d’un axe Berlin-Paris, et par le contribuable européen en général et ceci, au bénéfice exclusif des établissements financiers.

Ce qu’affirme le rapport du FMI pour qui sait lire entre les lignes, c’est que l’Allemagne et la France laissèrent pourrir la situation pour permettre à leurs banques de récupérer les prêts « accordés à la Grèce », l’ardoise étant réglée par la Banque centrale européenne devenue « banque de défaisance » ou « bad bank » comme disent plus crûment les Anglo-Saxons, c’est-à-dire, réglée à l’arrivée par le contribuable européen. Pour que le mistigri puisse ainsi être passé, le FMI a dû contrevenir à ses principes en avançant des fonds à un emprunteur incapable de jamais les rembourser. La justification de la Commission européenne : un « risque systémique exceptionnel », autrement dit, d’effondrement global qui, comme le note amèrement le rapport : « … continua semble-t-il d’être invoqué à chaque réexamen de la question, en dépit du fait que le risque de contagion se réduisait à mesure que la dette souveraine grecque migrait du secteur privé vers le secteur public ».

Selon la Banque des règlements internationaux, au 1er octobre 2010, le bilan des banques allemandes était grevé de dette publique grecque à hauteur de 19,2 milliards d’euros, celui des banques françaises à hauteur de 14,4 milliards et, secteur commercial et public confondus, de 50,6 milliards d’euros pour l’Allemagne, et de 67 milliards pour la France, représentant, à elles seules, 58,1% du total. Le temps passé en tergiversations, interprété par une opinion publique distraite comme une simple marque d’amateurisme de la Commission européenne, avait en réalité pour but de permettre aux banques allemandes et françaises de se délester de ces actifs dévalorisés auprès de la BCE.

Plus de deux ans ont été perdus avant que n’intervienne la restructuration de la dette grecque en février 2012, affirme le FMI. Piqué au vif, Olli Rehn ne peut s’empêcher de rejeter le blâme adressé à la Commission européenne sur l’axe Berlin-Paris, déclarant : « Je n’ai pas le souvenir que Dominique Strauss-Kahn ait appelé de ses vœux en début de période une restructuration de la dette grecque, je me souviens distinctement par contre de Christine Lagarde y étant opposée ». L’époque dont il parle, c’est l’année 2010 : Dominique Strauss-Kahn était alors à la tête du FMI, Christine Lagarde était ministre française de l’économie, des finances et de l’emploi.

Visée dans ce récent rapport du FMI, pourquoi l’Allemagne avait-elle alors conclu à la mi-mars, dans l’affaire de Chypre, une alliance avec celui qui la montre aujourd’hui du doigt ? Parce que l’Allemagne imagine que sa tactique est passée inaperçue et que les commentateurs se contenteront, à l’instar de ce qu’ils font depuis plusieurs années, d’expliquer le comportement de l’Allemagne comme conséquence du seul souci de Mme Merkel de se retrouver à la tête du gouvernement qui résultera des élections législatives du mois de septembre.

Qu’émerge-t-il de tout cela ? L’image d’un axe Berlin-Paris faisant marcher la zone euro au son de sa propre musique, sans grand souci des quinze autres nations qui la composent. La Grèce se trouve bien entendu au premier rang de celles-ci, victime expiatoire toute désignée en raison de ses crimes : exonération criante des grosses et des moyennes fortunes de toute logique fiscale, secteur étatique pléthorique et généreusement rémunéré, enfin, désinvolture non sans arrière-pensées dans la production des statistiques économiques du pays.

Le jeu « perso » de l’Allemagne et de la France aura coûté très cher aux autres membres de la zone euro, et mis le Fonds monétaire international en contravention avec ses propres principes, lequel vient de le signaler au monde entier, tout en rappelant discrètement aux deux intéressées qu’il n’était pas dupe de ce qui s’était passé…

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(*) Greece : Ex Post Evaluation of Exceptional Access under the 2010 Stand-By Arrangement International, IMF Country Report No. 13/156, June 2013

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SOCIALISER LE SYSTÈME BANCAIRE : UNE URGENTE ET IMPÉRIEUSE NÉCESSITÉ ÉCONOMIQUE, SOCIALE, POLITIQUE ET DÉMOCRATIQUE, par Patrick Saurin

Billet invité.

Les différents projets de réforme bancaire initiés aux États-Unis avec la loi Dodd-Franck, au Royaume-Uni avec la Commission Vickers, en Europe avec le Groupe Liikanen et en France tout dernièrement avec le projet de « loi de séparation et de régulation des activités bancaires » ont suscité un large débat. À ce jour, les prises de positions, les discussions et les polémiques ont porté quasi-exclusivement sur le fait de savoir s’il faut ou non séparer la banque de détail et la banque de financement et d’investissement (BFI)[1]. Pour légitime et importante qu’elle soit, cette question est l’arbre qui cache la forêt. En effet, au-delà du choix de séparer ou pas les deux types de banques qui coexistent actuellement dans le modèle de banque universelle, la préoccupation essentielle doit porter sur le rôle des banques et leur mode de fonctionnement avant la question du simple aspect organisationnel. Quelle utilité y a-t-il pour les populations de séparer les deux banques si leurs activités respectives ne sont pas mises au service de la collectivité ?

Le système bancaire privé a été le principal responsable de la crise financière de 2007-2008 qui perdure encore en 2013. Libres de toutes contraintes et animées par un seul souci spéculatif, les banques ont conçu des produits plus risqués les uns que les autres qui ont généré des pertes considérables. Les pouvoirs publics auraient dû, les premiers, tirer les leçons de cette crise et prendre des mesures adaptées à l’encontre des principaux fautifs, les établissements financiers. Pourtant, au lieu de s’attaquer aux racines du problème, ils ont choisi de laisser les banques agir en dehors de tout contrôle et faire supporter le prix de la débâcle financière aux populations à travers de violents, injustes et inefficaces plans d’austérité.

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L’actualité de demain : RENTRÉE, LA COLÈRE MONTE ET LE REJET S’ACCENTUE, par François Leclerc

Billet invité

Des révélations du quotidien d’El Pais mettent en cause Mariano Rajoy, le chef du gouvernement espagnol, qui joue désormais sa survie, et la quasi totalité des responsables du Partido Popular, son parti. Des enveloppes sont brandies dans les manifestations spontanées de Madrid, symbolisant celles qui ont été reçues des années durant. La boucle est bouclée : des entreprises du BTP, financées par des banques arrosent des hommes politiques. Ensemble, ils laissent se constituer une bulle immobilière massive qui, lorsqu’elle crève, est subie par ceux qui subissent les effets de la rigueur du désendettement. Et l’on s’étonnera que la colère monte en Espagne : en trois jours, une pétition réclamant la démission de Mariano Rajoy a réuni plus de 800.000 signatures.

C’est en faisant référence à cette même colère, et en annonçant « nous n’allons pas répéter les erreurs du passé », que George Osborne, le chancelier de l’échiquier britannique, vient de menacer les banques de durcir les nouvelles règles de fonctionnement les concernant. Selon lui, le régulateur et le Trésor pourraient obtenir du Parlement « le pouvoir d’opérer une séparation totale, et pas juste un cloisonnement » entre banque de détail et d’investissement en cas de manquement. Ce qui fait désordre en Europe, au moment où les gouvernements allemand et français empruntent un chemin radicalement opposé, mais fait penser que les banques britanniques voulaient bénéficier de la même complaisance. Pierre Moscovi, le ministre français, vient de croire bon de préciser qu’il n’était pas « l’ami » des banques mais « leur partenaire », au cas où une ambiguïté se serait installée.

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L’actualité de demain : LA GUÉRISON IMAGINAIRE, par François Leclerc

Billet invité.

Comment les banques se portent-elles réellement ? La BCE ouvrant le guichet du remboursement de sa première opération de prêt à trois ans (LTRO), le montant qui un an après allait être remboursé par anticipation faisait l’objet de spéculations. La BCE a aujourd’hui révélé que 278 banques vont rembourser 137 milliards sur les 486 milliards d’euros empruntés en décembre 2011. Mais l’on ne sait toujours pas qui a emprunté et qui a remboursé parmi les 800 banques qui ont bénéficié du LTRO, sauf quand elles l’annoncent elles-mêmes.

Comment l’interpréter ? Certains y voient la manifestation de l’amélioration de la situation des banques, bien que seulement plus d’un gros quart des fonds empruntés soit remboursé, d’autres s’inquiètent de la stigmatisation qui pourrait en résulter pour toutes celles qui ne s’y engagent pas. En tout état de cause, cela met en évidence que le secteur n’est pas homogène – ce qui n’est pas une nouveauté – et que seules les banques réputées les plus solides ont retrouvé un accès au marché interbancaire à de meilleures conditions, en raison des nouvelles initiatives prises par la BCE entre-temps. Vu l’étroite dépendance des banques entre elles, cela ne donne pas l’image d’un système bancaire en sortant renforcé…

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OUEST-FRANCE : Réforme bancaire – Sert-elle vraiment à quelque chose ?, jeudi 20 décembre 2012

Réforme bancaire – Sert-elle vraiment à quelque chose ?

Le gouvernement a présenté mercredi en conseil des ministres son projet de réforme bancaire qui sera débattu au Parlement début 2013. Paul Jorion, économiste, estime que cette réforme ne sert à rien.

La réforme bancaire va-t-elle dans le bon sens ?

C’est indifférent, ça n’a aucune conséquence. Elle s’inspire du Glass-Steagall Act, c’est-à-dire la séparation des activités de dépôt et des activités de spéculation qui avait été mise en place aux États-Unis en 1933. Le Glass-Steagall Act a été supprimé en 1999 car il n’avait pratiquement plus aucune implication. Les moyens légaux de le contourner étaient trop importants. Quand elle a été faite, par contre, cette séparation a eu de l’effet car, à cette époque, les banquiers spéculaient avec l’argent des déposants. Dans l’écroulement de la Bourse de 1929, c’est leur argent qui avait disparu.

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L’actualité de la crise : COMPLAISANCES BANCAIRES, par François Leclerc

Billet invité.

Les volets du nouveau processus d’intégration européenne se suivent et ne se ressemblent pas. Tandis qu’Angela Merkel manifeste à nouveau son intention d’obtenir un durcissement des règles budgétaires communes et l’intervention punitive de la Cour européenne de justice, le projet d’union bancaire de la Commission européenne est en voie d’assouplissement sous la pression du même gouvernement allemand. Celui-ci voit dans le projet de large périmètre de surveillance des banques confié à la BCE comme une atteinte à son modèle économique et ne veut pas qu’il englobe ses banques régionales, ses mutuelles et ses caisses d’épargne, qui financent son tissu industriel de PME et dont on ne sait trop de quoi leur bilan est fait. On s’oriente donc vers un dispositif de type passoire qui a déjà fait ses preuves lorsqu’a été créée l’Autorité bancaire européenne (EBA). Celle-ci repose sur une savante articulation entre l’échelon national et européen de la régulation des banques et peut se prévaloir de stress-tests particulièrement peu probants.

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L’actualité de la crise : DES BANQUES AUX PIEDS D’ARGILE, par François Leclerc

Billet invité.

L’actualité financière semble dominée par une compétition qui ne dit pas son nom, opposant Wall Street à La City. Chacun suspecte l’autre de chercher à se donner un avantage compétitif en montant en épingle ses petits travers. Avoir un ennemi héréditaire que l’on peut à l’occasion charger de tous les péchés est une commodité permettant de dévier les coups.

Si l’on dresse la liste de cette suite interrompue de révélations et de scandales, en essayant de ne pas avoir le tournis et ne rien oublier, on trouve de tout et surtout du pas bien beau. Quand un indice financier de base n’est pas collectivement manipulé, des transactions illicites avec un pays au ban des nations sont suspectées ou bien des fonds de la drogue sont blanchis à grande échelle. Les facilités offertes aux candidats à l’évasion fiscale en sont reléguées au second plan comme des fautes vénielles.

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UNE DOUBLE FALAISE DE CRÉDIT

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

L’erreur la plus monumentale sans doute qu’avait commise la compagnie Enron était d’avoir inscrit délibérément ce que Solomon B. Samson, un analyste chez Standard & Poor’s, avait appelé une « falaise de crédit » à l’intérieur de son bilan (*). Au cas où sa notation de crédit était dégradée, Enron s’était engagée à compenser ses contreparties au prorata des pertes qu’elles devraient subir en conséquence. Autrement dit, si la situation financière de la compagnie se dégradait, elle s’engageait à augmenter les paiements qu’elle verserait à ceux qui lui avaient prêté de l’argent.

Eh oui : Enron s’était engagée à s’endetter davantage au cas où sa capacité à rembourser ses emprunts se détériorait. Autrement dit, une dégradation de sa notation de crédit la mettrait dans une situation financière telle qu’une nouvelle dégradation interviendrait inéluctablement, qui la forcerait à s’endetter davantage, qui… C’est cela une « falaise de crédit » : vous avez fait en sorte qu’un simple incident puisse vous faire tomber de très haut.

Ce soir, le site d’analyse financière Zerohedge attire l’attention sur une dépêche de l’agence Bloomberg tombée il y a quelques heures :

BNP Paribas SA (BNP), la plus importante banque française, a vendu des Credit-default Swaps sur la dette souveraine de la France pour un montant net de 1,5 milliard d’euros (2 milliards de dollars), selon des données collectées par l’Autorité bancaire européenne.

Le portefeuille des banques françaises contient de la dette souveraine française (des obligations). En cas de dégradation de la notation de la France, ces instruments de dette se déprécieront, et la valeur du portefeuille des banques françaises baissera. Si cette dépréciation devait être importante, l’État pourrait être obligé d’intervenir pour soutenir les banques en difficulté, ce qui pourrait encourager les agences de notation à revoir à la baisse la notation de (la dette souveraine de) la France, ce qui déprécierait encore davantage le portefeuille obligataire de ces banques…

Imaginons maintenant que ce qu’on appelle un « événement de crédit », déclencheur de « sinistre » sur un Credit-default Swap intervienne. Par exemple, que la France doive retarder le versement des intérêts sur un de ses instruments de dette. La chose est très peu probable, mais elle n’est pas impossible : par exemple, l’éventualité n’en était pas à exclure entièrement au début du mois d’août dernier aux États-Unis. Les banques vendeuses de CDS seraient alors obligées de s’acquitter du montant du sinistre à leurs assurés : la différence entre la somme qui leur avait été promise et celle qui leur a été effectivement versée. Or, dans un cas historique fameux, la compagnie d’assurance américaine AIG avait très mal calculé le risque auquel elle s’exposait du fait de CDS. La faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 entraîna la sienne propre et c’est l’État américain qui, par le truchement de la Federal Reserve de New York, versa les 85 milliards de dollars auxquels se montait l’ardoise, une somme sans commune mesure avec les réserves qu’elle avait provisionnées.

L’État est garant ultime de ses banques. Une banque qui accorde des Credit-default Swaps sur la dette souveraine de son pays se met elle en position de garante ultime de celui-ci. La situation crée une double falaise de crédit : pour la banque et pour l’État.

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(*) Paul Jorion, Investing in a Post-Enron World, New York : McGraw-Hill 2003, page 181-193.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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BANQUES FRANÇAISES : UN PETIT AIR DE DÉJÀ VU

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Une banque ne peut pas perdre chaque jour 10 % de sa valeur boursière indéfiniment. Elle peut bien sûr le faire davantage que dix jours, puisque 10 % d’une somme qui va diminuant représentent un chiffre de plus en plus faible, mais quand même…

J’évoquais le 6 mai 2008, la « drôle de crise »  au sein de laquelle nous étions. J’avais calqué l’expression sur celle de « drôle de guerre » dont on avait désigné la période qui devait s’écouler entre le 1er septembre 1939 et le 10 mai 1940, entre la déclaration de guerre de la France et de la Grande-Bretagne à l’Allemagne, et la réaction dévastatrice de cette dernière.

La « drôle de crise » de 2008 sépare la chute de Bear Stearns, la cinquième grande banque d’investissement de Wall Street, le 16 mars, de celle de Lehman Brothers, la quatrième, le 15 septembre de la même année. Hank Paulson, le Secrétaire au Trésor, le ministre des finances américain, avait déclaré qu’une opération du type du « sauvetage » de Bear Stearns (son rachat par JP Morgan Chase, la Federal Bank of New York prenant à son compte ses effets les plus pourris) ne pourrait être renouvelée, alors que les quatre autres étaient alignées comme au casse-pipe : dans l’ordre, Lehman Brothers, Merrill Lynch, Morgan Stanley et Goldman Sachs.

Pendant la « drôle de crise » de 2008, les baisses de 10% quotidiennes de la valeur des actions de ces banques furent nombreuses et j’en ai fait la chronique à l’époque. Mais l’issue était inéluctable. Lehman Brothers disparut, Merrill Lynch fut récupérée in extremis par son absorption dans Bank of America. Morgan Stanley et Goldman Sachs furent transformées – là aussi in extremis – en banques commerciales et mises sous perfusion le 28 octobre 2008 dans le cadre du plan TARP. Elles sont toujours parmi nous. Mais elles reviennent de loin.

BNP PARIBAS 26,12 € -12,35%
SOCIETE GENERALE 15,57 € -10,75%
CREDIT AGRICOLE 4,83 € -10,64%

 

Quelle est la forme que prendra la perfusion pour la BNP, la Société Générale et le Crédit Agricole ? C’est la seule question qui se pose ce soir.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’EST RÉPUBLICAIN, Questions à Paul Jorion, le 2 septembre 2011

« Aujourd’hui, la Grèce emprunte sur les marchés à 17,82 % sur 10 ans et 42,96 % sur deux ans. C’est un taux de faillite. »

La dette grecque serait « hors de contrôle ». Qu’en pensez-vous ?

On s’en doutait depuis un moment. Car les plans qui ont été imposés l’an dernier à la Grèce par les représentants de la zone euro et du FMI étaient intenables. Notamment les mesures dont on savait qu’elles allaient enflammer la rue : les privatisations, des réductions drastiques, la baisse des salaires, l’augmentation des impôts etc. Et cependant, il y a des dépenses faramineuses qu’on n’a pas voulu remettre en question, ce sont les dépenses militaires. Car elles arrangeaient certains partenaires comme la France et l’Allemagne qui vendent des armes à la Grèce.

La suite ici.

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LA BOURSE !

Mauvais chiffres de l’inflation (+ 0,5 %) et mauvais chiffres de l’emploi aux US (on repasse au-dessus de la barre des 400.000 nouvelles déclarations de perte d’emploi), à quoi s’ajoutent, là-bas, des rumeurs (dont le Wall Street Journal se faisait l’écho ce matin) que les banques européennes en mauvaise posture s’apprêtent à rapatrier les liquidités de leurs filiales aux États-Unis pour parer à leurs difficultés en métropole – ce que le régulateur américain voit d’un très mauvais œil.

L’once d’or atteint les 1.800 $, ce qui fait penser à Chavez au Vénézuéla que le moment est venu de nationaliser les mines d’or, alors que depuis quelques jours il fait rapatrier toutes les réserves d’or que possède le pays, jusqu’ici en dépôt auprès de banques centrales ou de la BRI à Bâle.

Les bourses européennes étaient à la baisse jusqu’en fin d’après-midi, la plongée de 4 % à Wall Street à l’ouverture, leur a donné un coup de déprime supplémentaire.

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