LA CRISE DES BANQUES RATTRAPE MATTEO RENZI, par François Leclerc

Billet invité.

La situation du système bancaire italien apparaît progressivement dans toute l’étendue de son horreur, voilà pourquoi. Il se révèle que les banques italiennes ont changé leur fusil d’épaule pour se financer en 2011, lors de la crise de l’euro, n’ayant plus accès aux marchés financiers à court terme, leurs dépôts étant largement insuffisants par rapport aux crédits engagés.

Pour y suppléer et se renflouer, elles ont alors massivement vendu à leur clientèle des titres de dette subordonnée qu’elles ont appelés certificats d’épargne, à la manière des banques espagnoles qui ont ainsi ruiné les centaines de milliers d’épargnants qui les avaient acquis. Ces titres ont vite représenté 372 milliards d’euros et, en 2013, les banques italiennes étaient émettrices de la quasi totalité du portefeuille obligataire de leurs clients. Une situation que l’on ne peut pas manquer de rapprocher du financement de l’État italien par les banques, qui à la même époque détenaient 403 milliards d’euros d’obligations souveraines…

Cela peut aisément faire croire à un montage financier dans lequel les Italiens ont soutenu l’État en finançant leurs banques, et pourrait expliquer que la Banque d’Italie (*) – à qui cela est maintenant reproché – n’a pas mis en garde les petits investisseurs contre les dangers qu’ils encourraient.

Le gouvernement italien se trouve désormais devant un gigantesque problème, car le sauvetage des banques régionales suppose, selon la nouvelle réglementation qui va entrer en vigueur au 1er janvier, que les « certificats d’épargne » en question soient utilisés pour éponger leurs pertes en raison de la masse de prêts non performants (NPA) inscrits à leurs bilans.

Il ne lui reste plus que deux solutions de disponibles, si la Commission européenne persiste à refuser la création d’une bad bank : soit engager une procédure de sauvetage ruinant les détenteurs de certificats d’épargne, au risque d’enclencher une panique bancaire généralisée, soit poser un couvercle sur les bilans des banques régionales pour s’asseoir dessus, dans l’espoir que la BCE finisse par acheter les prêts non performants…

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(*) La Banque d’Italie a la particularité d’être un organisme de droit public ayant des actionnaires privés, dont les principaux sont les banques Unicredit et Intesa Sanpaolo, ainsi que la compagnie d’assurance Generali.

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