Avant-première : LES NÉGOCIATIONS EUROPÉENNES REPARTENT, par François Leclerc

Billet invité.

L’avenir auquel l’Europe peut prétendre n’attend pas la tenue des élections allemandes et les propositions françaises pour être l’objet d’intenses et discrètes négociations. À une condition : ne pas franchir une ligne rouge en touchant aux traités et aux dispositions régissant les déficits publics. Ce qui par avance limite singulièrement la portée des négociations ardues qui s’annoncent.

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LA LOGIQUE DE DÉMANTÈLEMENT DE L’EUROPE, par François Leclerc

Billet invité.

Les actions de la BCE sont au plus bas en Allemagne. La mise en cause de Mario Draghi a monté d’un cran, ses détracteurs appelant à un changement de sa politique, sans crainte de bousculer le dogme de l’indépendance de la banque centrale. Le temps n’est plus où Jens Weidmann, le président de la Bundesbank, éternel minoritaire au sein du conseil des gouverneurs de la BCE, se contentait d’exprimer ses réserves, de voter contre les mesures décidées par la majorité, puis se bornait à déclarer que cela allait « trop loin ». Le dernier train de mesures, l’annonce que de nouvelles pourraient intervenir et l’irruption dans les débats de l’option de l’Helicopter money ont été de trop.

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Le temps qu’il fait le 18 février 2016

Dernier_JorionColloque Emploi – « Multiplier les emplois de qualité au 21ème siècle ? C’est possible ! », à Bruxelles, le samedi 20 février 2016 à 9h30

Nouveau rapport sur la robotisation : Technology at work v2.0, janvier 2016

Avis aux Bruxellois : les ABPJ se réunissent au café Le Vicomte le samedi 20 février 2016 à 18h

DiEM25

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Le Monde / L’Écho, À Bruxelles, une bureaucratie libérale, mardi 2 février 2016

À Bruxelles, une bureaucratie libérale

Les technocrates de la Commission ne seraient pas « soumis » aux milieux d’affaires : ils élaboreraient ensemble la « meilleure solution technique possible »

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Europe : les masques tombent, par Bruno Colmant

Billet invité. Sur son propre blog.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission, vient de commettre une affirmation qui sonne conme un avertissement en écho au résultat des élections grecques : Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens.

Le propos a le mérite d’être clair, à tout le moins au niveau de ce que le Président de la Commission représente : les pays de la zone euro avaient déjà perdu leur souveraineté monétaire, leur souveraineté fiscale (au travers de la signature du Pacte de Stabilité et de Croissance), mais voici que c’est l’orientation démocratique qui devrait désormais faire l’objet d’un abandon d’expression.

Même si le propos de Jean-Claude Juncker est certainement juridiquement incontestable, il faut être très prudent dans le déni du choix grec car l’adhésion démocratique européenne vacille, ainsi qu’il fut démontré aux dernières élections européennes.

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Europe : TROP PEU ET TROP TARD (ET PAS COMME IL FAUT) ! par François Leclerc

Billet invité.

Trop peu et trop tard, telle pourrait être la devise des dirigeants européens, car ils ne se démentent pas dans leur comportement ! Les marchés financiers bruissent de rumeurs suite à la déclaration d’aujourd’hui de Mario Draghi, devant les banquiers allemands s’il vous plait : « Nous sommes prêt à recalibrer l’ampleur, le rythme et la composition de nos achats si nécessaire » a-t-il lancé en ajoutant cette fois-ci « sans délais indus », pour ne pas se répéter. La responsabilité en incombe selon lui à l’inflation, dont le taux est désormais qualifié de « très éloigné » de l’objectif proche de 2%. Devant le Parlement européen, il avait déjà fait passer le message, confirmant que le temps n’est plus à la référence rassurante à des anticipations d’inflation, auxquelles plus personne ne croit.

Ce n’est plus un ballon d’essai, c’est un Zeppelin, mais on attend toujours le passage à l’acte ! Car, dans ce nouveau domaine, Mario Draghi n’a aucune certitude de rééditer avec succès le fameux « la BCE fera tout ce qu’il faudra », qui avait à lui seul calmé le jeu sur le marché obligataire. Sans même attendre, ces nouvelles petites phrases en disent long sur ce que son président espère des dernières mesures tout juste engagées par la banque centrale, afin de dynamiser le marché de la titrisation – pour relancer le crédit aux entreprises – et de refinancer les banques à prix d’ami, sous cette même condition affichée pour la circonstance.

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LE JAPON MONTRE LA VOIE À NE PAS SUIVRE, L’EUROPE NE FAIT PAS MIEUX, par François Leclerc

Billet invité

Le Japon, troisième puissance économique mondiale, va-t-il commencer à réduire son endettement ? Cela ne se présente pas bien, et les dirigeants européens feraient bien de s’y intéresser avant de laisser l’Europe s’enfoncer dans une situation de japonisation larvée, qui est chaque jour qui passe confortée par des indices déprimés.

Sous l’impulsion du premier ministre Shinzo Abe, la Banque du Japon poursuit la plus grande opération de création monétaire jamais réalisée, tirant ainsi la carte de la dernière chance. Mais avec quels résultats ? Sorti de la récession en 2012 et connaissant des débuts de croissance encourageants en 2013, le pays est lourdement retombé dans la récession. Ni la faible contribution du commerce extérieur, ni l’augmentation des dépenses publiques n’ont pu l’empêcher. Quant à l’inflation, son timide sursaut est d’une grande fragilité et résulte largement des importations d’hydrocarbures. En conséquence, le premier ministre pourrait annoncer qu’il sursoit à une deuxième augmentation de la TVA, afin de ne pas aggraver la baisse de la consommation. C’était la seule mesure tangible de réduction du déficit budgétaire, au demeurant d’impact modeste.

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POUR ALIMENTER S’IL EN EST BESOIN SA COLÈRE… ET SI POSSIBLE SA RÉFLEXION, par François Leclerc

Billet invité.

Goldman Sachs, JP Morgan, Citibank, HSBC, BNP Paribas, Barclays, Commerzbank, Deutsche Bank, UBS… : aucun ou presque des membres du très sélect club des mégabanques occidentales n’échappe à la vindicte. Ils soufrent en silence et font le gros dos en attendant que cela passe, car l’annonce de règlements à l’amiable longuement négociés continue de pleuvoir dru, assorti de celles des amendes en conséquence. Mais liste de ce qui reste à venir est longue comme un jour sans pain, sous réserve d’ajouts qui ne vont pas manquer, ce qui n’est sans doute pas pas sans rapport avec la révélation de l’existence d’informateurs rémunérés par les autorités américaines…. Les lanceurs d’alerte, c’est bien ! mais il n’est pas interdit de donner un petit coup de pouce à la chance…

Une escalade est enregistrée, faisant croire qu’après la fin de l’omerta, celle de l’impunité pourrait advenir. Non pas pour de malheureux traders lampistes – façon de parler, vu de leurs bonus – voués à jouer les boucs émissaires, mais pour leur hiérarchie qui n’a rien vu et encore moins décidé. Passe encore que la banque soit dans l’obligation de plaider coupable, comme la BNP Paribas a du s’y résigner pour sauver sa licence américaine ou comme la Deutsche Bank y est fermement conviée, mais un premier banquier s’est décidé à faire de même au Royaume-Uni. Va-t-on prochainement voir derrière les barreaux des banquiers indélicats qui se croyaient tout permis puisqu’ils n’étaient pas pris ? Eric Holder, le ministre de la justice américain en avait évoqué la perspective avant de démissionner. Continuer la lecture de POUR ALIMENTER S’IL EN EST BESOIN SA COLÈRE… ET SI POSSIBLE SA RÉFLEXION, par François Leclerc

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Les technocrates non-élus ont-ils désormais le droit d’aliéner la souveraineté nationale sans consultation populaire préalable ?, par Jean-Paul Vignal

Billet invité.

Faisant preuve d’une belle constance dans la promotion de ses convictions néolibérales, la Commission européenne persiste et signe dans sa volonté d’imposer la clause dite ISDS (Investor-State Settlement Dispute) dans le traité CETA avec le Canada et, partant avec les États-Unis. Le projet « confidentiel » de traité diffusé en interne par la Commission Européenne intitulé Consolidated CETA Text (Version of 1 August 2014) et « fuité » par le site allemand Tagesshau.de montre en effet clairement que ce traité de libre-échange avec le Canada qui doit être signé cet automne contient une telle clause.

Pour mémoire, la procédure ISDS permet aux sociétés privées qui s’estiment financièrement lésées par une décision gouvernementale de contester cette décision devant une instance arbitrale privée, et d’obtenir une réparation financière pour ce préjudice si cette instance extra-judiciaire, dont les décisions ne sont pas susceptibles d’appel, en décide ainsi. Elle permet donc à des entités de droit privé de prévaloir sur les décisions prises par un État souverain. Le concept n’est pas nouveau : de nombreux accords bilatéraux entre États contiennent déjà des dispositions similaires. La nouveauté consiste dans la possibilité d’en faire la règle pour l’ensemble de l’Amérique du Nord et de l’Union Européenne.

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Espirito Santo, … et la Commission européenne n’a rien vu venir …, par Jean-Luce Morlie

Billet invité. Également publié ici.

Les phases de crises financières ne sont-elles pas l’occasion, pour les plus malins des plus doués des banquiers, de sauver, en douce, les billes de leurs meilleurs clients ? Visiblement, l’opacité bancaire est entretenue avec un soin lucide. N’est-ce pas, comme au jeu des chaises musicales; lorsque la ronde des joueurs s’arrête, pour trouver la chaise où s’asseoir, il faut bien qu’il s’en retrouve par terre ? Et ceci amène une autre réflexion.

En effet, la dynamique propre de la concentration du capital par l’intérêt composé, n’est-elle pas, et dans un même ordre de nécessité, dans l’obligation d’organiser le jeu de telle façon que les moins bons joueurs perdent la partie, puisque, à parier sur des reconnaissances de dette (Paul Jorion), il y aura toujours des perdants ? Ne croyons-nous pas que les mieux placés pour faire tourner le manège, savent très bien quand s’arrêtera le moulin, puisqu’ils le font tourner ?

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Traité transatlantique : ne vous fiez pas aux apparences !

« Le traité transatlantique, un typhon qui menace les Européens », c’est le titre d’un article du Monde Diplomatique en novembre 2013. « Faut-il avoir peur du grand méchant marché transatlantique ? », c’est le titre d’un article dans Rue89, le 29 mars de cette année. Et ici même sur le blog : Traité transatlantique : CADEAUX AUX TRANSNATIONALES, par François Leclerc ou bien encore : Traité transatlantique et financiarisme totalitaire, par Pierre Sarton du Jonchay. Et je pourrais continuer comme cela un bon moment.

De quoi s’agit-il ? Eh bien, c’est très simple : Les États-Unis s’apprêtent à nous asservir une fois pour toutes à l’ultralibéralisme, nous allons par faiblesse signer un traité qui entérinera notre statut de vassaux des États-Unis, qui aussitôt détricoteront notre très cher et très bel État-Providence ! Les transnationales nous traîneront devant des tribunaux arbitraux dont elles auront nommé les arbitres, et plus encore demain qu’aujourd’hui, nous n’aurons plus qu’à obéir à leurs ordres.

Ah oui ? Et si c’était nous, les Européens, qui nous apprêtions à utiliser ce traité pour imposer l’ultralibéralisme aux Américains ?

Ah ! ce Jorion ! quel boute-en-train ! toujours le mot pour rire : il n’en rate pas une !

Sauf que c’est précisément ce qui apparaît de la fuite d’un document de la Commission européenne révélée aujourd’hui par Corporate Europe Observatory : nous les Européens, tentons en ce moment-même d’utiliser les négociations du traité transatlantique TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership) pour imposer aux Américains qu’ils détricotent leur nouvelle législation portant sur le secteur financier, beaucoup plus exigeante que la nôtre. Ce n’est pas le gouvernement américain qui essaie d’entuber les pauvres petits Européens, c’est la Commission européenne qui tente d’entuber les pauvres petits Américains !

Ça la fout mal, non ? c’est une sacrée surprise ! Eh bien, c’est dit ! la prochaine fois, nous voterons contre nos représentants à la Commission européenne qui nous font un tel coup en douce : ils vont voir de quel bois nous nous chauffons !

Ah ! mais Zut ! ce ne sont pas des gens que nous élisons : c’est une clique dont les membres se cooptent entre eux sans jamais nous demander notre avis !

Alors que faire ?

Ce n’est pas évident ! une pétition peut-être ? ou un nouveau parti ?

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LE POINT DE FUSION DE L’AIRAIN

Comme les États-Unis ont mis le monde sous écoute universelle, les pays européens envisagent de contrer cette intrusion en construisant un réseau de télécommunications à l’abri des grandes oreilles étatsuniennes.

Les États-Unis réagissent : « Un tel réseau serait en infraction avec les traités commerciaux existants ».

Oui, vous avez bien lu : le bureau du U.S. Trade Representative menace à ce propos les pays européens.

Les pays européens doivent-ils s’écraser puisque ces traités commerciaux existent bel et bien ?

Je pose la question tout spécialement à certains éditorialistes qui poussent ces jours-ci des cris d’orfraie à la pensée que Paris pourrait se montrer insolent envers Bruxelles.

Je crains cependant que la réponse de ces éditorialistes ne soit : « Ô blasphème ! Ô sacrilège ! Ignorez-vous, misérables pécheurs, que ce que vous appelez ‘déraison’ est à jamais inscrit dans l’airain ! »

Peut-être, mais une fois atteinte une certaine température (°), même l’airain finit par fondre.

N’est-ce pas ce que nous rappellent aussi ces cent députés socialistes quand ils énoncent Les conditions de la confiance au nouveau gouvernement ?

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(°) 1084 °C

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LES NOUVEAUX INSTITUTEURS, par Jeanne Favret-Saada

Billet invité.

Gros titre en première page du Monde : « France, Italie : l’offensive des mauvais élèves contre l’Europe« .

Et au cas où l’on n’aurait pas bien compris, l’article suivant : « Les réformes d’abord, les demandes de dérogation ensuite ».

Hollande serait-il le seul à n’avoir pas compris le scrutin municipal ?

A ce sujet, un intervenant sûr d’avoir raison a dit sur une radio : « Hollande a été sanctionné pour n’avoir pas appliqué les règles d’austérité, puisque la grande majorité des électeurs ont voté à droite. »

On assiste en ce moment à une grande opération de brouillage, qui prélude peut-être à la réforme du langage qu’avait enregistré Klemperer à propos de l’allemand dans « LTI, Lingua Tertio Imperii ».

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SEPT ANS DE CRISE ÉCONOMIQUE, par Bruno Colmant

Billet invité. Bruno Colmant est un économiste belge. Entre autres fonctions qu’il a exercées, il a été chef de cabinet du ministre des Finances et Vice-Premier ministre belge, le libéral Didier Reynders. L’opinion publique belge nous situe spontanémént, lui et moi, aux pôles opposés de l’échiquier politique. Nous nous consultons cependant souvent en raison du respect que nous avons l’un pour l’autre pour ce qui touche à la compréhension des questions financières. En février dernier, nous avons co-signé une tribune libre dans le quotidien La Libre Belgique : 2013 : LE DÉFI DES DETTES PUBLIQUES. Le texte qui suit a été publié le 23 juillet dans la version imprimée du quotidien belge L’Écho.

C’est dans une complète indifférence, en août 2006 que les premiers tressaillements de ce qu’on appellerait la « crise des subprimes » se firent sentir. Cela fait donc sept ans que le monde occidental a trébuché sur lui-même.

Sept ans, c’est long. Cela marque la fin d’une époque, celle de l’insouciance d’une mondialisation qu’on croyait heureuse et qu’on avait confondue avec le siècle des colonies.  Cela donne le temps de pulvériser les bourses et les banques fragiles, de voir une économie s’effondrer et d’assister à une lévitation des dettes publiques. Cela permet aussi de s’interroger sur la finitude d’un modèle de croissance par endettement public et d’une monnaie unique qui ne convainc désormais plus la majorité des citoyens.

Sept ans, c’est aussi la numérologie biblique qui révèle un nouveau monde, c’est-à-dire la jeunesse au chômage, alors que nos populations vieillissantes s’inquiètent de la protection de leurs avantages. C’est le moment de s’interroger sur la justice de nos sociétés, qui choisissent en Europe de privilégier le symbole monétaire au détriment du travail. Pourtant, n’est-ce pas impudique que tolérer un chômage massif des jeunes, c’est-à-dire l’annihilation de toute la créativité et de l’entreprenariat, tout en imposant une mise à l’emploi des travailleurs âgés malgré l’immense basculement technologique qui, trop souvent, les dépasse ? Et n’y a-t-il pas quelque chose d’indécent, voire de complètement erroné, à imposer dans les pays du Sud, par froide surenchère politique de la Commission Européenne, des contextes d’austérité au milieu d’une terrible récession ? Et finalement, est-ce correct de protéger une monnaie forte par un emploi faible, puisque l’austérité budgétaire conduit, dans les pays du Sud, à des taux de chômage supérieurs à ceux des années Trente ?

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POUR CEUX QUI DOUTENT, par Michel Leis

Billet invité

Lors de son déplacement à Athènes, le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, s’est déclaré « très impressionné par ce que la Grèce a déjà réalisé en matière de rééquilibrage budgétaire et de modernisation de l’économie ». Pour ceux qui en doutaient encore, une économie en voie de modernisation ressemble donc à l’économie grecque avec ses 27 % de taux de chômage et un appauvrissement généralisé de la population. Évidemment, on oublie toujours que la success story de l’économie allemande tient pour l’essentiel à l’application des mêmes recettes : appauvrissement des travailleurs intérieurs (les lois Hartz) et extérieurs (les travailleurs mal payés des ex-pays de l’Est). Sa résistance face au chômage s’explique surtout par un contexte démographique particulier et une économie qui ne s’intéresse qu’aux clients riches et solvables partout dans le monde, en s’appuyant sur la flatteuse marque de fabrique « made in Germany » très porteuse, mais difficilement transposable.

Le décalage entre les déclarations de Wolfgang Schäuble et la réalité vécue par la population grecque illustre un autre aspect du discours dominant. Cela fait déjà quelques années que je m’interroge sur les normalisations sociales implicites dont le rôle est essentiel dans la fabrication du consentement. C’était l’un des thèmes principaux de mon essai et le sujet de mon dernier billet. La disparition de la norme de progrès et l’épuisement très rapide de la norme de consommation créent un vide inquiétant, situation qui ne devrait pas avoir échappé à nos dirigeants.

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BONJOUR MADAME LA TERRE, le lundi 1er juillet 2013 à 6h39

Sur YouTube, c’est ici.

Guerre numérique

L’espionnage des organes de décision européens par les États-Unis
– Blog de PJ : La loyauté, je sais : c’était il y a longtemps, mais vous en souvenez-vous ?, le 29 juin 2013
L’accord transatlantique est-il compromis ?

Finance

Hausse des taux : une réaction « excessive » de financiers trop nerveux ?
– PJ : « Adam Smith’s Invisible Hand Revisited. An Agent-Based simulation of the New York Stock Exchange », Proceedings of the 1st World Conference on Simulation of Social Systems, Kyoto, August 2006, Vol. I, Springer Verlag: 247-254
– Financial Times : Don’t blame ‘feral hogs’ for bond rout, le 28 juin 2013

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FMI et Commission européenne : Éclaircissements sur la zizanie

Deux publications, le quotidien belge La Libre Belgique, et le site en ligne Toute L’Europe.eu m’ont demandé d’expliciter ma chronique la plus récente pour Le Monde : La « troïka » à hue et à dia, où je m’intéressais à la zizanie au sein de la Troïka réunissant la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire internationale. Voici ces deux textes.

La Libre Belgique, le mercredi 19 juin : « Le but n’était pas de sauver la Grèce »

Paul Jorion est anthropologue et économiste, ainsi que professeur à la VUB. Il s’exprime régulièrement au sujet de la crise de la zone euro dans le quotidien français “Le Monde” où il est chroniqueur financier. Paul Jorion commente les dissensions intervenues entre le FMI et la Commission européenne sur la gestion de la crise grecque, à partir d’un rapport récent du FMI où celui-ci affirme à demi-mot que l’Allemagne et la France ont laissé “pourrir la situation en Grèce” pour permettre à leurs banques de récupérer l’argent investi dans de la dette publique hellénique. Il ne s’agirait donc pas d’une erreur d’appréciation de la Troïka mais d’une politique sciemment orchestrée par Paris et Berlin.

Selon vous, la politique de la Troïka, dictée par l’Allemagne et la France, avait pour seule finalité de rembourser les banques allemandes et françaises ?

Ce n’est pas une découverte, j’en avais parlé à l’époque, en 2010. Au niveau européen, on libérait de l’argent essentiellement pour rembourser les banques allemandes et françaises. Au niveau comptable, l’argent transitait par la Grèce mais il se retrouvait finalement dans des institutions qui avaient investi dans de la dette publique grecque. En 2010, 58 % de la dette grecque, secteurs publics et privé confondus, était logée dans des banques allemandes ou françaises. La nouveauté, c’est que le FMI laisse entendre aujourd’hui que la politique menée en 2011 et en 2012 par la Troïka était dictée par l’Allemagne et la France. Le FMI ne donne pas le nom des coupables mais il explique que l’aval de la Commission européenne était nécessaire et que deux pays importants se sont opposés à une restructuration de la dette grecque. Ce n’est pas indifférent car, entre février 2010, quand la crise éclate et février 2012, quand a lieu la restructuration de la dette grecque, les sommes à mobiliser pour un sauvetage de la Grèce ont gonflé de manière tout à fait considérable.

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LE MONDE, EUROZONE: Fraktur an der Spitze; Montag,17.- Dienstag 18.Juni 2013

Une traduction allemande par Monika Roma de ma chronique paraissant aujourd’hui dans Le Monde.

Mitte März hielt ein seltsamer Vorgang die Aufmerksamkeit der Finanzpresse fest: die Troika, das Kontrollgremium für Mitgliedsländer der Eurozone, die mit ihrem Staatshaushalt in Schwierigkeiten geraten sind und welches befugt ist, diesen Ländern zu erläutern was von ihnen als Gegenleistung im Austausch eines finanziellen Rettungsplanes erwartet wird, spaltete sich. Dieses dreigliedrige Gremium, bestehend aus der Europäischen Kommission, der Europäischen Zentralbank (EZB) und des internationalen Währungsfonds (IWF) präsentierte sich nun aus zwei antagonistischen Seiten. Auf der einen Seite standen der IWF, die EZB und Deutschland, auf der anderen Seite  positionierte sich die EU-Kommission. In der Financial Times vom 17.März las man folgende erstaunlichen Worte: „an diesem Punkt angekommen verliert die (europäische) Kommission jede Glaubwürdigkeit.

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LE MONDE, La « troïka » à hue et à dia, lundi 17 – mardi 18 juin 2013

À la mi-mars, un étrange incident retenait l’attention de la presse financière : la Troïka, la force d’intervention chargée d’expliquer aux pays en difficulté de la zone euro ce qui est attendu d’eux en échange d’un plan de sauvetage financier, se clivait. Cette tripartite composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI) laissait en présence deux camps antagonistes composés, d’un côté du FMI, de la BCE et de l’Allemagne, et de l’autre, de la seule Commission européenne. On lisait dans le Financial Times en date du 17 mars, ces propos étonnants : « Arrivé à ce point […] la Commission [européenne] avait perdu toute crédibilité à Berlin ».

La publication, le 20 mai, par le FMI, d’un rapport d’évaluation de la politique adoptée durant deux ans à l’égard de la Grèce (*), constitue un second épisode de la guerre intestine qui déchire désormais la Troïka. Témoignage de la profondeur du fossé qui s’est creusé, la réaction violente d’Olli Rehn, économiste en chef de la Commission européenne, exprimant son « désaccord fondamental » avec les conclusions du rapport.

Bien que recourant aux euphémismes d’usage, les reproches qu’adresse le FMI à la Commission européenne sont en effet dévastateurs : incompétence, amateurisme et, plus sérieusement encore, complicité de deux poids lourds jouant contre leur propre camp, tirant parti du rapport de force en leur faveur pour faire payer les pots cassés, non seulement par la Grèce, mais aussi par les pays situés en-dehors d’un axe Berlin-Paris, et par le contribuable européen en général et ceci, au bénéfice exclusif des établissements financiers.

Ce qu’affirme le rapport du FMI pour qui sait lire entre les lignes, c’est que l’Allemagne et la France laissèrent pourrir la situation pour permettre à leurs banques de récupérer les prêts « accordés à la Grèce », l’ardoise étant réglée par la Banque centrale européenne devenue « banque de défaisance » ou « bad bank » comme disent plus crûment les Anglo-Saxons, c’est-à-dire, réglée à l’arrivée par le contribuable européen. Pour que le mistigri puisse ainsi être passé, le FMI a dû contrevenir à ses principes en avançant des fonds à un emprunteur incapable de jamais les rembourser. La justification de la Commission européenne : un « risque systémique exceptionnel », autrement dit, d’effondrement global qui, comme le note amèrement le rapport : « … continua semble-t-il d’être invoqué à chaque réexamen de la question, en dépit du fait que le risque de contagion se réduisait à mesure que la dette souveraine grecque migrait du secteur privé vers le secteur public ».

Selon la Banque des règlements internationaux, au 1er octobre 2010, le bilan des banques allemandes était grevé de dette publique grecque à hauteur de 19,2 milliards d’euros, celui des banques françaises à hauteur de 14,4 milliards et, secteur commercial et public confondus, de 50,6 milliards d’euros pour l’Allemagne, et de 67 milliards pour la France, représentant, à elles seules, 58,1% du total. Le temps passé en tergiversations, interprété par une opinion publique distraite comme une simple marque d’amateurisme de la Commission européenne, avait en réalité pour but de permettre aux banques allemandes et françaises de se délester de ces actifs dévalorisés auprès de la BCE.

Plus de deux ans ont été perdus avant que n’intervienne la restructuration de la dette grecque en février 2012, affirme le FMI. Piqué au vif, Olli Rehn ne peut s’empêcher de rejeter le blâme adressé à la Commission européenne sur l’axe Berlin-Paris, déclarant : « Je n’ai pas le souvenir que Dominique Strauss-Kahn ait appelé de ses vœux en début de période une restructuration de la dette grecque, je me souviens distinctement par contre de Christine Lagarde y étant opposée ». L’époque dont il parle, c’est l’année 2010 : Dominique Strauss-Kahn était alors à la tête du FMI, Christine Lagarde était ministre française de l’économie, des finances et de l’emploi.

Visée dans ce récent rapport du FMI, pourquoi l’Allemagne avait-elle alors conclu à la mi-mars, dans l’affaire de Chypre, une alliance avec celui qui la montre aujourd’hui du doigt ? Parce que l’Allemagne imagine que sa tactique est passée inaperçue et que les commentateurs se contenteront, à l’instar de ce qu’ils font depuis plusieurs années, d’expliquer le comportement de l’Allemagne comme conséquence du seul souci de Mme Merkel de se retrouver à la tête du gouvernement qui résultera des élections législatives du mois de septembre.

Qu’émerge-t-il de tout cela ? L’image d’un axe Berlin-Paris faisant marcher la zone euro au son de sa propre musique, sans grand souci des quinze autres nations qui la composent. La Grèce se trouve bien entendu au premier rang de celles-ci, victime expiatoire toute désignée en raison de ses crimes : exonération criante des grosses et des moyennes fortunes de toute logique fiscale, secteur étatique pléthorique et généreusement rémunéré, enfin, désinvolture non sans arrière-pensées dans la production des statistiques économiques du pays.

Le jeu « perso » de l’Allemagne et de la France aura coûté très cher aux autres membres de la zone euro, et mis le Fonds monétaire international en contravention avec ses propres principes, lequel vient de le signaler au monde entier, tout en rappelant discrètement aux deux intéressées qu’il n’était pas dupe de ce qui s’était passé…

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(*) Greece : Ex Post Evaluation of Exceptional Access under the 2010 Stand-By Arrangement International, IMF Country Report No. 13/156, June 2013

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 2 JUIN 2013

La révolte contre la Commission européenne
« Comment rembourser une dette exorbitante ? Leçon d’histoire en forme d’avertissement », par Cédric Mas
La survie de l’espèce.
L’énergie du désespoir.

Sur YouTube, c’est ici.

P.S. : Le commentaire d’un lecteur :

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