Europe : les masques tombent, par Bruno Colmant

Billet invité. Sur son propre blog.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission, vient de commettre une affirmation qui sonne conme un avertissement en écho au résultat des élections grecques : Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens.

Le propos a le mérite d’être clair, à tout le moins au niveau de ce que le Président de la Commission représente : les pays de la zone euro avaient déjà perdu leur souveraineté monétaire, leur souveraineté fiscale (au travers de la signature du Pacte de Stabilité et de Croissance), mais voici que c’est l’orientation démocratique qui devrait désormais faire l’objet d’un abandon d’expression.

Même si le propos de Jean-Claude Juncker est certainement juridiquement incontestable, il faut être très prudent dans le déni du choix grec car l’adhésion démocratique européenne vacille, ainsi qu’il fut démontré aux dernières élections européennes.

Mais ce n’est pas tout : la gestion européenne de la crise dans les domaines budgétaire et monétaire relève d’une erreur d’appréciation, dont la déflation et la flambée du chômage ne sont que deux symptômes.

Nier la pertinence de la représentation démocratique opposée à l’ordre européen relève d’une méconnaissance inquiétante de l’histoire des peuples.

L’Europe devrait désormais sérieusement faire un examen de conscience quant au bien-fondé de politiques monolithiques, homogènes et non différenciées de rigueur budgétaire alors que le fossé entre les pays du Nord et du Sud de la zone euro s’est aggravé.

Car, derrière ces questionnements, c’est probablement la survie de l’euro qui est en jeu.

Croire que des symboles régaliens, comme les dettes publiques et la monnaie, disciplinent une économie réelle est une réfutation des réalités socio-économiques.

De Gaulle avait coutume de dire que les peuples, comme les oliviers, durent mille ans.

Je ne connais pas de monnaie ou de dette publique qui aient démontré cette pérennité.

Partager :

30 réflexions sur « Europe : les masques tombent, par Bruno Colmant »

  1. Les propos de Junker – Le « braconnier » (expression de P Jorion) des recettes publiques des autres Etats – sont effectivement scandaleux. Mais derrière le « braconnier » il y a hélas le gouvernement Allemand , et avec lui une grande partie des électeurs tous partis confondus. C’est pourquoi le scénario de ce que j’appelle la double inflexibilité risque de ‘imposer, avec assez rapidement , non pas la « grande transformation » mais plutôt la « grande dislocation » de l’édifice de la monnaie unique.

    1. Mais derrière le « braconnier » il y a hélas le gouvernement Allemand , et avec lui une grande partie des électeurs tous partis confondus.

      … Oui, enfin jusqu’à un certain point : celui du portefeuille :

      -> lorsque la majorité des électeurs européens verra son « matelas d’or » et son avenir professionnel gravement menacés, il se pourrait bien que son avis change brusquement.

      L’histoire est là pour nous le rappeler.

      Il y a vraiment des personnalités qui jouent avec le feu,

  2. Le constat s’impose de lui-même: la construction européenne est complètement bancale. Elle souffre ET d’un gros déficit démocratique permettant de se réformer elle-même dans le sens demandé par ses citoyens ET d’une incohérence macro-économique (une zone monétaire sans transferts financiers massifs entre ses régions est une impossibilité socio-économique).
    Bruno Colmant ne fait que pointer une évidence. Mais le fait peut-être que Bruno Colmant, en tant que produit du sérail politico-économique classique, pointe cette évidence, est encourageant.

    Là où le débat est intéressant, c’est « what next »? On réforme dans le bon sens (NB: on a *besoin* de plus d’intégration pour résoudre les quelques crises globales qui s’annoncent), ou on casse tout pour refaire qqch de mieux construit?

  3. Même si l’expression est galvaudée, je crois bien que nous vivons un moment historique. Celui où une oligarchie de politiciens professionnels va devoir choisir entre deux termes incompatibles : le service de l’argent ou celui des peuples. Basculer vers Syriza ou à l’inverse, se montrer intraitable vis-à-vis du gouvernement grec afin d’éviter la contagion démocratique en Espagne lors des élections d’octobre prochain.
    Un choix qui fait penser à la situation syrienne lorsqu’éclatèrent les premières manifestations (pacifiques) populaires. Lâcher un peu de lest au risque de voir tout le système s’effondrer, ou bien jouer la carte du jusqu’au-boutisme…

    1. Un choix qui fait penser à la situation syrienne lorsqu’éclatèrent les premières manifestations

      Rien que ça ? Sous le masque c’est Bachar en Juncker ?
      Faudrait penser à atterrir un jour.

  4. Je pense que tout le monde devrait envoyer sans tarder des courriers de remerciements à Jean-Claude Juncker pour louer son honnêteté et sa franchise depuis qu’il est le patron de l’Europe.

  5. Vous prétendez qu’il y a perte de la souveraineté fiscale, mais ce n’est malheureusement pas en faveur d’une harmonisation qui serait pourtant une étape nécessaire avant l’application d’une monnaie unique, en considérant les particularités propres à chaque État.

  6. Les masques tombent, en effet.
    Mais Juncker et autres vont avoir du mal avec le nouveau gouvernement grec.

    Voici Schneidermann aujourd’hui, à propos de Varoufakis, sous le titre « Et au premier acte, Varoufakis tua la Troïka… »

    Enfin, un héros ! Commençons par l’anecdotique, le superficiel, l’image.
    Le nouveau ministre des finances grec Yannis Varoufakis ne porte pas de cravate, (comme tous les ministres syrizistes), et il voyage en classe éco, comme l’a bien remarqué Twitter tout émoustillé. Une moto, un sac à dos, une silhouette de culturiste, et le crâne le plus photogénique d’Europe : voici la Grèce Bruce Willis, et voici immédiatement renvoyés aux seconds rôles les Draghi, Juncker, Sapin, et tous autres eurocrates encravatés. Et en plus, il parle. Il parle grec, ce qui va être (et est déjà) source d’innombrables malentendus, la qualité de la traduction simultanée, dans les sommets, étant souvent ce qu’elle est. Si la photo de sa poignée de mains avec le président hollandais de l’eurogroupe Dijsselbloem, scellant la mise à mort de la Troïka, est déjà culte, de même que leur aparté « -You just killed the Troïka. Waow. »…

    Article complet: http://rue89.nouvelobs.com/2015/02/02/grece-europe-premier-acte-varoufakis-tua-troika-257456
    Ne pas rater cet entretien où Varoufakis impose ses jalons à la BBC (démasquée aussi?):
    https://www.youtube.com/watch?v=BiIO4YciewU&feature=youtu.be (en anglais)

  7. Pauvre Jean-Claude, t’as toujours pas compris ?
    On t’a connu plus conciliant quand, Premier ministre du Luxembourg, tu autorisais et encourageais des dizaines de multinationales à s’affranchir des législations fiscales des pays membres de l’UE. Ah, c’est vrai t’es le président de la Commission, maintenant. La démocratie, c’est maintenant pour les autres… Ca te fait quoi la schizophrénie ?
    Va falloir retourner à l’école et apprendre ce que veut dire Diplomatie, mon ami.
    Sinon, regarde les 2000 ans d’histoire de la dette, ça devrait t’instruire.

  8. La communauté ou les communautés européennes concernent les êtres composant les peuples. Une oligarchie financière et marchande ne se préoccupe guère du choix des êtres déterminé par les urnes. La domination de l’avoir sur les êtres catalyse les décisions politiques.

  9. ‘ De Gaulle : Le Marché Commun, il n’y a en fait que deux ans qu’on a commencé à le réaliser. Or notre expansion industrielle remonte à bien avant deux ans. L’expansion industrielle allemande, italienne, de même. Ceux qui racontent des histoires sur les bienfaits incomparables de l’intégration européenne sont des jean-foutre.

    – Alain Peyrefitte : Le traité de Rome n’a rien prévu pour qu’un de ses membres le quitte.

    – De Gaulle : C’est de la rigolade ! Vous avez déjà vu un grand pays s’engager à rester couillonné, sous prétexte qu’un traité n’a rien prévu pour le cas où il serait couillonné ? Non. Quand on est couillonné, on dit : « Je suis couillonné. Eh bien, voilà, je fous le camp ! » Ce sont des histoires de juristes et de diplomates, tout ça. »

    Alain Peyrefitte, C’était De Gaulle, Fayard, tome 2, page 267.

    1. Merci Jocelyne de rappeler ces mots de De Gaule : tout y est dit !

      Et le chef actuel des jean-foutre ne peut rien y changer. Comme le rappelle Bruno Colmant : « juridiquement incontestable » la phrase inacceptable de Junker trahit

      une méconnaissance inquiétante de l’histoire des peuples.

      PS – personne ne peut nier que Charles de Gaulle a aussi œuvré concrètement pour l’Europe en étant un acteur décisif de la réconciliation franco-allemande. Les Allemands ne s’y étaient trompés quand ils l’accueillirent lors de son voyage en RFA.

  10. Appeler l’UE la construction européenne est une manipulation, il faudrait plutôt l’appeler destruction européenne.
    Espérer que les dirigeants européens vont faire ceci ou cela est absurde et montre bien que l’UE est une dictature car le fonctionnement de l’UE est gravé dans les traités.
    Le mieux à faire pour les pays est de quitter l’UE car c’est impossible de la changer.
    Veut-on couler avec le Titanic ?

    1. Appeler l’UE la construction européenne (…), il faudrait plutôt l’appeler destruction européenne.

      Certes, mais ce serait alors oublier que, dans une pensée totalitaire, « la guerre, c’est la paix » 😉

      Prétendre que la volonté du peuple ne peut prévaloir sur un traité ratifié par des parlements fort peu représentatifs et au mépris de plusieurs référendum qui souhaitaient le rejet, c’est juste de la nov’langue.

      Et cela ne trompe que le zélé serviteur dudit système totalitaire (et quelques journalistes idiots, aux ordres ou les deux)….

      Hormis en dictature, le peuple est souverain. C’est irréfragable (et tant pis si JC Juncker a du mal à le comprendre).

    1. Pas si passive que ça ! Parmi les exprimés, 32% pour la candidate FN.

      Savoir s’il s’agit d’une réponse adaptée peut naturellement être débattu. Reste en tout cas que cette réponse là n’est certainement pas passive.

      Mais je suis d’accord avec vous sur le fait que quand une partie des abstentionnistes actuels sortiront de leur passivité, « ça va risquer de secouer »

  11. A partir de 2008 il fallait surtout transférer les dettes aux états et donc aux populations ce qui a été fait maintenant que les peuples se débrouillent. Vaste escroquerie dont le principal acteur est Trichet .
    Une véritable revolution européenne est en marche qui va détruire les sociétés , c’est évident.

  12. intéressons nous aussi à la réaction de obama qui tire gentiement l’oreille de mâme merkel
    comme quoi siriza ne semble pas avoir fait forcément le mauvais choix dans son alliance de gouvernement

  13. S’il est vrai que ce monsieur Junker a dit qu’il ne peut y avoir de choix contre les traités européens, alors il faut aller au fond des choses. Et dire enfin la crise suscitée par une votation populaire comme symptôme de la faillite de la pensée classique encore dominante, et en particulier l’atopisme du dualisme occidental, réducteur , celui précisément qui constitue la culture générale enseignée à la base ( la mère, la nourrice, le discours des méthodes éducatives courantes,…)
    L’union européenne ( celle des traités et des normes ) a été pensée par des intellectuels et politiciens imprégnés de l’espace classique selon Descartes et Newton c’est-à-dire comme non plus un espace parmi d’autres mais comme une étendue idéale qui devrait donc être « homogène » (partout le même) isotrope ( pareil dans tous les sens), idéalement infini. Jamais comme l’ensemble d’ espaces préexistants. Alors qu’il aurait fallu, pour s’accorder à l’évolution de nos techniques de productions, donner à connaître aux différents peuples comment chacun d’entre eux avait résolu jusqu’ici la question de dépasser les contraintes du milieu de vie. Le malheur c’est que tous ces peuples qui dans leurs arts et techniques cherchèrent ensemble pendant des siècles à harmoniser les convenances possibles entre le Bien , le Beau, le Vrai , ont été détournées par la pensée réductionniste des élites, de leur connaissance du rapport nécessaire qu’entretient tout être vivant avec non pas son environnement en tant qu’objet universel ( ce serait déjà un progrès de concevoir que la biosphère a des limites !), mais comme matrice des ses propres empreintes sur un lieu de vie ( un espace propre, un lieu et un horizon d’existence) et non une étendue mathématique ou abstraite. Chaque peuple fut et demeure encore l’interprète de l’expression de son lieu d’être. Il n’y a pas faillite possible de la Grèce, mais faillite d’un système de pensée !

  14. Une proposition de Piketty a retenir a partir de 23 minute sur la video suivante :

    https://www.youtube.com/watch?v=Hy03AkeYsDo

    Peut être un collectif européen de partis politiques (et autres associations ou collectifs citoyens) pourrait commencer à mettre la proposition sur la table pour offrir d’ores et déjà une alternative à des propos comme ceux de Junker.

  15. Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens.

    Affirmatif, l’Europe intégrée une et indivisible, est l’avenir, et je dirais même plus, il faut augmenter au pas de charge l’intégration et le transfert des pouvoirs nationaux vers les institutions européennes jusqu’à rendre complètement superflue et ringarde l’idée de parlements et de gouvernements nationaux. Le peuple souverain oui mais le peuple de toute l’Europe. Ca ne va pas être facile ? ! Bah oui, et alors ? Pas grave ! A combattre sans péril on triomphe sans gloire. Sur ce genre de question, il n’est pas nécessaire et même stupide de décider sur ce sujet par le choix démocratique, l’intégration a été lancée, elle doit continuer.

    M’enfin mettrait-on au choix démocratique la restauration de la peine de mort, l’abolition du mariage pour tous, la suppression de l’esclavage ? NON ! C’est comme ça et pas autrement. Je sais ça fait bizarre de le lire ainsi, mais il faut s’y faire, l’Europe doit primer sur les nations.

    Y en a marre de ces représentants des quartiers qui veulent en imposer à la Ville toute entière. C’est un peu comme ça que c’est fait la France face aux fiefs et roitelets et c’est comme ça que se fera l’Europe. A terme aussi comme les patois ont été doucement éliminés, il y aura une seule et même langue sur tout le territoire. Bon c’est pas encore demain la veille, mais doucement l’oiseau fait son nid… De toute façon c’est le seul moyen d’en terminer vraiment avec les errements militaires sur ce continent. Intégration total et sans détour. Ce qui ne sont pas d’accord vont prendre des coups sur les doigts et au derche jusqu’à ce que tout rentre dans l’ordre. On dira merci plus tard.

    (Ensuite deuxième étape, la planète !)

    1. Cloclo, je vous soupçonne d’ironie aigue.

      Quel sera votre système de défense ? Le plaider coupable ? 🙂

    2. cloclo vous décrivez très bien l’utopie européenne qu’on veut nous imposer, sans prise en compte des peuples et selon une ontologie qui dé place de plus en plus l’Esprit humain dans un Nuage abstrait des rapports « terraqués » .Faisant fi des lois naturelles (gravitation, évolution de la nature physique des territoires sous l’effet du vivant etc… hélas, sur le plan économique, votre deuxième étape est déjà en route: déterritorialisation, mondialisation, robotisation, vers l’exploitation financière de niches écologiques qu’on tentera de sauvegardersur cette planète.

  16. Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens.

    Ben non, manquerait plus que ça…et pourquoi pas de choix démocratique contre la dictature du capitalisme?
    Les utopies on sait où ça a mené…tout ça c’est du dogmatisme.

    Et, au fait, quel est l’avis d’Aristote là-dessus?

  17. Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens.

    À mon tour de commenter: Il ne peut y avoir de choix européen contre les traités démocratiques.

    Je vous engage toutes et tous à plaider autour de soi à fond pour le gouvernement Tsipras et le moindre de ses gestes! Comme au théâtre dont je sors, d’un bon auteur attendons la suite de ce qui nous intrigue ou désarçonne, et jouissons de ce qui nous enchante.

    À côté de quelques points risqués ou étranges selon le regard, nous avons, avec Syriza en trois jours, joui de plus de trouble, d’aveux involontaires et de contorsions sémantiques de nos ennemis, plus que depuis deux ans, ou quatre ou huit!

    Nous avons et allons avoir beaucoup de bonheur avec ces Grecs-là et leurs mandants. Pendant combien de temps, ça n’est pas écrit. Il faut en profiter à fond, et chacun à sa mesure répercuter ce bonheur-là dans sa sphère d’influence.

    « Va te faire voir chez les Grecs » devient un pensum et bientôt une hantise pour les premiers de classe de l’UE.
    Fin de l’année, « Mais que fichent donc les Espagnols? » va multiplier en mode exponentiel la surchauffe des neurones dans une certaine partie de Bruxelles.

    Et partout en UE, à tout moment, toutes sortes de lieux et actions peuvent s’embraser.
    Même d’improbables liquides peuvent enflammer, comme en Irlande où en quelques jours une protestation sur l’eau multiplie son audience et devient une agitation multiforme contre l’austérité.

    Il ne peut y avoir de choix européen contre les traités démocratiques!

Les commentaires sont fermés.