Que faire ? (I) : L’emploi, par Michel Leis

Billet invité.

S’il est bien une question qui revient de manière récurrente, c’est le « que faire ? ». Cette série de billets propose quelques solutions et synthétise un projet de livre : « 2017, programme sans candidat ». Je tiens à préciser que ces propositions reflètent une analyse et une vision qui n’est pas forcément partagée par tous les intervenants du blog de Paul Jorion.

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CROISSANCE, VOUS AVEZ DIT CROISSANCE ? par François Leclerc

Billet invité.

Où est passé le moteur de la croissance ? Dans une économie mondialisée, les analystes avaient cru le trouver dans les pays émergents et pouvoir s’appuyer sur des valeurs asiatiques sures. Mais un atterrissage chinois qui se confirme brutal et une stagnation dont le Japon ne sort toujours pas, ne leur donne pas raison. Pis, la chute de la croissance chinoise entraîne celle des pays exportateurs de matières premières et accentue les pressions déflationnistes en Europe et aux États-Unis. La mondialisation propage désormais le ralentissement économique au lieu de favoriser la croissance, et le développement du commerce international n’en est plus le vecteur.

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Effondrement versus mutation (II), par Michel Leis

Billet invité. Suite de Effondrement versus mutation (I).

Il ne faut pas imaginer les scénarios de mutation comme un complot décidé en haut lieu par une oligarchie soudain consciente des nécessités du changement. C’est juste la convergence de décisions isolées, certaines sont dictées par une culture commune, d’autres par des impératifs qui finissent par s’imposer au plus grand nombre, d’autres encore obéissent à une logique et à des objectifs qui n’ont rien à voir, mais qui contribuent néanmoins à cette mutation du système, enfin, la frange la plus avancée du capitalisme voit dans le changement une opportunité de pérenniser et d’accroître les profits. On est au cœur de cette logique du « il fallait se dépêcher de tout changer afin que rien ne change » qui était au cœur de mon premier essai[i], ces bouleversements en profondeur qui accompagnent des décisions qui ne sont pas forcément coordonnées ou concertées. La convergence de décisions isolées laisse intact le double questionnement évoqué dans la première partie de ce billet. Comment réduire la consommation des individus ? Comment obtenir le consentement de la majorité des citoyens à une réduction subie ?

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Rationalité économique du revenu universel financé par la taxation du capital, par Pierre Sarton du Jonchay

Rationalité économique du revenu universel financé par la taxation du capital

Dans l’effondrement actuel du capitalisme libéral, nous touchons à une vérité basique que le capital ne se rémunère pas physiquement lui-même mais moralement par un système qui identifie plus ou moins efficacement les propriétaires réels du capital réel. Le propriétaire du capital est un sujet personnel qui projette son intention dans un objet qu’il fait travailler mécaniquement par son travail subjectif de direction de la production des biens. Est rationnellement économique le bien dont le prix social et politique est supérieur au cout de production réel rémunérant le travail effectivement livré. Le coût de production est bien sûr le prix du travail de conception, de fabrication et de fonctionnement de la machine associé au prix du travail de pilotage de la machine vers la production du bien au prix social et politique anticipé par un calcul économique.

Il est évident en rationalité économique primaire où le capital est mu par le travail, que la dissociation du capital et du travail qui fait et transforme le capital en biens vendables provoque une inadéquation du prix anticipé de la production au prix demandé réellement. Le prix est demandé à la production par l’intermédiaire du marché dans la société politique qui organise la rencontre entre les travailleurs qui produisent et les travailleurs qui consomment les biens produits. Le calcul du prix de revient réel des biens produits par des robots est impossible dans notre système économique actuel qui ne voit comme propriétaire des robots que les propriétaires capitalistes du prix virtuel du robot, lequel est détaché du travail de pilotage de la machine et de direction de la production sur des biens réellement achetables. Le travail qui produit n’est que partiellement rémunéré par les revenus du travail qui vont acquérir les biens produits.

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Ars Industrialis, Valeur, prix, travail, à Saint-Denis le samedi 21 mars de 14h à 18h30

Stiegler 1


Valeur, prix, travail.
À propos du revenu contributif, deuxième partie

Le 21 mars 2015 au théâtre Gérard Philipe, à Saint Denis

de 14 h. à 18 h.

Bernard Stiegler
Paul Jorion
Arnauld de l’Epine
Colette Tron et Ars Industrialis Marseille
Franck Cormerais

« Notons une propriété remarquable de la monnaie selon Aristote », écrit Paul Jorion dans Rebâtir à partir de Keynes, à paraître aux éditions Odile Jacob. « Il existe une distinction fameuse attribuée au Stagirite dont il n’est en réalité pas l’auteur, c’est celle qui opposerait « valeur d’usage » et « valeur d’échange ». Le passage de l’Éthique à Nicomaque où il aurait prétendument fait cette distinction ne contient pas même de mot signifiant « valeur », celui qui s’en rapproche le plus signifie « comme mesuré par le prix » (l’erreur de traduction est due au Scolastique Albert le Grand [?-1280], qui la commit délibérément ; voir sur ceci Piron 2011). Ce que dit Aristote, c’est que pour toute chose susceptible d’avoir un prix, il y a deux usages possibles : être utilisée selon son usage propre, par exemple pour des chaussures, d’être portées aux pieds, et utilisée selon son usage dans l’échange, et toujours pour des chaussures, d’être échangées contre autre chose, disons, quelques leçons de guitare. Or ce qui est remarquable pour l’argent, c’est que dans son cas, ces deux usages se confondent. »

Après une introduction de Bernard Stiegler sur les questions du travail et de sa valeur dans une société automatique, c’est par l’approfondissement des considérations de Paul Jorion citées ci-dessus, et dans la suite de la séance mouvementée du 31 janvier dernier, que nous commencerons cette troisième rencontre d’Ars Industrialis au Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis.

Ensuite de quoi, là aussi pour faire suite au 31 janvier, Arnauld de l’Epine présentera quelques idées majeures de travaux internes du groupe qu’il anime au sein d’Ars Industrialis sur les principaux aspects institutionnels de ce que devrait être pour nous un revenu contributif. Puis le groupe Ars Industrialis Marseille animé par Colette Tron et Thomas Ricordeau présentera par Skype ses propres réflexions au sujet d’une conception actualisée du travail. Enfin Franck Cormerais proposera une analyse des rapports entre contribution et cotisation en partant des propositions de Bernard Friot évoquées dans le débat du 31 janvier dernier.

La séance débutera à 14 heures. Un débat public sera ouvert à 16 heures et jusqu’à 18 heures.

La salle étant limitée à 75 places l’inscription est indispensable ici.

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Transfusés : pourquoi le revenu universel n’est pas la solution, par Zébu

Billet invité.

Les deux reportages d’hier soir, « Cash investigation » et celui qui suivait sur la « lignée » Wendel (sans doute le plus pointu) d’infrarouge ont permis de mieux comprendre dans quel contexte nous vivons et d’où celui-ci vient.

Très clairement, nous sommes dans une situation de transfusés : nous dépendons des liquidités pour notre survie.

Et nous devons tout faire pour que ce lien vital soit maintenu.

C’est en ce sens que l’intervention d’Emmanuel Macron doit être comprise dans le magazine « Cash Investigation », lorsqu’il est interrogé sur la situation de Sanofi : son partage des bénéfices au bénéfice des actionnaires (« objectif 50 % »), sa « rationalisation’ des coûts » (que sont les chercheurs), ses plans stratégiques à venir et les aides publiques que cette entreprise reçoit (136 millions en 2013), notamment le Crédit d’impôts recherche (sic) et le CICE.

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REVENU UNIVERSEL ET BIENS COMMUNS, par François Leclerc

Billet invité.

Après avoir été omniprésente, l’utilisation de moins en moins fréquente du mot crise dans l’actualité semble signifier que cet état est désormais banalisé et solidement installé. De prime abord, deux manifestations complémentaires le caractérisent : sous forme d’un endettement massif, une anticipation ingérable de la richesse produite a atteint des proportions considérables, et l’on assiste à une confiscation de cette même richesse sous la forme d’un transfert ayant deux facettes. Des biens publics aux biens privés, et de la richesse collective à celle d’une infime minorité.

Les deux phénomènes conjoints appellent des mesures radicales, totalement inconcevables aux yeux de ceux qui pourraient les prendre, avec pour effet la poursuite de l’endettement et de l’accroissement des inégalités, ainsi qu’une crise sociale et politique qui se laisse de moins en moins ignorer. S’il était auparavant possible de s’interroger sur la capacité du système à se réformer, la fuite en avant qu’il poursuit a apporté la réponse.

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La Grande Dissolution ou la Grande Refondation ?, par Zébu

Billet invité.

Dans un article récent, un blog cite quelques chiffres issus d’une des études[1] du fameux cabinet conseil McKinsey & Co. concernant les gains de productivité et les processus d’automatisation en cours, dont certains auteurs ont pu récemment lors d’une interview évoquer la teneur : une ‘Grande Dissociation’.

Ces chiffres sont d’autant plus intéressants qu’il n’existe aucune étude sur les gains de productivité liés à ces processus, lesquels sont ‘insérés’ dans l’évaluation globale des gains de productivité.

Des chiffres d’autant plus intéressants que ces mêmes gains, du moins en Europe, sont en constante baisse pour tendre vers 0 ces dernières années, rendant incompréhensible une lecture de la productivité alliée à une disparition du travail : comment effectivement est-il possible que le travail disparaisse alors même que les gains de productivité eux aussi disparaissent ?

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Aux sources du revenu d’existence pour tous : Speenhamland, 1795, par Michel Loetscher

Billet invité.

« Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue » écrivait Victor Hugo (1802-1885). La phrase a fait son chemin. Mais l’idée n’a pas attendu Hugo – celle d’un revenu d’existence pour tous, versé inconditionnellement à tout citoyen, tout au long de sa vie, au nom de l’égalité des droits et en vertu de son appartenance à l’humanité.

 Durant l’été 1795, le quaker Thomas Paine (1737-1809), inspirateur de la révolution américaine et française, élu député de la Convention dans la circonscription de Calais en France (1792), monte à la tribune de cette assemblée et fait cette déclaration… révolutionnaire : « Liberté, égalité, fraternité ne peuvent se réaliser, associées, si inconditionnellement, le minimum de ressources n’est pas garanti à chaque citoyen ».

L’activiste et « publiciste » né sujet de Sa Gracieuse Majesté britannique et ancien marchand de corsets dans le comté de Sandwich, est déjà l’auteur d’opuscules qui font autorité – dont les Droits de l’homme (1791) qui défend le droit aux secours pour les plus démunis.

Le député de Calais, proche des Girondins, connaît l’expérience tentée cette année-là à Speenhamland, une bourgade du comté de Berkshire, dans le « première patrie du capitalisme » où la montée de l’économie marchande se traduit par la destruction des formes d’auto-production et la « croissance » de… la misère. Souhaiterait-il la transposer d’urgence à la France encore « révolutionnaire » ?

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VentsContraires.net – Paul Jorion : « Les machines pourraient financer une allocation universelle »

(I) « Nous nous débarrassons du travail de manière massive »
(II) « La personne remplacée par une machine n’en profite absolument pas »

Le Monde : Arithmétique et responsabilité, lundi 10 février 2014

Le Figaro rappelle aujourd’hui ma position sur la disparition du travail : Pourquoi il faudrait travailler seulement 3 jours par semaine, par Quentin Périnel

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Penser l’économie autrement, Paul Jorion et Bruno Colmant, à paraître le 10 septembre 2014

Couverture choisiePenser l’économie autrement

(à paraître le 10 septembre)

Pour résoudre le problème de manque d’emploi pour tous, la solution de l’allocation universelle a été évoquée. Aurait-elle eu les faveurs de Keynes et Friedman ?

Bruno Colmant : Friedman n’y serait pas favorable. L’idée vient de William Beveridge dans les années 1940 avec son État providence. Mais dans la logique friedmanienne, les forces du marché jouent un rôle très important et l’État n’a qu’un rôle minimal. Une allocation universelle constituerait une friction qui nuirait à l’allocation optimale du travail et du capital.

Paul Jorion : Keynes n’a pas envisagé ce type d’approche et ne s’est pas prononcé à ce sujet. Mais si j’extrapole à partir de ses textes où les considérations sociales sont le plus clairement exprimées – ses réflexions de 1928 sur « les alternatives économiques de nos petits-enfants » ou bien le dernier chapitre de sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie qu’il publie en 1936, chapitre qui s’appelle « Notes finales sur la philosophie sociale à laquelle la théorie générale peut conduire » – il est visiblement du côté de ceux qui considèrent que le travail est un domaine de notre vie où nous obtenons de manière privilégiée la reconnaissance des autres, ce qui nous remplit d’une satisfaction en harmonie avec l’essence même de notre nature humaine.

N.B. : Je présenterai le livre le 8 octobre à Blois dans le cadre de L’économie aux Rendez-vous de l’histoire.

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La colère est muette sous la camisole de la peur d’être encore plus pauvre, par rienderien

Billet invité.

La baisse du chômage est « mon obsession, mon combat » a déclaré début mai le président de la République, estimant qu’il n’aurait pas la crédibilité nécessaire pour briguer un deuxième mandat si le chômage ne baissait pas d’ici à 2017

François Rebsamen s’est fixé l’objectif de ramener le nombre de chômeurs sans activité « le plus près possible des trois millions » d’ici la fin du quinquennat de François Hollande en mai 2017

Monsieur le Président, c’est quoi le message ? Le plan ? Le programme ? Pour arriver à faire baisser le chômage ce qui vous donnerait le droit de vous représenter pour un second mandat et Monsieur le ministre du travail Rebsamen de vous congratuler de  »passer sous la barre  » des trois millions de chômeurs.

Moins de trois millions de chômeurs et tant pis pour ceux qui resteront sous la barre.

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Au secours Monsieur Paul Jorion !!!!, par Didius

Billet invité.

Monsieur Paul Jorion,

Tout d’abord, je tiens à vous dire que je lis votre blog depuis un an ½ environ. Je ne suis pas un intellectuel, j’ai plutôt l’esprit artiste, je ne suis qu’infirmier non pas par choix, je dirai par hasard. Sur votre blog, n’ayant pas de formation sur la finance, je ne comprends pas tout, mais je sais et je sens que vous êtes dans le vrai. Par exemple j’ai essayé de lire votre livre Le capitalisme à l’agonie, à part le bancor de Keynes, je n’ai pas tout saisi. Donc j’attends avec impatience le vendredi pour écouter votre intervention hebdomadaire.

Infirmier c’est un beau métier, il me plaît pour son côté humain, mais c’est tout ce qui reste de l’attrait de ce métier, j’y reviendrai. J’ai d’abord fait mes études dans l’art (Beaux Arts), j’ai obtenu mon diplôme DNSEP (Diplôme national d’expression plastique). Mais comme il fallait s’en douter, pour en vivre c’est plutôt difficile. Pour vivre justement j’ai été employé dans un hôpital en tant qu’ASH (agent service hospitalier) 6 ans. Six ans pour atterrir de ma planète art et pour me décider à faire une autre formation : infirmier. Et voici 22 ans que j’exerce cette fonction, de nuit depuis 5 ans pour 2 200 euros net avec primes.

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RTS.ch, « Les questions soulevées par l’initiative pour un revenu de base inconditionnel »

RTS vient de publier un article qui ne représente pas ma position, condensant de manière erronée les trente minutes de notre entretien, notamment sur la question du travail.

Pour mémoire, voici ce que j’ai eu l’occasion de dire en 2012 dans l’émission Ce soir (ou jamais !) :

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BONJOUR MADAME LA TERRE, le mercredi 26 juin 2013 à 7h32

Sur YouTube, c’est ici.

Planète Terre :

– Financial Times – Warming oceans make parts of world ‘uninsurable’, say insurers, le 24 juin 2013
– Financial Times – Reinsurance investment pushes down prices for insurance companies, le 2 juin 2013

Science économique :

– Les Échos – Olivier Blanchard, les doutes de l’économiste star du FMI, le 25 juin 2013
– Blog de PJ – Faut-il mettre en place un droit à une allocation universelle ?, le 25 juin 2013

Démocratie :

– Financial Times – Snowden’s future, le 24 juin 2013
– Blog de PJ – Un échange de mails à propos du rapport de JP Morgan : « L’ajustement dans la zone euro : à mi-chemin ou à peu près », le 24 juin 2013

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FAUT-IL METTRE EN PLACE UN DROIT À UNE ALLOCATION UNIVERSELLE ?, par Mateo Alaluf

Billet invité.

Qu’est-ce que l’allocation universelle ?

Par allocation universelle on entend l’octroi d’un revenu versé de manière inconditionnelle à toute personne de la naissance à la mort, revenu censé garantir un niveau de vie décent et déconnecté de tout emploi. Dans sa forme la plus achevée, l’instauration d’un tel revenu, financé par l’impôt, se substituerait au système de protection sociale financé principalement par les salaires.

L’allocation universelle ou revenu de base se présente ainsi comme une alternative à « la crise de l’état providence ». En permettant à ceux qui n’ont pas d’emploi de se replier sur leur allocation ou d’accepter des emplois à temps partiel ou encore faiblement rémunéré, elle serait un moyen de résorption  du chômage et d’amélioration de la flexibilité du marché du travail et de plus éradiquerait l’exclusion. En permettant le développement d’activités volontaires une telle allocation desserrerait les contraintes de l’emploi, en particulier sur les jeunes, tout en assurant un meilleur épanouissement personnel. Ce système, selon ses promoteurs, tout en s’inscrivant dans une économie capitaliste et marchande, sauvegarderait le dynamisme économique, rétablirait la cohésion sociale et donnerait consistance aux droits de l’homme.

Selon les auteurs, le revenu inconditionnel peut revêtir cependant plusieurs variantes et dénominations diverses. Pour Philippe Van Parijs qui a été dès 1982, dans le cadre du collectif Fourier, le premier à proposer cette formule en Belgique[1], l’allocation universelle serait une rente sur les ressources communes dont chacun pourrait bénéficier. P Van Parijs sera aussi à l’origine de la création en 1986, à l’occasion d’un colloque à Louvain-La Neuve, du BIEN (Basic income European network) et ensuite, lors d’un congrès tenu à Barcelone en 2004, du Basic Income Network.

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L’actualité de demain : PAUVRES D’EUX, PAUVRES DE NOUS ! par François Leclerc

Billet invité. Dans ce billet, François Leclerc écrit : « Une allocation de vie inscrite au budget de l’État est la seule issue, dont la formule est un des grands débats à venir », comme cette position s’oppose à la mienne, j’ai tenu à rappeler celle que je défends personnellement sur cette question : on la trouve à la suite du billet de François. Paul Jorion

C’est de l’Allemagne que l’on ne cesse de montrer en exemple (ou de maudire) que nous vient l’information : 48% des retraités – surtout des femmes – touchent moins de 700 euros par mois. 800.000 d’entre eux sont obligés d’arrondir leurs revenus avec un minijob, un contrat précaire plafonné à 450 euros par mois et dispensé de charges sociales. A cela s’ajoutent 170.000 personnes disposant de contrats classiques, la moitié à mi-temps. Enfin, 430.000 retraités touchent une aide sociale pour atteindre le minimum vieillesse de 688 euros mensuels. Il y a 20 millions de retraités en Allemagne.

L’héritage de la réforme des retraites est lourd, tout particulièrement le report progressif à 67 ans de l’âge auquel un taux plein est garanti. Mais il va l’être encore plus pour la génération qui suit, car les 6 millions d’actifs bénéficiant d’un minijob ne cotisent que très faiblement au régime de la retraite et 3 millions d’entre eux n’ont pas les moyens de cotiser à une retraite complémentaire. Permettant de faire état d’un taux de chômage avantageux, les minijobs sont la porte d’entrée vers la pauvreté. Même s’il est nécessaire de concevoir la vie en société selon une autre conception que le tryptique de périodes successives: formation – travail – retraite.

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TRAVAIL ET REVENUS, JUSTE UNE PETITE RÉFLEXION, par Zébu

Billet invité.

Si on pose le fait que le travail disparaît, du moins le travail salarié (au profit du non-travail du capital ?), on en vient à ‘justifier’ la persistance du revenu sous forme de revenu ‘socialisé’, afin de permettre aux plus-du-tout-salariés (ou moins-salariés) de toujours pouvoir continuer à consommer avec ces revenus – même socialisés – les biens et les services proposés par l’économie.

Pour autant, il me semble que ce biais (cognitif me semble-t-il) n’est pas obligatoire : la question de la socialisation des revenus se pose en apparence parce que le travail disparaît mais aussi parce qu’on lie revenus et accès. En réalité, ce dont ont besoin les futurs moins-salariés (ou plus-du-tout-salariés), ce ne sont pas des revenus, qui continueront d’alimenter d’une part la consommation (avec le risque de surproduction là encore) mais aussi les inégalités de richesses, mais surtout d’un accès aux biens et services définis comme socialement utiles pour chacun et de la garantie de cet accès.

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« QUOI QU’ON FASSE, CE SERA LA MÊME CHOSE ! »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

77 % d’entre vous, mes lecteurs, êtes Français. Ça ne fait pas « tout le monde », mais c’est bien plus qu’une « majorité confortable ». Votre pays est entré dans une grande foire électorale : la presse, la radio, la télévision, ne parlent que de ça, vous disent que c’est « essentiel ! », que le « comment voter ? » est à l’ordre du jour.

Or vous savez sciemment que quelle que soit la manière dont vous votiez : pour l’un des candidats qui se retrouvera au second tour, ou pour un autre, dans un vote de protestation d’extrême-gauche, d’extrême-droite, ou par un vote blanc, ou même que vous vous absteniez entièrement de voter, tout ça n’a aucune importance parce que le résultat sera le même : vous aurez élu activement, en votant pour lui, ou passivement, en laissant quelqu’un d’autre être élu, un candidat qui, ou bien appliquera immédiatement le programme d’une « Troïka » quelconque (Union européenne, Fonds monétaire international, Banque centrale européenne) ayant oublié – pour autant qu’elle l’ait jamais su – ce que le mot « démocratie » veut dire, ou bien appliquera, « à la Mitterrand », ce même programme six mois plus tard, après un « courageux » baroud d’honneur.

Ce baroud d’honneur sera en effet « courageux », je n’en doute pas une seconde, mais cela vous fera – à vous et une fois de plus – une belle jambe.

Votre lassitude, votre découragement, est perceptible dans les commentaires que vous faites ici sur le blog depuis le début de cette campagne électorale.

Au cours de l’histoire, et plus spécialement au XIXe siècle, le refus de ce genre de situations sans issue a conduit à des tentatives de changement de la réalité sociale par l’intérieur et par l’exemple : des « communautés » sont nées, fragilisées sans doute dès leurs débuts par une représentation exagérément idyllique de la nature humaine, mais surtout par l’hostilité du monde extérieur qui était lui resté identique. Combien de projets grandioses de coopératives, d’ateliers sociaux, de suppression de la monnaie, ou de monnaies « parallèles », n’ont-ils pas alors succombé aux assauts de ceux qui, en extériorité à ces projets, avaient conservé, comme on dit, le « sens des affaires » ? La vertu, Saint-Just l’avait compris, même si ce fut beaucoup trop tard, ne peut s’exercer que dans un cadre institutionnel qui la protège, sans quoi, des millénaires d’histoire le montrent à suffisance, elle est tout simplement piétinée.

Alors que faire ? Résoudre les questions qui restent à résoudre si l’on veut créer un monde de demain dans lequel on puisse vivre, et de préférence, vivre convenablement. Vivre dans un monde qui nous fera prendre conscience a posteriori du cauchemar que constitue celui dont nous nous satisfaisons actuellement.

Les questions qui restent à résoudre ont été bien posées au XIXe siècle par les associationnistes, les collectivistes, les socialistes, les communistes, les anarchistes, voire même par des libéraux éclairés comme Saint-Simon ou Auguste Comte. Les questions ont été posées mais n’ont pas été résolues. Le XXe siècle a connu lui la litanie des fausses solutions qui se terminent en massacres.

Quand éclate en France, en 1848, une révolution, la multitude de projets généreux qui naissent alors s’effondre rapidement, faute pour leurs initiateurs d’avoir analysé correctement leurs principes. Proudhon évoquera avec tristesse, une révolution « née avant terme ». Mais les Révolutions ne sont-elles pas toujours, et par définition, « nées avant terme », sans quoi elles n’auraient pas même été nécessaires ? L’excuse d’avoir été pris au dépourvu par un effondrement, alors que celui-ci était pourtant éminemment prévisible et avait d’ailleurs été prévu par certains, a déjà servi ad nauseam dans l’histoire humaine.

Dimanche dernier, j’ai lancé ici une série en cinq épisodes intitulée : « Questions qui restent à résoudre ». Je ne suis rentré qu’hier soir d’une tournée de conférences en Belgique et aux Pays-Bas et je n’ai pas encore lu toutes vos contributions au débat mais je m’apprête à le faire.

Les questions qui restent à résoudre sont quoi qu’il en soit déjà connues et j’attends de vous que vous preniez l’initiative à quelques-uns – la troupe vous rejoindra sans tarder – d’entreprendre de résoudre ces questions, dont la liste précise se construira en route mais dont quelques-unes peuvent déjà s’énoncer clairement : « Comment casser la machine à concentrer la richesse ? », « Comment mettre la spéculation hors d’état de nuire ? », « Comment redistribuer la richesse nouvellement créée ? », « Comment inventer un système économique qui ne repose ni sur la propriété privée, ni sur la « croissance », destructrices toutes deux de la vie sur notre planète ? », « Comment faire disparaître le travail, sans que soient réduits à la misère ceux qui vivaient de ce travail ? », etc. etc.

Le moment est venu de définir en de nouveaux termes ce monde de fous dont – par lassitude et par découragement – nous nous sommes contentés jusqu’ici.

Bon dimanche, et à vos plumes, vos mails, vos coups de téléphone, vos bras, vos jambes… et que sais-je encore ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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