Rationalité économique du revenu universel financé par la taxation du capital, par Pierre Sarton du Jonchay

Rationalité économique du revenu universel financé par la taxation du capital

Dans l’effondrement actuel du capitalisme libéral, nous touchons à une vérité basique que le capital ne se rémunère pas physiquement lui-même mais moralement par un système qui identifie plus ou moins efficacement les propriétaires réels du capital réel. Le propriétaire du capital est un sujet personnel qui projette son intention dans un objet qu’il fait travailler mécaniquement par son travail subjectif de direction de la production des biens. Est rationnellement économique le bien dont le prix social et politique est supérieur au cout de production réel rémunérant le travail effectivement livré. Le coût de production est bien sûr le prix du travail de conception, de fabrication et de fonctionnement de la machine associé au prix du travail de pilotage de la machine vers la production du bien au prix social et politique anticipé par un calcul économique.

Il est évident en rationalité économique primaire où le capital est mu par le travail, que la dissociation du capital et du travail qui fait et transforme le capital en biens vendables provoque une inadéquation du prix anticipé de la production au prix demandé réellement. Le prix est demandé à la production par l’intermédiaire du marché dans la société politique qui organise la rencontre entre les travailleurs qui produisent et les travailleurs qui consomment les biens produits. Le calcul du prix de revient réel des biens produits par des robots est impossible dans notre système économique actuel qui ne voit comme propriétaire des robots que les propriétaires capitalistes du prix virtuel du robot, lequel est détaché du travail de pilotage de la machine et de direction de la production sur des biens réellement achetables. Le travail qui produit n’est que partiellement rémunéré par les revenus du travail qui vont acquérir les biens produits.

Matériellement le prix de la production robotisée est actuellement calculé sur la maximisation de la marge entre prix de vente et prix de revient, lequel est la rémunération du travail reconnu comme tel par un système qui cherche une plus-value du capital comme si elle ne résultait pas de la plus-value du travail. Pour récupérer un prix équilibré entre toutes les finalités poursuivies par les travailleurs qui exploitent le capital, il faut imposer une propriété générale des revenus du capital à proportion de toutes les contributions à la plus-value du capital qui soit issue de la plus-value réelle du travail. La rationalité économique implique que la propriété financière du capital soit enveloppée par la propriété entrepreneuriale. La responsabilité entrepreneuriale de la plus-value du capital doit être elle-même enveloppée par l’appropriation en travail de tous les biens issus du capital. Et la responsabilité en travail de la plus-value produite par le travail doit être contenue dans la politique du bien commun.

La robotisation accélère l’effondrement du capitalisme libéral sur lui-même par élimination mécanique du travail qui produit la réalité des biens. Le revenu universel qui subordonne le pouvoir d’achat à l’existence de citoyen indépendamment du travail mécanique et de la propriété virtuelle du capital est une condition de la rationalité économique. En s’étant laissé expulsé du marché libéral, la société politique a laissé tomber la condition de possibilité de la rationalité économique. Pour rétablir le prix réel du travail dans le prix des biens issus de la robotisation, il est nécessaire de forcer la propriété universelle du capital par l’État de droit. Cela signifie concrètement une restructuration des marchés par les souverainetés politiques et la taxation de la propriété financière du capital en proportion de l’invisibilité du travail dans le calcul marchand de la plus-value du capital. Bien entendu, la fiscalisation du travail rendu invisible dans le capital est proportionnelle au prix des besoins humains fondamentaux non rémunérés par la robotisation et la titrisation financière.

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